II. Cérébellite , ou inflammation du cervelet
Jusqu’ici nous ne possédons encore aucune description spéciale , aucune monographie des maladies du cervelet en général, et de son inflammation en particulier. Je crois cependant que le moment est venu de ne pas confondre l’histoire des maladies de ce centre nerveux avec celle des autres parties qui concourent à composer l’axe cérébrospinal. C’est pour cette raison que je vais consacrer dans cet ouvrage quelques mots à la cérébellite, en attendant que de nouvelles recherches permettent d’en tracer une monographie complète.
I. Les caractères anatomiques de la cérébellite, soit aiguë, soit chronique, étant absolument les mêmes que ceux de la cérébrite, je ferai grâce de leur description au lecteur.
IL A l’exception de la douleur et du sentiment de chaleur qui pourraient se manifester dans la région du crâne correspondante au cervelet, les symptômes locaux de la cérébellite n’ont été jusqu’ici rigoureusement signalés par aucun pathologiste. Il ne faut point s’en étonner, puisque ces symptômes ne peuvent être autre chose qu’une lésion des fonctions propres au cervelet, et que même encore aujourd’hui ces fonctions sont l’objet des plus vives controverses. Dans un mémoire que j’ai publié il y a quelques années , j’ai indiqué les principales opinions qui ont été émises sur ce point important de physiologie; et j’ai conclu, d’un assez grand nombre d’observations et d’expériences pratiquées sur les animaux vivants, que, comme Rolando et M. Flourens (i) nous l’avaient déjà appris , le cervelet préside aux actes delà station , de l’équilibration et de la progression. Cependant plusieurs physiolo-
(i) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, a0 édition , Paris, 184^5 iü-8.
CÊRÉBELLITi;.
gistes, partageant encore l’opinion du célèbre Gai l , affirment que le cervelet est l’organe de l’instinct de la propagation, tandis que d’autres, et M. Foville (t) est de ce nombre, considèrent ce centre nerveux comme la source et le réservoir de la sensibilité, etc. , etc.
Pour moi , qui récemment encore ai répété mes premières expériences, je conserve toujours l’opinion que j’ai adoptée dans le mémoire indiqué plus haut; et, revenant maintenant aux symptômes de la cérébellite, je crois me conformer aux faits attestés par la saine observation , en disant que ces symptômes consistent en des lésions des fonctions de la station, de l’équilibration et de la progression. Quelques observations cliniques, consignées dans mou premier mémoire, déposent en faveur de cette assertion. Malheureusement la plupart des observations de cérébellite, soit aiguë, soit chronique, que nous possédons actuellement , sont plus ou moins tronquées, et par conséquent incapables de résoudre d’une manière positive la question que nous agitons. Mais il n’en est pas de même des observations de cérébellite artificielle que j’ai déterminée chez des animaux d’espèces différentes. En effet, ces observations, au nombre de plus de trente, recueillies avec tous les détails convenables, s’accordent à démontrer que les seuls symptômes constants, et en quelque sorte pathognomoniques de la cérébellite déterminée artificiellement, sont les désordres des fonctions delà progression , de la station et de l’équilibration.
Lorsque le cervelet est simplement irrité, on ne détruit point les fonctions indiquées, mais on les bouleverse, si Ion peut ainsi dire, pour un certain temps. C’est alors qu on observe des sauts, des culbutes, des pirouettes et autres mouvements bizarres qui s’exécutent avec une telle impétuosité, que l’œil ne peut les suivre qu imparfaitement.
(i) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. Encéphale , t. VU, p. 191 et suiv.
Au milieu dé cette agitation universelle, irrésistible, comme épileptique, l’équilibration est très difficile ou même impossible. Ces mouvements désordonnés, cette sorte <X aliénation, de délire des fonctions de la progression et de la station ne tarde pas à se dissiper quand l’irritation est très superficielle. Mais quand une profonde désorganisation du cervelet est la suite de l'inflammation qu’on y a développée artificiellement, alors l’animal est privé sans retour de la faculté de s’équilibrer et de l’exercice de ses mouvements de progression. Tous les efforts qu’il fait à cet égard sont impuissants, et servent seulement à démontrer que, pour être devenu inhabile à coordonner les mouvements eu marche, ou à se maintenir dans un état de station, il n’en conserve pas moins la faculté d’exécuter des mouvements partiels, et de remuer ses membres dans tous les sens.
