AMPOULES, CLOCHES, PINÇONS
On désigne, sous ces noms vulgaires, des phlegmasies bulleuses produites par des causes externes, traumatiques, telles qu’une forte pression, un pincement , des frottements rudes et répétés» C’est réellement par leurs causes
200 PHLKGMASIF.S I.T IRRITATIONS EN PARTICULIER, uniquement que ces affections peuvent être distinguées des bulles auxquelles donnent lieu d’autres agents, tels que les corps comburants , les vésicants , etc. Je ne ferai que les mentionner en passant, car elles ne constituent par elles-mêmes que de simples accidents plutôt que de véritables maladies, et ne réclament, à proprement parler, aucun traitement.
ARTICLE X
VESICATOIRE (l).
La phlegmasie qui succède à l'application du topique si généralement usité dans un grand nombre de maladies, connu sous le nom de vésicatoire , n’est pas indigne de quelques considérations spéciales. La poudre des cantharides est, comme on le sait , l’élément vésicant de l’emplâtre qui porte le nom de vésicatoire. On peut produire la vésication par plusieurs autres agents; mais c’est particulièrement de la vésication par les cantharides que nous nous occuperons ici , sorte de maladie que tous les jours l’art provoque comme remède.
§ Ier. Symptômes.
I. La phlegmasie artificielle que nous étudions est caractérisée par la formation d’une bulle, d’un volume très variable selon les cas , c’est-à-dire selon l’étendue de l’emplâtre vésicatoire lui-méme (2) , et contenant une sérosité ordinairement citrine, transparente, quelquefois cependant un peu épaisse et un peu gélatiniforme, tremblotante ; c’est une sorte de pemphigus artificiel (3).
(1) Ce mot a un double sens . il signifie à la fois et l 'effet et la cause ou le moyen. C’est, bien entendu, comme effet que nous l’étudions ici.
(2) Le diamètre d’un vésicatoire ordinaire est d’environ trois ou quatre pouces. Mais il est des vésicatoires d’un diamètre d’un pouce seulement, et d'autres, au contraire, d’un diamètre de huit à dix pouces et même plus (on donne quelquefois à ces derniers le nom de vésicatoires-mou sites).
(3) Ce rapprochement me parait d’autant plus naturel que M. lîayer .i
VKSlCATOIfŒ.
Avant la formation do la Italie, l'irritation produite par l’application de l’emplâtre vésicant détermine une certaine tuméfaction de la peau, accompagnée d’une sensation plus ou moins douloureuse et d’une teinte rosée ou d'un jaune pâle, dernière couleur qui tient àune véritable action chimique exercée par le vésicatoire sur la peau qu’il recouvre. Lorsque l’épidenne n’est pas enlevé immédiatement après l’évacuation du liquide qui le soulevait, il se détache ou s’exfolie au bout de quelques jours , et un nouvel épiderme se forme au-dessous de lui : c’est ce qu'on observe dans les cas de vésicatoires dits volants. Lorsque l’épiderme est détaché dans toute l’étendue de la bulle formée , la surface externe de la peau correspondante offre une teinte rosée, et devient le siège d’une vive sensibilité, qui rend douloureux les premiers pansements.
L’opération par laquelle on enlève l’épiderme est , en général, assez douloureuse, et d’autant plus que l’adhérence de cet épiderme en certains points est plus forte. Lorsqu’on entretient le vésicatoire pendant un temps plus ou moins long, (pion le fait suppurer, sa surface acquiert une rougeur de plus en plus vive, devient grenue , et se recouvre d'une couche pseudo -membraneuse plus ou moins adhérente, et dont l’ablation, à chaque pansement, est quelquefois suivie de 1 écoulement d’une petite quantité de sang. Les granulations ou mamelons qui, comme autant de bourgeons charnus, hérissent la surface du vésicatoire, acquièrent un volume d’autant plus considérable (pie les pansements ont été faits avec des substances plus irritantes et que l’exutoire a été entretenu plus longtemps.
L’application de certains irritants, tels que le tartre stibié, par exemple, à la surface des vésicatoires, y détermine
publié l'observation <1 un pemphigus simule à l'aide de poudres de cantharides. (Traite des maladies de la peau, I. t, p. Ü9.0.)
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de 'véritables ulcérations. ( M. Rayer rapporte un cas dans lequel l’application de la strychnine produisit le même effet.) La surface des vésicatoires offre, d’ailleurs, un aspect fort différent, selon les maladies dans le cours desquelles ceux-ci ont été appliqués : elle est blafarde chez les individus cachectiques, noirâtre, livide, quelquefois gangrenée dans les grands états typhoïdes, tandis qu’elle est vermeille dans les inflammations franches chez des sujets bien constitués, etc., etc.
Les matières que l’on applique à la surface des vésicatoires lui impriment diverses colorations. C’est ainsi, par exemple, que la poudre de digitale lui donne une teinte brune qui ne se dissipe qu’à la longue , après la suppression du vésicatoire.
La quantité de matière purulente sécrétée par les vésicatoires, à part l’étendue plus ou moins grande qu’ils présentent, varie selon diverses circonstances, telles que l’embonpoint plus ou moins considérable du sujet, la maladie dont ce dernier est atteint, le régime, les affections morales elles-mêmes , etc.
