‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 15 sur 119 · DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE

de symptômes de compi essiou. On voit quelquefois alterner ou prédominer tour à tour ces deux catégories de symptômes dans le cours d’une seule et même période, selon que l’irritation coïncide avec une sécrétion plus ou moins considérable des membranes enflammées; et, d’autres fois, on voit coïncider certains phénomènes d’irritation avec certains phénomènes de compression ou de paralysie. Présentons maintenant quelques détails sur les deux ordres de symptômes que nous venons d’établir.

i° Symptômes de la période d’ùrilalion ou de la période d exaltation et de désordre des diverses jonctions cérébrales (i ).

Un connait vulgairement sous le nom de délire l’exaltation et le désordre des fonctions intellectuelles et morales. Le délire offre de nombreuses variétés selon les individus, et divers degrés, comme la phlegmasie , dont il est pour ainsi dire l’expression ou la traduction. Tantôt il est violent, continuel ; tantôt, au contraire, il est léger et entrecoupé de moments lucides. Chez quelques malades, le désordre et l’exaltation des facultés intellectuelles sont calmes; chez d’autres , ils sont accompagnés d’actes de colère, d emportement, de fureur frénétique. Ceux-ci gémissent, soupirent, crient (2), chantent, vocifèrent, s’agitent, gesticulent, et l’on est obligé de les contenir au moyen de la camisole. Ceux-là sont taciturnes, sombres; d’autres se distinguent par une loquacité intarissable, et une sorte de débordement des propos les plus incohérents.

Les malades délirants ne reconnaissent plus exactement les personnes, les choses , les objets qui les environnent. Ils doivent, sous ce rapport, être considérés comme eu

(1) U n’est pas besoin tic rappeler que ces symptômes n 'appartiennent pas à lu méningite elle-même, mais bien à la phlogose concomitante tic la couche cérébrale en contact avec les membranes enflammées.

(2) Les cris dits liyclrencéphaliques , signalés par M. Coindet dûtis sa description de la méningite sécrétoire des enfants, ne se manifestent ordinairement que dans la seconde période de la maladie.

32 PI1LEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, proie à une sorte de folie ou de manie sur-aiguë, et, à 1 instar des aliénés proprement dits, ils peuvent commettre sur les autres ou sur eux-mêmes des actes de violence irrésistibles. En général, le délire roule plus particulièrement sur le genre d’occupations auxquelles se livrent les individus à l’état de santé, sur les divers faits et événements qui concernent ces mêmes individus, etc.

L’exaltation et le désordre des facultés sensoriales proprement dites sont connues sous le nom d’ hallucinations. Les malades sont assaillis par des images bizarres, des fantômes de toute espèce; ils croient entendre les bruits les plus divers. Au reste, leurs yeux et leurs oreilles, leur peau , sont d’une telle susceptibilité, qu’ils ne supportent qu’avec impatience le bruit le plus léger, la lumière la plus douce, et que le moindre attouchement les fait tressaillir, etc.

Une insomnie permanente accompagne les désordres intellectuels et moraux ci-dessus exposés. Tout au plus l’insomnie proprement dite est-elle entrecoupée d’un état d’assoupissement qui ne dure que très peu de temps, et qui est troublé par des rêves avec cris, agitation, etc.: c’est une sorte de coma vigil.

L’exaltation des mouvements musculaires qui sont sous l’empire du cerveau, détermine des états spasmodiques ou convulsifs dans différentes parties du corps, telles que le visage, les membres, le tronc. Les mouvements convulsifs, plus ou moins violents, reviennent à des intervalles plus ou moins rapprochés. Les soubresauts des tendons (ceux des tendons des muscles des avantbras sont les plus communs), les grincements de dents, les contorsions de la tête et des yeux , constituent autant de phénomènes par lesquels, se manifeste Y espèce d’exaltation cérébrale que nous étudions. Il est un autre mode de manifestation pour cette exaltation: je veux parler de la contraction convulsive permanente des divers muscles

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dont nous venons de signaler les convulsions intermittentes. Delà la rigidité , la contracture des membres, de la tête, du tronc, etc. : le serrement des mâchoires ou le tris.nms, le froncement des sourcils, l’occlusion des paupières, la fixité des yeux ou les diverses espèces de strabisme , selon la prédominance de la contraction convulsive dans tels ou tels muscles de l’œil , le rire sardonique , etc. , sont autant de variétés ou de formes du phénomène que nous analysons (i).

i° Symptômes de la seconde période ou de lu période d'épanchement et de compression.

