III. Inflammations vésiculeuses
ARTICLE XI
HERPÈS ZOSTKR Oü ZONA.
§ I'1. Idée générale et division.
On donne le nom de zona ou d’herpès zoster à une éruption de vésicules qui apparait ordinairement sous la forme d’une bande demi-circulaire , vésicules réunies en groupes et comme en constellations, dans les intervalles desquels la peau conserve sa couleur normale.
Lorsque les groupes de vésicules sont séparés par de larges intervalles, le zona est discret ; lorsque, au contraire, les vésicules forment des groupes très rapprochés , dont quelques uns même se touchent et se confondent, le zona est confluent.
Le zona peut se développer sur les diverses régions du corps, telles que le tronc, les membres , le cou , la face, le cuir chevelu. Mais le zona du tronc est beaucoup plus fréquent que celui des autres parties.
Comme d'autres éruptions cutanées, le zona ne paraît guère susceptible que de la forme aiguë; cependant Lorry, Burserius et Alibert lui reconnaissent une forme chronique (i). Willan ne fait point mention de cette dernière forme, et M. Rayer dit ne l avoir pas observée. Sur une quarantaine de cas de cette maladie que je puis avoir observés pour ma part , il n en est aucun qui ait affecté la marche chronique.
(i) Burserius dit , au reste, u’avoir rencontré qu’un seul fait decegenre : liane speciem tant en iliulinam non vidi , uisi sentel in lelulâ quam stiç/mata pnstulaium sub omoplatà sinistni ail alujuot mentes summo cruciatu atquc anlore perlinaciter divexarunt.
Le zona paraît se développer pl us fréquemment du coté droit <[ue du côté gauche du corps.
Le zona du tronc étant l’espèce la plus commune , c’est elle que nous allons étudier. Il sera facile d’appliquer aux autres espèces ce que nous dirons de celle-ci , puisqu'elles n’en diffèrent que par le lieu.
§ II. Symptômes.
I. Symptômes locaux. Le zona du tronc, lorsqu’il est bien développé , se montre sous forme d’une demi-ceinture , plus ou moins large, dans laquelle on distingue des groupes plus ou moins nombreux de vésicules ovalaires, un peu allongées, d’une à deux lignes de diamètre, contenant un liquide transparent, et entourées d’une auréole d’un rouge plus ou moins vif. M. Reynaud , le premier, a noté que la direction de cette zone vésiculeuse était la même que celle des nerfs du tronc, et partant oblique d’arrière en avant et de haut en bas (i). Au lieu d’une demi-ceinture , on observe quelquefois une ceinture complète (2). Dans ces cas, qui sont fort rares, on pourrait dire qu’il existe un double zona plutôt qu’un seul.
Les vésicules du zona sont précédées de petites taches d’un rouge assez vif, au centre desquelles elles ne tardent pas h se développer. Observant avec beaucoup d’attention
(1) Cette circonstance, jointe à la vive douleur qui précède et accompagne l’éruption , pourrait porter à croire qu’il existe une sorte d’élément névralgique dans cette affection. Voici un fait qui militerait, jusqu’à un certain point, en faveur de ce rapprochement : deux femmes placées dans le service de M. Récamier étaient atteintes de névralgie sciatique ; des groupes véstculeux d’herpès zoster se rencontrèrent çà et là sur la cuisse et la jambe malades ; mais du quatrième au cinquième jour, on ne voyait presque plus de traces de l’éruption. (Revue médicale , t. XXV,
(2) M le docteur Montault a publié un fait de ce genre dans le Journal hebdomadaire de médecine , Paris, 1 83 1 , t. IV, p. 23c). Cette disposition du zona avait d’ailleurs, depuis longtemps, été signalée par quelques auteurs.
HWU'KS ZOSTIiH-
ces vésicules chez une jeune fille qui était couchée au n° iode la salle Sainte-Madeleine , j’en ai vu et lait voir aux assistants plusieurs qui offraient une dépression centrale bien sensible, qui étaient, en d’autres termes , ombiliquées.
