GL0SS1TE
guë aux symptômes suivants : rougeur, chaleur, douleur sourde et tuméfaction. La langue tuméfiée presse contre les parties voisines ; et quand elles résistent, comme les arcades dentaires, elle en porte l’empreinte plus ou moins profonde. Son gonflement est quelquefois si considérable que sa pointe s’échappe, violette ou noirâtre, à travers la bouche, etque sa base envahit la cavité de l’arrière-gorge; une mucosité gluante, plus ou moins abondante, la recouvre. Cesecretuni se mêle quelquefois à une certaine quantité de sang exhalé, et si ce mélange vient à se concréter, il enrésulte des croûtes brunâtres et fuligineuses. Mais lorsque les glandes salivaires participent à l’irritation , comme dans une violente glossite mercurielle, par exemple, au lieu d’être sèche , la langue est inondée d’une pluie de salive épaisse, visqueuse, filante, qui ruisselle à travers les lèvres sous forme d’une bave infecte. (Qui ne connaît cette fétidité caractéristique de la salivation mercurielle ? ) Cet énorme gonflement delà langue paraît tenir en même temps, et à la congestion sanguine et à uneinfiltration œdémateuse qui tend parfois à la suppuration ; dans cet état de turgescence, les mouvements de l’organe, et partant la mastication, fadéglutition,laparole, sont ou très difficiles ou même entièrement impossibles. Quelquefois aussi, en raison de la saillie de la base de la langue du côté de l’arrière-gorge , la respiration est fort embarrassée, et la suffocation, selon quelques auteurs, est imminente : alors le visage s’injecte, se gonfle, et l’état des malades est fort grave ; des ulcérations se développent souvent sur la surface de la langue ainsi violemment enflammée, et cet organe peut être frappé de gangrène, par suite de l’excessive intensité de l’inflammation.
Les symptômes de réaction fébrile sont, en général, peu prononcés ou même nuis.
§ II. Causes.
Les causes de la glossite profonde, phlegrnoneuse , ou œdémato-phlegmoneuse, sont i° traumatiques (brûlures, blessures, morsures, déchirures); 2° de l’ordre de certains agents irritants, les uns alimentaires, les autres médicamenteux ou vénéneux, tels que le mercure à trop forte dose, les poisons dits caustiques, certains poisons à la fois irritants et septiques (i).
§ III. Traitement.
Voici les moyens proposés par M. Bégin (2): « La glossite » idiopathique, déterminée par des causes irritantes directes, n’est presque jamais une maladie grave. La » texture de la langue et sa situation dans une cavité » chaude, humide, incessamment baignée par la salive, » sont autant de circonstances qui favorisent la terrni- » naison heureuse et prompte de son inflammation , ainsi » que la rapide cicatrisation de sa plaie. Si cependant le » gonflement était considérable, la saignée générale et » l’application des sangsues à la face inférieure de cet » organe seraient employées avec avantage. Des collusoires émollients, l’usage exclusif de bouillons, de » bouillies ou d’autres aliments mous , un silence absolu , » sont autant de moyens propres à favoriser la tendance » des mouvements organiques vers la guérison.
» La congestion sanguine ou apoplectique (c’est ainsi * que M. Bégin appelle l’énorme gonflement décrit plus » haut) de la langue constitue un accident plus effrayant » que dangereux, si le sujet est à portée de recevoir de «prompts secours. Dans ces deux cas, il 11e faut pas
(1) M. Dupont rapporte avoir vu la langue se tuméfier rapidement , et menacer de produire la suffocation chez un jeune homme (pii, par bravade , avait mordu, à deux reprises, un crapaud introduit dans sa Louche.
(2) Dicl. i le méd. et de chirurgie pratiques, art. Glossite, t. IX, p. 207.