De toutes les causes déterminantes ou occasionnelles
(i) Roche , art. Amygdalite Au Dict. de med. et de chîr. prnligues, l.II, P- 3 09.
AMYGDALITE.
de l’amygdalite ordinaire, légitime, pour ainsi dire normale, la principale ,1a véritable est l’action brusque du froid survenant chez un individu dont le corps est échauffé. Il n’est pas nécessaire d insister ici sur les divers modes de ce refroidissement, puisqu’il en a été question ailleurs. La pldegmasie que nous étudions est plus fréquente au printemps et en automne que dans les autres saisons et l’on sait que c’est principalement dans ces deux saisons qu’on observe de brusques alternatives de chaud et de froid atmosphériques, ce qui rend aussi plus faciles et plus fréquentes les mêmes alternatives pour le corps de l’homme.
D’autres causes peuvent déterminer l’amygdalite, mais elles sont bien moins communes que les précédentes : telle est l’application directe de certaines substances irritantes, soit par leur nature chimique, soit par la forte chaleur dont elles s nt imprégnées. Ces substances peuvent être solides, liquides ou gazeuses.
Enfin, il est certaines amygdalites qui sont dues à des agents spécifiques. De là les amygdalites scarlatineuse, rubéolique , vénérienne, et peut-être quelques autres dont l’existence me paraît moins certaine.
§ ÏV. Traitement , durée , pronostic et mortalité.
I. L’amygdalite légère, celle qui n’est pas accompagnée d’un notable mouvement fébrile, ne réclame aucun traitement actif, s l ieux ; elle cède facilement aux simples soins hygiéniques, secondés par quelques boissons délayantes, des gargarismes émollients, des cataplasmes autour du cou, des pédiluves simples ou sinapisés. Si, néanmoins, une amygdalite légère, ainsi abandonnée en quelque sorte à elle-même, ne cédait pas au bout de quelques jours, ou même s’exaspérait, il serait prudent et sage de recourir à une ou deux émissions sanguines, soit générales, soit locales.
II. L'amygdalite de moyenne gravité, cellesurtoutdontla gravité est très grande, et qui est accompagnée d’une réaction fébrile très prononcée, doit être vivement combattue par la nouvelle formule des émissions sanguines, convenablement modifiée selon les diverses circonstances des cas particuliers, ainsi qu’on pourra le voir dans ma Clinique médicale , et secondée par les boissons délayantes, les cataplasmes, les gargarismes et la diète absolue, continuée pendant tout le temps au moins de l’emploi des saignées.
Dans cette phlegmasie comme dans les autres, pour peu qu’elle soit intense, les émissions sanguines, telles qu’on les avait généralement employées jusqu’ici, sont à peu près complètement impuissantes (voy. le Mémoire àéjh cité de M. Louis). Au contraire, la nouvelle formule des émissions sanguines, pourvu qu elle soit appliquée avec habileté, dans les circonstances favorables, triomphe avec une admirable rapidité même des amygdalites les plus intenses.
On peut évaluer approximativement à deux livres la moyenne de la quantité de sang qu’il faut enlever dans les amygdales de moyenne intensité, et à trois ou quatre livres celle qu’il est besoin de retirer quand il s’agit d’amygdalites dont l’intensité dépasse le terme que nous venons d’indiquer. Les émissions sanguines, en général, doivent être pratiquées dansl’espace de deux à trois jours. Il convient de combiner en proportion sensiblement égale les émissions sanguines générales et les émissions sanguines locales. Celles-ci sont pratiquées par nous sur les parties latérales et antérieure du cou. On a proposé d’appliquer les sangsues sur les amygdales immédiatement; mais il serait à peu près impossible d’en appliquer ainsi un nombre assez considérable pour obtenir des résultats pleinement satisfaisants. Certains auteurs, au nombre desquels se range Boyer, ont donné le conseil de scarifier les amygdales. Jusqu’à ces derniers temps,
AM VGDAI..I I I..
ce conseil avait, je crois, bien rarement été ivfis en exécution. Tout récemment, M. le docteur Gérardin vient de tirer en quelque sorte de l’oubli le moyen dont il s’agit, et il a fait construire par M. Charrière un scarificateur ad hoc. Il assure avoir obtenu de remarquables succès par l’emploi de ce mode de saignée locale, et je le crois facilement, pourvu que la saignée ait élé assez copieuse et assez répétée. Toutefois, il me semble que cette méthode n’est pas d’une application aussi simple et aussi facile que l’auteur le prétend; et jusqu’à plus ample informé, je crois qu’il n’y a pas lieu à lui sacrifier la méthode que nous employons, telle que nous l’avons formulée tout-à-l’heure (i).
