I. Symptômes locaux
(0 De la paralysie considérée cites les aliénés. Paris, 1826, in-8.
CÉRÉBRITE.
A. Période d’irritation simple ou de fluxion inflammatoire.
Examinons successivement les symptômess fournis par les fonctions locomotrices, les fonctions sensitives et les fonctions intellectuelles et morales.
Lésion des fonctions locomotrices. Lorsque la cérébrite partielle est exempte de toute complication, l’un de ses svmptomes les plus constants consiste dans une contraction spasmodique de certaines parties du système locomoteur. Cette contraction, quand elle occupe les membres, leur imprime un état de demi-flexion avec une telle rigidité, qu’il est presque impossible de les étendre. Les membres frappés de cette rigidité ne se meuvent plus, en général, sous l’influence de la volonté. Quand les muscles, d’un côté du visage, sont le siège de la contraction spamodique et permanente que nous signalons ici, il en résulte une déviation de la commissure des lèvres du côté opposé à l’hémisphère enflammé, ce qui est l’inverse de ce qu’on observe dans l’hémorrhagie cérébrale. Si l’un des muscles palpébraux est ainsi contracté spasmodiquement, locclusion plus ou moins complète de l’œil en est la suite , et cette occlusion active diffère essentiellement de celle vraiment passive qui résulte de la paralysie du muscle releveur de la paupière supérieure.
Chez un assez grand nombre des individus affectés de cérébrite partielle, on observe des accès convulsifs plus ou moins violents, simulant quelquefois les attaques épileptiques. Quand cet accident se manifeste, c’est que 1 inflammation partielle est compliquée d’une méningite qui réagit sur tout le système encéphalique.
La rigidité convulsive que nous venons de signaler n’est bien marquée que chez les individus atteints d’une cérébrite partielle aiguë; elle est souvent peu prononcée dans la cérébrite partielle à marche lente, chronique, et manque même dans certains cas de ce genre suivant quelques pathologistes. La demi-flexion qui, dans les membres, ac-
5Z| PULEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, compagne la roideur, s explique-t-elle par la prédominance des fléchisseurs sur les muscles extenseurs de ces parties ? C’est un point qui n’a pas encore été suffisamment étudié.
Lésion des Jonctions sensitives. Quelques uns des individus atteints de cérébrite partielle se plaignent d’un sentiment de chaleur et de douleur dans les régions de la tête correspondantes à l’inflammation. Toutefois , dans un grand nombre de cas de cérébriLe partielle, le symptôme indiqué ne se manifeste point; il parait appartenir plutôt à la méningite qu'à la cérébrite elle-même. Quoi qu’il en soit, à ce symptôme près , les fonctions des sens sont assez rarement exaltées, à moins que la cérébrite partielle ne se trouve compliquée d’une méningite. Il est bon seulement de noter que les efforts au moyen desquels on essaie quelquefois d’étendre les membres demi-fléchis déterminent, en général, une douleur plus ou moins vive.
Il paraît, d’ailleurs, que cette intégrité des sens ne se remarque pas indistinctement, quel que soit le siège de la phlegmasie cérébrale. Quand celle-ci occupe la base du cerveau, comme il n’arrive que trop fréquemment chez les enfants, il est très commun de voir apparaître une exaltation plus ou moins considérable dans les sensations.
Lésion des fonctions morales et intellectuelles. Lorsque l’inflammation n’occupe qu’une portion plus ou moins étendue de l’un des hémisphères cérébraux, et que l autre hémisphère jouit de toute son intégrité, les fonctions intellectuelles et morales continuent à s’exercer. Il semble dans ce cas qu’il suffise de l’hémisphère sain pour fournir aux frais de l’exercice de ces précieuses fonctions. Toutefois, les malades éprouvent en général une sorte d’embarras ou d’hésitation dans leurs idées, dans l’expression de ces idées parla parole, et leur physionomie porte l’empreinte d'une hébétude plus ou moins marquée.
