‹ Traité de nosographie médicale (volume 2)Chapitre 94 sur 125 · I. M. Nepple voit dans l’intermittence un phénomène · texte numérisé non relu

I. M. Nepple voit dans l’intermittence un phénomène

(1) Essai sur les fièvres rémittentes et intermittentes. Paris, 1828, in- 8 .

(2) Truité des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes observées en France , en Corse et en Afrique. Paris, 1 836 , in-8.

(3) Traité des fièvres intermittentes, rémittentes et continues. Paris, 1 843 , iu-8.

(4) Journal général de médecine^ aris, 1823, t. L\XXilI,p. a38, 33 1 . — Comptes-rendus de i Académie des scienc. Paris, ) 84 2, t. XV, p. 1 67, 2 1 6.

(5) Compendium de médecine pratique. Paris, 1 843, t. V, article Fièvres interbaittentes.

l-'lèVItËS INTtllMltTUNTES 1/1’ ItËMlTTKNTKS. nerveux produit par le fluide de ce nom, qui se porte avec rapidité sur un point irrité, s’y concentre d’une manière extraordinaire, et occasionne momentanément une congestion, qui à son tour provoque tous les phénomènes locaux et généraux de l’inflammation. (Ouvr. cit., p. 292.) En conscience, est-ce là une détermination rigoureuse du siège et de la nature des fièvres intermittentes?

If. M. Maillot pense que la fièvre intermittente est produite « par une irritation qui a pour caractère anatomique une hyperémie de la matière nerveuse et de ses enveloppes. » Nous reviendrons, avec détail, sur les idées de ce médecin dans l’analyse du travail de M. Monneret, où elles ont été amplement exposées.

III. MM. Boudin et Àudouard font dépendre la fièvre intermittente d une intoxication du sang, opinion que, pour mon compte, j’avais aussi émise en 1826, en ce qui concerne les fièvres des marais. Mais quel est le genre précis de cette intoxication? MM. Audouard et Boudin nous laissent à cet égard dans une grande incertitude. Le premier de ces observateurs fait d’ailleurs dépendre directement la fièvre intermittente paludéenne de la congestion de la rate, congestion qui elle même est l’effet de l’empoisonnement par le miasme paludéen. Il va jusqu a l'appel eryîèvre splénique.

IV. Cette théorie nous conduit à celle de M. le professeur Piorry, telle que nous la trouvonsconsignée dans l’article Fièvre intermittente que M. Monneret a publié dans le Compendium de médecine pratique. Selon lui, les miasmes marécageux une fois absorbés exercent une action spéciale sur la rate, occasionnent son hypertrophie, et par suite une fièvre intermittente. Il admet d’ailleurs, comme je l’ai depuis longtemps avancé moi-même, avec divers auteurs, que le point de départ des fièvres intermittentes est dans le système nerveux, et spécialement dans la portion de ce système qui correspond à la rate (dernière

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES. 30 5 opinion qui lui appartient). M. Piorry admet aussi que « toutes les altérations organiques et les contusions de la rate, la splénite, les névralgies de l’ovaire gauche, du nerf intercostal et de l’utérus , peuvent donner naissance aux fièvres intermittentes toutes les fois que la rate est malade et participe aux souffrances des organes voisins.»

Après avoir fait connaître les opinions de M. Piorry sur ce point, M. Monneret conclut que Y hyperémie splénique , loin d’étre cause du mouvement fébrile , n’en est (pie l’effet. Cette conclusion n’est que la reproduction de l’opinion que plusieurs observateurs avaient déjà soutenue, et que j’avais moi-même adoptée, en 1826, en parlant de l’état de la rate.

Que l’affection fluxionnaire de la rate soit primitive ou consécutive, toujours est- il quelle constitue une des circonstances les plus remarquables, un des éléments les plus saillants que présente à notre étude l’histoire des fièvres intermittentes. Je ne fais que noter ici cet état morbide de Sa rate, sur lequel je présenterai de plus amples considérations lorsque, dans un autre endroit de cet ouvrage, je m’occuperai de la description détaillée de la fièvre intermittente, soit simple, soit pernicieuse, soit paludéenne, soit non-paludéenne.

V. Mais passons à l’examen des opinions de M. Monneret sur ce genre de maladie. Cet auteur commence par annoncer qu'il décrira dans l’article relatif à la fièvre INTERMITTENTE, toutes les maladies dont un des éléments est I intermittence , que celle-ci soit liée ou non à un mouvement fébrile. Il divise son travail en cinq chapitres dans lesquels il traite, i° des fièvres intermittentes simples; 20 des fièvres pernicieuses {typhus redoublés ou pu ludiques de M. Auuouard); 3° des fièvres rémittentes; 4° des fièvres sub-continues ou pseudo-continues (il les appelle continues dans le chapitre spécial où il en traite); 5° des maladies i- 20

306 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, dites fièvres larvées (1). Les affections ci-dessus désignées ne sont, selon lui, sous des manifestations variées, que les effets d’une seule et même cause, qu’il existe fièvre ou non, dont un des éléments est l’intermittence. Eh quoi! ces affections ont polir un de leurs éléments l’intermittence, et M. Monneret place parmi elles les fièvres continues !

A. A la fin du chapitre relatif à la fièvre intermittente simple, quand il est question de la classification, nous lisons : « La fièvre interlnittente reste encore une fièvre, une pyrexie essentielle, c’est-à-dire une maladie fébrile dont la cause nous échappe, et qui forme un genre très distinct dans l 'ordre des fièvres... Voici comment il faut désormais classer les fièvres intermil tentes : Au lieu de s’arrêter à la forme seule de l’appareil fébrile, on doit considérer la cause même qui les détermine, et l’on a ainsi les fièvres de mirais, ou fièvres à quinquina, qui constituent un groupe à part de pyrexies, dans lesquelles le mouvement fébrile est intermittent, rémittent ou continu. (Encore des fièvres continues placées parmi les fièvres intermittentes!)» Certes, M. Monneret conviendra qu’il serait bien triste aujourd’hui pour la science d’en être réduit à une classification qui ne repose ni sur le siège ni sur la nature des maladies, et dont les marais et le quinquina feraient ainsi presque tous les frais.