Dans la seconde période de la méningite, anatomiquement caractérisée par la présence d’un épanchement plus ou moins considérable, on observe des phénomènes qui, pour la plupart, sont diamétralement opposés aux precedents. Dans le plus haut degré de l’affection , à cette période, les malades sont plongés dans un état comateux, ne voient plus, n’entendent plus, ne sentent plus , n’exécutent plus aucun mouvement volontaire, et les autres mouvements eu x-mém es. ceux qu’on appelle instinctifs, sont plus ou moins affaiblis et ralentis. A la contraction des pupilles a succédé la dilatation : l’œil reste entrouvert par le défaut de contraction de l’orbiculaire, et se tourne en haut; si I on soulève les membres et qu’on les abandonne à eux-mêmes, ils retombent comme une masse pnerte, etc., etc. Dans un degré moins avancé, en excitant (es malades, on les retire de l’état de torpeur, de somnolence ou d’assoupissement qu’ils présentent; ils regardent d'un air idiotique, répondent quelquefois à certaines questions, etc.; mais aussitôt que cesse (excitation, l’état indiqué ne tarde pus à se reproduire. Plus loin, en exposant les phénomènes dits sympathiques, nous signalerons

(i) La contraction plus ou moins considérable des pupilles ellesnémes, dans la période <|ue nous décrivons, pourrait , jusqu'à un ferai» point, être rapportée à la même cause.

il] PHLETGMASIE.S ET 1 15 It I TATIONS EN PAHTICUL1EII.

quelques autres faits qui se rattachent à ceux dont nous venons de parler.

B. Symptômes sympathiques ou réactionnels (i).

I. La réaction sur le système sanguin on la fièvre offre une intensité proportionnelle à celle de la méningite : elle est, en général, très prononcée. La fréquence du pouls, toutes choses étant d’ailleurs égales, est plus grande quand la base du cerveau est le siège principal de la phlegmasie. Cette fréquence du pouls , de même que la chaleur , varie d’ailleurs selon les périodes de la maladie; ainsi, lorsqu il s’est formé un épanchement considérable, et que les phénomènes de collapsus ou de compression sont portés à un haut degré, le pouls se ralentit d’une manière notable, et la chaleur fébrile diminue. Toutefois, lorsque l’épanchement est médiocre, la fréquence du pouls peut persister à un haut degré, jusqu’à la terminaison fatale. C’est ainsi que, tout récemment (avril 1 844) ? Ie pouls est resté à x 5 2 pulsations par minute jusqu’au dernier jour de la vie d’une femme de trente ans , d’une constitution faible, anémique, atteinte, depuis déjà huit joui'S avant son entrée à l’hôpital, d’une méningite sécrétoire prédominant à la base et dans les ventricules (2).

(1) Avant d’énumérer et d’apprécier ces symptômes, une réflexion doit être présentée. Nous avons vu que les phlegmasies en général réagissaient sur les, centres nerveux par l’entremise des nerfs des organes qu’elles occupent. Ici c’est une réaction en sens inverse, une réaction du centre à la circonférence ou périphérique , tandis que dans l’autre cas c’est une réac-* tion de la circonférence au centre ou centripète. Ajoutons qu’à la rigueur parmi les symptômes sympathiques dont nous allons parler, quelques uns tiennent, pour ainsi dire, le milieu entre les symptômes de cet ordre et ceux qui constituent l’ordre des symptômes idiopathiques, attendu qu’ils tirent leur origine de la lésion des nerfs, que les centres nerveux* envoient aux organes qui sont le siège de ces symptômes. i

(?.) A l’ouverture du cadavre, on constata non seulement l’injection des méninges, un épanchement modéré de sérosité un peu opaline à la base du cerveau et dans les ventricules, mais encore un ramollissement bien caractérisé „ difjlueiit, crémeux , de la voûte’ à trois piliers, du septum lucidum, et de la superficielle la couche optique gauche.