CÉRÉBKITE.
B. Période de ramollissement , de suppuration et de désorganisation.
Lésion des Jonctions locomotrices. L’état spasmodique est graduellement remplacé par un état de résolution et d’inertie. Si I on soulève«les membres primitivement contracturés, ils retombent de toute leur masse; la commissure des lèvres avait-elle été entraînée du côté opposé à l’hémisphère, par l’effet du spasme musculaire, elle revient peu à peu à sa position naturelle ; et plus tard, lorsque les muscles contracturés sont frappés de paralysie, on observe , ainsi que dans l’apoplexie , une déviation de la bouche du côté correspondant à l'hémisphère affecté. Dans ce cas, la joue correspondante à la paralysie est flasque et comme pendante; et, dans certaines expressions faciales, tels que le rire, le sourire, le pleurer , etc., les deux moitiés du visage offrent, sous le rapport du mouvement, le contraste le plus frappant.
'fout le monde sait que la paralysie et les convulsions se manifestent dans le côté opposé du corps à l’hémisphère dont la lésion se traduit à nous par les symptômes indiqués. Ce croisement entre le siège des lésions fonctionnelles du système locomoteur et le siège des lésions cérébrales s’explique par l’entrecroisement des faisceaux antérieurs de la moelle allongée. On cite , il est vrai , quelques faits de paralysie musculaire non croisée , c’està-dire correspondante à l’hémisphère malade. De tels faits sont des exceptions à la règle générale. S’ils ont été aussi bien observés que le prétendent certains pathologistes, M. Bayle en particulier, on ne peut les concevoir qu’en supposant le non -entrecroisement des pyramides antérieures de la moelle allongée, dans les cas dont il s’agit, anomalie anatomique qui, jusqu’ici, ne parait pas avoir été constatée directement.
Lésion des fonctions sensitives. La paralysie des organes sensitifs spéciaux n’accompagne pas ordinairement celle
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des organes des mouvements et du sentimentgénéral.Cela dépend, sans doute , de ce que les portions du cerveau qui président à l’action des sens spéciaux ne sont par ordinairement le siège de la cérébrite partielle. La paralysie du sentiment ne se joint pas constamment et nécessairement à celle du mouvement. Dans les cas mêmes où elle existe , elle est ordinairement portée à un moins haut degré que la paralysie musculaire. On cite cependant quelques cas dans lesquels il s’était manifesté une paralysie du sentiment dans des membres qui conservaient le libre exercice de leurs mouvements. Mais n’existait-il alors d’autre lésion que dans le cerveau? c'est ce qu’il serait un peu téméraire d’affirmer.
Lésion des fondions intellectuelles et morales. Il résulte des faits assez nombreux consignés dans le traité de l’encéphalite que j’ai publié il y a déjà une vingtaine d’années, que lorsqu’un seul hémisphère est ramolli, désorganisé dans une partie plus ou moins considérable de son étendue, les phénomènes intellectuels proprement dits peuvent conserver presque toute leur intégrité. Il est néanmoins des cas où les fonctions intellectuelles ont été altérées et même entièrement abolies chez des sujets dont un seul hémisphère était altéré primitivement. Voici comment explique ce fait le célèbre auteur des Recherches anatom ico -pa thologiques sur l’Encéphale et ses dépendances : « Quand la portion du cerveau tuméfiée par une » inflammation aiguë ne peut trouver d’issue pour se » développer au-dehors, l’hémisphère sain doit être plus » ou moins comprimé par l’expansion de l’hémisphère » enflammé. De là le sentiment particulier de tension qui » accompagne la céphalalgie; de là la raison pour la- » quelle l’étendue des altérations pathologiques n’est pas » toujours en harmonie avec la gravité des symptômes. » Cette tuméfaction explique pourquoi , par exemple, on » ne trouve qu’un ramollissement de l’étendue d’une noi-
CÉItÉBRITK.