Ce qui suit n’est guère plus satisfaisant pour un esprit ami de l’exactitude et delà clarté : « Nous voudrions aussi, » ditM. Monneret, que l’on envisageât les fièvres des marais

( r) M. Monneret aurait voulu, dit-il, donner à son travail un autre titre. Nous le concevons sàns peine. En effet, comment être satisfait dti titre/fêwre intermittente, pour un article dans lequel on traite des fièvres continues en même temps que des fièvres intermittentes d’une part, et d’autre part de maladies dans lesquelles il n’existe pas de fièvre Assurément, ce n est pas respecter une dés règles les plus importantes de toute saine philosophie scientifique, savoir , de n’employer qriè des termes a sens rigoureusement defini,

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEU1IS MODERNES. 307 » à la manière de Sagar, de Sauvages, de Cullen, et de la » plupart des nosographes du siècle dernier, c’est-à-dire » comme un groupe de maladies qui peuvent se compliquer » d’autres affections. On aurait ainsi des fièvresintermit- » tentes, rémittentes et continues , et dans chacun de ces » trois principaux ordres on décrirait, comme autant d’es- » pèces particulières, les différents types avec leur com- » plication. La fièvre intermittente tierce , par exemple, peut » être, i° simple, 2° rémittente , 3° continue, et se com- » pliquer d’exanthèmes, ou enfin d’accès pernicieux. »

La fièvre intermittente tierce qui peut être continue ! Voilà, selon M. Monneret, où nous conduirait la doctrine de Sauvages et autres, et c’est pour un tel résultat que nous ferions faire à la médecine un progrès à reculons !

U. Au chapitre des fièvres pernicieuses, M. Monneret commence par poser en fait que certains auteurs ont décrit sous le titre de fièvres pernicieuses intermittentes, une pyrexie qui n’a que des rémissions plus ou moins parfaites, ou même une pyrexie tout-à-fait continue (p. 32.5). Pour dissiper cette confusion dans les noms et dans les choses, 1 auteur lui-même n’aurait pas dû décrire, comme il l’a fait, les fièvres continues dans un article consacré spécialement aux fièvres intermittentes.

En lisant le savant chapitre de M. Monneret sur les fièvres pernicieuses, j’espérais voir peu à peu s’effacer de mon esprit les doutes et les pénibles incertitudes qu’y avaient laissés les travaux antérieurs. Mon attente a été, je dois l’avouer à regret, complètement trompée. En effet, après la lecture de ce chapitre, d’ailleurs si recommanda hle, il m’a semblé que, loin de s’évanouir, les ténèbres s'étaient réellement épaissies. Quoi qu’il en soit, après avoir indiqué les di visionsde Mercatus, de Tord, d’Alibcrt, de liai! !y, de M. Maillot, M. Monneret décrit à part chacune des espèces suivantes avec leur vieille synonymie : i" fièvre pernicieuse soporeuse, apoplectique,- léthargique, carotique:

3 08 FIÈVRES 1 JN Tlî RAll TT K N TES ET RÉMITTENTES. trilœophia, J'ebris carolica , soporosa, apoplectica , tertiana , lelhargica , febris cum caro , cataphura, cari causa , irilœophia composa; 2° fièvre pernicieuse délirante; 3° fièvre pernicieuse convulsive; 4° fièvre pernicieuse algide; 5° fièvre pernicieuse diaphorétique ; 6° fièvre pernicieuse cholérique et dysentérique ; 70 fièvre hépatique ou atrabilaire , ictérique ; 8° fièvre pernicieuse cardialgique ( fièvre cardiaque, carditique ,febres cardiacœ leqilimœ de Tord); 90 fièvre pernicieuse syncopale (Torti); io° fièvre pernicieuse pneumonique, pleurétique. Les auteurs, dit M. Monneret, ne font que mentionner les fièvres pernicieuses aphonique, asthmatique, laryngée, croupale, péritonique, néphrétique, exanthématique , gangréneuse, rhumatismale, catarrhale...

Avant de décrire chacune de ces especes, M. Monneret étudie les caractères généraux de la fièvre intermittente pernicieuse. Cette étude nous laisse dans la plus profonde ignorance sur les causes réel les de la pe. niciosi'éA Ay- recherches apalomo-pathologiques de MAL Andouard, Bailly, Nepple et Maillot ne suffisent pas pour la solution du problème. Dans une lettre qu’il lui adresse à ce sujet, un médecin militaire, M. le docteur Rietschel , dit à M. Monneret (jue la pern xiosité 1 ui paraît dépendre des complications étrangères à la fièvre elle-même, formées en même temps quelle on

avant elle, complications qui ont pour siège un organe essentiel à la vie. A cette théorie, M. Monneret oppose cette objection, qu’il avait déjà faite à celle de MM. Audouard, Maillot, etc. : « Si les lésions que l’on trouve sur les cadavres étaient constantes, dit-il, on devrait leur attribuer sans hésitation la perniciosité et la forme rémittente des lièvres; mais comme il existe d autres faits également incontestables qui n’ont révélé aucune lésion appréciable (i), on esL toujours en droit de se demander si ce sont bien

(1) Il faut accorder une médiocre valeur aux recherches anatomicojin Biologiques de la plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet qui

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES

elles qui déterminent la perniciosité et la sub-conlinuité quand elles existent. » Il renouvelle encore cette objection à l’occasion de l’une des principales espèces de la fièvre pernicieuse, celle dite soporeuse, apoplectique, etc. « Il n’existe, selon lui, aucun accord entre les résultats nécroscopiques auxquels les médecins sont parvenus. On est en droit de soutenir que la congestion des méninges et du cerveau est un effet de l’intermittence fébrile, comme les congestions splénique et hépatique en sont d’autres effets. Il est permis enfin de supposer que, dans les cas où l’on a trouvé des hémorrhagies dans les méninges ou dans la pulpe cérébrale, des adhérences entre les deux feuillets de l’arachnoïde, des ramollissements, ou d’autres altérations de la substance cérébrale, ces désordres tenaient à une complication qui a pu marcher rapidement vers une terminaison funeste sous l’influence de l’intermittence. Il serait préférable, en pareil cas, d’appeler ces fièvres intermittentes soporeuses, des fièvres compliquées de telle ou telle lésion. Les fièvres soporeuses, qu’on pourrait nommer légitimes, seraient celles qui ne s’accompagneraient que de simples congestions encéphaliques. »