Au bout de deux ou trois jours , l'humeur limpide des vésicules se trouble, devient opaline, séro-purulente, ou même tout-à-fait purulente lorsque l'inflammation est portée à un haut degré. De ces vésicules, les unes se rompent et laissent à nu le derme, tandis que les autres, et ce sont les plus nombreuses, se flétrissent, s’affaissent, se dessèchent et sont remplacées par de petites croûtes lamelleuses , brunes, ou d’un gris jaunâtre.
L’éruption des groupes de vésicules est ordinairement successive, et quelquefois la bande qu elles décrivent est assez irrégulièrement disposée. C’est ainsi , par exemple, que dans le zona du thorax , ainsi que l’a fait remarquer AI. Rayer, au-dessus de la demi-ceinture primitive, dans la région de l’épaule, apparaissent de nouveaux groupes, qui, par leur réunion avec les premiers, imitent une sorte de T.
Si , pendant la vie , on ouvre les vésicules avec la pointe d’une épingle ou d’une lancette, « on reconnaît alors, dit AI. Rayer, qu’indépendamment de la sérosité qu elles contiennent, il existe dans la plupart d’entre elles une petite fausse membrane très adhérente à la surface du réseau vasculaire de la peau. Ce réseau, d’un rouge vif, surmonté de petites granulations formées par les papilles , offre parfois de petits points d’un rouge violacé , surtout dans les vésicules qui contiennent de la sérosité sanguinolente....
» lia pseudo-membrane n’existe pas ou est moins apparente dans les vésicules devenues purulentes (i).»
(i) Chez une femme d’un âge avancé, affectée d'un zona confluent suivi d’excoriations, et qui mourutd une autre maladie, M. Rayer observa ce qui (suit à l’examen du cadavre; «Les excoriations étaient dentelées ,
■JOS IMI l.l'.G MA.SI ES ET ! Il IUT A 'PIONS EN PAUTICUUEB.
On observe parfois, mais accidentellement, quelques points gangréneux à la surface de la peau.
L’éruption que nous venons de décrire est accompagnée d’une douleur vive, brûlante, qui tourmente beaucoup les malades et cause de l’insomnie. Cette douleur persiste quelquefois après la disparition complète de l’éruption. M. Rayer dit l’avoir vue constitue)' le principal caractère d'un zona avorté ou incomplet. En général, dès la veille de l’éruption du zona, les malades se plaignent d’un sentiment de cuisson, de brûlure ou de simples picotements dans la région que cette éruption doit occuper.
La durée de l’éruption n’est pas aussi fixe qu’on l’avait prétendu jusqu’ici. Elle est subordonnée au mode et à l’énergie du traitement. J’ai fait avorter trois ou quatre fois lu maladie naissante , au moyen de saignées locales ( en 2 ou 3 jours au plus, la maladie fut tout à-fait guérie ).
Voici , d’ailleurs, comment s’exprime M. Rayer sur la durée du zona. « Après liait jours au moins, et trois semaines au plus, à dater de l’invasion, toutes les croûtes des vésicules du zona discret sont ordinairement détachées.... Cette terminaison de l’éruption n’estpas aussi prompte lorsque les vésicules ont été confluentes et très enflammées.»
Quand l’éruption a duré ainsi liait jours et plus, elle laisse à sa suite des taches d’un rouge foncé, qui se dissipent peu à peu. Quand on fait avorter le zona par un traitement local très actif , on n’observe pas les taches indiquées ci-dessus.
IL Symptômes généraux . On a dit (pie le zona était quelquefois précédé d’un frisson plus ou moins prolongé, de céphalalgie, d’agitation, d’accélération du pouls, d'intrus irrégulières ; la peau était détruite à une inégale profondeur sur les points excoriés. Sur tous elle était ramollie, et sur plusieurs elle offrait à peine la consistance d’une gelée de groseilles; les fibres des aréoles du derme n’étaient plus distinctes; enfin, sur quelques autres points, la peau détachée du tissu cellulaire sous-jacent était légèrement trouée.»
HERPÈS ZOSTER.
somnie, d’abattement, etc. Pour mon compte, je n ai jamais rien observé de semblable. Je ne veux pas cependant nier absolument l’existence de cet état fébrile précurseur, mais je ne crois pas me tromper en affirmant que c’est une chose rare, accidentelle, et que les auteurs qui l’admettent l’ont supposé plutôt qu'observé exactement.
