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GLOSSITE 017 INFLAMMATION DE LA LANGUE

Considérations préliminaires sur les diverses espèces de glossite. L histoire générale île la stomatite comprend en partie

632 PHLEGMAS1ES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, celle de la glossite elle-même , puisque la membrane muqueuse de la langue est une dépendance de celle qui tapisseles parois internes de la bouche. Mais cette membrane muqueuse linguale n’est qu’un des éléments qui entrent dans la structure de la langue. Or, les autres éléments , savoir, letissu cellulaire et le tissu musculeuxdecetorgane, sont également susceptibles d inflammation. Le repli de la membrane muqueuse buccale qui se déploie sur la langue, présente, d’ailleurs, des particularités d organisation ou de structure qui, dans la stomatite générale, impriment aux altérations de tissu et de sécrétion, dont ce repli est le siège, des modifications plus ou moins notables.

Revenons donc un moment sur cette stomatite partielle, sur cette stomatite linguale, d’autant qu’elle peut se manifester, indépendamment de celle du reste de la membrane muqueuse buccale. Nous dirons ensuite quelques mots seulement de la glossite profonde, de celle qui sévit sur le corps même de la langue, c’est-à-dire sur son tissu musculeux et cellulaire, attendu que cette espèce de glossite se trouve plus particulièrement décrite dans les traités de chirurgie.

I. (lilossitc muqueuse ou superficielle ( catarrhe lingual ).

§ Ier. Formes, caractères anatomiques et symptômes.

L’inflammation de la membrane muqueuse linguale offre des différences dont les unes tiennent aux degrés divers de la maladie, et les autres au siège de cette maladie dans tel ou tel des éléments de la membrane. Exposons rapidement les principales formes sous lesquelles elle peut se présenter, et qui sont au fond les mêmes que celles de la stomatite en général.

i° Forme érythémateuse. Elle est. caractérisée, comme l’érythème ou l’érysipèle proprement dit, par une rougeur vive, uniforme de la membrane muqueuse, qui est en même temps sèche, luisante, chaude, particulièrement à

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la face supérieure de la langue. Les papilles de cet organe sont en même temps plus développées, plus apparentes que dans l’état normal, ce qui donne un aspect grenu à la surface qu elles occupent; la langue n’est pas notablement douloureuse ni tuméfiée et ses mouvements sont libres.

Il ne faut pas confondre l’état que nous venons de décrire avec la simple sécheresse, la simple rougeur de la langue, telle qu’on les rencontre dans beaucoup d’affections fébriles, pas plus qu’il ne faut confondre avec l’érythème, l’érysipcle proprement dit, la sécheresse et la rougeur de certaines parties de la peau qui accompagnent souvent aussi diverses affections fébriles.

L’érythème de la langue peut, comme celui de la peau, se terminer par une véritable desquamation, assez analogue quelquefois à celle de la scarlatine. Alors, la langue paraît comme écorchée et conserve encore une vive rougeur, quand sa sécheresse a disparu complètement. Il faut bien distinguer cette véritable chute de l’épiderme lingual ( epithelium ) , de celle de certaines plaques comme épidermiques, formées par la concrétion d’un mucus anormalement sécrété, ainsi que nous allons le dire.

2° Forme sécrétoire. — Certains enduits de la langue doivent être rapportés à une sécrétion inflammatoire ou subinflammatoire de la membrane muqueuse linguale. Ces enduits sont plus ou moins épais , plus ou moins adhérents et visqueux, tantôt pultacés, tantôt secs, concrètes, d’un blanc de fromage ou bien grisâtres, jaunâtres (langue saburrale, bilieuse , etc.). Dans les cas où, sous l’influence de la chaleur locale augmentée , favorisée ordinairement par le passage de l’air à travers la bouche pendant l’acte de la respiration, les enduits de la muqueuse linguale se sont concrétés, desséchés, et ont pris une teinte noirâtre, fuligineuse, la langue est comme grillée, rôtie , et a été comparée assez justement à celle d’un perroquet. Elle est alors rugueuse, raboteuse, fendillée, excoriée en

63 à PHLEGM asies et irritations en particulier. certains points, et d’un rouge yif au-dessous des lames ou des plaques écailleuses qui la recouvrent, et qui encroûtent aussi les dents et les lèvres; elle se colle en quelque sorte aux parois de la bouche qui sont elles-mêmes desséchées et à peine enduites rie quelques gouttelettes d’une salive épaisse, gluante, visqueuse.