» sette après une hémiplégie complète; pourquoi les deux » yeux, les deux oreilles, perdent presque toujours la » faculté de voir et d’entendre; pourquoi, sur la fin de la » maladie, la paralysie devient quelquefois générale, quoi- » qu’un seul côté du cerveau soit affecté. C’est à la même » cause qu’il faut attribuer la somnolence , 1 ecoma, la perte « absolue de l’intelligence. Ce qui le prouve, c’est que les » malades chez lesquels une large ouverture a permis au » cerveau de se dilater librement à l’extérieur ont con- » servé l’intégrité de la vue et de l’ouïe du côté non para- » lysé, et n’ont éprouvé qu’un léger affaiblissement de » ces mêmes organes de l’autre côté; c’est qu’ils ont été » exempts de somnolence, de coma, etc., et qu’ils ont con- » servé jusqu’à la fin l’exercice plus ou moins libre de leurs » fonctions intellectuelles. Enfin, ce qui ne laisse aucun » doute à cet égard , c’est que toutes les fois que, dans des » cas analogues, on a voulu s’opposer à l’issue du cerveau,
» les malades sont alors tombés dans un état comateux,
» et ont perdu 1 intelligence. En résumé , il existe dans les » inflammations aiguës du cerveau deux causes bien dis- » tinctes des symptômes : une altération locale qui produit » des phénomènes bornés au côté du corps opposéà l’hémi- » sphère malade ; une fluxion qui produit une turgescence » plus ou moins considérable, et par suite une compres- « sion des parties non enflammées, et des symptômes » généraux, tels que la somnolence, le coma, la perte de » connaissance, etc. Et comme toutes les inflammations » du cerveau ne sont pas également aiguës , et par consé- » quentaccompagnées d’une fluxion également énergique, » il doit en résulter quelque différence dans le rapport de » ces deux ordres de symptômes. »
Lorsque les deux hémisphères sont ramollis, suppures, désorganisés à la fois, dans une étendue plus ou moins considérable, il en résulte constamment une altération plus ou moins profonde des fonctions intellectuelles et
58 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, morales , lesquelles s’affaiblissent alors , se paralysent comme les fonctions locomotrices. On peut lire dans le Traité de l’Encéphalite plusieurs observations où l’on voit un idiotisme plus ou moins complet signaler l’existence d’une altération profonde des deux hémisphères. Qui ne sait aujourd’hui que l’affaiblissement des fonctions intellectuelles et morales qu’on observe dans la dernière période des aliénations mentales , coïncide très souvent avec une sorte de désorganisation de la substance corticale, désorganisation qu’une phlegmasie a entraînée à sa suite? Dans les cas d’altération simultanée et générale des deux hémisphères parvenue au degré dont il s’agit actuellement, il ne reste souvent aucun vestige de la vie intellectuelle et morale proprement dite; et quelques malades, privés de leur mémoire, de la faculté de parler, déjuger, de penser, de coordonner leurs diverses actions, de les raisonner, peuvent être réellement comparés à ces animaux que nous plongeons dans la plus profonde stupidité en leur enlevant les lobes cérébraux, ou en se bornant à les désorganiser, comme je l’ai fait plusieurs fois, par le moyen de la cautérisation.
Dans les cas que nous signalons, la physionomie, privée de son jeu naturel, est empreinte d’une sorte d’étonnenement stupide, et tous les traits respirent pour ainsi dire l’idiotisme et l’imbécillité.
