DOCTRINE DE BROUSSAIS. SA PHYSIOLOGIE DES FIÈVRES EN GÉNÉRAL
A l’occasion DES INTERMITTENTES.
I. Avant d’exposer ses propres idées sur les fièvres rémittentes et intermittentes, Broussais, dans la première édition de son Examen, s’exprime ainsi sur la classification de Pinel et de ses disciples :
« Tout cet échafaudage est arbitraire et chimérique; d’abord parce que leurs prétendues fièvres continues ne sont que des abstractions insignifiantes ; en second lieu , parce qu’ils n’ont pas une idée plus claire de la périodicité d’irritation, phénomène qui doit être étudié d’après des
(i) «Il semble, dit Pinel , qu’on se dédommage des méthodes précaires du traitement et de la fréquente insuffisance des moyens que la médecine peut opposer aux fièvres ataxiques continues , lorsqu’on porte sa vue sur les principes fixes et l’exacte détermination du traitement propre aux fièvres ataxiques rémittentes ou intermittentes, savoir, l’administration du quinquina, d’après l’expérience la plus uniforme et la plus constamment répétée. »
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vues plus étendues et surtout plus physiologiques. » Il poursuit en ces termes :
« La périodicité se présente dans toutes les irritations, soit inflammatoires, soit nerveuses. Or, ces irritations sont aussi nombreuses qu’il y a d’organes sensibles, aussi variées qu’il existe de différences dans la susceptibilité de chaque organe, et que le lieu irrité peut en offrir dans son étendue.
» Les mots fièvres rémittentes, fièvres intermittentes quotidiennes, tierces, quartes, etc., ne peuvent donc nous donner qu’une idée fort incomplète de ce phénomène, surtout quand on en fait des êtres abstraits existant par eux-mêmes et qu’on les rattache à d’autres abstractions qui sont également hypothétiques.
» Peut-on entendre sans dégoût demander à chaque instant si les obstructions sont produites par les fièvres intermittentes ou par le quinquina, si ces fièvres ne sont pas quelquefois un travail de la nature , un effort salutaire destiné à résoudre ces engorgements ; si, en effet, la nature cherche à détruire une matière morbifique; si le principe morbifique contre lequel elle agit a quelque rapport ou quelque liaison avec celui qui la détermine ; s’il est bien vrai que la plupart des fièvres intermittentes soient dépuratives, et s il faut un grand nombre d’accès pour opérer la coction?
» Que l'on étudie physiologiquement les organes malades, que l’on bannisse les dénominations qui sont censées représenter leurs souffrances , et Ion trouvera bientôt la solution de toutes ces questions. Pour y concourir autant qu il est en mon pouvoir, je vais renfermer tous les faits relatifs à l’histoire des fièvres en général (les typhus exceptés), dans une supposition que l’on peut regarder comme le résumé des observations que j’ai recueillies et des méditations auxquelles elles ont donné lieu.
» Onze personnes reçoivent 1 impression d un air froid et humide ; le premier éprouve ce qu on appelle une fièvre inflammatoire, le second une fièvre dite gastrique, le troi-
282 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, sième un embarras gastrique, le quatrième une fièvre muqueuse, le cinquième une fièvre intermittente; les sixième, septième et huitième, contractent les types quotidien, tierce ou quarte, avecapyrcxie entre les accès; le neuvième est attaqué d’une fièyre pernicieuse; le dixième d’une phlegmasie continue , et le onzième d’une phleginasie intermittente. Voilà ce qu’on observe chaque jour en hiver , en automne, dans toutes les saisons froides et humides, ou quand on s’expose , pendant l’été , au froid de la nuit... Comme les alternatives de froid, surtout humide, et de chaud , sont des causes communes aux irritations périodiques et non périodiques, je place mes malades sous cette double influence, afin de faire ressortir la liaison qui existe entre toutes les irritations. Je ne prétends point par là que d’autres causes que celles-ci ne puissent produire des fièvres plus ou moins générales ou locales (i) ; mais alors elles ne tendent guère à la périodicité : au surplus, lorsqu’elles y tendent, ces cas rentrent dans ceux dont je fais ici mention ; et quand le contraire a lieu, on peut les i’approcher des irritations continues qui se développent également par l’influence des vicissitudes atmosphériques, c’est-à-dire de la plupart de celles qui vont se présenter dans l’histoire supposée de mes onze malades. Je continue :
» Quelle différence y a-t-il entre tous ces individus? Chez le premier, le froid détermine un refoulement des forces vitales e. t du sang, lequel exalte l’action organique dans tous les viscères , et surtout dans l’immense étendue des surfaces muqueuses des voies gastriques et respiratoires. Ce refoulement est suivi d’un mouvement d’expansion avec fièvre dont la durée est de douze heures, de vingt-quatre heures, ou de sept à neuf jours, selon le degré d’irritation que la concentration plus ou moins rapide a
(i) Le mot fièvres est évidemment pris ici comme synonyme des mots irritations , phlegmasies. En effet, pris dans le sens propre , le i\\ol fièvre suppose nécessairement une affection générale.
