‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 93 sur 125 · DOCTRINE DES FIÈVRES DITES ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

DOCTRINE DES FIÈVRES DITES ESSENTIELLES

» Nous avons démontré que la fièvre méningo-gastrique continue correspond à une irritation gastro-intestinale. Par conséquent, si la fièvre méningo-gastrique intermittente existe , ce ne peut être qu’une irritation générale du système circulatoire, avec irritation locale de l’appareil digestif. Par la même raison, la fièvre ataxique intermittente de M. Pinel, si son existence est réelle, consiste en une irritation générale du système circulatoire, avec irritation de l’appareil encéphalique (i).

» S’il est vrai que dans les fièvres intermittentes les symptômes locaux, soit gastriques, soit cérébraux ou autres, dépendent d’une irritation des organes auxquels ils • c rattachent, on est obligé d’admettre c/ue cette irritation est purement nerveuse, c’est-à-dire non compliquée d’altération de la structure intime de ces organes. En effet, puisque les symptômes dont il s’agit disparaissent avec l’accès, il est clair qu’elle ne constitue pas cette forme d’irritation dans laquelle les parties qui en sont le siège ont éprouvé une altération profonde ou même une véritable désorganisation. Car il est impossible qu’une telle lésion puisse se dissiper en quelques heures, et, si elle ne se dissipe pas, il est impossible que ses symptômes soient intermittents.

» Peut-être, dans les maladies appelées fièvres intermittentes, l’irritation a-t-elle son siège dans le système nerveux clés parties où réside cette irritation ; mais l’inspection anatomique ne nous a nen appris encore à ce sujet. Une considération gui semble militer en faveur de cette opinion, c’est que les irritations des nerfs, auxquelles M. le professeur C/iaussier a. donné le nom de névralgies, affectent assez ordinairement la forme intermittente. Ajoutez a cela que les irritations névral-

(i) Ou voit que je mettais eu doute l’existence des fi vies dites gastriques et ataxiques, sous le type intermittent. .le ne parlais point des fièvi es dites adéno-méningée, gastro-ndynainique , entéro-mésentérique , parce que je les considérais comme incompatibles avec une véritable intermittence.

giques cèdent comme par enchantement à l' administration du quinquina (i).»

II. Tel est le fond des idées que je m’étais formées, dès 1 826, sur la nature des fièvres intermittentes. Déjà, comme on voit, je pensais qu’elles devaient être séparées des fièvres continues, et j’en avais traité dans un chapitre spé* cial. Plus tard, dans ma Clinique médicale, je suis resté fidèle à cette manière de voir. Dans cet ouvrage, en effet, j'ai classé les maladies dites fièvres continues essentielles parmi les phlegmasies, tandis que j’ai placé les fièvres intermittentes parmi les irritations simples de l’appareil nerveux, les rattachant plus spécialement aux irritations du système ganglionnaire ou du nerf grand sympathique.

En adoptant cette classification comme préférable à celle de Pinel et de lous ceux qui avaient fait une seule et même classe des fièvres continues et des fièvres intermittentes je n’ai pas prétendu quelle fût à l’abri de tonte objection.

Quoi qu’il en soit, en relisant dernièrement l’ouvrage de Prost, j’y trouve le passage suivant sur l’objet qui nous occupe : « La fièvre est continue ou intermittente : continue, lorsque les moyens d’irritation agissent constamment sur les systèmes artériel et nerveux; intermittente , lorsque l’excitation varie, et tient essentiellement aux désordres des fonctions de la peau, et à celui des viscères abdominaux (2).»

(1) A côte de ces réflexions sur la fièvre intermittente , j avais placé les opinions de MM. Rayer et Brachet sur le même sujet. Le premier de ces auteurs, dans l’article fièvre intermittente du Dictionnaire de médecine en 21 volumes, avait considéré les symptômes de la fièvre intermittente comme dus à une lésion de la portion cérébro-spinale du système nerveux. Le second, dans un mémoire sur les fièvres intermittentes {Archives générales de médecine , 1820, t. IX, p. 34o), avait émis l’opinion cpie « les fièvres intermittentes consistent dans une modification du système nerveux ganglionnaire. » Mais ces mots lésion , modification , étaient bien vagues: il fallait préciser l’espèce de celte lésion ou de cette modification.

(2) Médecine éclairée , etc., page xxxttl.

doctrine de quelques AUTEURS MODERNES. 3 0 5

Cette proposition prouve (pie son auteur n'admettait point de différence essentielle entre la fièvre continue et la fièvre intermittente, et qu’il expliquait la différence des types par l’hypothèse de causes agissant, tantôt dune manière continue, tantôt dune maniéré intermittente . Jl ajoutait, sans en fournir les preuves, que 1 excitation productrice de la fièvre intermittente tenait essentiellement aux désordres (expression trop vague) des fonctions de la peau, et à celui des viscères abdominaux. Cette dernière partie de la doctrine de Prost ne repose sur aucun fondement solide. Quant à la première, elle n’est juste que dans de certaines limites. En effet, s il ne s agissait que de la fièvre produite par une pure et simple excitation du système nerveux ganglionnaire, on est suffisamment autorisé à considérer cette fièvre comme pouvant être, selon les cas, tantôt continue, tantôt intermittente. Mais s’il est question d’une fièvre entretenue par une inflammation réelle du système vasculaire lui-même , elle est forcément continue.

ARTICLE IV

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES

Parmi les travaux qui ont paru depuis les ouvrages dont j’ai précédemment donné l’analyse , j’examinerai particulièrement ceux de MM. Nepple (i), Maillot (2) , Boudin (3), Audouard(4), Piorry et Monneret (5).

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