C. A l’égard de cette perniciosité, M. Monneret répète au chapitre des fièvres rémittentes ce qu’il avait dit au chapitre des fièvres intermittentes pernicieuses. Nous n’avons donc pas à revenir sur ce point. Nous ajouterons seulement à ce que nous avons dit un peu plus haut, que, si la forme rémittente et la perniciosité étaient réellement dues aux complications signalées précédemment par M. Monneret, et que cette forme fut inséparable des complications dont il s’agit, il en résulterait que la dénomination de fièvre intermittente pernicieuse serait une sorte de contre-sens nominal, puisque la perniciosité coïnciderait toujours avec la forme

nous occupe. Elles ont été exécutées avec des méthodes trop imparfaites , et n'ont pas porté sur les objets les plus importants, tels que le san;;, par exemple.

310 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, rémittente (ou continue, comme nous le verrons plus bas). M. Mqnneret n’a pas cru devoir s’arrêter à cette question de mots, et je n’y ferais aucune attention moi-même si sous cette question de mots n’était cachée une très grave question de choses.

Tout ce que nous dit M. Monneret des diverses espèces de fièvres rémittentes indiquées tout-à-1’ heure, et auxquelles il ajoute, on ne sait trop pourquoi , trois autres fièvres rémittentes compliquées , sous les dénominations de fièvres rémittentes inflammatoire, gastrique sabwrale , gastrique bilieuse (je dis on ne sait trop pourquoi, parce que ces dénominations ne sont guère que la reproduction de quelques unes des dénominations déjà proposées), tout cela, je le répète, est pour moi une sorte d’énigme où mon esprit se perd complètement.

Au chapitre des fièvres rémittentes , M. Monneret déclare encore, en commençant, que les fièvres rémittentes de certains auteurs sont des fièvres continues de certains autres, et que la synonymie de ces fièvres n’est pas facile à établir. Il est impossible de savoir à quelle maladie déterminée se rapporte la description générale qu’il donne, d’après Baumes (i),de la fièvre rémittente, laquelle, selon lui, peut revêtir tous les types. Sur la foi de M. Maillot, M. Monneret établit que les lésions qui s’y rattachent, indépendamment de toute complication, sont la congestion des vaisseaux de la pie-mère, et peut-être de la pulpe cérébrale. Mais il a bien soin d’ajouter que les nécropsies pratiquées par M. Maillot laissent beaucoup à désirer.

Abordant ensuite la description des diverses espèces de fièvres rémittentes, M. Monneret avoue qu’il ignore réellementce que c’est que lafièvre rémittente: si, selon l'opinion de MM. Maillot etNepple, elle est un composé d'une fièvre intermittente , et d’une lésion, de quelque viscère , qui jouerait le rôle cle complication , ou si elle est une fièvre intermittente

(i) Traité des fièvres rémittentes. Montpellier, 1821, 2 vol. in-8.

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES. 311 qui, en raison de la dose considérable du poison miasmatique paludéen introduit dans l économie , tend à devenir continue , les lésions et les troubles Jonctionnels graves que l’on observe n'en étant que des effets et des déterminations morbides toutes secondaires.

Cela posé, M. Monneret admet pour les fièvres rémittentes les divisions c[ue voici : \° fièvre rémittente simple ; 2° avec forte réaction de l appareil vasculaire ; 3° avec prédominance de symptômes bilieux , sans lésion appréciable du J'oie; 4° avec prédominance de symptômes gastro-intestinaux ; 5° avec trouble profond de l' innervation : a des centres nerveux , B de l’appareil respiratoire , c circulatoire , D de t estomac ou de l'intestin , e d'une altération du sang. Ces divisions sont loin, je l’avoue, de me rendre plus claire et plus intelligible la théorie des fièvres rémittentes, etje me demande pourquoi, puisque les fièvres intermittentes, rémittentes et continues de M. Monneret peuvent également être pernicieuses, il a fait un chapitre spécial pour les fièvres intermittentes pernicieuses.

D. Nous venons de voir des fièvres intermittentes rémittentes; il s’agit maintenant du quelque chose de plus singulier encore, c’est-à-dire de fièvres intermittentes continues. Expliquons-nous sur ce jeu de mots. Je dis qu’en décrivant à l’article des fièvres intermittentes , des fièvres continues, on est ep quelque sorte forcé de réunir des choses incompatibles, ce qu’il eût été facile d’éviter, si, au lieu de décrire ainsi les fièvres de tous les types à l’article fièvre intermittente, on les eût décrites à l’article fièvre ou fièvres en général. Mais dire que dans la grande classe des fièvres intermittentes se trouvent comprises à la fois des fièvres continues d'une part, et des maladies sans fièvre, d’autre part, c’est, comme je l’ai déjà dit, bien peu se conformer aux lois de la saine nosologie, de la saine nomenclature et de la saine logique. L’auteur reconnaît lui-même « que c’est par un étrange abus de mots qqe l’on place parmi les

312 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, fièvres intermittentes, les fièvres continues et les rémittentes. » ( P. 1 54-)

Poursuivons notre exposition. « Les fièvres intermittentes, rémittentes et continues, ne sont, dit M. Monneret, que des degrés différents d’une même affection. Dans la fièvre continue, l’appareil fébrile persiste sans rémission ni exacerbation appréciables, et l’observateur qui ne consulterait que la marche de la maladie , sans remonter à son origine première, y trouverait tous les

caractères d’une fièvre continue essentielle (i) Sans

aucun doute, elle n’est point de la même nature que les pyrexies non paludéennes ; mais quant aux symptômes et à la marche de la maladie, la continuité est bien réelle. » Ainsi, voilà maintenant deux espèces de maladies que l’on désigne par le seul et même nom de fièvres continues , et cependant on proclame qu’elles ne sont point de la même nature! Comment peut-on donner une même dénomination à des maladies de nature différente? L’auteur invoque à l’appui de sa doctrine l’autorité de M. Maillot, qui, dans ses Recherches sur les fièvres intermittentes du nord de l’Afrique , s’exprime ainsi : « Que l’on ne croie pas que les affections continues, une fois établies, ne révèlent en rien dans leurs symptômes leur affinité avec les affections intermittentes. Transporté du nord de la France au milieu de nos salles, un médecin verra dans toutes les gastro-céplialites des affections vraiment continues, et les traitera comme telles. Cette erreur est inévitable, parce qu’il n’y a plus de rémittence, plus de sub-intrance , plus de paroxysme saisissable. » (P. ai.)

M. Maillot se trompe ici : d’abord, un médecin versé dans les principes de la médecine exacte ne désignera

(i) Assurément; et j’ajouterai même que cette fièvre continue dont il est question serait encore plus continue que la fièvre continue essentielle à laquelle on fait allusion ici; car il est bien rare que celle-ci persiste sans rémission ni exacerbation appréciables.

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES. SI 3 point sous le nom de gastro-cépha/ites des fièvres intermittentes proprement dites , et , d’un autre côté , s’il rencontre des fièvres continues qui soient évidemment produites par l'action d’un miasme paludéen, il saura tenir compte de cette donnée dans leur traitement, qu’il modifiera d'ailleurs d’après les circonstances en vertu desquelles la continuité existe et non l’ intermittence , circonstances dont on chercherait bien vainement la détermination précise dans l’ouvrage de l’honorable confrère que nous venons de citer. Certes, nous ne prétendons pas nier toute consanguinité entre les fièvres intermittentes et les fièvres rémittentes et continues que l’on voit régner en même temps dans les pays marécageux ; mais la consanguinité n’est pas 1 identité : il y a aussi de la consanguinité entre certaines pleurodynies et des pleurésies , entre certaines céphalalgies et des méningites; mais il n’y a pas pour cela identité complète , et nous pensons qu’entre les fièvres vraiment intermittentes et les fièvres vraiment continues des marais, il y a la même différence qu’entre les deux espèces d’affections que nous venons de comparer.

Cependant, selon M. Monneret , « les symptômes des fièvres continues sont absolument les mêmes que ceux des fièvres intermittentes.» Si l’on demande maintenant comment parmi des maladies à symptômes absolument les memes, et partant à lésions organiques et vitales absolument les mêmes aussi, les unes affectent une marche intermittente, les autres une marche continue, on ne trouve point de réponse satisfaisante dans le travail que nous examinons.

Ces fièvres continues y sont catégorisées, comme les intermittentes, en bénignes eten pernicieuses, et l’on y donnele nom de bénignes à des fièvres qui comptent parmi leurs symptômes des pétéchies nombreuses , des selles sanguinolentes. (P. 23 i .) Ces fièvres bénignes ne sont point divisées en espèces distinctes comme les pernicieuses. Ces dernières comptent les cinq formes suivantes : i° la comateuse ; 2° la

31 h FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES. délirante ; 3° Y algide; 4° la dysentérique ; 5° la typhoïde. Sans nous prononcer sur l’exactitude de cette division, nous ferons remarquer qu’elle n’est pas la même que celle des rémittentes, ni celle-ci la même que celle des intermittentes, et cependant ces trois ordres de fièvres sont censés ne constituer qu’une seule et même maladie. Est-ce là de la précision, de la clarté, de la véritable médecine?

«Dans les fièvres paludéennes, M. Maillot avance , ajoute M. Monneret , qu’à l’autopsie on trouve constamment une altération du centre cérébro-spinal, par laquelle il explique la mort. Si la congestion s’isole ou au moins prédomine dans la substance blanche et centrale du cerveau, on a la forme comateuse; la forme délirante, si la congestion s’opère sur les membranes d’enveloppe et sur la substance grise delà périphérie de l’encéphale; la forme algide si la congestion s’établit sur la moelle épinière.

» M. Maillot regarde ces congestions comme étant de nature irritative et nullement inflammatoire , mais comme pouvant le devenir sous l’influence des congestions répétées qui déterminent les accès , ou de l'intensité de la cause , comme on l’observe dans les fièvres continues. »

Le chapitre que nous examinons étant spécialement consacré aux fièvres continues, il était bon de n’y pas confondre et les lésions anatomiques propres aux fièvres intermittentes, et celles qui appartiennent aux continues. D’un autre côté, puisque les symptômes sont absolument les mêmes dans les deux catégories, il serait assez singulier que les altérations anatomiques, au contraire , fussent absolument différentes. C’est pourtant ce qui semble résulter du passage que nous venons de citer. En effet, les congestions dont parle M. Maillot ne seraient nullement inflammatoires dans l’une de nos deux catégories , tandis qu elles pourraient le devenir dans l’autre ( celle des continues ). A l’exemple de M. Monneret, nous pensons donc que les recherches unatomico- pathologiques de M. Maillot laissent

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES. . 315

beaucoup à désirer. Mais nous ne faisons ici qu’examiner les inductions qu’on en peut tirer relativement à l'identité admise par ce médecin et par M. Monneret entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues. Or, ces recherches ne seraient rien moins que favorables à cette doctrine, puisqu’elles attesteraient que dans les unes il existe des inflammations , et qu’il n’en existe nnllement dans les autres, mais seulement des congestions irritatives. S’il en était ainsi, nous trouverions dans les recherches mêmes de ceux que nous combattons une démonstration nouvelle de notre propre doctrine sur les différences fondamentales qui distinguent entre elles les fièvres continues et les fièvres intermittentes.