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laissé dans les trois principaux viscères. Enfin, cette irritation se calme avec un rétablissement impétueux des sécrétions, ou une hémorrhagie , et le malade est rétabli. Telle est la fièvre inflammatoire (i). Elle peut encore dépendre d’une irritation des viscères, introduite peu à peu par toutes les causes qui exaltent 1 action sanguine et pai la pléthore (2) ; mais comme cette condition, la pléthore, n’est point de rigueur, je l’appelle fièvre simple (3).
» Son caractère est une irritation générale des viscères, siégeant particulièrement dans les membranes muqueuses et non dans les tissus cellulaires et séreux , si ce n’est secondairement, partagée quelquefois par les tuniques des vaisseaux sanguins eux-mêmes, comme 1 ont cru Franck et beaucoup d’autres (4). Si cette irritation cède promptement, le malade guérit, comme nous venons de le dire.
(1) Ici, Brpussais considère la fièvre inflammatoire comme symptomatique. Il en est de même dans le passage suivant. Il ne pouvait en quelque sorte se pliera l’idée de cette fièvre, considérée comme primitive , c’est-à-dire comme une irritation idiopathique du système sanguin, bien qu’il eût dit ailleurs quelques mots en faveur de cette doctrine.
(2) Pinel et ses disciples avaient confondu 1 état pléthorique avec la fièvre inflammatoire. Broussais ne commet pas ici tout-à-lait la meme erreur ; mais il attribue, lui, à la pléthore plus d’influence même qu elle n’en a réellement sur le développement de la fièvre inflammatoire. Toutefois, plus bas, il reconnaît que la pléthore n’est pas une condition nécessaire de |a fièvre inflammatoire.
(3) Pourquoi Bioussais appelle-t-il celte fièvre simple? Il ne s explique pas assez la-dessus. La suite prouve qu'il n’entend point par la une fièvre indépendante de toute irritation viscérale.
(4) Il est bien évident que la Jievre simple de Broussais, ainsi localisée dans les viscères en général, et particulièrement dans les membranes muqueuses , est au contraire, sous le rapport de son siège, quelque chose de très complexe. En rappelant ici l’opinion de P. l' ranck, Broussais nelui accorde qu’une très médiocre importance. En effet, 1 irritation des tuniques des vaisseaux sanguins n’est pour lui qu un élément accessoire, qu’un accident, pour ainsi dire. Franck lui-même n avait point clairement et nettement déterminé le rapport qui exisle entre 1 irritation plus ou moins intense des tuniques du système vasculaire e( la fièvre considérée comme une maladie cxislan.t par elle-même : c’est ce que nous ayons essayé de faire pour notre propre compte.
28 h FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.
» Si elle se concentre et s’exalte clans quelqu’un d’entre eux , la fièvre cesse d’être simple ou la phlegmasie d'être générale dans les viscères , pour dégénérer en phlegmasie locale (i). C’est ce que les auteurs désignent quand ils disent qu’il peut se faire un raptus ou une concentration plus ou moins considérable sur un organe; mais ils veulent toujours pailer de la poitrine ou de la tête ; car ils n’ont point connu les phlegmasies gastriques qui peuvent aussi bien se développer et même plus souvent que les précédentes, mais plus lard que dans le cas suivant, qui est celui de notre second sujet (2).
» Chez celui-ci , la concentration sympathique de X action vitale repoussée de l’extérieur est plus considérable dans la muqueuse des voies gastriques que dans tout le reste ; de là, la rougeur avec sécheresse de la langue , la soif, le désir des acides, la répugnance pour les ingesta stimulants, une dédolation plus considérable, la sensibilité de l’épigaslre, les vomissements , les douleurs de ventre, la chaleur àcre ; en un mot, tout ce qui constitue la fièvre gastriijue (3).
» Supposez le sujet prédisposé à la sécrétion bilieuse, rempli de matières stercorales; les symptômes dits d’em»
(1) Mais si la phlegmasie était générale , elle affectait donc de'jà le viscère où elle se concentre plus tard, pour constituer une phlegmasie locale; elle était à la fois locale et générale. Tout cela manque de clarté, de précision, de rigueur, de logique. Pourquoi? Parce que l'on n’avait pas localisé la fièvre dans le système sanguin.
(2) Broussais a raison sans doute quand il reproche à ses prédécesseurs de n’avoir pas assez tenu compte des phlegmasies gastriques ( il eût mieux valu dire des phlegmasies gastriques ei intestinales). On pourrait lui reprocher le contraire. En tout cas, on est autorisé à reprocher aux premiers et au dernier d’avoir ignoré les phlegmasies de l’appareil sanguin.
(3) Je crois être obligé de noter ici qu’il est bien rare de voir une véritable fièvre gastrique se développer sous l’influence de la cause à laquelle sont censés avoir été soumis les onze malades dont il s agit. Cette teflexion s’applique plus ou moins complètement aux troisième et quatrième ca«, dont il va être question lout-a-1 heure.