On a dit aussi , et comme conséquence de ce qui précède, que les symptômes généraux gui accompagnent le développement du zona, la fièvre, la soif, la céphalalgie, etc., diminuent • ordinairement d'intensité et cessent quelquefois entièrement lorsque f éruption s’est opérée. Pour moi, puisque je n’ai pas observé de mouvement fébrile avant l’éruption, je n’ai pu le voir diminuer d’intensité et cesser quelquefois entièrement après cette éruption Que l’on observe avec une grande exactitude la marche d’un zona exempt de toute complication, et l'on ne tardera pas à se convaincre qu’il est peu de phlegmasies locales qui réagissent moins sur le système circulatoire.
§ III. Causes.
Nous ne savons rien de bien positif sur les causes du zona : il n’est point contagieux, et ne parait pas, comme l’érysipèle, dont on l’avait faussement rapproché, régner sous forme épidémique.
§ IV. Traitement.
Lorsque le zona est simple et d’une intensité modérée, il se dissipe au bout du premier septénaire, sous l’influence de quelques boissons délayantes et d’un régime un peu sévère. J’ai déjà annoncé que, dans trois ou quatre cas, j’avais fait avorter un zona naissant par l’emploi des saignées locales. M. Rayer conseille en même temps la saignée générale, lorsqu il existe de la chaleur et de l’élévation du pouls. Je n’ai jamais eu occasion d’y recourir.
On peut appliquer sur l’éruption divers topiques, soit n- 14
210 PHLKGM-ASIËS ËT IRRITATIONS K N PARTICULIER, émollients , soit narcotiques. M. Serres a propôsé lu cautérisation avec le nitrate d'aryen t pour abréger la durée de l’éruption et en diminuer les douleurs. M. ilayer a essayé cette méthode, et il conclut qu elle peut être négligée dans les zona légers et discrets, mais qu’elle doit être employée toutes les lois que des excoriations et des escarres sont à redouter sur un ou plusieurs groupes. Je crois aussi qu’on peut employer cette méthode, mais je permets volontiers i à d’autres de croire qu’on peut s’en dispenser.
ARTICLE XII
HERPÈS P11LYCTÉNOÏDE (i).
§ Ier. Idée générale et division.
Cette variété des phlegmasies vésiculeuses de la peau est caractérisée par des groupes de vésicules globuleuses , tr apparentes, du volume d’un grain de millet à celui d’un pois, se développant sur des taches rouges, plus ou moins régulièrement circulaires, éparses sur les différentes régions du corps.
Willan et Bateman pensent que cette affection est toujours aiguë. M. Rayer dit h avoir vue devenir chronique par l'éruption successive de plusieurs groupes de vésicules.
§ SI. Symptômes.
Cette éruption est annoncée par la formation de petits points rouges presque imperceptibles, réunis en groupes i irréguliers, dont chacun occupe une surface large comme unécu de trois francs ou comme la paume delà main. Dèsle lendemain au plus tard, apparaissent des vésicules du volume déjà indiqué, pleines d’une lymphe citrine, au i nombre de 12 à 5o pour chaque groupe ( M. Rayer). Le nombre de ces groupes est indéterminé. Dans leurs inter- ; valles , la peau conserve son état normal. Un sentiment de ( fourmillement et de cuisson accompagne la présence des-
(1) Herpès miliaire, olophlyctide miliaire d’Alibert.
HERPÈS l'H LYCTÉN OÏDE.
vésicules. Celles-ci sont quelquefois rapprochées, confluentes, au point de se confondre de manière à en former de très volumineuses. Au bout de 20 à 36 heures, le liquide qu’elles contiennent se trouble. Elles s’affaissent et se rompent du 6e au 1 2' jour; mais à mesure que certains groupes se terminent ainsi , d’autres se développent ailleurs. Des croûtes minces succèdent à la rupture des vésicules, et les croûtes tombent dans l’espace d’environ deux jours , laissant au-dessous d’elles une teinte rougeâtre qui ne tarde pas ordinairement à s’effacer, mais qui peut cependant quelquefois persister pendant plusieurs mois. Ainsi que dans le zona, dont l’herpès phlyténoïde se rapproche sous tant de rapports, longtemps après la disparition de l’éruption, un sentiment de cuisson douloureux persiste quelquefois dans les points que celle-ci occupait.
