INFLAMMATION DE L APPAREIL SANGUIN
recherches de P. Frank. Il faut avouer, d’ailleurs, que Tommasini lui-même manquait des données cliniques nécessaires pour féconder ses idées, et tirer toutes les conséquences légitimes des principes qu’il avait posés (i).
Depuis vingt-cinq ans passés que Pinel fit paraître la dernière édition de sa Nosographie, de très nombreuses et très importantes recherches ont été faites , surtout en France, sur les phlegmasies du système vasculaire et les lésions concomitantes du sang. Depuis plus de vingt ans, je n’ai cessé pour mon compte d’étudier ces maladies, soit sur le vivant , soit sur le cadavre ; et déjà , en 1826, cette élude clinique m’avait conduit, d’une part à localiser définitivement la fièvre dite inflammatoire essentielle dans le système sanguin, et à établir d’autre part que cette fièvre et la pldogose du système indiqué ne constituaient qu’une seule et même maladie. Toutes les recherches que j’ai faites depuis i8*a6 sont venues confirmer mes travaux antérieurs, en sorte que, j’ose l’assurer, la localisation formelle delà fièvre dite inflammatoire continue dans le système sanguin, et Y identification de cette fièvre avec la pldogose du système sanguin , doivent figurer désormais parmi ces vérités que la clinique a sanctionnées, et dont l’adoption générale 11’est plus qu’une question de temps. Dans la des-
(1) Dans l’ouvrage que nous venons de rappeler, Tommasini discutant la fameuse doctrine de Brown sur le caractère toujours asthénique des fièvres, et sur le caractère toujours sthénique , au contraire, des fiilec.m a si Es, dit que, « de son côte, il appellera fièvre une affection générale pyrétique qui n’est point engendrée par la phlotjose ou l'inflammation d’une partie quelconque , mais bienproduile immédiatement par l’action des puissances morbides; et que , par opposition , il appelleta phlegmasie une affection générale pyrctiquc engendrée non immédiatement par les puissances morbides, mais par la pldogose ou l'inflammation de quelque partie du corps . » Ce passage prouve évidemment que Tommasini ne connaissait pas Lien alors les véritables rapports qui rattachent les lièvres continues en général aux phlegmasies des organes spéciaux ou des appareils généraux, et la fièvre continue inflammatoire en particulier à la pldogose du système
3 3 Zi PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
cription suivante, se trouveront tous les éléments nécessaires à la démonstration de la doctrine exposée dans ces rapides considérations préliminaires.
Les divers tissus dont se composent les parois des trois grandes divisions de l’appareil circulatoire peuvent s’enflammer ensemble ou séparément. C est ce cpi il est facile de constater pour le cœur en particulier ; aussi consacrerons-nous un article spécial à l’inflammation de l’endocarde, à celle du péricarde et à celle du tissu musculaire du cœur. Il n’en sera pas de même pour les artères et les veines. L’inflammation de la membrane interne est la seule cpie nous étudierons d’une manière spéciale; mais nous aurons soin d’intercaler dans sa description les particularités qui se rattachent à celle des autres membranes constituantes des parois vasculaires. C’est aussi de ! inflammation de cette membrane interne qu’il s’agit particulièrement dans la première section de ce chapitre.
PREMIÈRE SECTIOST.
DE L’INFLAMMATION DE LA MEMBRANE INTERNE DE L’APPAREIL SANGUIN EN GÉNÉRAL OU DE l’ANGIO-CARDITE (i).
Cette phlegmasie , si longtemps ignorée, est pourtant l’une des plus fréquentes , soit qu’elle se développe primitivement, soit qu elle ne survienne que consécutivement à diverses phlegmasies des organes intérieurs ou extérieurs. Simple, dégagée de toute complication étrangère, elle constitue la lièvre inflammatoire ou angioténique franche et légitime (2). Compliquée d’un élément septique, putride ou typhoïde, elle n’est autre chose que la fièvre putride ,
(1) Pour indiquer la part que prend le sang lui-même à la maladie qui va nous occuper , on pourrait, mettant à profit une expression proposée par M. le professeur Piorry, remplacer le nota d’angio-cardite par celui d’a nfjio-h émile.
(2) Synoque simple ou imputride ( synoclius impultis ).
ANGIO-CARDITE SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME. 335 typhoïde ou adynamicjue(i). Nous allons la décrire sous la double espèce qui vient d’être indiquée.
ARTICLE PREMIER
ANGIO-CARDITE SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME.
Comme toutes les phlegmasies, elle peut présenter divers degrés d’intensité. Notre description portera spécialement sur l’angio-cardite d’une intensité telle, que ses caractères essentiels soient suffisamment dessinés aux yeux de nos lecteurs pour qu’ils ne puissent pas la méconnaître.
Dans la section où nous traiterons de l’inflammation de chacune des grandes divisions de l’appareil sanguin, nous aurons soin de compléter ce qui va être dit ici de la phlogose générale de cet appareil. Ajoutons seulement que si la phlogose occupe souvent une grande partie des divisions dont il s’agit, il n’arrive presque jamais quelle les envahisse dans toute leur immense étendue.
§ I". Caractères anatomiques,
A. Lésions de la membrane interne du système vasculaire en général, et secretum accidentel de cette membrane.
I. Rougeur dans une étendue plus ou moins considérable de la membrane interne du cœur et des vaisseaux. Cette rougeur occupe le plus ordinairement les grosses artères, telles que l’aorte, les artères carotides, sousclavières, les iliaques et l’endocarde, surtout dans ses replis valvulaires. Elle est uniforme , d’une* teinte plus ou moins foncée, plus vive, plus éclatante dans les artères que dans les veines, dans les cavités gauches que dans les cavités droites du cœur. Cette rougeur pouvant se développer par le simple effet d'une imbibition cadavérique, on ne doit la considérer comme un caractère anato-
(i) Synoque putride [synoclms putris).
336 PHLËGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, mique de l'inflammation de la membrane qui en est le siège, qu'autant que les conditions propres a donner beu à l’imbibition cadavérique ne se rencontrent pas, et qu elle coïncide avec d’autres caractères anatomiques de 1 inflammation dont nous nous occupons. Au reste, pour attacher en général quelque valeur au phénomène de la rougeur signalée, il faut qu on ait observe du vivant des sujets les symptômes positifs d’une pblegmasie du système sanguin. J’ai si souvent et si longuement discuté ailleurs (i) le point d’anatomie pathologique dont il s’agit, que je ne crois pas devoir y insister plus longtemps ici.
II. L 'épaississement, le ramollissement de la membrane enflammée, et parfois de toutes les parties qui constituent les parois de l’appareil sanguin, ne se montrent à un degré bien notable que dans les cas où la maladie a été très intense à la fois et prolongée, ce qui n’a guère lieu que dans les inflammations partielles.
III. Secretum inflammatoire ou accidentel. On ne le rencontre à son état complet que dans de violentes inflammations partielles. Dans celles qui sont généralisées, et qui par cela même perdent pour ainsi dire en profondeur, en intensité, ce quelles gagnent en étendue, le secretum , délayé en quelque sorte dans le torrent sanguin où il est déposé, s’y confond avec les éléments dont le sang se compose (a). Nous allons bientôt voir jusqu’à quel point il peut concourir par sa présence aux lésions de la masse sanguine elle-même. J’ai dit ailleurs (3) que peut-être ce secretum
(1) Traité clbiique et expérimental clés fièvres dites essentielles. Paris,
1 826 , iu-8. — Traité clinique des maladies du cœur. Paris, 1 841 , 2 vol. in g. Art. Angéite, Artérite du Dictionnaire de médecine it de chirurgie
pratiques, etc.
(2) Lorsque toutes les membranes Jes vaisseaux participent al inflammation, des sécréta ont lieu au-dessous d'elles ou dans leur épaisseur, et ces sécréta éprouvent des transformations que nous décrirons plus loin.
(3) Réflexions sur l’état du sang dans les inflammations simples et dans les inflammations putrides ou typhoïdes , publiées en 1 835 dans le t. lil du Journal hebdomadaire.
ANGIO-CARDITE SIMPLE , FRANCHE OU LÉGITIME. 337 concourait à la formation de la couenne dite inflammatoire; et si cette hypothèse finissait par être rigoureusement démontrée, nous aurions en même temps trouvé la cause, l’une des causes du moins de l’augmentation de la proportion de la fibrine du sang dans* la maladie qui nous occupe, car ce secretum est essentiellement composé de fibrine.