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barras gastrique, soit bilieux, soi i s ter coraux, sont ajoutes , et, parmi les auteurs, les uns disent fièvre bilieuse, d'autres embarras gastrique, compliquant la (îèvie gastiique; mais c est une circonstance tenant à la prédisposition.
» Que le malade soit prédisposé à la sécrétion muqueuse, c’est-à-dire d’une constitution qu’on appelle pituiteuse; que les catarrhes bronchique et vésical s y joignent, c’est le cas du quatrième malade que l’on dit attaqué d’une fièvre muqueuse. Que la membrane interne des voies gastriques soit sèche et rouge, ou quelle soit plus ou moins baignée de bile et de mucosités par 1 irritation concomitante du foie et du pancréas ou des follicules muqueux, celle qui régné le long du canal digest.il est susceptible de mille degrés.qui déterminent beaucoup de variétés dans les symptômes extérieurs. Ceux-ci ne sont, en effet, que les phénomènes sympathiques ou des pioduits de la douleur plus ou moins considérable, selon le tempérament., la susceptibilité, le point du canal le plus uiite, les médicaments et le régime : c’est ainsi que la forme de choléra-morbus , celle de fièvre adynamique, celle de fièvre ataxique même, se lient et s enchaînent comme autant de nuances de la gastro-entérite. Mais nous prenons ici le cas le plus simple : c’est celui où l’irritation gastrique n’a que le degré d’activité nécessaire pour entretenir un mouvement fébrile de sept à quatorze jours, qui se termine avec une sortie plus ou moins brusque des excréments, une sécrétion copieuse de bile, quelquefois même un rétablissement un peu actif de la transpiration.
» Mais la périodicité d’action est dans la nature; l’état physiologique nous offre mille exemples du refoulement de X action vitale vers les viscères, et de son retour plus ou moins impétueux vers la périphérie. Le froid, les passions, la digestion, une douleur violente, en un mot tout ce qui nous modifie d’une manière un peu active, détermine un frisson avec pâleur et rétrécissement des parties exté-
286 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, rieures, chaleur et compression dans les trois principales cavités viscérales; à cet état succède bientôt un état opposé qui nous présente le développement du pouls, la chaleur et la coloration des parties extérieures, le rétablissement plus ou moins actif des sécrétions. Il n’est donc point étonnant que cette périodicité physiologique de l’action circulatoire devienne pathologique par X exaltation générale des forces vitales : aussi ne voit-on presque pas de fièvre sans redoublement.
» Plus l’irritation intérieure qui entretient la fièvre est intense, sans être très douloureuse, et le système sanguin riche et actif, moins la périodicité est marquée. Lorsqu’elle l’est à peine, la fièvre est dite continente ; un moindre degré de l’irritation des viscères donne des redoublements quotidiens très dessinés, mais sans frissons, que l’on nomme aujourd’hui paroxysme.
» Au-dessous de ce second degré il en est un troisième, non intense au point d’entretenir toujours l’état de chaleur au même degré, mais qui l’est assez pour que cet e'tat ne cesse pas entièrement. Or, à l’époque où il est à sa moindre intensité, le phénomène du frisson recommence, la congestion viscérale l’accompagne, les viscères, irrités de nouveau, déterminent encore un développement de la réaction fébrile, qui se termine comme le précédent, jusqu’à ce qu’un nouveau frisson provoque là répétition de la même scène.
» Telle est la fièvre dite rémittente, liémitritée, subintrante, demi-tierce, dont les accès présentent divers types en vertu de causes primordiales qui sont hors de notre portée ; car nous ne saurons peut-être jamais pourquoi un accès revient en tierce ou en quarte plutôt qu’en quotidienne, comme les paroxysmes ordinaires : ce que nous savons très positivement, c’est que cette fièvre se compose d’une irritation des viscères, surtout gastriques (i), et du phénomène de la |~(i) Ceci n’est pas aussi positif que le pre' tendait Broussais : tant s’en faut !
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périodicité. Spigel (de Semî-Tcriiànâ) a constaté dans les cadavres des sujets qui avaient succombé par lès suites des fièvres rémittentes, ( inflammation et même le spliacèle des intestins grêles, surtout à la partie inférieure de l’iléon, près de la valvule du cæcum; c’est-à-dire les désordres de la gastro-entérite, de l’iléus, dès prétendues fièvres gastriques, adynamiques et entéro-mésentériques (t). »
Après avoir énuméré les causes assignées par Spigel aux fièvres rémittentes observées parlai, Broussais continue ainsi : «Pourrait-on imaginer lui concours de circonstances plus propres à entretenir des embarras gastriques et intestinaux continuels, et à provoquer l’inflammation de la membrane muqueuse du canal digestif?