Les mouvements de la langue sont très difficiles, dans l’état dit fuligineux, et de là une gêne dans la déglutition, un embarras dans la prononciation; quelques malades ne peuvent tirer la langue hors de la bouche pour la montrerait médecin. Du reste, dans cette forme depldogose, comme dans la précédente, il n’existe point de douleur véritable; la bouche exhale une odeur plus ou moins fétide, aigrelette, typhoïde (l’odeur typhoïde, dans beaucoup de cas, vient de X haleine des malades plutôt que des produits mêmes de l’affection locale ); les malades ont une soif vive avec mauvais goût et répugnance pour les aliments. La petite quantité de salive qui existe encore est assez ordinairement acide.

Les deux variétés d’affection de la membrane muqueuse lin guale dont il vient, d’étre question doivent-elles réellement être considérées comme des modes inflammatoires? Si l’on réservait exclusivement le nom d inflammation à cet état morbide dans lequel il y a formation imminente ou formation déjà accomplie de pus proprement dit, ou développement d’ulcérations, certainement l’affection dont nous venons d’exposer les caractères ne mériterait pas d’étre rattachée à l’état inflammatoire. Mais, ainsi que nous l’avons établi ailleurs, les modes inflammatoires sont divers et selon le degré de l’inflammation et selon les parties qu’elle affecte, et selon les conditions tant générales que locales où se trouve 1 individu. Que de différences entre une simple engelure, une brûlure au premier degré, une scarlatine, une rougeole, un érysipèle superficiel et un phlegmon intense, entre une

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bronchite légère et entre une pneumonie violente, etc. ! Néanmoins toutes ces maladies appartiennent à la grande famille des inflammations. Or, l’affection dont je viens de décrire deux formes sous les noms de glossile superficielle érythémateuse et de glossile superficielle avec sécrétion anormale, sont pour la langue ce qu’est pour la peau une engelure légère, tin érythème simple, une scarlatine, ce qu’est un enchifrènement pour la membrane muqueuse nasale ou bronchique. Que dis-je? il est une variété de la maladie décrite ici sous le nom de glossile superficielle qui se montre précisément sous 1 influence de la scarlatine, et qui réellement n’est autre chose qu’une scarlatine de la langue. Or, si lascar/ itine de la peau est une phlegmasie, pourquoi la scarlatine de la membrane muqueuse, j’ai presque dit de la peau de la langue, n’en serait-elle pas une ?

Quant aux enduits accidentels delà langue, tels que je les ai décrits, ils constituent une sorte de catarrhe ou de coryza de la membrane muqueuse de cet organe, et les différences qu’on observe dans ces enduits tiennent à des circonstances générales et locales dont l’étude ne dojt pas être négligée. Du reste, les lecteurs éclairés et dégagés de toute préoccupation systématique, devront ne pas oublier que, pour constituer des produits d’origine inflammatoire ou sub-inflannnatoire, les enduits de la langue ne doivent pas être de simples hypersecreta , mais des sécréta altérés et formés au milieu d’un travail morbide qui ressemble exactement à celui qui pour les autres membranes muqueuses porte le nom de phlogose catarrhale.

Voilà pour quelles raisons j’ai cru devoir rallier aune sorte de travail proto-inflammcitaire les états de la langue ci-dessus décri ts, et qui jusqu’ici n’avaient, à nia connaissance, été inscrits dans aucun cadre nosologique, mais avaient été considérés purement et simplement comme de purs objets de séméiologie, -le serai toujours prêt à les

636 PII LEGM AS1ES ET IRRITATIONS EN PÀRTICULIEK. classer autrement, quand on aura démontré qu’ils appartiennent à un mode morbide essentiellement different de ceux dont l’acte inflammatoire est susceptible. Mais passons maintenant à d’autres points de notre sujet.