B. Altérations rlu sang.
Les recherches faites après la mort sur le sang des sujets atteints d’angio-cardite laissent encore beaucoup à désirer; mais nous connaissons mieux les lésions que présente le sang tiré des vaisseaux pendant la vie des malades, etnousnous réservons de faire connaître celles-ci en traitant des symptômes de la maladie. Il est , d’ailleurs , bien rare d’ouvrir les cadavres d’individus qui aient succombé à une angio-cardite simple, ou non compliquée d’un élément typhoïde, à moins toutefois que cette fièvre ïie coïncide avec une inflammation de quelque organe important à la vie, tel que le poumon, le cœur, etc. Or, dans les cas de ce dernier genre, on trouve dans les cavités du cœur et des gros vaisseaux des concrétions sanguines plus ou moins abondantes, fermes, décolorées, en tout ou en partie, fibrineuses, plus ou moins adhérentes.
Les masses fibrineuses , les concrétions blanches , plastiques , dont nous venons de parler, ne seraient-elles pas quelquefois , comme la couenne dite inflammatoire, en partie composées de la lymphe plastique, coagulable, organisable, que la membrane enflammée aurait sécrétée? Nous ne possédons pas toutes les données nécessaires à la solution rigoureuse de cette question ; mais il ne répugne pas à l’analogie d’y répondre par l’affirmative. Au reste, en nous occupant de certaines inflammations partielles de la membrane interne du système sanguin, de l’endocardite en particulier, nous reviendrons sur ce sujet.
Je ne terminerai pas sans faire remarquer que les alté-
338 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS liN PARTICULIER, rations anatomiques observées jusqu’ici dans les vaisseaux et le cœur des individus emportés par des inflammations franches d’organes divers , accompagnées d’une fièvre inflammatoire réactionnelle, symptomatique, secondaire, comme on le dit, sont en général peu prononcées. Toutefois j’ajouterai que parmi ces inflammations il en est quelques unes, telles que les grandes fluxions de poitrine, les violentes phlegmasies rhumatismales des articulations, dans lesquelles on rencontre une inflammation coïncidente de la membrane interne du cœur, soit isolée, soit combinée avec une inflammation des vaisseaux, de l’aorte en particulier, lesquelles inflammations, si les malades succombent, laissent sur le cadavre des lésions caractéristiques. Que si ces phlegmasies du cœur et des vaisseaux ne sont pas enlevées par un traitement convenable, elles amènent à leur suite, quand les malades résistent aux premiers accidents, des lésions dites organiques plus ou moins profondes.
Les lésions rencontrées à la suite des grandes fièvres inflammatoires, soit primitives, soit consécutives à des phlegmasies locales, ont leur siège principal dans le système à sang rouge, c’est-à-dire dans les grosses artères et dans les cavités gauches du cœur.
Un dernier mot encore : si dans l’inflammation générale de l’appareil sanguin on ne rencontre pas toujours après la mort de grandes altérations du sang, c’est que, disséminée et en quelque sorte éparpillée dans un si vaste appareil, la phlegmasie , ainsi que je le disais tout-àl’hcure , perd en intensité ce qu elle gagne en étendue. Mais quand l’inflammation se concentre dans le cœur, dans quelques troncs artériels ou veineux, et qu’elle acquiert une grande intensité, constamment alors, comme nous le verrons plus loin ( i ), elle entraîne la coagulation du sang contenu dans la partie enflammée.
(i) Voy, l’ Histoire de l’endocardite , de l’artérite et de la phlébite.
ANGI0-CAHD1TE SIMPLE , KIlANCIlli OU LÉGITIME. 339
§ II. Symptômes et diagnostic.
A. Symptômes idiopathiques , ou symptômes fournis par l'exploration directe de l'appareil sanguin et du sang lui-même.
1. L'augmentation de la température du corps et l’accélération de la circulation constituent, deux des plus grands phénomènes auxquels on reconnaît la présence de l’angio-cardite ou de la fièvre inflammatoire (i).