» Ajoutez maintenant à Cette irritation le phénomène de la périodicité, qui dépend plus pari iculiè're'nient des alternatives du froid et du chaud, et vous trouvez cette fameuse fièvre rémittente ou subintrante des auteurs (2). Tel est le
(1) Certes, si Spigel a découvert ainsi dans les lièvres rémittentes rju’il observait en Moravie et en Pannonie, les altérations qui se rencontrent chez les sujets atteints de fièvre entéro-mésentérique , il mérite une mention des plus honorables parmi les observateurs qui ont concouru le plus puissamment à nous révéler le mystère des fièvres dites essentielles. Mais assurément, on n’a jamais observé dans de telles fièvres les types tierce , quarte, etc., dont il était (Question plus haut; en un mot une véritable périodicité d’état de pyrexie et d’apyrexie. Il eût donc été à désirer que Broussais signalât ici cette circonstance, savoir, que dans une fièvre assimilée à celle dite entéro-mésentérique , les accès de rémittence ne peuvent affecter les types tierce , quarte, etc., à moins d’admettre la complication de la fièvre continue eide la fièvre intermittente , ce qui semble contradictoire au premier abord.
(2) Broussais fait ici ce que je supposais plus haut, c’est-à-dire qu’il compose sa fièvre rémittente cl’une fièvre continue , produite par les causes ordinaires de ce qu’il appelle un e gastro-entérite , et d’une fièvre intermittente, produite jià’r les alternatives de chaud et de froid. Mais qu’est-ce alors que celte dernière ? On l’assimile d’une part à la première et d’autre part on l'en distingue • comment concilier ces contraires? Nous verrons plus loin ce qu’il faut faire pour éclaircir et lever ces graves difficultés.
*288 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, cas de mon cinquième malade; et, si vous supposez des miasmes marécageux dans l'air qu’il a respiré, vous aurez formé de toute pièce une fièvre rémittente pernicieuse plus ou moins analogue à certaines épidémies de fièvre jaune, et aux rémittentes que Pringle a vues dans les Pays- Bas. Mais ce point me paraît assez éclairci (Broussais se contente ici de peu), et je reviens au développement de ma supposition.
» Chez les sixième, septième et huitième malades, le phénomène fébrile est d’abord le même que dans les cas précédents; il y a action sédative à la périphérie, refoulement sur les viscères, qui y détermine une exaltation des -propriétés organiques, c’est-à-dire chaleur, douleur, injection sanguine, tuméfaction, enfin un commencement de phlegmasie, ou le premier degré de ce phénomène; mais, à raison de la prédisposition individuelle, cette congestion ne persiste pas, elle cède complètement au retour de l’action circulatoire et sécrétoire dans les capillaires de la périphérie, et le malade se trouve rétabli : c’est donc une itif animation avortée . Mais cette dépense d'action vitale a débilité le malade; les causes de périodicité qui agissent continuellement sur nous déterminent ensuite la récidive de cette première congestion, soit le lendemain, ou le surlendemain, ou le jour d’après, selon le degré de force de l’individu , et peut-être en vertu d’autres lois qui nous sont inconnues; et l’on prononce que le malade est attaqué d'une fièvre intermittente quotidienne, tierce ou quarte.
« Elles diffèrent des rémittentes en ce que Y irritation des viscères n’a pas été assez permanente pour entretenir toujours l’état fébrile, et forme le troisième degré d’irritation décroissante depuis les continues.
» Ainsi, premier degré, irritation générale des viscères qui entretient la fièvre dans un très haut degré d’intensité pendant plusieurs jours, de telle sorte que le refroidissement de l'extérieur n’est pas possible. Deuxième degré, qui en-
DOCTllliSK DIS ÜHOUSSAIS.
tretient l’état fébrile, mais dans une nuance moins intense, et qui permet le refoulement de l’action circulatoire des capillaires extérieurs, et le retour du frisson et des congestions de l’intérieur. Troisième degré d’irritation des viscères, qui ne persiste pas, se dissipe dans le courant des vingtquatre heures, laisse les viscères et toute l économie affaiblis par la dépense des forces nerveuses, et le sujet exposé à 1 influence des causes qui peuvent reproduire le refoulement et la congestion.
« On me contestera peut-être l’identité des irritations qui déterminent chacune de ces fièvres, et l'on voudra quelles diffèrent les unes des autres autrement que par le degré... Je pourrais répondre paries faits; car j’ai plusieurs fois changé le type rémittent en continu par des excitants, et en intermittent par des sédatifs; de même que j’ai fait passer les intermittentes au type rémittent et au continu ( i ), et les fjhlegmasies gastriques légères , au degré qui détermine la fièvre, pendant que je suivais la routine empyrique que je combats aujourd'hui (2). Mais si l'on ne veut pas que ces différences 11e soient que dans le degré, il faudra toujours bien qu’on les trouve dans le tempérament, la nature de la susceptibilité, l’aptitude plus ou moins grande de l’appareil sanguin à s’émouvoir à l’occasion des irritations locales, etc. (3). Mais qu’importe tout cela, pourvu
(1) De telles métamorphoses ne s’opèrent pas ainsi, en quelque soi te à volonté, et pour les admettre, il n’aurait fallu rien moins que l’exposition d’un grand nombre d’observations exactement recueillies. Il est probable que Broussais s’est fait illusion. Pour en rester convaincu, il suffit de se rappeler ce que nous avons dit des éléments constitutifs des fièvres essentielles continues des auteurs.