Les dermatologistes ont décrit , comme des espèces distinctes, de simples variétés de l’herpès phlycténoïde : ces espèces sont: i° l’herpès circinatus , ainsi nommé parce que les vésicules sout rangées ou groupées en anneaux ou en ovales dont le centre est intact; 20 l’herpès labialis, ainsi désigné parce que ses vésicules occupent la surface des lèvres, affection qui, dans le vulgaire, est, comme on sait, un indice et un reliquat de fièvre (en effet, 011 observe l’éruption de ces vésicules pendant le cours et à la suite de certains états fébriles ) ; 3° l’herpès prceputialis, lequel peut affecter les faces externe et interne du prépuce, soit séparément, soit ensemble; 4° l’herpès vulvaris, qui est pour les grandes lèvres ce qu’est pour le prépuce l’herpès prceputialis (on a également décrit des herpès | palpebralis, auricularis , etc., c’est-à-dire des éruptions de vésicules d’herpès sur les paupières, les oreilles, etc.); 5° l’herpès iris, ainsi appelé parce que les groupes de vé- : sicules sont entourés d’anneaux érythémateux, x'ouges, i qui forment une sorte d’arc-en-ciel , et que certains malades comparent à de petites cocardes.
§ III. Causes.
Les causes de l'herpès phlycténoïde général sont peu connues ; certaines irritations locales produisent les herpès également locaux: c’est ainsi, par exemple, que l’herpès labialis apparaît à la suite de l’usage de certains aliments un peu âcres; on le voit assez souvent aussi survenir à la suite de quelques maladies fébriles accompagnées de sécheresse et d’irritation des lèvres, etc.
§ IV. Traitement,
Abandonnée à elle-même, la légère affection que nous venons de décrire guérit ordinairement dans l’espace d’une quinzaine de jours. Au reste, le traitement du zona lui est parfaitement applicable. Lorsque les groupes sont disséminés sur presque toute la surface de la peau , il conviendra d’insister sur les bains ordinaires et sur les bains de vapeur.
Les moyens topiques seront appropriés au siège du mal. Les pommades fraîches , adoucissantes , celle de 1 concombres entre autres, conviennent dans les herpès labialis, vulvaris , etc.
ARTICLE XIII
ECZÉMA (i).
§ Ier. Idée générale et division.
L’inflammation non contagieuse de la peau qui porte le nom d’eczéma, tantôt partielle, tantôt générale, est caractérisée par le développement ou l’éruption de vésiculestrès petites, agglomérées, qui se terminent par la résorption du liquide quelles contiennent, ou par des excoriations superficielles sécrétant un liquide séreux, qui ne tarde pas à se concréter, à cristalliser pour ainsi dire sous j forme de sr/ uames ou d' écailles furfuracées.
(i) Dartre squameuse humide (Alibert), dartre vive, teigne muqueuse, teigne furfuracée , etc.
KCZf.MA.
Suivant que l'eczéma occupe telle ou telle région de la peau, il présente de notables différences, et de là diverses espèces admises par les auteurs. De toutes ces espèces, la plus importante est X eczéma du cuir chevelu , lequel comprend deux des espèces de teigne établies par plusieurs dermatologistes, savoir : la teigne muqueuse et la teigne furfuracée.
Willan a divisé l’eczéma en eczema simplex, eczema rubntm et eczema impetiginodes. Cette division, comme presque toutes celles du même auteur, est fort peu naturelle et philosophique. En effet, l’eczéma rubrum n’est que l’eczéma simplex avec augmentation de la rougeur inflammatoire, et l’eczéma impetiginodes est une sorte d’affection hybride, qui tient à la fois, comme son nom l’indique, et de l'impétigo proprement dit et de l’eczéma lui-même, espèce d ailleurs mal déterminée encore.
L’eczéma, quelle qu’en soit l’étendue, quelles qu’en soient les variétés, est tantôt aigue t tantôt chronique.
§ II. Symptômes.