Traitée comme nous venons de le conseiller, l’amygdalite ne se terminera que bien rarement par suppuration. Que si pourtant cette terminaison avait lieu, soit parce que les émissions sanguines n’auraient pas été convenablement employées, soit parce qu’elles l’auraient été trop tard, soit enfin, parce que chez certaines personnes la suppuration s’établit avec une rapidité et une facilité extraordinaires, il ne deviendrait réellement nécessaire d’ouvrir l’abcès, qu’autant qu’il serait très volumineux et que, de concert avec le gonflement des amygdales, il donnerait lieu à une gène considérable de la déglutition et surtout delà respiration. Autrement on peut, sans inconvénient, attendre l’ouverture spontanée de l’abcès.
Lorsque la maladie affecte la forme chronique, on peut être obligé de recourir aux divers révulsifs , aux topiques astringents, etc. Enfin, lorsque le gonflement hypertrophique et ! induration des amygdales ont résisté à tous les autres moyens, il convient d’en pratiquer la rescision.
(i) Je n’ignore pas qu’on a préconisé diveis moyens autres que les émissions sanguines , et spécialement les évacuants des premières voies. Tout ce que je puis affirmer à cet égard, c’est que quiconque saura bien manier les émissions sanguines ne trouvera guère 1 occasion de recourir aux moyens dont il s’agit.
658 l'HLEGMASIKS Kl liUUTATIOiNS K N PARTICULIER.
II. Le pronostic de l'amygdalite, convenablement traitée, n’est pas grave, à moins toutefois cju’on n ait affaire à la forme gangreneuse, ou qu’il n’existe des complications très dangereuses, comme, par exemple, chez celui de nos malades dont le cœur et les gros vaisseaux contenaient d’énormes concrétions fibrineuses formées pendant la vie. En lisant les auteurs qui ont traité de l’amygdalite intense, sous les noms d 'esi/uinctncie , d’angine grave , on peut s’assurer que les cas de mort ne sont pas extrêmement rares. C’est , dit-on , à une maladie de ce genre que l'impératrice Joséphine succomba. Au reste, les auteurs ne nous ont encore donné aucune statistique sur le sujet qui nous occupe.
Quant à moi , depuis près de vingt ans que je fréquente les hôpitaux, je ne me rappelleavoir rencontré que quatre à cinq cas d’amygdalite mortelle : mais dans aucun de ces cas, la maladie n’avait été traitée par la nouvelle formule des émissions sanguines (i).
Sur 200 à 25o cas d’amygdalite que j’ai traités par la nouvelle formule des émissions sanguines, et parmi lesquels un bon nombre étaient fort graves, aucun ne s’est terminé d’une manière funeste.
La mortalité est donc à peu près nulle sous l’influence de celte méthode de traitement.
3° La durée de l’amygdalite varie selon diverses circonstances. Lorsqu’elle est légère, faible, elle p/gut se dissiper d’ elle-même ou sous 1 influence de moyens très peu actifs dans l’espace d’un à deux jours. Il n’en est pas ainsi île l’amygdalite d’intensité moyenne ou d intensité extrême. Au reste, la durée de celles-ci est entièrement subordonnée
(i) Celte formule fut essayée, il est vrai, chez le malade dont j'ai déjà parlé, et chez lequel des caillots s’étaient formés pendant la vie dans le cœur et les gros vaisseaux; mais ce malheureux était déjà dans un état des plus alarmants au moment de son arrivée, et il succomba environ vingtquaire bernes aprèssou entrée. Il est extrêmement probable, qu'employées à temps, les émissions suffisamment abondantes et rapprochées, auraient sauvé le malade,
AMYllDAM I K.
aux conditions de traitement, comme je le démontrerai ci-dessous. Suivant M. Hoche [art. cit.), « la maladie ne dure souvent pas plus de trois à quatre jours 5 elle se prolonge rarement au-delà du quinzième, et ce n’est que lorsqu’elle passe à l’état chronique qu’011 la voit continuer audelà du vingtième, » Malheureusement M. Hoche n’a pas tenu compte ici de l’influence du traitement sur la durée variable de la maladie. Il n’a pas divisé cette dernière en catégories fondées sur ses différences de gravité ou d’intensité, et, d’ailleurs, les chiffres qu’il indique ne sont réellement que des à peu près, etnon des chiffres fournis par le calcul appliqué rigoureusement à un grand nombre de cas d’amygdalite recueillis avec tous les détails nécessaires.