(2) On conçoit facilement cette dernière espèce de métamorphose. Mais il y a loin d’elle à celles dont il était question plus haut, et l’on nedoit pas confondre les pldcgmasies gastriques avec les fièvres considérées en général , et avec les diverses espèces de fièvres considérées chacune en particulier. Autant vaudrait confondre un viscère spécial avec un appareil général, tel que les systèmes sanguin ou nerveux , etc.
(3) Toujours des irritations locales pour mobile de l’excitation, de l ir-
29 0 Fl È Vit ES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, que l’ irritation, qui ébranle le système sanguin dans les fièvres, puisse être reconnue et constatée dans les viscères suspendus au milieu du squelette? Or, la thérapeutique et les autopsies ne laissent aucun doute à ce sujet; elles vont même jusqu’à nous montrer le tissu le plus irrité, et c’est constamment celui des membranes muqueuses, quelque répugnance qu’on témoigne aujourd’hui pour en convenir (i).
» J’arrive au neuvième sujet soumis aux mêmes causes qui ont paralysé ou suspendu Y action vitale à l’extérieur du corps; le transport de cette action se fait chez lui sur un viscère déterminé, et il s’y développe une phlegmasie qui provoque une réaction sanguine générale plus ou moins considérable, selon la sensibilité du viscère affecté, son importance, la quantité de capillaires sanguins qu’il contient, la nature de la douleur, etc., etc. La phlegmasie diffère donc, dans ce cas, des précédents, en ce qu'étant moins étendue elle devient plus facile à reconnaître (2). Mais je 11e saurais entrer dans le détail des symptômes qui signalent la phlegmasie de chaque viscère, ni en suivre la marche ou les résultats jusqu’à la guérison ou jusqu’à la
ritation de l’appareil sanguin ! Mais pourquoi donc ne serait-il pas le siège d’une irritation directe , idiopathique ? pourquoi le système nerveux qui préside à ses mouvements, aux actes qui s’accomplissent dans les capillaires, ne contracterait-il pas une irritation spéciale , également idiopathique ?
(1) Je n’éprouve nullement pour mon compte de répugnance pour l'affection de tel ou tel tissu; mais je suis obligé de déclarer que les autopsies ne nous ont encore rien appris sur les altérations propres aux pleures intermittentes simples dans les divers tissus , sans en excepter celui des membranes muqueuses.
(2) Quoi! la phlegmasie d’un viscère déterminé ne diffère de la fièvre tierce et de la fièvre quarte qu’en ce que la phlegmasie étant moins étendue dans ce cas que dans ceux de fièvre tierce ou quarte, elle est plus facile à reconnaître ! Mais s’il n’existe dans les cas opposés ici les uns aux autres, qu’une différence dans l’élendue delà phlegmasie, il s’ensuit que les fièvres tierce et quarte ne sont autre chose qu’une collection de phlegniasies viscérales, un composé de gastrite, de pneumonie, d’enccphalitc,
DOCTftINK 1)K ilUQUSSAIS.
mort. Je dois me contenter d’indiquer les phénomènes en grand , et laisser les conclusions à mes lecteurs , comme je l’ai fait pour les irritations précédentes; je passe donc à mon dixième sujet dont f histoire va jeter le plus grand jour sur ce qui est arrivé aux dix autres.
» Chez celui-ci , la congestion, effet de la cause sédative qui agit sur l’extérieur, a lieu, comme chez le précédent, sur un viscère; mais il lui arrive ce qui est arrivé aux trois personnes attaquées de ce qu’on appelle fièvres intermittentes: cette congestion n’est pas durable, elle cède au bout de quelques heures, et le viscère reprend son intégrité. Ce cas présente une phlegmasie intermittente^ i);c est 1 histoire de ceux qu’on désigne par les mots de fièvres Larvées , dont les accès, à peine accompagnés de frisson lorsque la congestion ne cause pas une grande accumulation de sang, sont marqués par une céphalalgie , uneoppression , une colique, une douleur nerveuse, musculaire, ou autre (2). C’est à cette espèce d’irritation qu’il faut aussi rapporter les fièvres dites pernicieuses ; car la congestion reçoit ce nom quand elle a lieu avec beaucoup de rapidité sur un viscère important dont la souffrance détermine des symptômes alarmants. Dans ces cas, les troubles de la circulation sont très prononcés, et il y a une combinaison de la congestion générale qui porte le nom de fièvre intermittente simple, avec une congestion particulière et plus marquée sur un viscèi’e important ; ou bien, en d’autres termes , la conges-
d hépatite, etc. Une telle conséquence prouve assez combien est peu fondé le principe dont elle découle si naturellement. D’ailleurs , plus haut , par une erreur contraire à la présente, Broussais 11 a-t-il pas assimile^ les fièvres rémittentes à la phlegmasie du viscère détermina , qui produit la fit- are entéro-mésenlérique ?