Jusqu’ici les pyrétologistes s’étaient peu occupés de préciser les divers degrés de l’échelle que les deux phénomènes fébriles ci-dessus indiqués peuvent parcourir.
a. Quant à l’augmentation de la chaleur en particulier, on ne s’était point appliqué à la déterminer, à la mesurer par la méthode thermométrique ordinaire, et l’auteur d’un traité classique de pathologie générale avait, sans aucun fondement expérimental, affirmé que l’augmentation de la chaleur dans les maladies n’était point appréciable au thermomètre. L’expérience directe a fait justice de cette singulière assertion. Depuis douze ans qu’il ne s’est guère passé de jour où je n’aie appliqué le thermomètre sur un ou plusieurs individus atteints de fièvre plus ou moins intense, j’ai constaté des milliers de fois que la température de la peau s’élève d’un ou de plusieurs degrés, quelle monte de 36, 3q° cent. (2) à 38, 39, 4o, 4 i° cent., et même
(1) Un frisson plus ou moins violent et plus ou moins prolongé précède ordinairement ces deux phénomènes et ceux que nous étudierons plus bas. Ce frisson coïncide avec une sensation de froid pour les malades, sensation qui résiste pendant quelque temps à l’emploi des couvertures les plus chaudes et d’autres moyens de réchauffement. Cette sensation n’est pas en rapport avec l’état de la température du corps, car je me suis assuré, par l’application du thermomètre au moment même du frisson, que cette température était de quelques degrés supérieure à la température normale.
(2) J'ai cherché à déterminer la température normale des individus bien portants ou du moins à l’état apyrétique, jeunes, adultes ou déjà vieux , et des expériences cent et cent fois répétées m’ont démontré que la moyenne est de 36 à 37°. La région sur laquelle j’ai mesuré la température est celle de l’abclomen, comme la plus commode à explorer dans
un peu plus. Répétées puis tard dans dciuties sci\ices, ces expériences ont donne des résultats analogues à ceux
nue nous avions déjà signalés (i).
Lorsqu’on s’est longtemps exercé à comparer les divers degrés de chaleur ressentis par la main avec les divers degrés fournis par le thermomètre, on peut, ainsi que nous l’avons fait maintes et maintes lois, déterminer très approximativement, et quelquefois même rigoureusement, le chiffre delà température thermométrique par la simple application de la main. Ici, comme en toutes choses, 1 habitude donne à nos appréciations pratiques un caractère de précision vraiment admirable, et nos sens, dans certains cas, acquièrent une exactitude, une fidélité telles qu’ils rivalisent en quelque sorte avec les instruments physiques eux-mêmes. Néanmoins, toutes les fois que la chose est possible et en même temps utile, il faut soumettre nos sensations au contrôle des méthodes physiques.
Quand on se sert de la main ou du toucher pour apprécier les divers degrés de la chaleur ou de la température fébrile, on dit qu’elle est légère, faible, ou forte, considérable, ou moyenne, médiocre. La chaleur fébrile est légère quand le thermomètre ne marque qu’un à deux degrés de plus qu’à l’état normal; elle est forte, considérable, extrême, quand le thermomètre s’élève à quatre, cinq degrés au-dessus de letat normal; elle est
les maladies en général. Je «Indiquerai point ici toutes les précautions nue j’ai prises pour que les expériences fussent exactes. Je dirai seulement qu’il importe, iu de laisser le thermomètre appliqué assez de temps pour qu’il ne monte plus, quelle que soit ensuite la durée de son applicat-un; 2° de se servir d’un thermomètre ad hoc , a boule aplatie, qu on met successivement par ses deux faces en contact avec la peau , en prenant garde qu’elle ne soit ni refroidie ni réchauffée notablement par les
corps environnons.
(,) Clinique médicale de i hé pilai de la Charité. Pans, ib37,t. 11, p ,g9 et sui v. — Essai sur la philosophie medicale. Paris, i83G, in-S, p. 345 et suiv.
