I. Eczéma en général
L’éruption des petites vésicules qui constituent le caractère anatomique de l’eczéma bien développé est précédée, annoncée et accompagnée d’un sentiment de prurit ou démangeaison, avec rougeur des points sur lesquels s’élèvent les vésicules. Toutefois cette rougeur est d’une intensité variable suivant le degré de l’eczéma ; et comme elle est irès prononcée dans les cas où celui-ci atteint son plus haut degré, on a cru devoir faire une espèce particulière d’eczéma caractérisée par cette rougeur plus prononcée ( eczema ruhrum). Alors il existe de la chaleur et de la tension dans les régions de la peau où l’éruption s’est développée. La rougeur s’étend à la peau qui sépare lçs vésicules, ce qui n’a pas lieu dans l’eczéma très léger ( eczema simplex de Willan) , lequel n’est pas accompagné non plus de tension, de chaleur
'2 ! k PWLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
et de tuméfaction de la peau. Au bout de quelques jours, la plupart des vésicules se.rompent spontanément, ou sont rompues par des circonstances accidentelles, le frotte* ment, par exemple, tandis que d’autres s’affaissent par la résorption qui s’est, opérée dans les points qu’elles occupaient, affaissement suivi de la chute de l’épiderme sous forme d’un très petit disque lamelleux. A la place des vésicules rompues apparaissent des croûtes, des squames, des furfures , qui ne tardent pas à se détacher pour être remplacés par d’autres, tant que persiste l’état inflammatoire. Lorsque celui-ci est assez intense, comme dans la variété qu’on appelle eczema, rubrum, le secrelum roussâtre des groupes de vésicules est très abondant, imbibe, inonde le linge des malades, et de là la dénomination de dartre squameuse humide ( herpes squamosus madidans ) , qui lui avait été donnée par Alibert.
Par leur réunion entre elles, plusieurs petites vésicules peuvent former de grosses bulles, telles qu’on en remarque dans certains érysipèles , et leur rupture donne issue à des flots de sérosité (1). Alors on peut apercevoir à la surface de la peau, dépouillée de son épiderme, des pseudo-membranes blanchâtres , molles, peu adhérentes. Cependant, au bout d’un temps plus ou moins long, la sécrétion ichoreu9e diminue; la partie plastique se concrète, cristallise en quelque sorte sous forme d’écailles lamelleuses, jaunes, verdâtres , qui tombent et sont remplacées par d’autres plus sèches, plus dures, plus adhérentes. Enfin, tous les symptômes inflammatoires, tels que la rougeur, la chaleur, la tension, etc., disparaissent , un épiderme »ormal remplace les écailles furfuracées , les squames acci-
(i) Les petites vésicules elles-mêmes, sorte de bulles en miniature, ont une telle ressemblance avec celles de certains érythèmes ou érysipèles très superficiels, que de célèbres dermatologistes, Willan et Bateman, ont décrit sous le nom d'eczema solare V érythème ou l'érysipèle léger, vulgairement connu sous le nom de coup de soleil.
KCïÉiMA.
dentelles , et tout rentre dans les conditions accoutumées.
Lorsque les éruptions se succèdent pendant un temps en quelque sorte indéfini, l'eczéma est dit chronique. Alors l'inflammation peut envahir toute l’épaisseur de la peau, et même le tissu cellulaire sous-jacent; le liquide ichoreuxqui ruisselle sur la peau voisine de l’éruption, et déjà plus ou moins irritée, y détermine des excoriations, des gerçures, ce qui arrive surtout entre les doigts, aux mamelons, à l’anus, aux jarrets, etc., et souvent les régions affectées offrent l’aspect d’un vésicatoire en suppuration. L’ichor purulent sécrété par ces surfaces eczémateuses fluentes imbibe les linges et exhale une odeur désagréable. Une démangeaison incessante tourmente les malades, et malgré la cuisson qu'ils ressentent, ils se livrent à un grattement qu’ils ne peuvent maîtriser, ce (pii concourt à redoubler encore le travail inflammatoire, et produit quelquefois des exhalations sanguines plus ou moins abondantes , qui semblent soulager momentanément les patients ; c’est alors que les malades se plaignent de Yàcreté de leur sang , d’un feu intérieur gui les consume, etc. Leurs souffrances ne leur laissent presqueaucun relâche, et les privent plus ou moins complètement des douceurs du sommeil. La démangeaison n’est pas également vive, quel que soit le siège de 1 eczéma : elle acquiert son maximum d’intensité et devient réellement intolérable, quand celui-ci siège à la marge de l’anus, au périnée, à la vulve,
Lorsque l’inflammation diminue, sans disparaître entièrement , l’eczéma chronique ne consiste plus qu’en une éruption successive de vésicules séreuses ou séro-purulentes, avec formation de croûtes humides, assez épaisses. La peau se couvre alors de petites écailles analogues à celles du son, et de là le nom de dartre furfuracée que cette forme de l’eczéma a reçu de certains dennatologistes.
Il existe une étroite affinité entre l 'eczéma et Y impétigo, à tel point qu ils semblent moins constituer deux ma-
2 1 1> PHI.KGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, ladies réellement différentes que deux degrés d’une seule et même maladie. « Aussi, comme le fait remarquer » M. Rayer, n’est-il pas rare de voir sur le même individu » quelques régions de la peau affectées d’impétigo , tandis » que d’autres sont envahies par l’eczéma. Il arrive aussi » quelquefois que des surfaces plus ou moins considéra- » blés des tégumens sont surmontées d’un mélange de » vésicules d’eczéma et de pustules d’impétigo, et plus » fréquemment encore l’on voit les vésicules d’eczéma » devenir purulentes, et donner lieu à une variété que >» Willan a décrite sous le nom (Y eczema impetig inodes. » Dans cette variété, qui n’est autre qu’un eczéma sur-aigu, la tension, la rougeur, la chaleur, sont très prononcées ; ce ne sont plus seulement des démangeaisons, des fourmillements, mais de véritables élancements et de vives douleurs qui se font sentir. Les vésicules purulentes fournissent la matière de croûtes verdâtres qui , en tombant, laissent à découvert une surface dont la rougeur égale celle du carmin.
Dans un ouvrage élémentaire , tel que celui-ci , il n’est pas permis de décrire l’eczéma de chacune des diverses régions du corps; mais celui du cuir chevelu constitue une variété tellement distincte de toutes les autres, que nous devons lui consacrer quelques lignes à part (i).
II. Eczéma du cuir chevelu (teigne muqueuse et furfuracéc «l’.-Ilihcrt; porrigo larvalis de Willan).
Général ou partiel, l’eczéma du cuir chevelu ne diffère
(1) Les autres eczémas partiels décrits par M. Rayer sont: t° l’eczéma de la face ; 2° l’eczéma des oreilles ; 3° l’ecze'ma des mamelles; 4° l’eczéma de la région ombilicale; 5° l’eczéma de la partie interne des cuisses, du prépuce, du scrotum, de la marge de l’anus et de l’extrémité inférieure du rectum chez l’homme; 6° l’eczéma de la partie interne des cuisses, de la vulve, de la marge de l’anus, des membranes muqueuses du vagin et du rectum chez la femme; F]° l’eczéma des membres inférieurs et supérieurs; 8° l’eczéma du pli du coude, des aisselles, des jarrets ; 9* l'eczéma des mains.
tCZÊMA. 1 ~
de celui des autres parties qu'en raison de la texture de la peau qu’il affecte et de la présence des cheveux La partie concrescible du liquide ichoreux des vésicules se transforme en croûtes jaunes ou brunes qui acquièrent graduellement une épaisseur considérable, et qui agglutinent les cheveux par niasses , mèches ou paquets plus ou moins hérissés. La tête est chaude, le cuir chevelu, rouge, tendu, gonflé. En proie à la plus violente démangeaison , et obéissant à l'irrésistible besoin de se gratter, les malades écorchent les parties affectées jusqu'au sang. Lorsque les cheveux ont été coupés et qu'on a eu soin de faire tomber les croûtes parle moyen des cataplasmes émollients, le cuir chevelu, dans les points oii il est mis à nu, est comme enduit d’une matière caséeuse. Une odeur fétide, extrêmement désagréable, s’exhale des parties envahies par le mal. Lorsque l’eczéma et 1 impétigo se trouvent réunis, ce qui n’est pas très rare, les croûtes sont plus épaisses et plus adhérentes.
L'inflammation s’étend quelquefois jusqu’au tissu cellulaire sous-cutané, et il n’est pas très rare alors de voir les ganglions voisins se gonfler et devenir douloureux. La suppuration peut être la terminaison de ces phlegmons et de ces ganglionites lymphatiques.
Il faut ajouter que, dans l’eczéma comme dans l’impétigo du cuir chevelu , il se développe des fourmilières de poux, dont la présence concourt à rendre la démangeaison intolérable.
L’eczéma fluent, humide , (pie nous venons de décrire brièvement, constitue la teigne muqueuse d’Alibert. Lorsque le suintement ichoreux est presque nul, qu’une sorte de poussière furfu racée se forme comme de toutes pièces, tant le secretum accidentel est prompt à se dessécher, l’eczéma du cuir chevelu n’est autre que la teigne furfurncée du même auteur.
Quand l’eczéma du cuir chevelu affecte la marche cliro-
21$ PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, nique, qu’il s’invétère, les bulbes des cheveux se prennent, et il peut survenir une alopécie plus ou moins étendue.
§ II. Considérations sur le siège précis de l’eczéma.
Nos connaissances sont encore fort peu avancées sur la détermination de celui des éléments de la peau qu’affecte spécialement et essentiellement l’eczéma. Sui van tM. Rayer, les follicules cutanés sont essentiellement affectés dans F eczéma. J’avoue que l’opinion de cet excellent observateur ne me semble pas fondée sur des arguments pleinement satisfaisants. Je ne dis pas que ces follicules ne puissent être enflammés dans certains cas d’eczéma; mais alors c’est une complication, une coïncidence, une extension de l’eczéma à des parties élémentaires de la peau dans lesquelles il ne siège pas primitivement et immédiatement. C’est dans la couche superficielle du derme que paraît siéger l’eczéma; mais cette couche elle-même est fort complexe, et j’ignore entièrement quelle est la raison anatomique de cette forme spéciale des nombreuses phlegmasies de la couche superficielle du derme.
Quoi qu’il en soit, et en attendant des recherches plus approfondies sur cette matière , nous emprunterons à M. Rayerles remarques suivantes: « Dans l’eczéma simplex, le corps papillaire n’est point injecté, il l’est dans l’eczéma rubrum ; les couches profondes de la peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont quelquefois enflammés. Lorsque la peau est excoriée, elle peut se couvrir de pseudo-membranes analogues à celles que I on observe à la surface des vésicatoires. J’ai même vu, chez les vieillards, la peau des jambes, atteinte d’eczéma rubrum , offrir de petits trous qu’on aurait pu remplir avec la tète d’un épingle , et de petites ulcérations sinueuses, très irrégulières, qui n’intéressaient pas toute l’épaisseur du derme; la peau avait une apparence assez analogue à celle que présenterait une planche d’acajou vermoulue à sa surface. Dans les ec-
KCZIiMA. 219
zémas impétigineux chroniques, j’ai observé à la surface de la peau de légers mamelons dus à une sorte d’élongation des papilles. L'épiderme éprouve lui-mérae diverses alterations ; dans les eczémas chroniques, il se résout en une sorte de poussière farineuse, ou se détache en petites lamelles,dont le centre, d’un gris jaunâtre, est plus adhérent â la peau que leur circonférence. Dans certains eczemas des mains, l’épiderme soulevé et desséché tombe en larges écailles jaunâtres, plus épaisses lorsqu’elles ont été imbibées de sérosité. Enfin, dans quelques cas , l'épiderme est détruit; le derme est à nu ou recouvert par des croûtes dont l'épaisseur est variable. Le liquide sécrété par les surfaces malades, parfois séreux , limpide, peu odorant, est dans d'autres cas trouble, jaune, verdâtre et plus ou moins consistant; il a une odeur fade , nauséabonde, dans l’eczéma impétigineux, surtout lorsqu'il existe des pustules d impétigo mélangées avec les vésicules de l’eczéma ( i ). »
§ III. Causes.
L’eczéma est au nombre de ces phlegmasies cutanées sur les causes déterminantes et prédisposantes desquelles les auteurs ne nous fournissent que peu ou point de données précises et satisfaisantes. « L’impossibilité où » l’on est dans une foule de cas, dit M. Rayer, de trouver » une cause évidente ou probable, porte à penser que » l’eczéma est le plus souvent développé et entretenu par » une altération cachée des fluides ou des solides (2). » Le défaut de soins de propreté, un régime échauffant, sont
(1) Il est à regrci/er que le sécrétum eczémateux n’ait pas encore été l’objet de recherches microscopiques et d’analyses chimiques exactes.
(2) M. Rayer ajoute que «dans cette maladie, comme dans presque toutes les injlammations indépendantes de causes externes , le sang est couenneux. » Je n’ai point fait de recherches sur l'état conetinetix du sang dans l’eczéma ; mais ce que je puis affirmer, c’est que cct état se rencontre dans les phlegmasies fébriles par causes externes pour le moins autant que dans celles indépendantes des causes de cette espèce.
220 l’HLEGM A .SI ES ET 1 II RI TATIONS EN I> AltTICUl.lEi;.
au rang des causes occasionnelles les plus réelles de l’eczéma.
L’eczéma n’est point, à rigoureusement parler, contagieux; mais, dans quelques cas, le sécrétum eczémateux détermine dans les parties sur lesquelles il ruisselle , une rougeur plus ou moins vive, accompagnée quelquefois de la présence de vésicules. M. Levain , ancien élève de M. Rayer a vu un eczéma de la vulve chez une femme dont le mari avait une semblable éruption très ancienne au scrotum ; la première disparut très promptement. M. Rayer dit avoir recueilli plusieurs faits semblables.
Certains dermatologistes ont décrit à pari , sous le nom d hydrargyrie, une éruption eczémateuse produite par l'administration extérieure ou intérieure des préparations mercurielles. Il nous suffira d’avoir noté ici cet eczéma spécifique.
Est-il bien démontré que « dans l’enfance et la jeunesse, » l’eczéma se montre à la tète; dans l’âge mûr, à la poi- » trine, à l’abdomen, et surtout aux organes sexuels; » chez les vieillards, le plus souvent aux membres infé- » rieurs et à la marge de l’anus (i)? » Billard nous apprend qu’on rencontre assez souvent l’eczéma du tronc et des membres chez les enfants nouveau-nés.
L’eczéma du cuir chevelu est bien plus fréquent dans l’enfance qu’à tout autre âge de la vie. « Extrêmement fréquent chez les enfants à la mamelle parvenus à l’âge de trois, cinq et huit mois, et à l’époque de la seconde dentition, il n’est pas rare chez les jeunes gens de l’un et l’autre sexe, surtout chez ceux qui ont les cheveux blonds, la peau blanche et délicate, qui sont doués d’une constitution lymphatique ou scrofuleuse.
» Chez les adultes, l’eczéma chronique du cuir chevelu atteint spécialement les individus lymphatiques ou scro-
(i) M. Rayer.
ICZKiMA.
fuleux; à l’âge critique, les femmes en sont plus souvent affectées que les hommes (i). »
Dans aucune maladie , les récidives ne sont plus fréquentes que dans l’eczéma. M. Rayer en a recueilli une foule d’exemples, sans qu’il pût leur assigner aucune cause bien précise. Cet observateur a soin de noter que si un malade (juéri d’eczéma est atteint d’une nouvelle éruption, il est presque certain qu’il offrira le même genre et la même espèce, et que celte spécialité déformé, et probablement de nature, dans les récidives, a été aussi observée dans les pemphigus , le favus et dans plusieurs autres maladies des téguments. Cette circonstance et beaucoup d’autres ne permettent pas de douter qu’il ne faille tenir un grand compte de l’influence de certaines prédispositions générales ou locales dans le développement de ces maladies comme dans celui de tant d’autres.
§ IV. Traitement.
Les moyens que nous avons exposés à l’occasion de plusieurs maladies déjà décrites, l’herpès phlycténoïde entre autres, sont applicables pour laplupart à l’eczéma.
Lorsque l’eczéma est très aigu, M. Rayer conseille de pratiquer une ou plusieurs émissions sanguines. Il dit avoir constaté un grand nombre de fois futilité delà saignée, même dans les eczémas chroniques. Malheureusement, M. Rayer ne nous paraît pas avoir formulé avec toute l’ exactitude désirable l’application de ce puissant moyen. Depuis que j’ai formulé autrement (pion ne l’avait fait avant moi les émissions sanguines dans le traitement despblegmasies en général , et de la plupart d’entre elles en particulier, |e n’ai point trouvé des occasions assez favorables pour essayer cette formule, avec les modifications convenables, contre l’eczéma aigu et d’autres affections cutanées qui s’en rapprochent; mais tout, me porte à croire que de
(i) Rayer, Traité des mal. de la peau , t. 1 , p. 387.
2*2*2 IUILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, grands succès sont réservés aux praticiens qui tenteront habilement cette nouvelle application, s’ils ont soin de bien diriger en même temps le régime des malades.
Les bains émollients, gélatineux d’abord, puis alcalins, sulfureux, les lopicpies adoucissants, mucilagineu.x , narcotiques, des boissons rafraîchissantes, seconderont puissamment les émissions sanguines , et suffiront même quelquefois pour guérir assez promptement certains eczémas peu intenses.
Je crois qu’on a généralement trop négligé jusqu’ici les conditions du régime, comme les véritables règles des émissions sanguines, dans le traitement de l’eczéma, etc. « J’ai vu des enfants à la mamelle, ditM. Rayer, dont la guérison a été obtenue par un changement de nourrice; j’ai vu des adultes et des hommes d’un âge mûr atteints d’eczéma chronique, dont les symptômes étaient constamment aggravés par les plus légers écarts de régime. Il ne faut pas, sans doute, attacher trop de propriétés curatives à une foule de bouillons rafraîchissants, dépuratifs, etc., recommandés contre toutes les affections cutanées, et en particulier contre l’eczéma; mais, d’un autre côté, dans ces derniers temps, on a peut-être trop négligé ces moyens, ou plutôt le régime alimentaire dont ils faisaient partie. »
M. Rayer dit avoir vu plusieurs eczémas contre lesquels un grand nombre d’agents thérapeutiques avaient été impuissants tant que les malades avaient conservé leurs habitudes et s’étaient livi'és à un exercice actif, céder aux mêmes moyens, du moment que ces malades ont été soumis à un repos prolongé. Enfin, selon le même praticien, le temps, sans l’intervention d’aucun traitement, finit quelquefois par amener la guérison de l’eczéma , même quand celui-ci était devenu chronique.
On peut appliquera l’eczéma du cuir chevelu la méthode de traitement de MM. Mahon contre l’impétigo de la même partie. Cependant M. Rayer professe que l’épilation est
une pratique absurde dans la période d’acuité de I eczéma du cuir chevelu, et qu'elle n’offre pas d’avantages lorsque l’inflammation est passée à l’état chronique. La méthode de MM. Mahon peut être modifiée conformément à cette opinion.
Des laxatifs employés avec modération et prudence, des exutoires, peuvent être utiles vers la fin du traitement des eczémas fluents qui ont duré longtemps, et qui constituent une sorte de vaste vésicatoire dont l’organisme a comme contracté l’habitude. .
Alibert a rapporté l’observation d’un eczéma dont la disparition fut suivie d’une aliénation mentale. Sans doute, dans ce cas, ainsi que dans bien d’autres, il faut se défier du posthoC , ergo propter hoc. Néanmoins, la saine expérience paraît avoir démontré qu’on ne supprime pas toujours impunément une affection telle que l’eczéma, etc. , si l’on ne tient aucun compte des moyens proposés pour éviter les accidents connus sous le nom plus ou moins exact de répercussions.
M. frayer va même jusqu’à poser en fait et en principe que certains eczémas ; chez les enfants, sont une maladie salutaire. On a vu, dit-il, des ophthalmies, des otites, des entérites , disparaître lors du développement de certains eczémas. Si ces faits sont bien réels, M. frayer conseille avec raison de n’opérer la guérison de pareilles éruptions que d’une manière lente et graduée, la meilleure terminaison étant même quelquefois celle qui s'opère naturellement. Dans cette maladie comme-dans les autres en général, si l'on est assez heureux pour en connaître les causes, il faut commencer par les éloigner. Cette précaution suffit souvent à la guérison de l’eczéma : c’est ce qui a lieu , par exemple, dans l 'eczéma mercuriel.
224 l’HLEGMASlES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
ARTICLE XIV
GALK (]).
§ l'f. Idée générale et description des symptômes.
Cette espèce de phlegmasie vésiculeuse de la peau , essentiellement contagieuse, se distingue entre toutes les autres par la spécialité de sa cause, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Les vésicules galeuses peuvent se développer sur les diverses parties de la peau (excepté cependant le visage et le cuir chevelu qui paraissent n’en avoir jamais été le siège). Toutefois elles affectent une prédilection évidente pour certaines régions, telles que l’intervalle des doigts, les plis des articulations, l’abdomen. Elles sont légèrement acuminées, transparentes, et pleines d’un liquide séreux, un peu visqueux ou albumineux; une légère teinte rosée circonscrit la base des vésicules; les régions qu elles occupent sont le siège d’un prurit caractéristique , qui augmente pendant la chaleur du lit, et qui force irrésistiblement les malades à se gratter presque incessamment, quelquefois jusqu’à s’écorcher, et à faire couler le sang des parties affectées Ces vésicules sont plus ou moins nombreuses, et sous ce rapport, il existe réellement une gale discrète et une gale confluente. Lorsqu’elles ont été rompues par le grattage, les vésicules sont remplacées par une petite croûte brune, noirâtre, analogue à celle du prurigo, etau-dessous de laquelle une démangeaison plus ou moins vive se fait sentir, ce qui oblige les malades à un nouveau grattement, au moyeu duquel la croûte est détachée.
Lorsque les parties sont fortement irritées, soit par le fait même de la maladie, soit par des grattements forts et réitérés, les vésicules se remplissent de pus et se transforment en véritables pustules (scabies purulenta de Bateman);
(i) