DES DIVERSES NÉVRITES ET NÉVRILÉMITES EN PARTICULIER
ARTICLE PREMIER
NÉVRITES ET NEVRILEMITES DES NERFS CEREBRO-SPINAUX.
A. Névrites et névrilémites des nerfs des sensations externes spéciales ( nerfs de la vue , de l'ouïe , de l'odorat et du goût ).
I. Cette espèce anatomique de névrite et de névrilémite est une de celles pour l’histoire desquelles nous n’avons encore recueilli aucuns matériaux importants, c’est-à-dire des observations particulières exactes et suffisamment nombreuses.
II. Les altérations anatomiques caractéristiques de l’inflammation des nerfs optique , acoustique et olfactif (i) ont été rencontrées un assez petit nombre de fois, etle plus ordinairement chez des sujets qui avaient succombé aux suites d’une inflammation, simple ou compliquée, soit du cerveau et de ses membranes dans le voisinage des nerfs indiqués, soit des parties osseuses sur lesquelles ces nerfs passent ou qu’ils traversent pour se rendre à leur destination ( ostéite avec carie du rocher pour le nerf acoustique, de la lame criblée de l’etlunoïde pour le nerf olfactif, de l’orbite et de la base du crâne pour le nerf optique, etc. ) , soit enfin des appareils extérieurs mêmes dans lesquels ces nerfs vont se terminer.
III. D’après ce qui précède, on conçoit que nous avons peu de chose à dire sur les symptômes etle diagnostic positif de la névrite des nerfs des sensations spéciales. Il nous paraît probable que certains désordres de ces sensations connus sous le nom à’ hallucinations, dépendent quelquefois d’undegré plus ou moins prononcé de cette espèce de névrite. Ceshallucinations, cette sorte d’ataxie sensoriale
(i)Les anatomistes et les physiologistes ne sont pas encore bien d’aeeord sur le véritable nerf qui préside à la gustation.
NÉVRITES ET NÉVR1LÉMITES. 99
sont pour cette phlegmasie ce qu’est le délire poui l’inflammation du cerveau et de ses membranes : c’est, si j’ose dire, une sorte de délire ou de folie des sens de la vue , de l’ouïe, de l’odorat, etc. Mais de même que le délire proprement dit ou les hallucinations intellectuelles et morales ne sont pas toujours l’expression d’une véritable inflammation du cerveau ou de ses membranes , soit symptoma tique, soit primitive, de même aussi les hallucinations proprement dites ou les aberrations des fonctions des sens, avec excès d’excitation de celles-ci , ne nous révèlent pas toujours de véritables inflammations, symptomatiques ou primitives, des nerfs qui président à ces fonctions. Nous reviendrons sur ce point eu traitant de l’ordre des irritations pures et simples.
R. Névrites et névrilémites des nerfs du sentiment ou de la sensibilité générale.
On sait qu’après être nés par des racines distinctes de la moelie épinière, les nerfs qui président au sentiment et au mouvement se trouvent , à quelques exceptions près , confondus ensemble dans les mêmes cordons. Cette circonstance nous explique pourquoi l’inflammation de ces cordons donne souvent lieu à des lésions simultanées du sentiment et du mouvement. Nous étudieronscependant à part l’inflammation de chacun de ces ordres de nerfs.
Le nombre des espèces de névrites se compte par le nombre même des cordons nerveux qui président au sentiment etau mouvement dans les diverses parties du corps. Un les distinguera les unes des autres eu ajoutant au mot névrite un adjectif tiré du nom du nerf affecté, ainsi que l’a fait Ghaussier dans sa Classification du genre d affections auxquelles il a donné le nom de névralgies.
I. Les névrites dont il s’agit dans ce paragraphe sont celles qui affectent les nerfs à la présence desquels la peau, certaines membranes muqueuses et quelques autres parties doivent le principe de leur sensibilité au contact des
100 PIILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, corps extérieurs. Ki les pourraient donc être naturellement divisées en deux groupes, sous les noms de névrites des nerfs sensitifs extérieurs, et de névrites des nerfs sensitifs intérieurs.