G. Période du développement des diverses productions accidentelles.
Quelque différente que soit leur nature anatomique, qu’elles soient ou non organisées, les tumeurs ou productions dites accidentelles ont cela de commun qu elles jouent toutes le rôle de véritables corps étrangers. Sous ce rapport, elles doivent toutes altérer de la même manière les fonctions dont le cerveau est l'instrument. Que la masse qui existe accidentellement dans le cerveau soit de na. ture squirrheuse, tuberculeuse ou autre, quelle soit
CÉHÉBRITJ:.
organisée ou quelle ne le soit pas, elle agira mécaniquement sur la substance cérébrale environnante, et la compression qu elle y exercera pourra paralyser sans retour les fonctions dévolues à cette portion du cerveau. Que si la portion du cerveau dans les mailles de laquelle une production accidentelle s’est engendrée , est ellemême atrophiée, inhabile à remplir ses fonctions, ce sera là une source nouvelle de paralysie. On trouvera dans les traités spéciaux sur les maladies du cerveau des faits nombreux à 1 appui de ce qui vient d être dit.
Mais, dira-t-on, outre la lésion commune qui vient d’être mentionnée , chaque espèce de production accidentelle n’a-t-elle pas ses symptômes propres et distinctifs? Je déclare que, malgré 1 opinion opposée professée par des auteurs dont j’estime beaucoup le talent, je ne pense pas que, dans létat actuel de la science, on puisse assigner à chaque production accidentelle des symptômes locaux qui lui appartiennent en propre et exclusivement. Il n’est nullement prouvé non plus que, à une certaine époque de son développement, chacune de ces productions annonce sa présence par une diathèse particulière. Je renvoie, pour plus de détails sur le diagnostic des productions accidentelles du cerveau, aux articles Cancer, Tubercules, etc., de ce traité.
Dans certains cas, les productions accidentelles du cerveau ne sont annoncées par aucun symptôme appréciable. Ces cas sont ceux où ces productions n’ont qu’un volume peu considérable et ne se développent qu’avec une extrême lenteur : alors la compression qu elles exercent sur les parties environnantes est si faible, et s’opère pour ainsi dire avec tant de ménagement, que les fonctions de ces parties n’en sont point suspendues, et qu’il ne se manifeste aucune paralysie.
Il est beaucoup de jeunes enfants en particulier chez lesquels on rencontre après la mort des tubercules qui
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n’avaient déterminé aucune lésion fonctionnelle digne d’être notée.
Les symptômes locaux que nous venons d’exposer suffisent pour faire reconnaître l’existence d’une cérébrite partielle à ses diverses périodes , mais non pour nous permettre de préciser la région ou la partie des hémisphères qui est le siège de la maladie. [I nous reste donc à résoudre, autant que le comporte l’état actuel de la science, cette seconde question du diagnostic delà cérébrite partielle. Pour y parvenir, il nous faut indiquer les modifications que présentent les symptômes spasmodiques, ataxiques ou paralytiques mentionnés précédemment, selon que les altérations phlegmasiques occupent telle ou telle portion du cerveau, et aussi suivant qu’elles affectent l’une ou l’autre des deux substances qui composent cet important viscère.
3° Différences des symptômes selon le siège de l’infammation cérébrale.
a. Des rapports qui existent entre le siège des lésions des fondions locomotrices et celui de la lésion cérébrale, suite de [ inflammation . Les lésions diverses des mouvements coordonnés de la parole ou de l’articulation des sons me paraissent dépendre des lésions des lobules antérieurs du cerveau. Les faits nombreux que j’ai rapportés à l’appui de cette assertion ont trouvé, je ne 1 ignore pas , de puissants contradicteurs, parmi lesquels je dois citer MM. Cruveilhier, Lallemand et d’autres. Toutefois, leurs arguments ne m’ont pas semblé sans réplique, et je regrette que l’espace ne me permette pas de consigner ici les raisons que je leur ai opposées dans des mémoires spéciaux (i).
La paralysie ou la rigidité des membres inférieurs paraît correspondre à des lésions des corps striés, et peut-être aussi à celles des lobules moyens du cerveau.
Les mêmes symptômes observés dans les membres
(0 Voyez Bulletin Je l'Académie royale de médecine. Paris, 1839, t. IV, p. 282 et suiv.