!>K LA MKNINOIÏ'Iv CÉRKflH ALIÏ. 35

li. Les mouvements respiratoires sont plus ou moins modifiés sous l’influence de la méningite, surtout quand celleci prédomine à la base et autour de la moelle allongée. Dans la période d'irritation , la respiration est accélérée, entrecoupée de soupirs et de gémissements plaintifs ; dans les accès de convulsions générales dont nous avons parlé plus haut, les phénomènes que nous signalons acquièrent un nouveau clegré d’intensité. La respiration se ralentit dans la période de compression ou de collapsus; elle est encore entrecoupée, niais à de plus rares intervalles qu à la précédente période, de soupirs, de gémissements et, chez les enfants, de ces petits cris déchirants caractéristiques, connus, depuis M. Coindet , sous le nom de cris hydrencép haliq ues .

III. Des vomissements surviennent souvent au début et même dans le cours de la méningite; ils sont surtout fréquents chez les enfants. Il faut bien se garder de prendre pour des symptômes d’une gastrite ces vomissements sympathiques déterminés par la méningite. Toutefois il peut arriver exceptionnel le rite nt qu il existe à la fois une méningite et une gastrite; et dans ce cas, par une erreur contraire à la précédente, il ne faudrait pas attribuer uniquement à la méningite les vomissements qui se manifestent dans ce cas complexe.

IV. Dans l’état de délire, les selles et les tu tues sont souvent rendues sous les malades; durant la période de collapsus, decoma, de compression , elles sont retenues dans leurs réservoirs, les malades restant insensibles au besoin qui , à l’état normal , nous sollicite à nous en débarrasser. Quand la vessie est énormément distendue parles urines, et remonte, par exemple, jusqu’au niveau de I ombilic, une partie de l’urine s’écoule par regorgement.

C. Symptômes de la troisième période ou de la forme chronique. — Je ne dirai que quelques mots sur les symptômes de la méningite prolongée ou chronique, de celle, en d au-

36 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, très termes, qui est caractérisée par le développement de lésions dites organiques , telles que des adhérences entre la substance corticale du cerveau et la pie-mère, des dégénérescences diverses de cette substance elle-même, des produits anormaux déposés dans son sein ou dans les mailles de la pie-mère, etc. A cette forme de la méningite doivent être attribuées quelques unes de ces nombreuses affections connues sous les noms de folie, de manie, dû aliénation mentale, etc. Cette assertion, appuyée par les observations les plus nombreuses et les plus exactes, nous justifie pleinement d’avoir dit plus haut que la méningite aiguë fait éclater une foule de phénomènes qui nous ont permis de la considérer comme une sorte de manie, de folie, d 'aliéna- , tion mentale sur-aiguë. En effet, puisque la méningite chronique donne ainsi naissance à des lésions intellectuelles, morales, sensitives, motrices, qui ne diffèrent point essentiellement de celles que l’on observe dansda manie ou la folie la plus ordinaire, c'est-à-dire celle dont la marche est lente, la durée en quelque sorte illimitée, il est tout naturel que cette même méningite, sous sa forme aiguë, produise une espèce de manie ou de folie également aiguë.

Je me contente de signaler ce rapprochement, et je laisse à ceux qui s’occupent spécialement de l’étude des aliénations mentales le soin de le développer, en se gardant bien de lui donner une extension qu’il ne comporterait pas.

§ IV. Causes.

Les causes générales des inflammations, telles que les violences traumatiques-, tous les agents physiques ou irritants, l’action d’une chaleur forte et prolongée, comme celle qui résulte d’une exposition aux rayons du soleil pendant l’été (i), peuvent produire la méningite cérébrale

(1) La méningite cérébrale survient quelquefois dans le cours d’un violent rhumatisme aiticuluire. C’est une des coïncidences que nous avons signalées en traitant do cette dernière maladie; elle est heureusement très

DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE, comme toute autre phlegmasie. Occupons-nous seulement des causes spéciales de la méningite cérébrale. Voici les principales :

i° Les travaux immodérés de l’esprit et des sens, les trop vives affections de Faine ;

2° Chez les enfants, le travail de la dentition ;

3° Les réactions de diverses phlegmasies, soit extérieures , soit intérieures, sur les centres nerveux. Citons, parmi ces phlegmasies, les violents érysipèles, l’entéromésentérite, qui revêt alors la forme ataxique des pyrétologistes de l’école de Pinel ; la pneumonie des lobes supérieurs du poumon, etc.;

4° Les diverses infections septiques, telles que celles qui ont lieu dans les maladies complexes désignées sous les noms de typhus, de morve aiguë, de variole, etc.