Comme toutes les névrites en général, elles peuvent coïncider avec une phlegmasie des appareils organiques , où se ramifient les nerfs qu’elles ont pour siège, phlegmasie dont elles constituent en quelque sorte alors un élément, dont elles sont symptomatiques , ou bien se développer isolément et primitivement. J’ai beaucoup insisté ailleurs sur cette coïncidence des névrites, ou irritations nerveuses continues , avec les phlegmasies des divers organes doués de nerfs du sentiment, et j’ai tâché de démontrer que cette irritation était la cause réelle, essentielle , de la douleur qui accompagne ce genre de phlegmasie. Je ne reviendrai pas plus longuement ici sur ce point, et laissant de côté les irritations symptomatiques des nerfs du sentiment, je ne m’occuperai que de celles auxquelles nous avons donné le nom de primitives ou d essentielles pour les distinguer des précédentes.
II. Le symptôme prédominant et caractéristique des névrites des nerfs de la sensibilité générale ou du sentiment est la douleur : aussi, dans tous les temps, a-t-on désigné sous le nom simple de douleurs, et plus récemment sous celui de névralgies , des cas d’affections parmi lesquelles il en est qui bien certainement appartiennent à l’espèce de névrites que nous étudions. Toutefois, comme sous le nom spécial de névralgies on comprend assez généralement aujourd’hui des affections qui ne rentrent pas dans la catégorie des inflammations proprement dites, nous n’appliqueivns point cette dénomination à l’espèce de ces inflammations dont nous nous occupons en ce moment; et en donnant à cette dernière le nom de névrite des nerfs sensitifs, toute confusion demeure impossible entre elle et l’espèce d’affection qui mérite spécialement le nom de névralgie.
NÉVA1TF.S rr NÉVR1LÉMITES.
La douleur qui accompagne une névrite bien caractérisée des nerfs du sentiment est continue ; mais elle s’exaspère par intervalles, soit sans cause connue, soit sous l’influence de causes connues , comme les mouvements des parties qui en sont le siège, etc ; et de là l’impossibilité pour ces parties d’exercer leurs fonctions accoutumées : de marche)-, par exemple, quand la névrite affecte les nerfs fémoro-poplités, etc. La douleur est accompagnée d’un sentiment de fourmillement ou d’engourdissement semi -parai y tique.
Un gonflement fluxionnaire ne tarde pas à se développer quelquefois dans les parties où siège la douleur. On connaît celui que détermine la névrite dentaire , névrite qui, en raison de cette particularité, est souvent désignée sous le nom de fluxion. Le gonflement , la fluxion , qui ont lieu dans l’affection désignée sous le nom de goutte et même dans le simple rhumatisme articulaire avec douleur violente, sont des phénomènes du même ordre que le précédent.
Lorsque la maladie se prolonge , une paralysie plus ou moins complète du sentiment peut succédera la douleur, ce qui annonce que le travail phlegmasique a fini par amener à sa suite la désorganisation du nerf malade. Dans certains cas, une compression prolongée de ce nerf peut donner lieu au même accident.
La douleur, le fourmillement., l’engourdissement, la chaleur, etc., ont leur siège dans le trajet dunerfphlogosé, et dans les parties auxquelles il distribue ses ramifications , ou dans ces dernières seulement, lorsqu’elles sont seules affectées, et que la névrite est, pour ainsi dire, ramusculaire ou capillaire.
L’atrophie des parties qui ont été le siège d’une névrite indéfiniment prolongée des nerfs du sentiment et du mouvement est un des accidents les plus constants de cette affection.
III. Les causes île cette espèce de névrite sont celles que nous avons signalées en parlant de la névrite en général.
IV. Son traitement est aussi celui de la névrite en général .
V. Ainsi que nous l’avons déjà dit plus haut, le nombre des névrites des nerfs du sentiment est égal à celui de ces derniers et de leurs ramifications. Ces névrites sont donc les suivantes : i° névrite du trifacial ou du nerf qui distribue à la peau de la face, au cuir chevelu, et aux membranes muqueuses oculaire , buccale ( i ) et nasale, le principe de leur sensibilité générale; 2° névrite des nerfs cervicaux comprenant les plexus des cervical et brachial avec les cordons sensitifs qu'ils fournissent; 3° névrite des nerfs dorsaux, intercostaux et lombaires; 4° névrite des plexus lombaire et sacré, et de leurs cordons sensitifs.