Au reste, il serait trop long de détailler ici toutes les modifications des fonctions de progression et de station que la désorganisation plus ou moins étendue du cervelet peut déterminer. Une foule d’affections désignées sous le nom vague de maladies nerveuses ne tarderont probablement pas à rentrer dans la classe des lésions particulières au cervelet : telles sont entre autres celles caractérisées , tantôt par la crainte de tomber en marchant, tantôt par une tendance irrésistible à reculer, tantôt par un besoin invincible de courir, d’exécuter des sauts, des culbutes, des pirouettes extraordinaires, sans aucun motif raisonné. (J’ai connaissance de deux cas extrêmement curieux de ce dernier genre, recueillis par feu le docteur Cassan, dans le service de M. Duméril , à la maison de santé.)
L’érection et l’éjaculation ne me paraissent pas des symptômes essentiels et pathognomoniques des irritations du cervelet, comme l’ont prétendu Gall et M. Serres.
Je n’ai jamais vu la paralysie de la sensibilité ou du sentiment général accompagner la désorganisation coin-
MYKLITK.
plète, la destruction entière du cervelet, circonstance qui devrait avoir lieu si le cervelet était réellement le foyer central de la sensibilité. Il est bien vrai que la plus bizarre agitation tourmente ranimai dont on vient d’irriter le cervelet; mais c’est une erreur que d’attribuer ce phénomène à une exaltation de la sensibilité. Il constitue, ainsi que je l’ai dit, une sorte de délire des fonctions locomotrices.
III. Les considérations relatives à la marche, au pronostic et au traitement de la cérébellite ne diffèrent pas essentiellement de celles dans lesquelles nous sommes entré à l'occasion de la célébrité; je ne m’en occuperai pas pourle moment, dansla crainte de dépasser les bornes qui me sont imposées par la nature de cet ouvrage, et d insister trop longtemps sur un sujet qui réclame de nouveaux faits.
III. Dr la myélite ■ ou mllaiiinialioii de la moelle épinière.
La myélite est une des inflammations sur lesquelles nos prédécesseurs nous ont laissé le moins de matériaux; on peut même dire qu’avant les importants travaux de MM. Abercrombie, en Angleterre; Ollivier (d’Angers) , en France, et Bellingeri, en Italie, cette histoire était presque entièrement ii faire. Malgré les recherches de ces trois habiles observateurs et de quelques autres auteurs plus modernes encore, il reste toujours des lacunes assez grandes dans l’histoire de la myélite.
§ Z,r. Caractères anatomiques de la myélite.
Les caractères anatomiques de la myélite étant sensiblement les mêmes que ceux de l’encéphalite (cérébrite et cérébellite),nousnecroyons pasdevoir les décrireavec détail ; ce serait tomber dans des détails tout-à-fait inutiles. Nous allons donc nous borner à l’indication des principaux changements qu’éprouve la substance de la moelle épinière pendant les diverses périodes (pie peut parcourir l’inflammation de cet organe.
1 0 Simple injection avec légère augmentation de consistance.
Si les malades succombent rapidement, dans l’espace de deux à quatre jours, par exemple, à une inflammation de la moelle épinière, ce qui n’arrive presque jamais que dans les cas où cette inflammation coïncide avec une méningite spinale, alors on ne rencontre ordinairement, à l’examen cadavérique, qu’une injection plus ou moins forte, une coloration rosée de la moelle; celle-ci présente en même temps une consistance un peu plus que normale, comme si elle eût été plongée pendant quelque temps dans un acide affaibli. Il importe beaucoup de ne pas confondre cet état de la moelle avec V induration proprement dite, laquelle n’arrive que dans les cas de myélite chronique. Il me semble que M. le docteur Ollivier (d’Angers) n’a pas complètement évité cette erreur. En effet, voici comment cet honorable confrère s’exprime au sujet de la question qui nous occupe : « L’endurcissement du tissu » de la moelle épinière est un autre résultat de la myélite; » il a été considéré par quelques pathologistes comme le «premier degré de l’inflammation aiguë, qui produit » secondairement le ramollissement. (M. Ollivier cite «le mémoire que j’ai publié à l’appui de cette manière » de voir.) Sans combattre ici cette opinion, je ferai remar- » quer qu’un grand nombre d’observations prouvent que » la phleginasie qui détermine 1 induration de la moelle « épinière est bien souvent chronique. Il est vrai qu’on » observecetétat du tissu nerveux dans l'encéphalite qui se « termine rapidement par la mort; mais ne trouve-t-on pas « le même endurcissement chez les aliénés affectés de » paralysie; chez les épileptiques qui meurent sans offrir, » dans les derniers temps, aucun des symptômes d’une » inflammation aiguë des centres nerveux? Cette augmen- » tation de densité de la substance de la moelle se ren- » contre aussi avec une méningite rachidienne. » ( Traité de la moelle épinière, t. II, p. 6 1 ?..)