ANGIO-CARDITE SIMPLE , FRANCHE OU LÉGITIME. 3/(1
moyenne ou médiocre, enfin, quand le thermomètre flotte en quelque sorte entre les extrêmes dont il vient d être question. Ainsi, en fixant à 36° cent, environ la température normale d'un sujet donné, 3 7, 37 1/2, constituent une chaleur fébrile légère; 4 o , 4,0> une température forte, très forte; 38, 38 1/2, une chaleur moyenne, modérée (1).
b. De même qu’il faut préciser les divers degrés de la chaleur fébrile, de même aussi l’on doit déterminer exactement, c’est-à-dire en comptant, le nombre variable des pulsations artérielles par minute : il faut doue compter le pouls en même temps que le tâter. Or, pour ne pas commettre d’erreur dans la détermination du degré de fréquence du pouls fébrile, il est indispensable de connaître la moyenne des pulsations artérielles ou des battements du cœur à l’état normal, moyenne qui ne varie pas seulement selon les âges, le sexe, etc., mais aussi selon certaines particularités individuelles non encore parfaitement connues.
Le nombre des pulsations artérielles est d’un quart, d’un tiers, quelquefois même de moitié plus considérable qu’à l’état normal. Ainsi, par exemple, chez les sujets dont Je pouls bat de 60 à 70 fois par minute, il peut s’élever à 80, 100, 120, i3o pulsations et au-delà pour le même espace de temps (2).
(1) D’après un grand nombre de faits, il m’a semblé que deux températures fébriles étant égales au thermomètre, elles ne le paraissent pas parfaitement à la main, suivant que la peau est sèche ou abreuvée de sueur. Dans ce dernier cas, la chaleur paraît un peu moins forte que dans le second , soit que cela dépende du refroidissement auquel donne lieu l’évaporation dans le cas de sueur, soit que d’autres causes puissent produire cet effet, indépendamment du phénomène de l’évaporation, ou bien en s’y ajoutant. C’est là , du reste , une particularité d’assez peu d’importance, et que de nouvelles recherches exactes éclairciront.
(2) Assez généralement on dit que, chez les jeunes gens et les adultps , la moyenne des battements du pouls par minute est de 72 environ. J’ai
3/l2 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
c. L’augmentation de la force et du volume du pouls est un accompagnement ordinaire de sa fréquence. Elle comporte divers degrés que l’habitude clinique seule apprend à bien connaître. L’augmentation de la force est en rapport d’ailleurs avec l’augmentation de la force des battements du cœur. Quant à l’augmentation du volume, de l’ampleur, de la largeur du pouls, elle tient principalement à l’augmeniation de la chaleur du sang, d’où une dilatation de ce liquide proportionnelle au degré de cette chaleur. C’est à la même cause aussi qu’il faut attribuer en grande partie l’augmentation du volume, la turgescence des veines accessibles à nos sens dont il va être question ci-dessous.
cl. Les malades ont le sentiment de l’augmentation du nombre et de la force des pulsations artérielles, comme celui de l’augmentation de la chaleur du corps; leur visage est plus ou moins rouge et animé , l’œil brillant; les veines sous-cutanées sont saillantes, gonflées, comme turges-
compté exactement le pouls tous les jours, chez des milliers de sujets, dont les uns étaient convalescents de maladies fébriles, et dont les autres avaient des maladies apyrétiques ou se portaient tout-à-fait bien ; or, parmi ces sujets, j’en ai trouvé un très grand nombre (la moitié peutêtre) dont le pouls ne donnait que 60, 64, et beaucoup d’autres (un tiers ou un quart à peu peu près) dont le pouls ne s’élevait pas jusque là, et ne battait que de 4o~44 * 52-56 fois par minute. Il est de la plus haute importance de ne pas ignorer ces vérités incontestables, si l’on 11e veut pas s’exposer à commettre de graves erreurs dans l’appréciation du pouls fébrile. Ainsi, chez un fiévreux dont le pouls ne battra que 80 à 84 fois par minute, mais chez lequel, à l’état normal, il ne battait que 4c à 44 fois , la fréquence sera plus considérable que chez un fiévreux dont le pouls donnera 96 à 100 battements , si, chez ce dernier, le pouls à l'état normal battait 72 à 76 fois. J’ai cent et cent fois insisté sur ce point , à ma clinique. Lorsque , chez un individu dont le pouls bat 72 fois par minute à l’état sain, il monte à 1 1 2-1 20 et au-delà , il offre une fréquence grande ou assez grande ; s’il ne bat que 84 à 92 fois, une fréquence légère; et une fréquence moyenne , s’il bat de 92 à 100, io4, 108. Il suffit d’une simple règle de pioporliou pour évaluer ainsi le degré de fréquence du pouls fébrile chez les individus dont le pouls normal bat plus ou moins de 72 fois par minute.
