‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 42 sur 119 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

il y a des époques où l’on voit régner les érysipèles en bien plus grand nombre (pie dans d’autres époques , sans que l’on puisse en accuser aucune des causes directes, externes, qui peuvent déterminer l’érysipèle. Comme il n’est pas rare non plus de voir en même temps apparaître l’ensemble de ces phénomènes qu’on appelle état bilieux , saburral, gastrique, certains praticiens avaient cru qu’il existait entre cet état et l’érysipèle un rapport de cause à effet (érysipèle bilieux). Mais rien ne prouve clairement cette théorie hypothétique, sur laquelle fut fondée néanmoins une méthode spéciale de traitement. En effet, les mêmes causes qui donnent lieu à l’érysipèle peuvent déterminer l’état gastrique, sorte d’érysipèle intérieur. D’un autre côté, ainsi que nous le verrons plus bas, il s’en faut bien que les émétiques soient le meilleur traitement et doivent être regardés comme une sorte de spécifique en pareil cas.

J’avoue qu’il règne encore une épaisse obscurité sur le point important d étiologie et partant de pratique dont nous nous occupons en ce moment. Les éléments de la constitution médicale propre à faire régner les érysipèles d une manière en quelque sorte épidémique, se déroberontils éternellement à l’attentive exploration des observateurs? Je ne le pense pas. Il me semble que déjà même un de ces éléments peut être rapporté à un étatinfectionnel du sang provenant soit de miasmes extérieurs, soit de principes absorbés à l’intérieur du corps. Ce n’est là qu’un aperçu qui m’est fourni parles faits que j’ai observés, mais en trop petit nombre encore pour faire loi. Il mérite donc un nouvel examen.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas seulement dans les salles d’individus atteints de graves maladies chirurgicales ou médicales que l’on voit ainsi survenir quelquefois un grand nombre d’érysipèles. La même remarque a été laite dans les établissements d aliénés, et notamment par M.Calmeil. Cet

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Iiabile observateur écrivait à M. Rayer, en 1828: « il est des années où les érysipèles se multiplient à l’infini, chez les aliénés ; pendant un temps plus ou moins long, il faut suspendre les médications révulsives qui font, pour ainsi dire, la base du traitement des aliénés. L’application d’un séton, d’un moxa, d’un vésicatoire est suivie d’une inflammation érysipélateuse ; une plaie superficielle de la peau a le même inconvénient; le plus léger coup, l’ouverture d’une veine, une application de sangsues, occasionnent des érysipèles. Cette année ( 1 828), sous ce rapport, a été singulièrement remarquable; depuis six mois les infirmeries sont encombrées d aliénés érysipélateux. La maladie se manifeste sur un point quelconque du corps, quelquefois sur une partie saine de la peau, le plus souvent dans le voisinage d’un cautère. Après cinq ou six jours de traitement, elle se propage aux régions voisines, et dans l'espace de vingt, trente , quarante , cinquante jours , elle a parcouru toute ou presque tonte la surface du corps (1). »

C’est probablement sous l'influence d’une pareille constitution érysipélateuse qu’est née l’opinion de la contagion de cette maladie ; mais rien n’autorise sérieusement cette opinion, en faveur de laquelle on regrette qu’un observat; ur tel que M. Costallat ail paru se prononcer.

§ V. Traitement , pronostic et mortalité.

Le pronostic et la mortalité de l’érysipèle, comme sa durée, sont tellement subordonnés aux conditions diverses du traitement, que je n'ai pas cru devoir les étudier avant d’avoir exposé ce qui est relatif à ce dernier.

t° Traitement. L’érysipèle peut apparaître dans une f.mle de conditions différentes, soit relatives à I individu, soit relatives aux circonstances environnantes. Il est clair (pie ces circonstances, quelle que soit d’ailleurs la méthode de traitement dont on ait fait choix , peuvent être la

(1) H.aykr, Traild des vint. (le lu peau , I. t, p. i.'jfi; 3 e édit.

base d indications particulières, de modifient ions dans [indication fondamentale fournie par l’érysipèle lui-même. iNous supposerons ici que i individu est bien constitué, et qu’il était exempt de toute autre maladie au moment où il a été atteint d’érysipèle. Cela posé, nous disons que pour l’érysipèle, comme pour toutes les phlegmasies, il n’est, au fond, qu’un seul mode de traitement vraiment rationnel et que la saine expérience puisse sanctionner. Cependant, pour cette phlegmasie comme pour les autres encore, on a proposé un grand nombre de modes de traitement non seulement différents, mais quelquefois contradictoires. D’où vient cela? de ce que, jusqu'à ces derniers temps, on n’avait réellement formulé aucun mode de traitement qui satisfît pleinement à toutes les exigences légitimes de la science et de l’art. Ce mode de traitement est enfin trouvé : c est celui dont nous avons parlé dans nos généralités sur le traitement des inflammations et à l’occasion des phlegmasies particulières que nous avons déjà étudiées; c’est, en un mot, l’emploi des émissions sanguines convenablement formulées suivant les diverses circonstances de l’âge, de la force, de la constitution des sujets, les complications, etc., et secondées par les boissons délayantes , rafraîchissantes, la diète. Tous les autres moyens ne sont que secondaires, accessoires, auxiliaires.

Voici quelques données sur l’application du mode de traitement dont il s’agit à l’érysipèle.

(. Lorsque l’érysipèle est léger, on peut à la rigueur s'abstenir des émissions sanguines, et s’en tenir aux simples délayants, à la diète plus ou moins sévère, et aux topiques locaux, soit émollients, soit résolutifs. C’est dans le cas dont il s’agit que réussissent tous les modes de traitement et la méthode dite expectante elle-même. Le fait est (pie, dans ces cas , ce ne sont pas les moyens de l’art, mais les efforts cle la nature qui guérissent.

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