(1) Jusqu’ici, dans le cas en question , il n'existe point d intermittence , puisqu’on ne parle que d’une congestion dissipée en quelques heures, et sur le retour ibi^laqnelle on ne s’est pas encore expliqué.
(2) Peut-on, en conscience, reconnaître là une phlegmasie d’un viscère iléterm iné ?
FIÈVRES I INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, tion générale qui consiste dans le refoulement des forces et du sang repoussés des parties extérieures, est plus remarquable sur un point très sensible et très influent de notre organisme que sur tout le reste. Si le sujet était débilité d’avance, ou s’il est modifié par des miasmes délétères, tel que nous pouvons supposer notre onzième malade, la congestion est plus grave, les viscères sont exposés à la suffocation ; car la prompte résolution d’une congestion exige un certain degré d’ énergie vitale. C’est donc à X épuisement rapide des forces qu’il faut attribuer le danger toujours croissant des récidives des fièvres pernicieuses (i).
» On demandera que j’administre les preuves de la congestion inflammatoire que je dis exister dans les cas en question sur les viscères. Pour les fournir toutes, il faudrait donner l’histoire complète des maladies d’irritation , les comparer les unes aux autres, forcer la physiologie de prêter ses lumières à la pathologie , et faire parler tous ces cadavres qui ne restent jamais muets que pour ceux qui ne savent pas les interroger.
» Je me bornerai à faire observer ici que la congestion, c’est-à-dire l’augmentation locale de l’action organique de nature inflammatoire est prouvée par son changement en phlegmasie, lorsqu’on emploie les stimulants mal à propos; par l’ouverture de ceux qui périssent dans ce cas et dans un accès prolongé de pernicieuse apoplectique, pectotale ou gastrique , puisque les viscères offrent alors les mêmes lésions qu’après les phlegmasies (2); enfin, par la
(1) L' épuisement des forces est bien loin de rendre raison des dangers, quelquefois mortels, qu’entraîne le retour d’un accès des fièvres dites pernicieuses. Si quelque Brownien s’était avisé d’une pareille explication, Broussais l’aurait vigoureusement relevé. Dans les cas de fièvre pernicieuse par couse miasmatique , il importe de ne pas perdre de vue l’action délétère exercée sur le sang en même temps que sur le système nerveux.
(2) Toute cette argumentation de Broussais pcche par sa base ou parle
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rougeur qui se montre périodiquement ù l’extérieur du corps, au nez , aux yeux , aux parties génitales , sous certaines influences atmosphériques : ce qui constitue ces fièvres larvées dont j’ai parlé plus hnut(i).
» Si les phlegmasies locales périodiques, prolongées par le défaut de traitement, se terminent tantôt par la gangrène, d'autres fois par la suppuration ou par un engorgement funeste, ces différences sont les résultats de la prédisposition ou les effets d’une cause délétère qui agit simultanément avec le froid et les autres causes d’irritation (a). Mais on n’en peut déduire aucune conséquence contre l’identité du phénomène de l’irritation périodique, (jui dépend toujours de la même modification physiologique-, et l’on ne pourra jamais nier que l’ inflammation ■périodique du nez, des yeux, etc., dans les cas cités, ne soit la vive image des congestions générales ou locales qui se font sur les viscères profonds, dans ce qu’on appelle des fièvres intermittentes (3).
« Si les congestions qui ont lieu sur les expansions ner-
principe dont elle dérive, et par les faits qu’elle invoque à son appui. Toute congestion, en effet, n’est point nécessairement inflammatoire, à tigoureusement parler; et il n’est pas prouvé, il n’est pas même probable que les altérations trouvées à la suite d’une fièvre pernicieuse soient identiques à celles qui ont lieu après des phlegmasies bien caractérisées. S’il en était ainsi, il n’y aurait plus de logique possible en pyrétologie.
(t) Est-ce qu’une rougeur suffit pour caractériser un véritable état inflammatoire?
(a) Les véritablesjîècres larvées dont parle ici Broussais ne se terminent point par suppuration, par gangrène , sans quoi elles perdraient leur nom de fièvres larvées pour prendre celui de phlegmasies proprement dites, lesquelles ne sont pas intermittentes. Vainement Broussais s’épuise en rapprochements plus ou moins ingénieux : il ne peut parvenir à démontrer l’identité parfaite de choses si différentes entre elles, que celles dont il s’occupe ici. Une névralgie de l’œil n’est pas une ophthalmie, une névralgie des nerfs intercostaux , dite pleurodynie , n’est pas une pleurésie , etc.