Mais, comme pour redoubler notre incertitude, et, si j'ose le dire, notre désappointement, on ajoute «que, dans un cas relatif à la forme typhoïde des fièvres continues, M. Laveran, à l’autopsie, ne trouva aucune altération du tube digestif, et seulement du sang infiltré dans le tissu cellulaire des membres. » Certes, quoi qu’on dise, voilà une fièvre continue typhoïde qui ne ressemble guère à nos véritables fièvres typhoïdes bien caractérisées !

Puisque tout est confusion et contradiction dans les auteurs qui ont écrit sur les fièvres intermittentes, on ne sera pas étonné qu’ils aient décrit sous le nom de fièvres intermittentes lancées ces fièvres continues dont nous parlions tout-à-l’heure, par l’excellente raison qu’elles se présentent sous le masque de fièvre continue. Quant à M. Monneret, il ne veut pas qu’on accorde un masque à cette espèce de fièvres, bien que continues, elles doivent être, selon lui, considérées comme des intermittentes vraies (i).

(i) J. Franck, en particulier, avait donne le nom de larvées à ces fièvres C07ilinues , cpii sont néanmoins intermittentes; d’autres les ont appelées pseudo-continues. Toutes ces expressions attestent le déplorable état de la science. En considérant comme des fièvres intermittentes vraies des fièvres continues , M. Monneret est forcé de reconnaître que c’est là un

316 FIÈVRES INTERMITTENTES F.T RÉMITTENTES.

Il trouve plus raisonnable de réserver le nom de fièvres larvées pour celles qui revêtent les symptômes et toutes les apparences d’une autre maladie , mais qui appartiennent aux affect io ns périod iq lies .

Il est bien vrai que le nom de fièvres intermittentes appliqué à ces dernières n’est pas des plus rigoureux, puisque la plupart d’entre elles, pour ne pas dire toutes, existent sans fièvre. Mais doit-on y regarder de si près, et qu’importe un contre-sens nominal de plus ou de moins? Ce vice de nomenclature n’a point échappé à M. le docteur Monneret : aussi serait-il plus convenable, selon lui, d’ap peler maladies intermittentes les fèvres lamées qui ne sont accompagnées d’aucun mouvement fébrile, en ajoutant au nom de la maladie Y épithète qui en fait connaître la nature et le siège (i).

Assurément, ce n’est pas nous qui contesterons la justesse fie cette remarque. Si M. Monneret avait suivi la méthode qu’il recommande ici dans le savant article que nous analysons, il aurait épargné à 1 esprit de ses lecteurs bien des obscurités et des incertitudes vraiment désolantes; mais en médecine, comme ailleurs, il est plus

étrange abus de mots ( Compendium , t. V, pag. 354)- Mais qui nous force ilonc à cet étrange abus de mots, inconnu dans toute science qui se pique de quelque exactitude?

(i) J’ai dit un peu plus haut que toutes les maladies appelées fièvres larvées appartenaient à la catc'gorie dont il s’agit. La lecture attentive du chapitre 5 de M. Monneret prouvera que cette assertion n’est point démentie par les faits que cet auteur a étudiés. Que serait-ce, en effet, qu’une maladie intermittente avec lièvre? Elle rentrerait évidemment dans quelqu’une de ces fièvres qui ont été examinées dans les quatre précédents chapitres, et ne mériterait plus dès lors le nom de fièvre larvée proprement dite. Au reste, on ne saurait trop le répéter: raisonner, argumenter avec des termes qui n’ont aucun sens précis, lise, invariable, parfaitement déterminé, c’est s’exposer à ces disputes logomachiques, dont la médecine aurait bien dû laisser le triste et stérile privilège aux sciences qui ne relèvent pas du tribunal de l’observation et de 1 expérience directes.

doctrine de quelques auteurs modernes. 317

aisé de donner de bons conseils que de les mettre en

pratique.

Au reste, il faut convenir que celui-là se ferait une idée bien fausse et bien incomplète des fièvres continues engendrées par les émanations marécageuses, qui les considérerait comme de pures et simples inflammations. Les noms de fièvres synoques putrides, de fièvres putride, maligne, pestilentielle des pays chauds, de typhus paludique, etc., par lesquels elles ont été successivement désignées, selon M. Monneret, indiquent assez qu il s’agit ici d’autre chose, et qu’il faut admettre un autre élément. Cet élément, c’est 1 empoisonnement spécial, 1 infection sui generis du sang. Sous ce rapport, nous sommes de l’avis de M. Monneret, quand il dit : « L’altération du sang nous paraît jouer un rôle important dans la production des fièvres continues paludéennes. Comment, en effet, ne pas être frappé de la fréquence de l’état typhoïde, des hémori bogies , des ecchymoses, des gangrènes;...»

A j »rès avoir rappeie que, touchant la nature des fevi es continues ou a émis les mêmes opinions que poui celle des rémittentes et des pernicieuses (je me sers des mots de 1 au-

teur ), M. Monneret conclut en faveur de l’opinion qui attribue la violence des accidents et la continuité de la fièvre paludéenne à une lésion viscérale persistante compliquant l’empoisonnement miasmatique... Mais nous ne trouvons rien de précis, de positif, ni sur le siège ni sur la nature de cette lésion viscérale persistante.

K. Voyons maintenant la doctrine de M. Monneret sur les maladies périodiques à quinquina, dites fièvres larvées.

« La fièvre intermittente peut, dit-il, prendre le masque d’un grand nombre de maladies : elle simule tantôt une fièvre, tantôt une hémorrhagie (métrorrhagie, épistaxis, pneumorrhagie); tantôt une congestion que 1 on a prise à tort pour une inflammation, car elle en chffèie pai sa marche et sa terminaison rapides (ophlhalmie, congestion

318 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, encéphalique) ; tantôt elle se présente sous la forme d’une névralgie (névralgie faciale, otalgie, odontalgie); ou d’une névrose (chorée, amaurose, épilepsie).

Les névralgies, et après elles les névroses, sont les maladies avec lesquelles I’intermittence se masque le plus ordinairement.

