DE LA NÉVRITE ET DE LA NÉVRILÉMITE EN GÉNÉRAL
§ Irr. Caractères anatomiques.
L’inflammation des nerfs et du névrilème détermine dans ces parties des altérations analogues à celles que nous avons décrites en traitant des caractères anatomiques de l’inflammation des centres nerveux et des méninges ^rougeur, injection , turgescence dans la première période ; ramollissement , suppuration , dans la seconde ; épaississement, hypertrophie, induration , dégénérescences variées dans les cas où la phlegmasie s’est prolongée pendant un temps considérable, et a, comme on dit, revêtu la forme chronique.
§ II. Symptômes, signes et diagnostic.
I. Dans la période dite d’irritation , la phlegmasie qui nous occupe se révèle par une exaltation et une sorte d’ataxie des fonctions propres aux nerfs affectés De là des formes diverses, selon qu’il s’agit de nerfs de mouvements volontaires ou involontaires , de nerfs de sentiment ou de sensations spéciales, de nerfs sécréteurs, etc. Ainsi, par exemple, dans l’inflammation des nerfs du sentiment, il se manifeste une douleur plus ou moins violente dans le trajet de ces nerfs et dans les parties qui en reçoivent les ramifications; dans l’inflammation des nerfs des sensations spéciales, on observedes hallucinations variées, telles (pie des éblouissements, des tintements d’oreilles, etc.; dans l’inflammation des nerfs du mouvement, les muscles qui sont animés par ces nerfs deviennent le siège de mouvements convulsifs, soit cloniques, soit toniques, et de là diverses contorsions ou grimaces des parties que ces muscles sont destinés à mouvoir, etc. Dans les périodes suivantes delà maladie, une paralysie plus ou moins complète peut succéder et succède souvent à l’excès d’ac-
PHLF.GMASIT.S KT IRRITATIONS EN PARTICULIER.
tion, à l’exaltation, à \' ataxie dont il vientd’étre question (i). C’est qu alors il est survenu dans les parties affectées des lésions profondes, organiques , incompatibles avec le libre exercice des fonctions dévolues à ces parties.
II. L’inflammation des nerfs et du névrilème réagit diversement sur le système de l’économie, selon l’espèce de nerfs affectés. Pour ne parler ici que de la réaction fébrile, nous dirons qu’elle n accompagne presque jamais l inflammation des nerfs de la vie animale; quant à l’inflammation des nerfs de Ja vie organique, elle est trop peu connue encore pour que nous puissions savoir positivement comment elle se comporte sous le rapport dont il s’agit. Je ferai seulement remarquer ici que l'état fébrile n’étant qu'une modification déterminée des fonctions auxquelles préside le système nerveux de la vie organique, en supposant que cetétal fébrile fût le résultat de l'inflammation primitive, idiopathique, de ce système tout entier, ou du moins d’une partie plus ou moins considérable des ganglions et des plexus dont il se compose, ce ne serait pas là une réaction proprement dite, mais bien un résultat direct de l'inflammation dont il s’agit, comme certains désordres du mouvement, du sentiment ou de la sensibilité générale et des sensations spéciales, sontYef fet direct del’ inflammation des nerfs de la vie animale. Nous avons déjà précédemment fait connaître notre manière de voir sur le mécanisme de la fièvre, soit sympathique, soit primitive, soit continue, soit intermittente, et nous aurons encore à nous en oc-
(i) Il estéèitains cas clans lesquels celle paralysie peut survenir pendant la première période de la maladie. C’est ainsi, par exemple, que la paralysie brusque, subite, de lu face paraît assez souvent êire le résultat d une plilegmasie du nerf facial et de son enveloppe. On explique cette particularité , cette exception à la règle générale, par la compression que le nerf a dû éprouver immédiatement en raison du gonflement des parties molles qui l’enveloppent , gonflement qui réagit nécessairement sur le nerf, attendu que celui-ci traverse un canal osseux dont l’inflexibilité ne comporte pas d’expansion dans le sens périphérique.
DE LA NÉVRITE ET DE LA NÉVRILÉMITE EN GÉNÉRAL. 1)3 cuper plus loin. Pour le moment, nous devons nous en tenir à la remarque dont il vient d’être question.
III. Les auteurs ont été jusqu’ici fort embarrassés quand ils ont dû tracer les différences qui distinguent la névrite ou la névriiémite de toutes les autres affections, et spécialement de celles connues sous lë nom de névralgies. D’ailleurs ils n’ont, pour la plupart, discuté cette question qu’en ce qui concerne la névrite et la névralgie d’une seule espèce de nerfs, savoir, celle des nerfs du sentiment ou de la sensibilité générale, lléduite à des termes aussi étroits, la question n’a pourtant point été encore résolue d’une manière satisfaisante, et il est certain que, dans la pratique, les mêmes cas ont été tour à tour désignés sous les noms divers de névralgie ou de névrite. Je ne m’étonne donc point qu’ après avoir exposé quelques uns des éléments du diagnostic différentiel dont il s’agit, M. le docteur Vidal (de Cassis) ajoute: « Malgré tout cela, on peut encore confondre la névrite avec la névralgie, surtout quand elles sont peu tranchées, peu intenses au début. La névrite chronique, perdant les caractères inflammatoires, en revêt plusieurs qui appartiennent à la névralgie; de là une source d’erreurs. On remarque cela pour l'inflammation du nerf sciatique , qui, à l’état chronique, simule si bien une névralgie de ce même nerf, que, sans le soin le plus scrupuleux, on s’y tromperait (1). »
§ III. Causes.
I. Parmi les causes de la phlegmasie qui nous occupe , comme parmi celles de toutes les autres, il faut placer les violences extérieures, les états traumatiques, les opérations chirurgicales. On ne saurait même trop appeler l’attention des observateurs sur cet important ordre de causes.