Les causes que nous venons d’énumérer peuvent agir, soit isolément, soit simultanément.

Celles cpii agissent directement, idiopathiquement , déterminent, en général, une méningite plus intense, plus violente, que celles dont Faction est indirecte ou sympathique. Les méningites dites sympathiques, telles, par exemple, que celles qui donne lieu à la forme ataxique de la fièvre entéro-mésentérique (typhoïde de plusieurs auteurs modernes), ne dépassent pas, le plus ordinairement, le degré caractérisé anatomiquement par la sécrétion plus ou moins abondante d’une sérosité un peu moins transparente qu a I état normal (méningite sécrétoire), tandis que, dans la méningite idiopathique, le liquide épanché consiste plus souvent en une sérosité trouble, floconneuse, mêlée de pseu do- membranes, ou bien en un véritable pus.

Suivant que les causes agissent brusquement et avec violence, ou lentement et d’une manière durable, ou du

rare. .Nous n avons pas à revenir ici sur l’influence des refroidissements plus ou moins brusques dans le développement des phlegmasies dites rhumatismales.

38 PIlLEGMASIJiS ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, moins fréquemment répétée, et aussi selon que les sujets sont plus ou moins irritables, la méningite affecte la forme aiguë ou la forme chronique. Comme pour toutes les autres phlegmasies, il est pour la méningite une incontes- • table prédisposition. C’est ainsi, par exemple, que l’on voit plusieurs enfants issus des mêmes parents succomber à cette plilegmasie sous l’influence de causes déterminantes qui ont été sans effet sur des enfants nés d’autres parents. Les premiers étaient donc prédisposés .

§ V. Pronostic.

La méningite ou fièvre cérébrale est une des phlegmasies les plus graves ; elle fait périr un grand nombre d’en- , fan ts, soit qu’elle affecte la forme sécrétoire simple, soit qu elle revête la forme tuberculeuse. Il y a lieu d’espérer que celte mortalité deviendra moins considérable quand les praticiens auront appris à la mieux traiter et à l’attaquer dès son début par la formule des saignées suffisantes, convenablement adaptée aux divers cas qui peuvent se présenter. Cependant, telle est l’importance de certaines parties du cerveau, et telle est la rapidité avec laquelle la maladie en dérange, en paralyse même quelquefois les fonctions, qu’il sera toujours bien difficile de prévenir une terminaison funeste dans un bon nombre de cas.

Certaines méningites partielles, celles, par exemple, des diverses régions de la convexité du cerveau, ne compromettent pas immédiatement la vie des malades. Il n’en est pas de même de la méningite de la base, de la méningite ventriculaire; celles-ci exercent sur les actes de la respiration et de la circulation une grave influence, qui ne saurait se prolonger pendant quelque temps sans qu’il en résulte des accidents mortels.

§ VI. Traitement.

En raison même de la gravité naturelle de la méningite,

DE LA MÉNINGITE SPINALE, on ne saurait trop promptement lui opposer celte méthode des saignées suffisantes sans laquelle, comme nous 1 avons déjà tant de fois répété, on ne saurait guérir les grandes inflammations. On se conformera , pour son application à X espèce dont il s’agit, aux règles que nous avons tracées dans nos généralités sur le traitement de l’inflammation.

Les moyens adjuvants ou auxiliaires sont : les vésicatoires promenés sur les membres inférieurs, les bains d’une température douce avec les affusions fraîches, la glace sur la tête, les antispasmodiques à dose modérée, les purgatifs sagement administrés, le calomel en particulier; les frictions avec la pommade mercurielle, et quelques autres moyens analogues.

C’est en procédant ainsi que. depuis une douzaine d’années, je suis parvenu, tant à l’hôpital qu’à la ville, à guérir plusieurs malades qui, s’ils eussent été traités avec moins d énergie, auraient infailliblement succombé. Mais, je le déclare avec regret, je ne compare pas les succès que j’ai obtenus par cette manière de traiter la méningite avec ceux dont la même méthode est suivie quand on l’applique bien aux autres phlegmasies. La principale raison de cette différence tient à la rapidité avec laquelle la méningite, quand elle s’étend à la base, amène des désordres profonds dans la respiration, cette fonction si éminemment vitale.

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