(3) Précédemment, au lieu d’ inflammation^ Broussais avait dit seulement rougeur du ne/ , des yeux , etc. ; ce qui n’est pas la même chose. Ici, il se sert maintenant des mots inflammation et congestion comme tjiio-
294 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, veuses soit extrh , soit intrà-céphahques j et sur les membranes séreuses , ne sont pas toujours accompagnées d’engorgement sanguin, elles n’en sont pas moins de même nature que les autres , puisqu’elles peuvent alterner avec elles. En un mot, dans tous les phénomènes d’irritation périodique, soit qu’on les appelle fièvres , soit qu’on les désigne par toute autre expression , je ne saurais voir qu’une exaltation des forces organiques , qui se fait dans un tissu aux dépens de tous les autres ; ensuite les différences de la texture qui est plus ou moins sanguine, sécrétoire ou nerveuse; celles de la sensibilité, des rapports, de l’importance de l’organe affecté, de la prédisposition, rendent raison de la chaleur générale ou locale, des sécrétions extraordinaires, des douleurs, des phénomènes dits spasmodiques ou convulsifs, de la suppuration , de la gangrène, ou de la mort générale dans toutes les suppositions (i). »
Pour compléter le système de Broussais sur les fièvres intermittentes, ajoutons à ce qui précède, extrait de la partie de Y Examen consacrée à la discussion de la doctrine même de Pinel, les réflexions que présente Broussais sur le même sujet à l’occasion de son analyse raisonnée de l’ouvrage du docteur Hernandez sur les typhus ( ouvr. cité, pag. 73 et suiv, ).
Après avoir combattu l’opinion de cet auteur, qui, avec les disciples de Brown, admet que la fièvre continue , rémittente ou intermittente, consiste en un état asthénique de l’économie, toutes les fois que le pouls n'est pas plein, vigoureux , et que les forces musculaires ne sont pas en excès
nymes , ce qui manque encore d'exactitude. Dans les sciences, 011 11e saurait trop le dire, la précision du langage est de la dernière rigueur.
(1) Les diverses circonstances indiquées ici , j’en demande pardon à l’illustre pyrétologiste dont nous exposons la doctrine, ne rendent point une raison claire et satisfaisante des phénomènes des fièvres intermittentes. Dans toutes ses suppositions, on est toujours étonné de voir lîroussais parler delà suppuration’, de la gangrène comme de phénomènes appartenant à de véritables lièvres intermittentes.
DOCTRINE DE BROUSSAIS
( ainsi qu’i! arrive dans les typhus continus ou intermittents du docteur Hernandez) ; après avoir signalé quelques unes des circonstances qui peuvent faire varier le pouls sous le rapport de sa force et de sa plénitude dans les diverses espèces de fièvres intermittentes, et spécialement dans les bénignes et les pernicieuses comparées entre elles , Broussais expose en ces termes le mécanisme des fièvres intermittentes :
« On ne saurait douter que ce qui constitue les fièvres intermittentes pernicieuses, c’est une excitation partielle ; et pendant qu’elle a lieu, on observe des signes de force ou de faiblesse générale selon V'inYluence sympathique exercée sur les muscles, sur le cœur, par Y organe qui est le terme de la congestion.
» il en est absolument ainsi des intermittentes bénignes; il n'y a pas de différence dans le fond de la modification physiologique : on ne saurait en admettre que dans la forme; et celle-ci est subordonnée à l’activité des causes, à la prédisposition des sujets, soit générale , soit locale. Toute fièvre intermittente offre une congestion passagère, et cette congestion en constitue l'essence: elle est de même nature que l’inflammation, quand elle affecte les tissus vasculaires sanguins, comme on peut s en convaincre dans les cas où le raptus est dirigé vers l’extérieur du corps, sur les yeux , sur le nez, etc. (i) : elle est nerveuse, lorsque Yejfort vital agit sur la pulpe nerveuse, soit dans l’encéphale , soit dans une branche de cet appareil; car j’ai vu des accès marqués par une simple douleur du nerf sciatique: elle est nerveuse convulsive , si elle tourmente les extrémités des nerfs au point où elles se fondent dans la fibre musculaire ; enfin, ce qui démontre l'identité, c’est que, de l’un de ces sièges, elle peut passer dans l'autre chez le même sujet. ( Broussais en a rapporté un exemple ). J’ai vu aussi le raptus agir sur le
(i) Je me suis expliqué plus haut sur la signification et la valeur de ce rapprochement.
FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, tronc du nerf sciatique, après avoir porté sur les sécréteurs du foie. J ai dit qu’on avait rencontré des accès marqués par une activité prodigieuse de la faculté digestive (i); il serait peu surprenant qu’on en observât un jour avec augmentation des forces musculaires. »
Broussais insiste ensuite sur l’intime liaison qui existe entre les phlegmasies, les hémorrhagies et les névroses, et il conclut que les fièvres intermittentes sont aussi bien que les névrosés et les hémorrhagies le témoignage d'un développement réel des forces vitales , et non la preuve d'une diminution d énergie dans le heu ou leurs phénomènes se manifestent (2).