Je me contente de cette simple indication , me proposant d’entrer dans de plus grands développements à l’occasion des névralgies proprement dites, qui, jusqu’à un certain point, ne sont qu’une névrite réduite à sa plus simple expression, ou ramenée à cet état de simple irritation qui permet à la maladie de revêtir le type périodique ou intermittent
Nous verrons alors comment, en raison des étroits rapports qui se trouvent entre les nerfs du sentiment et les nerfs qui président aux mouvements musculaires et aux sécrétions de certaines parties , des lésions de mouvement et de sécrétion se mêlent aux lésions de la sensibilité générale signalées plus haut C’est ainsi, par exemple, que la douleur de la névrite bien caractérisée, ou celle de la simple irritation intermittente du nerf trifacial, est ordinairement accompagnée : i° de convulsions, de mouvements spasmodiques de certains muscles du visage,
(i) La membrane muqueuse qui tapisse la trompe d’Eustache n’étant qu’une dépendance de cette dernière , je n’ai pas cru devoir en faire une mention spéciale.
NÉVRITES ET NÉVRII, ÉMÎTES.
(le grimaces , d’où est venue la dénomination de tic douloureux de la face sous laquelle on désigne assez souvent la maladie qui nous occupe; ja0 d’une abondante sécrétion de larmes avec rougeur et injection de l’œil, etc.
Terminons en rappelant ici ce que nous avons dit précédemment des difficultés qui, selon les auteurs, se rencontrent dans le diagnostic différentiel de la névrite et de la névralgie.
C. Névrites et névrilémites des nerfs qui président à diverses sensations et besoins
internes.
On sait qu’indépendamment des sensations externes, il en existe un grand nombre d’autres qu’il suffit de nommer pour les en distinguer : telles sont la soif, la faim, les besoins de respirer, de rendre les urines et les matières fécales, etc. Des nerfs spéciaux sont affectés à ce genre important de sensations qu’on appelle internes, et parmi eux nous citerons particulièrement le pneumo gastrique.
C’est à l’inflammation réelle ou à la simple irritation de cet ordre de nerfs qu il faut rapporter, dans certains cas, les lésions des sensalions , des besoins internes, qui sont les analogues des lésions des sensations externes déterminées par l'inflammation de leurs nerfs spéciaux. Les mots gastralgie, entéralgie, etc., dont on s’est servi dans ces derniers temps pour la dénomination de certains états nerveux de l’estomac et des intestins, qu’on avait faussement attribués à de véritables inflammations de la membrane muqueuse même de ces viscères, les mots gastralgie, entéralgie , dis- je, n’ont-ils pas été quelquefois appliqués à des cas appartenant àlacalégoriedenévritesquenous signalons en ce moment?
Un jour viendra, je n’en doute pas, où ces névrites mieux étudiées seront regardées comme l’un des éléments les plus importants de ces inflammations intérieures que l’on a trop longtemps étudiées dans les organes considérés en bloc ou en masse, au lieu de les étndieranalytiquement,
lû/t PlII-lîOMASlKS ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, c’est-à-dire dans chacun des éléments constituants de ces organes.
En attendant que des observations particulières complètes aient été recueillies sur ce point de la pathologie des systèmes générateurs des divers viscères , nous devons être sobre de développements ; et c’est pour cela que nous ne pousserons pas plus loin des considérations auxquelles on peut reprocher de pécher par leur base même, c’està-dire le défaut de recherches analômo-pat/iologigues directes.