Lorsque les vésicatoires sont assez étendus, qu’ils sont douloureux, irrités , les ganglions lymphatiques voisins peuvent se gonfler et devenir douloureux ; mais cet accident local ne tarde pas à disparaître sous l'influence d’un pansement convenable du vésicatoire et des cataplasmes émollients appliqués sur les ganglions endoloris.
IL Les vésicatoires ne donnent ordinairement lieu à aucune réaction fébrile. C’estàtort que certains observateurs ont annoncé le contraire : c’est un point de clinique que j’ai soumis aux vérifications les plus exactes et les plus multipliées. Depuis dix ans passés, sur plusieurs centaines de malades atteints de diverses maladies , telles que des inflammations aiguës ou chroniques, des névroses , etc., chez lesquels j’ai fait appliquer des vésicatoires, j’ai, pendant les premiers jours qui ont. suivi cette application,
vÉsicATOini:. 203
examiné attentivement l’état de la circulation, compté le pouls, mesuré la température de la peau au thermomètre après l’avoir appréciée par le toucher, et, règle générale , ou le mouvement fébrile déjà existant n’a pas été augmenté (t), ou il ne s’en est pas manifesté dans le cas oit il n’en existait point avant l’application des vésicatoires.
Parmi les accidents intérieurs qui peuvent survenir sous l’influence de l’application des vésicatoires d’une certaine dimension, on a principalement noté les envies fréquentes d’uriner, envies quelquefois infructueuses, douloureuses, et qui constituent une sorte de ténesme de la vessie (ce ténesme , chez quelques sujets, coïncide avec celui du rectum), la suppression complète de l’urine, etc. J’ai rarement observé les accidents dont il s’agit, dans les cas où les vésicatoires ont été appliqués sur des régions où la peau était parfaitement saine; mais, dans quelques centaines de cas, où j’ai fait appliquer de larges vésicatoires sur des régions de la peau , sur lesquelles la veille ou l’avant-veille des ventouses scarifiées avaient été pratiquées, j’ai, très souvent, observé, a un degré variable, les accidents signalés plus haut. Il n’a fallu que deux ou trois jours de l’emploi des délayants et des rafraîchissants, des bains, des cataplasmes sur la région de la vessie, pour en faire justice (2).
Lorsqu’un vésicatoire est une fois établi, et qu’il est
(1) Chez un grand nombre de sujets, le lendemain de l’application d’un ou de deux vésicatoires, le pouls s’était ralenti d’une manière très notable. Je n’attribue pas ce ralentissement à l’action immédiate et intrinsèque du vésicatoire, mais à la diminution de l’intensité de la maladie qui provoquait l’état fébrile. Dans les cas où l’on prétend que le pouls s’était accéléré après l'application des vésicatoires, rien ne démontre positivement que cette application fût la cause de l’accélération du pouls; c’est ici qu’il faut se défier du fameux argument : post hoc , eryo propter hoc.
(2) Les accidents ci-dessus, produits par l'absorption qui s’opère dans les points scarifiés, peuvent être accompagnés d’une accélération sensible du pouls, d’un léger mouvement fébrile; mais il ne faut pas confondre et*
2l)/| P1ILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, pansé avec toute la propreté convenable, il n incommode même pas les individus c[ui le portent; mais s’il n’est pas assez souvent et assez proprement pansé, il exhale une odeur fétide, et il peut déterminer dans les environs du point qu’il occupe un érythème plus ou moins rebelle, quelquefois même des érysipèles violents et très graves, etc.
La durée des vésicatoires est subordonnée à une foule de circonstances. Ceux qu’on appelle volants sont secs, c’est-à-dire guéris dans l’espace de 24 à 72 heures; ceux qu’on a l’intention d’entretenir ont une durée illimitée; il est néanmoins certaines personnes chez lesquelles on ne peut entretenir que pendant un certain temps la suppuration des vésicatoires : telles sont, entre autres, les personnes très maigres.
§ II. Traitement.
Lorsqu’on a retiré des vésicatoires l’effet désiré, il suffit, pour en obtenir la cicatrisation , de les panser avec du cérat simple ou mieux du cérat de Galien. Si leur surface est hérissée de végétations trop prononcées, on la louchera avec la pierre infernale.
Quand les vésicatoires ont été entretenus pendant plusieurs mois ou même des années, et qu’ils suppuraient abondamment, il ne faut les supprimer que lentement. On a sans doute exagéré les inconvénients , les accidents même, qu’une suppression brusque de ces exutoires pouvait déterminer; mais ces inconvénients et ces accidents ne sont pas purement imaginaires. Il faut donc ne rien négliger pourlesprévenir. On a proposé d’administrer un ou plusieurs purgatifs aux individus chez lesquels on avait ainsi supprimé un vésicatoire dont ils avaient en quelque
mode d’influence des vésicatoires sur la circulation avec la réaction qui pourrait résulter de l’irritation locale, réaction dont nous avons parle plus liant.
Il I I! t'I , S /.OSTKIi.
sorte contracté l'habitude, dette pratique peut être avantageuse. Les malades seront soumis à un régime doux, à l’usage des bains , et se livreront à des exercices ra odérés, etc.