ANGI0-CARD1TF, SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME. 3 l\ 3 centes; il se manifeste parfois des hémorrhagies actives dites spontanées , et spécialement des épistaxis ; l’haleine est plus chaude cjua l’état normal, et n’exhale aucune fétidité bien notable.
e. J’ai noté plus haut que la chaleur fébrile coïncidait tantôt avec une transpiration cutanée plus ou moins abondante, et tantôt avec un état de sécheresse de la peau. Ce n’est pas ici le lieu de discuter toutes les questions qui se rattachent à ces états opposés de la peau; mais je ne dois pas oublier de signaler les rapports qui existent entre certaines éruptions cutanées, telles que les sudamina et la miliaire particulièrement, et une diaphorèse abondante et prolongée. Contrairement à ce qui avait été avancé par d’autres observateurs, il est certain, et je l’ai démontré cent et cent fois à ma clinique, il est certain , dis-je , qu’il se manifeste presque constamment des sudamina plus ou moins abondants, avec ou sans miliaire, soit rouge, soit blanche, chez les individus qui ont eu des sueurs abondantes et prolongées, quelle que soit d’ailleurs la maladie fébrile dont on ait constaté l’existence. Ces sudamina , toutes choses d’ailleurs égales, sont plus multipliés là où les sueurs ont lieu plus spécialement et séjournent, comme les régions claviculaires, axillaires, les aines, le creux épigastrique, etc. On a vraiment peine à concevoir comment cette relation a pu être méconnue par certains observateurs, et comment, par une erreur nouvelle, on a pu mettre au rang des symptômes caractéristiques de ce qu’on appelle la Jièvre ou affection typhoïde la présence de ces sudamina, lesquels sont assurément jtlus fréquents et plus abondants chez les individus affectés d’un violent rhumatisme articulaire (fièvre rhumatismale) que chez ceux atteints de fièvre typhoïde, etc.
II. Voilà pour les phénomènes fournis par l’exploration de l’appareil sanguin lui-même et de ses fonctions. Voyons
3 44 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, maintenant ceux que présente le saug retiré par les saignées.
a. Celui que fournit la phlébotomie offre constamment les caractères suivants : i° Si l’angio-cardite est dans son plein, et quelle s’annonce avec ce cortège de symptômes qui caractérisent la fièvre inflammatoire ou angioténique pure et simple, le caillot de la saignée se recouvre d’une couenne épaisse de plusieurs millimètres, opaque, ferme, résistante, à demi organisée en membrane, et ressemblant, jusqu’à un certain point, à une peau de chamois, ordinairement retroussée, renversée et plissée à sa circonférence, ridée à sa surface ( r). Cette couenne ne se rompt pas à une pression assez forte des doigts, dont elle conserve l’empreinte. La sérosité quelle retient dans sa trame est d’autant moins abondante que les autres symptômes dits inflammatoires ont été plus intenses et plus francs.
On a réellement lieu d’être étonné de voir des auteurs renommés , Pinel par exemple, avancer que, dans les fièvres inflammatoires franches, bien caractérisées, le sang se présente avec des caractères si variables , que son examen ne saurait fournir aucune donnée positive au diagnostic. En effet, toutes les fois qu’on observe une couenne telle que celle dont je viens de tracer les caractères, on peut affirmer qu’il existe une diathèse inflammatoire générale, une phlogose de l’appareil sanguin, une fièvre sanguine, comme le disaient quelques anciens observateurs.
Quand la couenne indiquée ici existe, le caillot sousjacent est fortement rétracté, ce qui tient à la rétraction de la couenne elle-même; et, en raison du renversement, du retroussement de cette couenne sur les bords, c’est
(i) Cette couenne est ordinairement composée de deux couches principales : une superficielle, molle, analogue a de la glu, facile a enlever; l’autre, située au dessous de la precedente , et offrant les caractères qui viennent d’être assignés à la couenne en général.