CÊnÉBttlTÊ.
supérieurs annoncent une altération des couches optiques ou des lobules postérieurs du cerveau.
Il est difficile de dire à la lésion de quelle partie de la masse encéphalique se rapporte 1 état paralytique ou convulsif des muscles de l’œil et des paupières. Des faits assez multipliés me porteraient à croire que les lésions du voisinage des tubercules quadrijumeaux sont celles qui paraissent produire les symptômes dont nous nous occupons actuellement. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que la paralysie des muscles de l’œil et des paupières n’existe pas dans un grand nombre de cas où, par suite d’une lésion des hémisphères, on observe des paralysies, soit des membres, soit de la face, soit des organes de la parole.
b. Des rapports qui existent entre le siège des lésions des fonctions sensitives et celui des altérations cérébrales. Il nous manque encore beaucoup de laits pour pouvoir résoudre cliniquement le problème ci-dessus. Parmi ceux que nous possédons, il eu est qui nous présentent une fâcheuse contradiction : ainsi, par exemple, quelques observateurs ont publié des cas de paralysie de l’odorat par suite d’une altération des lobules antérieurs du cerveau, tandis que d autres ont cité des cas dans lesquels l’odorat s’était conservé malgré la désorganisation des lobules indiqués.
En attendant que de nouvelles recherches nous aient procuré quelques lumières sur le siège précis des altérations cérébrales correspondantes aux lésions des fonctions des sens spéciaux (la vue, 1 ouïe, l’odorat, le goût), fixons un instant notre attention sur la question desavoir si les lésions d’un sens plus général que les précédents, je veux dire le tact ou le sentiment proprement dit, correspondent a 1 altération d’un point déterminé du cerveau. Les belles expériences de MM. Magendie et Cha ries Jlell nous ont appris que la cinquième paire de nerfs apportait aux différentes parties de la face et à l’œil lui-même le principe de leur sensibilité tactile ou générale, et que les nerfs, partant
62 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, des faisceaux postérieurs de la moelle spinale, répandaient le sentiment aux autres parties du corps qui en sont douées. Comme les nerfs du sentiment ne se rendent pas directement , immédiatement, aux hémisphères cérébraux , il ne faut pas nous étonner si , dans la plupart des cas de célébrité pure et simple, on ne remarque point une lésion profonde de la faculté dont ces nerfs sont les dépositaires ou plutôt les conducteurs. Il est même assez probable, sans que toutefois on puisse rien affirmer rigoureusement à cet égard, que l’exaltation ou l’extinction du sentiment, dans les cas de cérébrite partielle, provient de ce que la maladie a réagi sur le système spinal.
c. Des rapports qui existent entre l’espèce des lésions intellectuelles et le siège de l’affection cérébrale . Les recherches cliniques ne nous ont encore fourni que bien peu de données pour la solution de ce problème, solution à laquelle se trouve pour ainsi dire lié le sort d’une doctrine par laquelle s’est immortalisé le docteur Gall , savoir, la pluralité et la localisation des organes des facultés intellectuelles et morales. J’ai signalé ailleurs ( Traité de l'encéphalite ) quelques unes des difficultés inévitables qu’on éprouve en s’occupant du sujet que nous abordons. Je ne les rappellerai point ici, et je me contenterai de répéter que mes recherches sur les rapports qui existent entre la perte de la parole et les lésions des lobules antérieurs du cerveau , viennent heureusement confirmer un des points de la doctrine de la pluralité et de la localisation des organes de l’intelligence. Cette perte de la parole, en tant que la suite d’une lésion du centre nerveux qui la régit, et non d’une lésion des nerfs ou de l’appareil qui la produit immédiatement; cette perte de la parole, dis-je, nous a paru dépendre tantôt de ce que la mémoire des mots et le pouvoir d’en créer de nouveaux étaient abolis, et tantôt de ce que la faculté de coordonner les divers mouvements, sans lesquels toute parole est impossible, était frappée de paralysie. Ces deux causes de perte de la parole peuvent d’ailleurs se
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rencontrer simultanément chez certains malades. Une circonstance bien cligne de remarque, c’est que la faculté du langage articulé n’est souvent lésée que partiellement. En voici quelques exemples : le sujet de la septième observation de mon Traité de l’encéphalite conservait la mémoire de plusieurs mots, tandis que celle de quelques autres s’était totalement effacée de son cerveau. Les sujets des observations trentième et quarante et unième ne pouvaient prononcer que les mots oui et non. Certains individus ont perdu la mémoire des substantifs, d’autres celle des adjectifs ou des verbes, etc., etc.
Je ferai encore observer, avant de terminer cet article, que la plupart des malades qui ont ainsi perdu l’usage de la parole n’en conservent pas moins la faculté d’exprimer leurs idées et leurs désirs par d’autres langages, tels que l’écriture, le geste. Bien plus, chez quelques uns, le langage du geste ou d’action acquiert une grande vivacité, comme si ce moyen d’expression s’était enrichi de la perte éprouvée par celui qui constitue la parole. On dirait que la maladie a métamorphosé ces individus en véritables muets de naissance, lesquels, comme tout le monde sait, ont le geste très animé, très expressif.
Dans le cours de l'année dernière ( 1 843), j’ai été consulté avec quelques autres confrères pour un cas de ce genre, des plus curieux, ayant pour sujet une dame très intéressante, épouse de l’un de nos confrères de Bordeaux. Cette dame, à la suite d’une attaque d’apoplexie, a perdu complètement l’usage de la parole, bien qu’il n’existe aucune paralysie musculaire. Cependant elle répète les sydabes qu’on prononce devant elle; elle comprend tout ce qu on lui dit; elle écrit et peut encore .vaquer aux occupations de son ménage. Chose des plus singulières! elle ne peut écrire sous la dictée d’une autre personne; mais si l’on écrit quelque chose, elle le copie très bien, et elle en conçoit la signification. Ce cas offre un grand
6/l PIILEGMASIES ET 1LUUTAT10NS EN PAUTICULtEll. nombre d’autres particularités qu'il serait trop long de consigner ici , particularités en présence desquelles il est impossible de nier la pluralité des organes cérébraux, l’existence de fonctions spéciales, distinctes les unes des autres, ce qui, comme se l’imaginent certaines personnes, ne porte assurément aucune atteinte à V unité du moi bien entendue.
d. De la différence des lésions fonctionnelles, selon que l'altération morbide siège clans la substance grise ou dans la substance blanche du cerveau. Quelques auteurs, MM. Foville et Pinel-Granchamp entre autres, pensent que les lésions de la substance grise du cerveau déterminent des lésions dans les facultés intellectuelles, tandis que les lésions des fonctions locomotrices dépendraient des altérations de la substance blanche.
Quant à la question de savoir si les lésions des sensations en général correspondent aux altérations de la substance grise, ou à celles de la substance blanche du cerveau proprement dit, elle est d’autant plus insoluble par les données cliniques, que. jusqu’ici, ces données ne nous ont pas appris d’une manière rigoureuse si les sensations résident ou non immédiatement dans cet organe (le sentiment général , néanmoins , paraît résider dans la moelle spinale et non dans les hémisphères cérébraux).
Ce sera rendre un hommage à la vérité en déclarant, avant de terminer notre sujet, qu’il reste encore beaucoup de recherches à faire pour parvenir à découvrir, dans tous les cas, quels sont les symptômes constants, pathognomoniques qui correspondent exclusivement aux lésions de telle ou telle portion de la masse cérébrale. Toutefois, les progrès incontestables qu’a faits depuis quelques années cette partie delà science nous permet d’en espérer prochainement de nouveaux.