If. Dans ses considérations sur les fièvres intermittentes , comme dans celles sur les fièvres continues, Broussais, il faut 1 avouer, laisse bien loin derrière lui son célèbre prédécesseur et maître, Pinel. L’on ne peut s’empêcher de reconnaître dans ce travail le cachet d’un grand talent d’observationet d’un esprit éminemmentgénéralisateur. Mais encore ici Broussais brille plus pour ainsi dire par sa puissance de critique ou de réfutation que par son génie organisateur. En effet, sa théorie des fièvres rémittentes et intermittentes 11e repose pas sur des principes solides, et, comme on l’a déjà vu par les notes ajoutées à l’exposition de cette théorie, elle ne saurait résister à l’épreuve des faits et d’une rigoureuse discussion. Là , comme dans sa doctrine des fièvres continues, Broussais est entraîné, pour ainsi dire, malgré
(1) Et Broussais confond la congestion , V irritation qui produit ce phénomène avec une véritable gastrite! Soyons justes , toutefois, et reconnaissons que parmi les considérations ci-dessus développées, il en est qui étaient bien propres à laisser entrevoir la véritable nature des maladies appelées fièvres intermittentes.
(2) Toutes les névroses et toutes les hémorrhagies ne sont point le témoignage d’un développement réel des forces vitales. Il y a des névroses et des hémorrhagies passives , comme il y en a d 'actives. 11 y a des hémorrhagies par certaines altérations du sang, et celles-ci ne sont ni actives ni passives , à proprement parler.
D0CTR1NK DK MOUSSAIS.
lui, dans un système de localisation viscérale en général et de localisation gastritjue en particulier, qui ne lui permet pas de distinguer nettement et d’apprécier à sa juste valeur la part que prennent les lésions du système sanguin à la production des phénomènes fébriles. Il néglige complètement l’étude des divers états du sang; il ne fait pas ressortir la différence importante qui existe entre une simple congestion active, une simple fluxion, une simple irritation nerveuse et une véritable inflammation viscérale ou autre. Il parle bien d’une congestion nerveuse, qu’il paraît vouloir distinguer de la congestion des tissus vasculaires sanguins, laquelle est, dit-il, de même nature que l’inflammation, ce qui n est pas toujours vrai. Mais il ne s’explique pas assez expressément sur cette congestion nerveuse. Est- elle de même nature que celle du système vasculaire? alors la distinction dont il s agit n est pas (ondée. Est-elle, au contraire, d’une nature différente? alors elle ne saurait donner lieu aux mêmes effets, et ce serait violer les règles de la logique la plus saine, que d attribuer indistinctement une seule et même maladie , la fièvre intermittente , à une congestion des tissus vasculaires sanguins, qui est de même nature que 1 inflammation, et à une congestion nerveuse qui, n’étant pas de même nature que l’autre, ne saurait être par conséquent de la même nature que l’inflammation. Mais puisque , selon Broussais, la seule différence qui existe entre les deux, c’est que l’une affecte les tissus vasculaires sanguins et que l’autre agit sur la pulpe nerveuse, il est clair que leur nature est au fond la même. Ea différence n est donc que dans le siège , et la différence des phénomènes tient à la différence des fonctions et des propriétés des tissus affectés. Reste donc toujours à déterminer pourquoi une congestion que l’on suppose dénaturé inflammatoire, quel que soit d ailleurs son siège, peut être indifféremment intermittente ou continue. Ea solution du problème na point
298 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, été donnée par Broussais d’une manière satisfaisante. On voit percer quelques éclairs de vérité dans la discussion que nous avons mise sous les yeux du lecteur; mais comme les éclairs qui brillent dans une nuit obscure n’éclairent un moment les objets que pour les laisser enveloppés ensuite de ténèbres plus profondes, de même ceux dont nous venons de parler, après avoir fait luire quelque clarté sur le mécanisme des fièvres intermittentes, le laissent ensuite plongé dans une plus épaisse obscurité.
ARTICLE III
DOCTRINE EXPOSÉE PAR l’auTEUR DANS SON TRAITE CLINIQUE ET EXPÉRIMENTAL DES FIÈVRES DITES ESSENTIELLES.
Avant de faire connaître aux lecteurs les doctrines les plus récentes qui ont été proposées sur le sujet que nous examinons, qu il me soit permis de consigner brièvement ici celles que j’avais cru pouvoir émettre moi-même dans mon Traité des fièvres dites essentielles , publié en i 8^.6.
Dans les considérations préliminaires du chapitre consacré aux fièvres intermittentes , j’écrivais ce qui suit :
«I. Les fièyres intermittentes sont peut-être, parmi toutes les maladies, celles dont la théorie a été le plus longtemps un assemblage informe d’hypothèses grossières et d’opinions ridicules. Le double flambeau de l’anatomie pathologique et de la physiologie, qui a répandu sur la doctrine des fièvres continues de si vives lumières, semble n’avoir encore jeté qu’une lueur incertaine sur celle des fièvres intermittentes.
» MM. Pinel et Broussais s’accordent à considérer les fièvres intermittentes comme étant de même nature que les fièvres continues. Cette opinion est incontestable, si les maladies décrites sous le nom de fièvres intermittentes sont réellement des fièvres. En effet, l'intermittence d’un phénomène n’en saurait changer la nature intime. Ainsi donc, pour prouver que les fièvres intermittentes sont es-