ANGIO-CARDITE SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME. 3 1\ f) alors qu’il ressemble à une cupule ou à un champignon. Ce caillot, en général, est lui-même assez ferme, résistant, d’un rouge vif sur ses bords ; il supporte la pression sans se rompre, et cède à peine quelques atomes de sa matière colorante à la main qui le presse. (Toutefois, dans certains cas où la couenne est tellement épaisse, qu il ne reste plus au-dessous d’elle qu’une petite quantité de coagulum proprement dit, celui-ci peut être mollasse et n’offrir plus cette vive rougeur que I on observe dans les cas ordinaires.)
2°Lorsque l’inflammation n’a pas encore atteint toute son intensité, ou qu après l'avoir acquise, elle marche vers son déclin, la couenne dite inflammatoire est mince; elle peut même manquer complètement ( i ) ; mais alors le caillot est encore plus rétracté qu’à 1 état normal, et il offre cette augmentalion de consistance, cette résistance élastique, qui m’ont engagé à le désigner sous le nom de caillot glutineux, en même temps qu’une rougeur vive, rutilante.
Ta sérosité qui entoure le caillot est d’une limpidité parfaite, et, toutes choses d’ailleurs égales, d autant plus abondante que la diathèse inflammatoire a été plus prononcée, ce qui dépend évidemment de ce que, plus le retrait de la couenne et du caillot lui-même est considérable, plus est abondante la sérosité exprimée de son sein par l’effet de cette rétraction.
è.Dans les cas où I on a retiré du sang par des ventouses appliquées sur des régions correspondantes à quelque phlegmasie locale coïncidant avec la phlogose générale de l'appareil sanguin, les rondelles sont fermes, glutineuses, d’un beau rouge, et se réunissent en un caillot egalement glutineux, rétracté, à la surface duquel on distingue parfois quelques plaques de couenne : on peut presser, soulever cette masse de rondelles agglutinées, sans qu elle se rompe.
(l) On trouve souvent alors une couche rouge , plus ou moins épaisse, (jue l’on pourrait considérer comme le rudiment de la véritable couenne.
La sérosité qui entoure le caillot indiqué est limpide, nullement ou presque nullement rougie par la matière colorante du sang, etc.
c. Nous ajouterons , avant de terminer, que , d’après MM. Andral et Gavarret, ainsi que nous l’avons rapporté dans nos généralités sur l’inflammation, le sang, dans les cas où l’on observe les caractères indiqués , contient une proportion de fibrine plus considérable qu à l’état normal.
La couenne dite inflammatoire est en très grande partie composée de cette fibrine. D’où vient cet excès de fibrine? MM. Andral et Gavarret nous laissent malheureusement dans une ignorance complète sur ce point important. Cette augmentation dans la proportion de la fibrine du sang et la couenne inflammatoire elle-même ne pourraient-elles pas, comme nous l’avons donné à entendre plus haut, se rattacher à une sorte de sécrétion pseudo-membraneuse de la membrane enflammée?
B. Symptômes sympathiques, ou symptômes fournis par la réaction de l’angio-cardite
sur les divers organes.
Comme il n’est aucune partie qui ne soit plus ou moins soumise à l’influence du grand appareil dont nous étudions la phlogose, il n en est également aucune dont 1 action, l’exercice, le jeu, ne soient plus ou moins modifiés par l’effet de cette phlogose. L’espace nous manquerait ici pour l’exposition de tous les détails qui se rattachent à cette partie de la séméiologie de l’angio-cardite. Il nous suffira de toucher les points principaux.
I. Fonctions sensorielles, intellectuelles et locomotives. Un sentiment de malaise général, qu’en raison de sa spécialité je désignerai sous le nom de malaise fébrile , est. un des phénomènes qui méritent le plus de fixer 1 attention. U coïncide avec un sentiment de lassitude générale, de courbature (i), de fatigue, ce qui rend les malades impropres
(i) Quelques médecins désignent sous ce nom le premier degré de la maladie qui nous occupe.
ANGIO-CARDITE SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME. 3 67 à toute occupation physique ou morale, et les condamne à garder le lit. S’ils restent levés, s’ils marchent, ils ont. de la peine à se soutenir, chancellent, éprouvent des étourdissements, des éblouissements et des tintements d’oreilles.
Quand le malaise fébrile est très prononcé, la chaleur brûlante, les malades s’agitent dans leur lit, changent de place à chaque moment, se découvrent, cherchent le frais de toutes les manières.