Les névralgies se montrent plus souvent que toute autre affection dvecle type intermittent. M. Mondlère èii a trouvé dans différents ouvrages 70 dont l’intermittence était complète (af névralgies sus-orbitaires, 16 frontales, 4 temporales, 26 faciales, 10 du lobule de l’oreille, 3 sciatiques, i cervico-brachiale).

«Il ne faut pas, ditfort bien M. Monrieret , adrnettre à la légère 1’existencé des névroses franchement intermittentes, et confondre la périodicité avec l’intermittence. Une maladie petit très bien, être périodique sans être pour cela intermittente. La périodicité comporte l’idée d’accès et d’intermittence, mais irrégulière. Dans Y intermittence, ces accès et cette intermittence, ou, en d’autres termes, les périodes, affectent litie régularité parfaite. En comprenantainsi l’intermittence, nous trouvons que la chorée, l’épilepsie, la dyspnée, purex iilferit nerveuses, eltantd’autres névroses, sont des maladies paroxystiques ou à périodes, etnori des intermittentes larvées.

» Lôplatid prétend que les fièvres intermittentes larvées peuvent encore affecter des formes autres que celles que nous avons déjà fait connaître. La rliumatalgie musculaire ou articulaire , I’amaurose , la migraine , le catarrhe et l’astlnne, les palpitations nerveuses, les douleurs spléniques, la néphralgie, l’hystérie, le hoquet, la gastralgie, l’entéralgie, peuvent appartenir à la fièvre intermittente larvée; elles affectent, suivant lui, les types quotidien, tierce ou double- tierce, quarte oit double-quarte. »

M. Monneret admet qu’on a vu des fièvres larvées revenir tous les huit jours ( ophthalmies , hémicranies, octanes de M. Burnier, Foritan et Mèynier, salins diversus).

DOCTRINE DE QUELQUES AUTEURS MODERNES. 319 Bartholin, Camérarius, parlent de diabète iiitëhni lient mensuel. M. Mondière a récemment publié l'observation d’un diabète insipide qui revenait d’abord tous les deux jours, puis tous les huit jours. M. Monneret pense qu’il ne faut y voir que des exemples de maladies pseudo-intermittëntes qui ne cèdent pas au quinquina. Quelquefois, ajoute-t-il , le frisson , la chaleur et la sueur n’occupent qu’une moitié du corps ou une seule partie, le visage, lé briis, le côté de la poitrine, par exemple ( fièvres topiques des auteurs).

En vérité, que penser d’une doctrine dont la conséquence serait de placer ainsi jusqu’au diabète lui-mëmè à coté dune fièvre intermittente proprenieiit dite, soit simple, soit pernicieuse? Qu’est-ce qu’un diabète qui revêt la forme d’accès mensuels? Quand cesserons-nouS doué d’appuyer nos doctrines sur des faits empruntés à dé vieux auteurs auxquels l’art de bien observer était nécessairement inconnu, au lieu de leur donner pour fondement des faits recueillis avec toute la précision que comportent nos tnëthodes actuelles d’exploration, si supérieures à celles de nos devanciers? Gomment se reconnaître au milieu de choses et de dénominations telles que celles dont nous venons d’offrir le bizarre tableau? Qu’est-ce queleProtée de la fable en comparaison delà fièvre intermittente? Quel Protée-modèle, en effet, qu’une maladie qui se métamorphose à son gré, ou plutôt au gré de l’imagination de Certains auteurs, en fièvre, en hémorrhagie, en chorée, en amaurose, en épilepsie, en névralgie; qui vous apparaît chez l’un sous le tnasque d’une métrohémorrbagie ou d’une éjiistaxis, chez uil second sous le masque d’une otalgie ou d’une Sciatique, et, chez un troisième, sous le masque d’une ophthalmie ou d’une congestion cérébrale, etc., etc.! Quoi! c’est pour vous un empoisonnement miasmatique paludéen, que la fièvre intermittente, celle surtout qu’on appelle pernicieuse, et vous considérez comme tel une simple migraine,

320 LIÈVRES 1 N T li R M 1 TTE N T ES ET RÉMITTENTES, un simple mal de dent! et vous croyez qu'une seule et même maladie peut être indifféremment une hémorrhagie, une fièvre, une névrose, une phiegmasie, etc. ! En présence de telles doctrines, aujourd’hui comme il y a près de vingt ans, je pourrais donc dire : « Les fièvres intermittentes sont peut-être, parmi toutes les maladies, celles dont la théorie a été le plus longtemps un assemblage informe d’hypothèses grossières et d'opinions ridicules. » ( Traité des fièvres dites essentielles, ch. Fièv. intermitt., Consid. pvélimin.)

F. En définitive, voici la classification de M. Monneret relativement aux maladies dont il s’est occupé à l’article févre intermittente ;

Première classe. Fièvres à quinquina, comprenant toutes les fièvres intermittentes, soit pernicieuses, soit continues, soit rémittentes.

Deuxième classe. Toutes les maladies, quels qu’en soient la nature et le siège, qui ont des périodes revenant avec une certaine régularité, et qui guérissent par le quinquina: on les appellerait maladies périodiques à quinquina, tille comprend les fièvres dites larvées et les maladies qui ue sont pas fébriles, mais qui ont été réunies aux fièvres larvées.

Troisième classe. Maladies tout-à-lait étrangères aux deux premières, qui constituent une seule et même famille, comprenant les maladies à périodes paroxystiques, dont les accès ne sont pas réguliers, et qui résistent au quinquina (épilepsie, manie, hystérie, asthme, convulsions, chorée, etc.). On peut encore les appeler pseudo-intermittentes. C’est à tort que Cas. Médicus les a regardées comme étant de la même famille que les fièvres intermittentes.