MYÉLITE.
L’espèce d’endurcissement que je considère comme un des caractères anatomiques de la myélite et de l’encéphalite, diffère beaucoup de cette induration que les médecins et les chirurgiens ont décrite en traitant des terminaisons de l'inflammation. L’augmentation de densité consécutive à une myélite ou à une encéphalite aiguës, reste delà turgescence sanguine, de l’érection, si l’on peut ainsi dire, qui a lieu dans la première période de cette phlegmasie, peut être justement comparée à la tension et à la résistance du tissu cellulaire dans le premier degré du phlegmon aigu. C’est une sorte d 'hypertrophie aiguë, il est très vrai que l’hypertrophie peut aussi se manifester à la suite des inflammations chroniques; mais alors il ne faut pas non plus confondre cette augmentation pure et simple du volume et de la consistance des organes avec leur induration proprement dite , laquelle est constamment accompagnée d’une modification plus ou moins profonde dans la structure de la partie qui en est le siège.
2° Ramollissement de la moelle épinière ; suppuration diffuseabcès.
Le ramollissement, suite d’inflammation des centres nerveux, constitue une sorte d’état intermédiaire à celui dont il vient detre question plus haut et au premier degré de la suppuration. Ceux qui aiment à disputer pourront tant qu’ils le voudront s’exercer sur la question du ramollissement; mais il n’en restera pas moins éternellement vrai que l’inflammation des centres nerveux entraîne, à une certaine période, le ramollissement de leur substance, tel que nous l’avons décrit ailleurs ( Voyez Céiiébrite); et j’ose affirmer que pour quiconque ne se borne pas à étudier les maladies sur le cadavre, mais s’applique aussi a les observer vivantes, si je puis parler ainsi, les cas sont bien rares où il lui restera quelque doute dans l’esprit sur la véritable nature d’un ramollissement donné de lu pulpe nerveuse.
La suppuration que la myélite peut amener à sa suite offre toutes les particularités que nous avons décrites à l'article (Jérébrite. Le pus est tantôt, en effet, disséminé, infiltré dans le tissu de la moelle , tantôt réuni en foyer; et ce foyer de pus, connu sous le nom d’abcès, d’abord entouré de toutes parts immédiatement par la substance médullaire elle-même, peut plus tard en être séparé par un kyste de nouvelle formation.
3° Productions accidentelles , tumeurs diverses développées dans le tissu de la moelle.
Lorsque la myélite affecte primitivement ou secondairement la forme chronique, les produits anormalement sécrétés sous l’influence de cet état morbide forment des masses, des tumeurs plus ou moins dures, plus ou moins volumineuses, tout-à fait semblables à celles que nous avons étudiées à l’article Cérébrite, lesquelles, comme nous l’avons dit alors, ne sont, selon l’ingénieux et profond auteur des Lettres anatomico-pathologiqucs sur l’encéphale et ses dépendances , que des indurations avec ou sans rougeur de la partie où elles résident. Parmi quelques unes des productions que nous signalons ici, il en est dans lesquelles on n’observe aucune trace d’organisation, tandis qu’on en trouve d’autres qui sont organisées eu tout ou en partie. Ces dernières sont le résultat des efforts de cicatrisation, de réparation auxquels s’estlivré le nisusformalivus, et quelques unes constituent même de véritables cicatrices.