Une lumière un peu vive, les bruits de tout genre, irritent les malades, prompts à s’impatienter pour les moindres choses; le sommeil est nul ou souvent interrompu , agité par des rêves pénibles ou de simples rêvasseries [insomnie fébrile). Ün observe, en un mot, un état d’excitation des facultés sensitives, intellectuelles et morales, qui se rapproche du véritable délire, accident qui, chez les sujets très nerveux , très irritables, comme on dit, se manifeste quelquefois.
II. Fonctions des organes sécréteurs. Nous avons déjà , à l’occasion de la chaleur fébrile, parlé de la transpiration cutanée. Disons quelques mots des urines : elles sont, en général, peu abondantes, plus foncées en couleur etplus acides qu’à l’état normal, surtout s il existe des sueurs assez copieuses; quand celles-ci sont très abondantes, les urines ne tardent pas à se troubler après leur émission et présentent des sédiments plus ou moins abondants, formés parla précipitation de certains sels de l’urine, tels que les phosphates et les urates (cette précipitation est due à ce que, d’une part, l’urine ne contient pas sa proportion accoutumée d’eau, et à ce que, d’autre part, les sels indiqués sont peut-être aussi en plus grande proportion qu’à létat normal).
III. Fonctions digestives. Une soif plus ou moins vive est un des symptômes les plus constants de la fièvre, et les boissons les plus rafraîchissantes sont celles que les malades prennent de préférence. Cette soif est quelquefois
3 /| 8 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, tellement ardente , que cinq à six litres des boissons indiquées pris dans les vingt-quatre heures ne suffisent pas pour la satisfaire. La soif est accompagnée d’inappétence ou même d’un dégoût très prononcé pour les aliments les plus légers. Une rougeur et une sécheresse plus ou moins marquées de la langue coexistent ordinairement avec la soif et l’anorexie.
Lorsqu’il survient des phénomènes gastriques plus prononcés, comme des vomissements bilieux, plus ou moins répétés , du hoquet, des éructations, de la douleur à la région épigastrique , etc., il ne faut pas les rapporter à la maladie dite fièvre inflammatoire, à l’angio-cardite pure et simple, mais à l’existence d’une complication inflammatoire du côté de l’estomac lui-même.
IV. Respiration. A moins de complication du côté des organes chargés de cette fonction, elle ne présente aucun trouble bien notable. Elle est quelquefois un peu accélérée; des bâillements, des soupirs ont lieu assez souvent; ainsi que nous l’avons dit précédemment, l’haleine est plus chaude qu’à l’état normal; elle n’exhale aucune fétidité qui tienne à la maladie elle-même, tant que celle-ci reste simple (i).
Y. Nutrition. Lorsque la maladie ne se prolonge pas trop longtemps , les fonctions nutritives ne subissent pas de trouble bien profond ; mais il n’en est plus ainsi quand la durée de la maladie est considérable et que la chronicité
(i) L’augmentation considérable delà température générale des malades ne saurait, comme on le voit, être expliquée par les changements survenus dans la respiration. (Jette augmentation tient donc évidemment et essentiellement à la plilogose elle-même, laquelle produit dans les paities qui en sont le siège un surcroît de chaleur qui, par 1 intermédiaire du sang principalement, et conformement des lois bien connues, se lépand avec ce liquide dans toutes les parties de 1 économie vivante. L accélération de la circulation est aussi une circonstance qui peut, dans une certaine mesure, concourir à l'augmentation de la température quoi) observe dans l’état fébrile.
ANGIO-CÀRDITE SIMPLE, FRANCHE OU LÉGITIME. 3/|9 s’établit. Alors, en effet, la nutrition ne s’opère plus que très incomplètement; elle s e déprave en même temps, et les malades tombent dans un état de marasme et de cachexie ( fièvre hectique des anciens auteurs). On conçoit aisément une terminaison pareille, quand on réfléchit que le sang est la source, la matière de la nutrition, et que, dans le cas qui nous occupe, sa quantité diminue chaque jour, en même temps que sa composition s’altère, et par le fait de l’inflammation elle-même et par le fait des produits morbides qui viennent se mêler à ce liquide.