Il faut mettre au nombre des maladies pseudo-intermittentes celles que M. Méfier appelle maladies intermittentes à courte période, comme, par exemple, des convulsions qui se renouvellent d’heure en heure. M. Monneret déclare

DOCTRINE DK QUELQUES AUTEURS MODERNES. 321 qu’on a eu tort de ne pas étudier avec soin les maladies à période plus courte que ne le sont les types quotidien, double-quotidien et quadruple-tierce, mais il ne peut consentir à y voir des maladies que l’on devrait rapprocher des fièvres intermittentes dites larvées. «Un second ordre de fièvres pseudo-intermittentes se compose, selon M. Monneret,de celles qui sont symptomatiques d’une maladie viscérale pins ou moins facile à reconnaître (suppuration interne à la suite des amputations et des grandes opérations chirurgicales, la pénétration du pus dans le sang, quelle qu’en soit la cause, la phlébite, l'état puerpéral, des abcès symptomatiques des maladies des os, une blennorrhagie, une orchite, une contusion de la rate, l'introduction d’une bougie dans l’urètre, l’éruption de la dernière dent molaire, l’infection vénérienne, la lèpre, l’hystérie, l’arthritis, les calculs biliaires, le scorbut, la chlorose, le cancer, la phthisie pulmonaire, les maladies des ovaires, des os du bassin, la carie du rocher, la présence de vers dans l’intestin). » Quel amalgame!

Les caractères à l’aide desquels on peut distinguer les maladies à quinquina des maladies pseudo- intermittentes à périodes longues ou courtes sont assez mal déterminés par M. Monneret. Le meilleur, dit-il, c’est qu’ elles cèdent merveilleusement au sulfate de quinine, tandis que les pseudointermittentes ne sont pas modifiées plus avantageusement par ce remède que beaucoup d’autres affections. Ce caractère a le grave inconvénient de ne servir au diagnostic qu’après 1 époque où il eût été important d’établir ce diagnostic; car, pour bien traiter une maladie, il faut d’abord en avoir posé le diagnostic. Néanmoins, à défaut d’autres, il a sa valeur : naturam morborum ostendit curatio (i). Mais

(t) Il estbon de rappeler toutefois (pie, d’une part, les fièvres rémittentes et continues, (pie M. Monneret a placées parmi les intermittentes, ne cèdent pas toujours au quinquina, comme ne le prouve que trop l’article mortalité de l’auteur, et que ce médicament, d’autre part, peut être

322 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, la plupart des cas qui ont été entassés plus haut, sans affinité réelle entre eux, sont tellement différents d’une fièvre intermittente franche et légitime, que toute confusion de celle-ci avec les autres, de la part dun observateur exercé, est impossible. Il faut seulement ne pas oublier qu’une véritable fièvre intermittente peut coïncider avec certaines des affections indiquées plus haut, et qu alors il importe de ne pas considérer comme une seule et môme maladie des états morbides essentiellement différents, soit par leur siège , soit par le fond qui les constitue.

Par celte classification, qui résume la doctrine de M. le docteur Monneret, nous voyons, je le répète pour la dernière fois, qu’il confond en une seule et même classe les fièvres intermittentes, les fièvres rémittentes et les fièvres continues. Il les réunit sous le nom commun de fevres a quinquina, et il leur oppose, sous le nom de maladies périodiques à quinquina, d’autres maladies dont les unes sont des fièvres, et dont les autres sont des affections sans fièvre. Mais pour quelle raison les fièvres de cette seconde classe ont-elles été séparées de celles appelées fièvres à quinquina, puisque, comme celles-ci, elles guérissent par le quinquina? Pourquoi, d’ailleurs, la périodicité ou l’intermittence constitue-t-elle le caractère constant, invariable, des affections de cette seconde classe, tandis quon avance que parmi celles de la première on range des fièvres continues ?

Je m’arrête ici; mais, avant de terminer, je préviens les lecteurs que, au chapitre des irritations des différentes parties dont se compose le grand appareil nerveux, nous

employé avec avantage contre des maladies autres que celles dont il s’agit ici. Pour mieux caractériser ces deux premières classes de maladies à quinquina , M. Monneret aurait bien voulu les rattacher toutes à une influence paludéenne; mais on n’est pas assez sur, dit-il, que cette cause soit la seule capable de produire la périodicité fébrile ou non fébrile.

( Ouv. cil., pag. 354- )

CLASSIFICATION LT N^TUllE DES F1ÈVUES INTERMITTENTES. 3 ‘2 3 aurons à revenir sur les graves questions agitées dans le cours de noire examen des doctrines sur les diverses maladies appelées fièvres intermittentes

ARTICLE V

CONCLUSIONS DÉFINITIVES SV B LA NATURE ET CA CLASSIFICATION DES MALADIES DITES FIÈVRES INTERMITTENTES.

I. D’après les auteurs que nous avons analysés dans les articles précédents, les opinions sur la nature des fièvres intermittentes peuvent être ramenées à deux principales. Suivant la première de ces opinions, ces fièvres, comme les continues dites essentielles, constitueraient des maladies différentes des pblegmasies et des simples irritations. Dans la seconde de ces opinions, elles devraient être, au contraire, ralliées à l’un des deux ordres de cette dernière classe de maladies. Si les maladies décrites sous le nom de fièvres intermittentes méritent réellement ce nom de fièvres, la première des deux opinions indiquées tombe pour ainsi dire d’elle-même. En effet, si les fièvres intermittentes sont de la même famille que les continues dites essentielles, comme celles-ci, elles doivent, conformément à la seconde des opinions exposées plus haut, être rangées dans la classe qui comprend les pblegmasies proprement dites et les simples irritations.

Mais ces deux genres de fièvres diffèrent entre eux sous le rapport de leur type; il reste à déterminer quelle est la cause réelle de cette grande différence. Or, nous avons clairement démontré, je crois, que les pblegmasies proprement dites ne se présentaient jamais sous le type intermittent. Donc les fièvres intermittentes n’appartiennent pas à l’ordre des pblegmasies proprement dites.

H. Puisqu’il en est ainsi, et qu’il est également certain que les accès de ces maladies offrent les caractères indubitables de l’état fébrile, c’est-à-dire d’un état qui, de l’a-

3 2 U FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES, veu de tous les auteurs, est constitué par un surcroît dexcitcment ou par une irritation de 1 appareil sanguin, il est évident que les fièvres intermittentes se rangent naturellement dans l’ordre des simples irritations.