D. Névrites et névrilémites des nerfs des muscles des mouvements volontaires.
Les névrites de cette catégorie sont caractérisées par des mouvements convulsifs, des spasmes, des crampes ou une rigidité plus ou moins considérable des muscles dont les mouvements sont sous l’empire des nerfs affectés, phénomènes qui sont pour elles ce que sont pour celles de la précédente catégorie, la douleur, l’engourdissement, le fourmillement, etc.
Lorsque la névrite des nerfs du mouvement volontaire se prolonge, à l’état convulsif et spasmodique des muscles affectés peut succéder leur immobilité paralytique, pour la même raison que dans la névrite prolongée des nerfs du sentiment on voit l’insensibilité paralytique ( anesthésie ) remplacer la douleur. Même à l’état aigu , la névrite ou la névrilémite de certains nerfs peut déterminer d’emblée la paralysie musculaire : c est ce qui a lieu particulièrement pour la névrite ou la névrilémite du nerf facial, et on explique cette particularité par la situation de ce nerf dans un canal osseux, inextensible, de telle sorte qu’il se trouve nécessairement comprimé par l’effet même du gonflement inflammatoire.
Dans celte névrite comme dans la précédente, lesquelles, comme nous l’avons dit, sont d’ailleurs si souvent compagnes l’une de l’autre, il survient à la longue un état
N ÉV RITES KT NÉVRI1.ÛMITK3.
d'impuissance et d’atrophie des parties c|iii en ont été le siège, des membres en particulier. On sait que le repos auquel condamne les parties l’affection qui nous occupe, suffit par lui-même pour amener à la longue l’atrophie des muscles qui entrent dans la composition de ces parties.
K. Névrites et névriléiniles des nerfs qui président à certains mouvements involontaires ou instinctifs (t).
A cette catégorie de névrites appartiennent celles des nerfs qui président aux mouvements de l’œsophage, de l’estomac, des intestins, de la vessie , etc.
Comme les précédentes, elles peuvent accompagner l'inflammation des organes où se rendent les nerfs qu’elles ont pour siège, ou bien exister seules et primitives. Elles déterminent dans les organes dont il s’agit des désordres de mouvements analogues à ceux dont nous avons parlé à l’occasion des névrites de la précédente catégorie; et comme ces dernières sont le plus souvent accompagnées des névrites des nerfs de la sensibilité générale, de même lesautres coexistent presque toujours avec celles des nerfs qui fournissent aux organes intérieurs le principe des sensations spéciales et des besoins dont nous avons parlé plus haut.
I’. Névrites des nerfs qui président à diverses sécrétions.
Nous avons déjà vu, en parlant des névrites des nerfs du sentiment, qu’elles pouvaient donner lieu à des lésions de sécrétion en même temps qu’à une douleur plus ou moins violente. C’est qu alors la névrite porte à la fois sur
(i) Il est. un système (le nerfs qui président à la fois et à des mouvements volontaires et à des mouvements instinctifs. Tel ( sont, par exemple, les nerfs qui constituent le système des nerfs respirateurs de Cli. Bell. On peut par conséquent pincer leurs inflammations soit parmi celles que nous étudions ici , soit parmi celles que nous avons étudiées dans le précédent paragraphe. 11 n’est pas nécessaire de leur consacrer un artiele à part.
les cordons sensitifs et sécréteurs qui se rencontrent réunis dans un seul et même nerf. Que si la névrite affectait des nerfs ou des cordons nerveux exclusivement sécréteurs, elle ne déterminerait plus alors la douleur dont il vient d’être question, mais bien une simple lésion de la sécrétion à laquelle préside le nerf malade.
Il est assez vraisemblable que c’est à des névrites de cette espèce qu’il faut rapporter un certain nombre des cas dans lesquelles on observe de graves désordres dans les fonctions de divers organes sécréteurs. Mais ce sujet est encore enveloppé de trop profondes obscurités pour que nous nous y arrêtions plus longtemps. Ce n’est donc ici encore qu’une sorte de cadre que nos successeurs auront à remplir, ou, si l’on veut, que la pierre d’attente d’un édifice que l’on élèvera plus tard.
ARTICLE II
NÉVRITES DES SERFS GANGLIONNAIRES OD MJ SYSTEME Ml GRAND