3° Formes pustuleuse , aphtheuse , gangréneuse. Il ne nous reste qu’à rappeler ici ce que nous avons dit en traitant des diverses formes de la stomatite en général. Des aphthes , des pustules, des escarres gangréneuses, peuvent affecter la portion linguale de la membrane muqueuse buccale, soit isolément, soit en même temps que d’autres portions de cette membrane. Toutefois , les aphthes proprement dits s’y manifestent plus rarement que dans quelques unes des autres régions de la membrane muqueuse buccale , et ils n’y affectent pas la forme confluente, ce qui provient sans doute de ce que les follicules muqueux y sont moins nombreuxqu’aiileurs. Les pustulesy sont généralement petites, aplaties, pour ainsi dire étranglées, comme on peut le voir quand celles de la variole envahissent la langue; et cette disposition s’explique, du moins en partie, par la structure très serrée de la membrane muqueuse linguale.

§ II. Causes,

I. Ces causes sont pour lapluparl exactement les mêmes que celles dont nous avons parlé à l’occasion de la stomatite en général. Mais nous devons particulièrement insister ici sur la coïncidence de la glossite érythémateuse et sécrétoire ou catarrhale avec certaines phlegmasies de l’appareil digestif et autres maladies fébriles, coïncidence telle que les états de la langue qui caractérisent les formes dont il s’agit ont été considérés comme de purs symptômes, de simples effets des maladies concomitantes, lesquelles deviendraient ainsi les véritables causes de ces états de la langue.

II. L’état érythémateux de la langue , dans la scarlatine, reconnaît évidemment pour cause l’agent spécifique inconnu

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qui produit cette fièvre éruptive : c’est, comme nous l’avons déjà dit , une scarlatine de la langue.

III. Letat saburral proprement dit de la langue, assez prononcé pour constituer un état sub-inflammatoire, une sorte de léger catarrhe lingual , est considéré comme se rattachantessentiellementà decertaines affections du tube digestif que Pinel avait classées parmi ses lièvres essentielles (embarras gastrique, fièvre méningo-gastrique, fièvre gastro-adynamique , fièvre adéno-méningée ) , et qui sont désignées aujourd hui par d’autres sous les noms de formes gastrique, bilieuse, muqueuse de la fièvre typhoïde, d'irritation, gastrique, de gastrite, de gastro-entérite, gastro-duodénile, etc. Je ne veux pas prétendre, pour ma part, que , dans l’immense majorité des cas, l’état saburral delà langue, avec ou sans fuliginosités de cet organe, etc., ne soit pas en quelque sorte l’expression et, pour parler le langage moderne, la traduction extérieure des maladies du tube digestif cidessus désignées. Toutefois, de même que, dans quelques casde ces maladies , on n’observe pas , d’une manière bien notable du moins, les états saburral , catarrhal , l’aspect fuligineux et comme grillé ou brûlé de la langue ; ainsi, dans d’autres cas, lesétats dont il s’agïtpeuvent exister indépendamment de tout état phlegmasique, catarrhal ou autre, dutubegastro-intestinal.il est, d’ailleurs, à cette occasion, une distinction qu’il importe de bien faire ressortir : il ne faut pas assimiler la sécheresse de la langue, soit simple, soit accompagnée de quelques fuliginosités, avec un véritable état saburral de la langue, lequel n’est pas toujours accompagné de sécheresse très prononcée et de fuliginosités de cet organe. Ces dernières circonstances ne sont en quelque sorte que des accidents, des phénomènes surajoutés à l’état saburral proprement dit. La chaleur qui accompagne un violent et long travail fébrile dessèche la langue, la bouche, comme il dessèche la peau, comme il dessèche les fosses nasales, les bronches, sans qu’il

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existe pour cela nécessairement j je ne dis pas Une affection catarrhale de ces parties, à moins que, par un rapprochement de mots étonnés de se trouver ensemble, on ne lui donne le nom de catarrhe sec , mais aucun état réellement digne du nom de phlogose. Or, s’il est vrai que l’état saburral ou catarrhal de la langue bien caractérisé se lie , dans l’immense majorité des cas , à quelqu’une des affections du tube gastro-intestinal indiquées plus haut, on ne peut pas en dire autant de la sécheresse, de la rougeur de la langue, accompagnées ou non de l’état fuligineux. Ceci est un point trop important de diagnostic et de palhogéitie , pour que le lecteur me sache mauvais gré de chercher à l’approfondir. Je recommande donc à sa plus sérieuse attention les considérations suivantes.