Parmi les auteurs qui ont écrit sur l’amygdalite, M. Louis est, à ma connaissance, le seul qui ait fait quelques recherches sur le sujet qui nous occupe, c’est-à-dire la durée de l’angine sous l influence d’un traitement donné (il est fâcheux que ces recherches ne soient pas toutefois d’une exactitude et d’une précision complètement satisfaisantes). Je vais présenter ici le résumé des recherches de M. Louis comparativement avec un résumé tiré des observations qui me sont propres ( i).
« J’ai recueilli, dit M. Louis, 35 cas d’angine gutturale (on va voir plus loin que l’amygdalite constituait le principal élément de cette angine), chez des sujets parfaitement bien portants jusque là. Chez 12 d’entre eux, la maladie fut très légère, se dissipa spontanément ou à peu près en quatre à cinq jours. Chez les 23 autres,
1 inflammation des amygdales a été primitive , en apparence du moins, et compliquée ou de l’inflammation du pharynx ou de celle du voile du palais et de la voûte palatine \ de ces deux dernières, dans la grande majorité des cas. Sur 23 sujets, la proportion d’angine forte ou
(1) Clinique médicale de l'hôpital de la Charité, Paris, 1 83" , t. J, paç;. ^ 1 7 et s,,iv.
(j(}0 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
faible est presque la même parmi les sujets qui ont été saignés et parmi ceux qui ne l’ont pas été. i3 ont été saignés. La durée moyenne de l’affection fut de neuf jours chez eux, de dix jours et un quart chez les autres; et comme le reste du traitement fut le même chez ces deux ordres de sujets ( pédiluv. , sinap. , ganjar. , adouc. , catapl. autour du cou), cette différence ne peut être attribuée, ce me semble, qu’aux émissions sanguines ou à leur défaut.» De l’analyse un peu incomplète de ces faits, M. Louis conclut que l’ influence de la saignée sur la marche de t angine est extrêmement bornée , et que les sangsues appliquées au cou , le plus près possible de l’organe affecté, n ont qu’une action si légère, qu elle est beaucoup moins évidente que celle de la saignée générale (i).
D’après un relevé de dix cas analogues à ceux de M. Louis sous le point de vue de la maladie et de ses degrés, mais dans lesquels les saignées générales et locales furent pratiquées selon la nouvelle formule, la durée moyenne de la maladie, à partir du début jusqu’au moment où la maladie était si bien guérie que les malades pouvaient manger le quart, ne fut que de huit jours, moins une petite fraction , tandis que , chez les malades de M. Louis, ce ne fut qu’au neuvième jour, terme moyen, que les symptômes commencèrent à diminuer. Or, il y a loin d’ un commencement de diminution des symptômes à cet état où les malades mangent le quart. En calculant à la manière de M. Louis, je ne crains pas d’affirmer que, traitée d’après la nouvelle formule, et dans les premiers jours de son développement, l’angine gutturale ne compte, terme moyen, que trois jours environ de durée. Depuis treize ans
(i) M. Louis ;ijoute , par occasion , « que ces faits doivent faire naître » des doutes sur la grande utilité des sangsues appliquées à l’épigastre » dans la gastrite, ou sur toute autre partie de l’abdomen, dans les points n correspondants aux organes présumés malades. » ( Recherches sur les effets ite la saignée clans quelques maladies inflammatoires. Paris, i835, pag. 3o ).
PHARYNGITE. 6 fil
passés, j ai recueilli , je le répète, 200 à 2Üo cas d’angine tonsillaire ou autre, simple ou compliquée. Or, c’est un fait notoire, et qui a été constaté par plusieurs centaines de témoins, que, règle générale, dans tous les cas où une angine récente a été assez grave pour réclamer un traitement énergique ( et la moitié des cas au moins étaient de ce nombre), les saignées générales et locales, pratiquées selon la nouvelle formule, ont amené la convalescence dans l’espace de trois à quatre jours.
D’où je conclus finalement que, traitée à la manière indiquée dans les observa1 ions de M. Louis , l’angine offre une durée plus que double de celle qu’on observe sous 1 influence des saignées suffisantes convenablement accommodées à chaque cas particulier.
II. Pharyngite proprement dite, ou inflammation de la membrane muqueuse du pharynx.
Considérations préliminaires.
Comme l’amygdalite , c’est une des phlegmasies les plus fréquentes. Elle affecte plusieurs formes différentes, soit en raison de son siège exclusif ou prédominant dans tel ou tel des éléments de la membrane muqueuse pharyngienne , soit en raison de son intensité plus ou moins grande, soit aussi, selon quelques uns, en raison de sa spécificité étiologique dans quelques cas.