En 1 889, j'ai rencontré à la partie inférieure de la portion cervicale de la moelle épinicre une tumeur squirrheuse de la grosseur d’une olive, chez un jeune homme de vingtquatre ans atteint d’un rhumatisme chronique de la région cervicale, de la colonne vertébrale et de l'épaule gauche (1).
(1) Cette observation a été publiée dans le journal l'Expérience, numéro du 19 octobre 18 j3.
MYKI.ITE.
§ II. Symptômes de la myélite.
i° Symptômes locaux.
Une douleur plus ou moins vive se fait ordinairement sentir dans le point correspondant h la portion delà moelle enflammée. Lorsque la douleur règne dans toute la longueur de la moelle, il est rare que la myélite soit simple; elle est le plus souvent alors compliquée d’une méningite spinale. Quelques pathologistes disent que la douleur est exaspérée par les mouvements, par le décubitus sur le dos. Il résulte de l’examen de plusieurs faits publiés patdivers auteurs, et en particulier par MM. Ollivier et Abercrombie, que la douleur se manifeste dans les cas oit la portion postérieure de la moelle est le siège de l’inflammation, tandis qu elle manque toutes les fois que l’inflammation occupe exclusivement Ja portion antérieure du même organe. Ces faits sont confirmatifs des expériences de MM. Ch. Bell et Magendie.
Des lésions dans Je mouvement ou le sentiment accompagnent constamment l’inflammation de la moelle épinière. Je n ignore point qu'on a publié, il y a quelques années, des cas dans lesquels une destruction complète de la moelle, dans une étendue considérable, n’avait donné lieu à aucun trouble notable dans le sentiment ou le mouvement; mais il est probable que, dans les cas dont il s’agit, les observateurs auront commis quelque erreur, soit dans l’observation des symptômes, soit dans la description des altérations de la moelle.
Quoi qu’il en soit, les lésions du mouvement et du sentiment que détermine la myélite varient beaucoup selon les périodes de celte maladie, selon qu'elle occupe telle ou telle portion de la moelle, et selon qu’elle est accompagnée ou non d’une méningite rachidienne.
Les lésions des faisceaux antérieurs de la moelle occasionnent des troubles dans le mouvement; celles des faisceaux postérieurs donnent lieu à des troubles dans le
82 PJILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, sentiment, et le sentiment et le mouvement sont troublés à la fois dans les cas où les faisceaux antérieurs et postérieurs de la moelle sont simultanément enflammés. Enfin, si une seule moitié de la moelle est affectée, les symptômes indiqués ne se manifestent qued’unseul côté, avec cette circonstance que les lésions du sentiment et du mouvement existent du même côté que l’inflammation, ce qui est l’opposé de ce qu’on observe dans les maladies du cerveau.
Nous venons de dire que les troubles du sentiment et du mouvement variaient selon la période de la myélite. On peut résumer ces différences ainsi qu’il suit : dans la période d’irritation , il y a exaltation plus ou moins prononcée dans le sentiment et le mouvement; dans la période de ramollissement considérable, de désorganisation, de compression, il y a, au contraire, simple diminution ou paralysie complète du sentiment ou du mouvement.
Au reste, nous allons présenter quelques développements sur la question que nous examinons. « Les premiers » phénomènes qu'on observe le plus souvent au début de » la myélite aiguë, dit M. Ollivier, consistent dans un en- » gourdissement ( douloureux ) des doigts ou des orteils, » accompagné de gêne dans les mouvements, et, parfois,
» d’un sentiment de froid désagréable Il peut arriver
» aussi que des convulsions partielles ou générales se dé- » veloppent dès Je début de cette inflammation, sans qu’il » y ait de fourmillement incommode avec difficulté des . » mouvements. »
Une sorte de rigidité tétanique se manifeste quelquefois, ainsi qu’on en voit un exemple dans l’ouvrage d’Abercrombie. Au lieu d’un simple engourdissement incommode, onrencontre quelquefois des douleurs tellement violentes, qu’elles arrachent des cris au malade, et que le moindre attouchement devient insupportable.