La fièvre intermittente est donc a la fievre continue ce qu’est, à la phlegmasie de l’appareil sanguin la simple irritation nerveuse de ce même appareil.

Cette doctrine étant une fois admise, il reste à distinguer les maladies appelées fièvres intermittentes en deux grandes espèces. Dans celles de la première espèce, l’irritation ou le surcroît d’excitement constitue en quelque sorte toute la maladie. Dans celles de la seconde espèce, a cet élément s’en ajoute un autre, savoir, l’elément infectieux, l'élément paludéen. Ces deux espèces correspondent à nos deux espèces de fièvres continues.

DI. Voici maintenant des faits qui s’accordent en quelque sorte merveilleusement avec notre doctrine. On sait que, sous le nom assez bizarre de fièvres larvées, les auteurs ont décrit des maladies apyrétiques, qui sont de véritables névralgies, d’origine miasmatique ou non-miasmatique. Eh bien! ces irritations nerveuses locales sont aux pblegmasies des parties dans lesquelles elles apparaissent ce que les fièvres intermittentes sont aux fièvres continues. Ces fièvres intermittentes locales, s’il m’est permis de parler ainsi, avaient été faussement considérées par Broussais et quelques autres comme des inflammations proprement dites. Elles ne sont à leur véritable place que parmi les névralgies (i).

Mais, dira-t-on, ces névralgies, ces irritations nerveuses,

(i) Je ne prends pas ici le mot névralgies clans son acception éiymologiquc (douleur Je nerf); je l'emploie comme synonyme d’ irritations nerveuses. Dans son sens rigoureux, le mot névralgie ne pourrait être donné qu’à l’irritation des nerfs du sentiment ou delà sensibilité generale (sensibilité animale de lccole de Bichat).

CLASSIFICATION ET NATURE DES FIÈVRES INTERMITTENTES. 325 ne sont autre chose qu’une fièvre intermittente qui ci pris le masque de ces maladies (fièvre larvée), c til faut hicn se garder de confondre deux choses aussi différentes. Si notre esprit avait moins de tendance à se payer de mots au lieu de choses, on pourrait se dispenser de répondre à ceux qui prennent au sérieux un pareil raisonnement, c’est-à-dire qui prennent une figure de rhétorique pour une véritable raison scientifique. Que nous importe, en effet, qu’une névralgie, une irritation nerveuse intermittente, soit dépouillée de son nom accoutumé pour revêtir celui de fièvre larvé'? En changeant de nom, la chose change-t-elle de nature? Pourquoi, d’ailleurs, donner ainsi le nom de fièvre à des névralgies locales, telles qu’une otalgie, une pleurodynie, etc., etc., qui, par elles -mêmes, 11e constituent point une fièvre, en ajoutant à ce mot celui de larvée, qui, en conscience, ne signifie absolument rien ici, et 11e serait tout au plus qu’un voile ] été sur notre ignorance?

Que ces névralgies locales se rencontrent dans certains cas avec une véritable fièvre intermittente , bénigne ou pernicieuse, c’est là une coïncidence qui, dans notre doctrine, est fort naturelle, puisque cette fièvre elle-même n’est autre chose qu’une irritation intermittente, une sorte de névralgie du grand système nerveux ganglionnaire ou nerf grand sympathique, avec ou sans infection paludéenne. On comprend avec la même facilité comment ces fièvres intermittentes dites larvées , ou, ce qui est la même chose, ces névralgies locales, peuvent alterner avec la véritable fièvre intermittente, c’est-à-dire avec la névralgie d’un système nerveux général.

IV. Enfin cette doctrine nous permet également de nous faire une idée plus satisfaisante des rapports et des différences qui existent entre les fièvres continues et les fièvres intermittentes, résultat précieux qu’on demanderait vainement aux autres doctrines précédemment discutées.

326 FIÈVRES IiSÏÈKMITÎÈNTÈS et rémittentes.

L’élément commun à ces deux ordres de fièvres, cest l’excitation de l’appareil sanguin : cet élément se rencontre, en effet, dans un accès de fièvre intermittente comme dans une fièvre continue, et l’on peut, sans un rapprochement forcé, soutenir qu’une fièvre continue n’est réellement qu’un accès de fièvre intermittente prolongé, ou, réciproquement, qu’une fièvre intermittente n’est qu’une fièvre continue qui se répète à des intervalles réguliers. Dans les fièvres intermittentes comme dans les fièvres continues, l’élément indiqué ci-dessus peut exister seul ou combiné avec Un état d’infection miasmatique de la masse sanguine ( r).

Voici maintenant l’élément différentiel ou distinctif qu’il faut admettre entre les deux ordres de fièvres que nous étudions. Dans les fièvres continues , il existe, soit dans l’appareil sanguin lui-même, soit dans les différents organes, une véritable inflammation qui tient sous son empire i excitement fébrile, et le fait participer à ce type continu quelle affecte nécessairement. Dans les fièvres intermittentes, au contraire, l’excitement fébrile est dégagé de tout état réellement inflammatoire des organes, soit général, soit local , condition sans laquelle le type intermittent serait absolument impossible. Ce que nous disonsici est tellement vrai, tellement fondé sur l’observation attentive des faits, que, dans les fièvres appelées intermittentes , toutes les fois qu’une véritable inflammation s’allume, la maladie revêt le type continu , et de là ces fièvres continues que certains auteurs, M. le docteur Monneret entre autres, par le plus singulier des abus de mots, ont désignées Sous la dénomination dé fièvres intermittentes, en y ajoutant, il est vrai,

(i) Que cette infection provienne des émanations végétales en putréfaction pour les fièvres intei mittentes, et des émanations des matières animales en putréfaction pour les fièvres continues, c’est là une question que nous examinerons ailleurs, mais dont la solution ne nous est pas necessaire en ce moment.

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