IV. Dans les affections du tube gastro-intestinal pendant lecours desquels on voit, non sans de justes alarmes, apparaître un état fuligineux bien caractérisé de la langue, des dents et des lèvres , ce n’est pas au début de ces affections qu’il se montre. Ce qu’on observe ordinairement alors , c’est l’état saburrai pur et simple. Donc l’état fuligineux n’est pas un accompagnement nécessaire, essentiel des affections dont nous parlons. Il y a plus: c’est que, sous linfluence d’une méthode énergique de traitementqui sera exposée plus loin , l’état fuligineux peut manquer complètement, ou du moins être fort peu marqué, pendant tout le cours des diverses formes de l’inflammation du tube gastro-inteslinal.

Quoi qu’il en soit, une exacte et saine observation a surabondamment démontré que l’état fuligineux de la bouche et de la langue eu particulier ne se montre que dans la période où l’appareil dit typhoïde , l’état adynamii /ue ou putride, se dessine de la manière la plus évidente et la plus tranchée. Ily a réellement une étroite connexité entre ces deux états; connexité telle, que, l’un étant donné, on peut annoncer l’existence de l’autre; connexité

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telle, que cet élut local, désigné sous le nom de langue fuligineuse, n’est qu’un (.les nombreux éléments de cet état général qu’on appelle typhoïde; connexité telle, enfin, que l’on pourrait, presque sans forcer la métadliore, donner à l’état fuligineux de la langue le nom A'é’at typhoïde de cet organe. Mais, s’il est bien certain que tel soil, en effet, le rapportdel’élat fuligineux de la langue avec l’ensemble des autres phénomènes généralement connus sous le titre ou l'expression de fièvre typhoïde, il s’ensuit que cet état fuligineux peut et doit se montrer non seulement dans le cours de certaines phlegmasies intestinales, simples ou compliquées, mais encore dans le cours de toute maladie inflammatoire qui, quel que soit son siège, vient à se compliquer de phénomènes ou d’accidents typhoïdes bien caractérisés. Or, tel est précisément le résultat de la saine observation. On voit effectivement se produire l’état fuligineux de la langue, et dans un violent érysipèle, et dans toutes ces grandes inflammations traumatiques, et dans toutes ces graves inflammations intérieures autres que l’entéro-mésentérite ( fièvre entéro-mésentérique), pendant le cours desquelles viennent à surgir les phénomènes typhoïdes. Donc, en définitive , l’état fuligineux de la langue se lie à la forme typhoïde de la fièvre continue en général, comme la simple sécheresse avec ou sans rougeur très notable de cette même langue se lie à la fièvre continue simple , purement inflammatoire ou non typhoïde; donc, l étal fuligineux de la langue ne doit pas être confondu avec le simpleétat saburral du même organe, dont il ne suppose pas nécessairement la préexistence, et dont il n’est qu’une sorte de complication ou du moins de transformation, de métamorphose, quand il en a été précédé. Donc, aussi, ce serait s’exposera une grave erreur que de diagnostiquer l’existence d’une inflammation des plaques de Peyer toutes les lois qu il existe un état fuligineux de la langue et autres phénomènes typhoïdes, erreur

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malheureusement trop souvent commise encore aujourd’hui par des praticiens qui jouissent d’une singulière réputation de sagesse et de prudence.

§ III. Traitement.

Le traitement de la stomatite en général est applicable à la glossite muqueuse ou superficielle.

L’état saburral et letat fuligineux, sur lesquels nous avons particulièrement insisté dans cet article , se dissipent sous l’influence des moyens qu’on oppose aux maladies qu’ils accompagnent, et dont ils ne sont, en quelque façon, comme on l'enseigne généralement, que des symptômes, des indices ou des effets réactionnels. Il est cependant quelques moyens locaux ou topiques dont il convient de faire usage : ainsi on aura recours aux collutoires détersifs, chlorurés; on fera sucer aux malades quelques tranches d’orange bien mûre; on détachera les matières saburrales ou les plaques croùteuses, écailleuses, soit parle grattage, soit au moyen d’un pinceau; on aura soin de donner souvent à boire aux malades, pour prévenir autant que possible la dessiccation de la bouche en général et de la langue en particulier. On néglige un peu trop ces petits soins dans la plupart des services de nos hôpitaux. Mais il faut convenir que, en présence des grandes indications fournies par les maladies principales, celles relatives à l’état de la langue ont bien peu d’importance , et que, si les premières sont fidèlement remplies, le médecin ne doit pas s’affliger beaucoup de ce que les moyens propres à satisfaire aux secondes auraient été plus ou moins complètement mis de côté.

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