A cet état spasmodique succède, si la maladie n’est pas
MYELITE.
enrayée dans sa marche, une faiblesse plus ou moins marquée dans le mouvement et le sentiment des parties qui reçoivent leurs nerfs de la portion de la moelle qu’occupe l'inflammation, et de celle située au-dessous. Ainsi les malades ne peuvent plus se tenir debout, marcher, ou, du moins, leur station et leur marche sont vacillantes, mal assurées. Ils saisissent difficilement les objets avec les membres supérieurs, les laissent échapper, et quelquefois les mouvements de ces membres sont complètement abolis. Lorsqu’à la paralysie des fonctions musculaires se joint celle du sentiment, et que cetie double paralysie affecte à la fois les membres, une partie du tronc, la vessie et le rectum, l’état des malades est vraiment déplorable.
Le siège de l’inflammation modifie, comme il a été dit plus haut, l'étendue et l’espèce des lésions fonctionnelles quelle détermine : ainsi, lorsque la portion supérieure ou crânienne est enflammée, on voit éclater des symptômes effrayants qui rappellent quelques uns de ceux de la rage.
« Lorsque la myélite résiste dans la portion cervicale, w on remarque assez souvent une douleur vive à la nuque » et daps la partie postérieure du cou, une rigidité pro- » noncée dans les muscles de cette région, de même que » dans les membres supérieurs, qui sont quelquefois agités
» de mouvements convulsifs La respiration est ordi-
» nairement très pénible, diaphragmatique.
» Dans le cas où la myélite occupe la portion dorsale » entre les deux renflements, on observe plus particulic- » rement des secousses convulsives et continues du tronc, » auxquelles les membres ne participent pas, à moins que » la désorganisation n’occupe une partie des renflements. » La respiration est courte, précipitée, et s’effectue en » totalité par l’action des muscles respirateurs externes.
» Il y a des palpitations et des battements de cœur irré- » guliers
» Quand la partie inférieure de la portion dorsale et la » portion lombaire, ou mieux le renflement crural de la
8/t PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
„ moelle, sont le siège, de l’inflammation , on observe plus » particulièrement alors la paralysie des membres infé- » rieurs, l’écoulement involontaire ou la rétention des ma- » tières fécales et de l’urine, une douleur profonde bornée » à la région des lombes. Le malade éprouve quelquefois v des coliques vives, des contractions convulsives des pa- » rois de l’abdomen, la sensation d’un serrement pénible » dans cette région.» (Ollivier, ouv. cit., t. II, pag. 706 etsuiv. )
Les phénomènes que nous venons d’indiquer sont les mêmes au fond, soit que la myélite affecte la forme aiguë, soit qu’elle se développe sous la forme chronique; mais, dans ce dernier cas, ils offrent une moindre intensité, marchent plus lentement, et peuvent déjouer en quelque sorte le diagnostic d’un observateur peu exercé.
2° Symptômes sympathiques ou de réaction.
Lorsque la myélite n’est pas très étendue, et qu’elle n’est pas compliquée de méningite, il est bien rare quelle excite un notable mouvement fébrile. Il en serait autrement si la moelle était enflammée dans toute son étendue, ce qui n’a guère lieu, comme nous l’avons déjà fait remarquer, sans que les méninges rachidiennes ne soient enflammées elles-mêmes. Alors, en effet, une fièvre très vive pourrait s’allumer, comme il arrive souvent dans une espèce de tétanos, maladie qui paraît réellement alors constituer une des formes de la méningo-myélite. Ce n’est donc qu’à certaines espèces de myélite aiguë qu'il convient d’appliquer ce passage de l’ouvrage de M. Ollivier : « Dans » la période d’acuité, le pouls est ordinairement fréquent, » développé, irrégulier, tumultueux; en un mot , appareil » fébrile offrant quelquefois des paroxysmes ; la respiration » est gênée et fréquente. » (T. II, p. qo5. )
Lorsque la maladie se prolonge indéfiniment, des escarres surviennent dans les régions qui supportent le poids du corps, les malades tombentdans lemarasme, etfinissent par succomber de la manière la plus triste et la plus misérable.
MYÉLITE.
§ III. Des causes de la myélite.