Quoi qu’il en soit, comme les grandes formes que celte phlegmasie peut affecter nous sont révélées par les caractères anatomiques, c’est sur cette base que nous ferons reposer notre division des angines pharyngées ou des pharyngites. Cette division comprendra : i° la pharyngite simple ou érythémateuse , laquelle nous paraît être pour la membrane muqueuse du pharynx ce qu’est l’érysipèle ou l’érythème pour la peau; 20 la pharyngite aphtheuse ou follicu/euse , dernier nom qui fait assez comprendre que, dans
662 PHLKGMASIES ET IHlUtATIOfiS EN PARTICULIER cette forme oit dans cette espèce , l’inflammation affecte surtout les follicules de la membrane muqueuse; 3° la pharyngite pseudo-membraneuse , diphthéri ligue , couenneuse , pultacée , etc. , forme ou espèce que certains auteurs rattachent exclusivement à une cause spécifique encore inconnue, tandis que d’autres, sans nier absolument l’influence d’une cause pareille , pensent que les causes ordinaires de la pharyngite commune suffisent pour, dans certaines conditions, donner naissance à cette troisième forme.
A. Pharyngite simple.
§ Ier. Symptômes , signes et diagnostic.
i° Symptômes locaux. La douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement de la membrane muqueuse pharyngée existent constamment, mais ils sont susceptibles de plusieurs degrés différents. En même temps que la membrane est rouge, injectée, elle est assez souvent sèche, luisante, aride, et l’on aperçoit quelquefois à sa surface des traces d’un mucus glutineux. La douleur se propage assez souvent vers l’angle de la mâchoire et les ganglions lymphatiques voisins, et, dans quelques cas, jusque dans l’oreille interne; car dans cette phlegmasie comme dans l’amygdalite , la membrane muqueuse de la trompe d’Eustache peut se prendre.
La déglutition est gênée, difficile, et les mouvements qu’elle exige augmentent la douleur (il en est ainsi de tous les mouvements dans lesquels la membrane muqueuse pharyngée peut être tiraillée, irritée, tels que le bâillement, l’éternument, la sputation, la parole, surtout à haute voix, etc. ); toutefois, la gêne de la déglutition n’est pas aussi grande dans la pharyngite que dans l’amygdalite; la voix et la parole ne son! pas aussi altérées et la respiration est libre.
2° Symptômes généraux ou réactionnels La pharyngite simple, légèî'G, n’excite ordinairement aucune réaction
pharyngite.
fébrile et cause à peine quelque malaise général. La pharyngite simple, intense, grave, est accompagnée d’une réaction fébrile ordinairement assez modérée. Toutes les fois que, chez un individu qui se plaint d’un mal de gorge , on observe un mouvement fébrile d’une grande intensité, on peut prédire, avec une certitude presque complète, que la pharvngiteestaccompagnée d’amygdalite, ou qu’elle revêt la forme diphthéritique, ou bien enfin qu’elle est compliquée d’une autre phlegmasie plus ou moins éloignée.
§ II. Causes prédisposantes et déterminantes.
Elles sont essentiellement les mêmes que celles de l’amygdalite.
§ III. Marche et terminaisons.
La marche de la pharyngite est tantôt aiguë et tantôt chronique. Cette dernière allure, qu’on me passe l’expression, peut succédera la première. On voit aussi quelquefois une pharyngite chronique se transformer en aiguë.
La résolution est la terminaison en quelque sorte naturelle de la pharyngite simple , à forme aiguë.
La pharyngite. simple, a forme chronique, peut entraîner l’épaississement de la membrane muqueuse. Toutefois, cette altération et d’autres que cette membrane peut présenter ne surviennent guère cju’autant que la pharyngite ne se montre pas sous la forme simple proprement dite.
§ IV. Traitement.
Il ne diffère point au fond de celui de l’amygdalite. Mais comme la pharyngite simple est moins grave que cette dernière, il faudra être assez sobre dans les évacuations sanguines ; on pourra même s’en abstenir complètement dans les cas où la pharyngite simple sera très légère et sans aucune réaction fébrile.
Lorsque la pharyngite se prolonge et récidive, il en
(5 (} /| PIILEGM ASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
résulte assez souveut une hypertrophie de la luette; et cet organe, dont l’allongement est quelquefois considérable, par l’espèce de chatouillement qu’il exerce sur la base de la langue, produit chez plusieurs sujets des envies de déglutition fort incommodes. On en débarrasse les malades par une petite opération , connue sous le nom <X excision de la luette.