Il faut placer au premier rang des causes de la myélite, les violences traumatiques, les coups, les chutes sur la région du rachis, etc. Il n est pas très rare non plus de voir une myélite se manifester à la suite d escarres, d ulcérations, siégeant sur le trajet de la colonne vertébrale. La carie des vertèbres est assez souvent suivie de myélite, comme on voit une encéphalite se développer à la suite d’une carie des os du crâne, telle que celle du rocher, de l’ethmoïde, etc.
La myélite reconnaît aussi pour cause 1 exercice immodéré et longtemps prolongé des puissances musculaires, l’abus des plaisirs vénériens. Relativement à 1 influence des grandes fatigues musculaires, il est bon de noter que les animaux soumis à ce genre d’influence, les chevaux en particulier, sont très sujets à la myélite , et, circonstance fort remarquable, c’est que chez ces animaux les ramollissements affectent une sorte de prédilection pour les renflements de la moelle d'où les nerfs des membres tirent leur orinine.
Parmi les causes non traumatiques, on ne saurait trop signaler les influences rhumatismales, c’est-à-dire l’action habituelle du froidhumide, ou des alternatives fréquentes de chaud et de froid. Depuis quelques années, j’ai eu occasion de rencontrer un certain nombre de cas de ces myélites ou méningo-myélites rhumatismales. Tantôt elles existent seules, et tantôt elles coïncident avec des rhumatismes articulaires. Chez un jeune homme des plus vigoureux, demeurant rue des Filles-du-Calvaire , la maladie se déclara tout-à-coup à la suite d’un grand refroidissement et d’excès vénériens. Chez un autre jeune homme de la rue Mazarine, auprès duquel je fus appelé par son ami M. Etaklen, jeune étudiant en médecine, l inflammation de la moelle et de ses enveloppes survint à la suite
86 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, d’un simple refroidissement (le malade, après avoir eu chaud, travailla dans un atelier frais, ayant une hlouse mouillée Sur lui). Dans ce cas, plusieurs articulations furent prises , ainsi que le cœur.
Les grandes irritations de parties plus ou moins éloignées de la moelle, comme il arrive dans les vastes plaies, dans de graves inflammations internes, réagissent fortement sur la moelle; mais si la réaction va jusqu’à l’inflammation, c’est plutôt une méningo -myélite qu’une myélite pure qui en résulte. On sait que certains poisons, tels que la strychnine, la brucine, par exemple, exercent spécialement leur action excitante sur la moelle épinière. L’action ménagée, graduée, de ces agents , administrés comme médicaments, pourrait-elle, à la longue, comme on l’a prétendu , déterminer la myélite? Je l’ignore.
On va répétant que le vice scrofuleux, le virus vénérien, peuvent produire la myélite, de même qu’ils produisent une foule d’autrës inflammations; mais il est clair que les influences désignées sous ces noms ne sont, en général, que des causes fort éloignées de la myélite, et qu’elles ne favorisent son développement qu’en donnant lieu à diverses affections des os du rachis, et particulièrement à la carie vertébrale, laquelle, ainsi qu’il à été dit plus haut, est souvent le point de départ d’un ramollissement inflammatoire de la moelle épinière.
§ IV. Pronostic de la myélite.
La gravité de la myélite dépend principalement du siège qu elle affecte : ainsi la myélite de la portion supérieure de la moelle est infiniment plus dangereuse que celle de la portion lombaire. La raison en est simple, c’est que dans le premier cas les agents des mouvements respiratoires sont menacés de paralysie, tandis que les membres inférieurs dans le second cas sont seuls exposés à cette paralysie. ,Or, la paralysie de ces dernières parties n’exerce
MYÉLITE. 1
aucune influence directe sur les fonctions essentiellement vitales, et la paralysie des muscles de la respiration, au contraire, est immédiatement suivie delà mort.
Au reste, une myélite est en soi une maladie toujours grave, en raison de la nature des fonctions auxquelles préside la moelle, et de la paralysie du sentiment et du mouvement qui peut en être la suite. Il importe donc de ne rien négliger pour guérir une myélite avant qu elle ait entraîné une désorganisation funeste dans la portion de la moelle qu elle occupe.
§ V. Traitement de la myélite.
Le traitement de la myélite ne différant point essentiellement de celui de l’encéphalite, nous nous bornerons ici à en poser les principales bases.
Au premier rang des moyens qu’il convient d’opposer à la myélite, comme à toute autre inflammation, se trouvent les émissions sanguines, générales et locales. Les saignées locales, soit par les sangsues, soit par 1 application des ventouses scarifiées, devront être répétées un plus ou moins grand nombre de fois, selon les cas, et pratiquées dans larégionlaplus voisine du foyer de l’inflammation. On secondera l'actiondes émissions sanguinespar l’emploi des bains modérément chauds, des cataplasmes ou des fomentations appliqués sur la colonne vertébrale. Les malades seront mis à l’usage des boissons adoucissantes et tenus à une diète absolue pendant les premiers jours. Chez les sujets très irritables, et dans les cas où la myélite est accompagnée de très vives douleurs, on pourra combiner avantageusement les opiacés avec les moyens ci-dessus indiqués.
On insistera sur ce traitement énergique tant que persisteront les phénomènes spasmodiques, ou, ce qui est la même chose, jusqu’à ce que la période d’irritation delà myélite ait cessé.
Lorsque la détente s’est opérée, on s’en tient aux bains ,
88 PII LEGMASIES et irritations en particulier. aux émollients, aux boissons rafraîchissantes, au repos.
La résolution complète de l’inflammation est une terminaison sur laquelle on a droit de compter lorsqu’on a convenablement rempli les indications que présente la période d’irritation de la myélite.
Que si, en raison d’un traitement mal dirigé ou par toute autre circonstance, la myélite passe de l’état aigu à l'état chronique, il faut être beaucoup plus avare des émissions sanguines, sans toutefois y renoncer toujours entièrement. Plus tard arrive le tour de la médication dite révulsive. Les vésicatoires, les moxas , les cautères sur la région rachidienne devront étreemployés.Le repos et un régime sévère sont de rigueur, même dans la forme de myélite qui nous occupe. Les opiacés sont particulièrement indiqués dans celte forme.
Tous les moyens que nous venons de passer en revue ont-ils échoué, et une paralysieplus ou moins complète, soit du sentiment ou du mouvement seulement, soit du mouvement et dusentimentù la fois, existe-t-eliedans les membres ou le tronc : il ne reste plus d’autre ressource que dans les excitants, les douches et les bains sulfureux, le liniment volatil, la pommade stibiée, etc., sur la région rachidienne. La noix vomique ou lastrychnine, le galvanisme, serontemployés,soit à Jafois, soitsuccessivement. Mais que peuvent tous ces excitants, si la paralysie est le résultat d’une complète désorganisation d’une portion plus ou moins étendue de la moelle , ou d’une compression de cet organe par quelque tumeur accidentellement développée à la suite de la myélite? Dans les cas de ce dernier genre, la résorption de la tumeur, par les efforts médicateurs de la nature , peut seule faire disparaître la paralysie; car malheureusement les opérations chirurgicales ne sont pas applicables au traitement de tumeurs ou de toute autre production siégeant. dans un organe aussi profondément placé, aussi important et aussi délicat que la moelle, supposé qu’on
INFLAMMATION DLS N K R K S F. T DU NÉVKILÈML. 89 pût d’ailleurs déterminer rigoureusement le siège précis de la lésion.
Si le rectum et la vessie sont paralysés , on aura soin de vider ces réservoirs par les moyens connus.
SECOXWE SECTION.
INFLAMMATION DES CENTRES NERVEUX DE LA VIE DITE ORGANIQUE, OU DES GANGLIONS DU GRAND SYMPATHIQUE.
C’est une page de l'histoire des inflammations cpii est entièrement;! faire. Parmi les desiderata de notre science, il n’en est point de plus grave, et malheureusement tout porte à croire que bien des années s’écouleront encore avant qu’il sesoit trouvé des observateurs assez laborieux, assez dévoués, pour se livrer aux patientes et longues recherches au moyen desquelles on pourrait faire cesser notre ignorance sur une partie aussi capitale de la classe des maladies que nous éludions.
Nous présenterons quelques considérations nouvelles sur l’objet dont il s’agit, lorsque plus loin nous aurons à nous occuper de l’inflammation des nerfs appartenant au système ganglionnaire/
SECOURE e» B VIS B OJV.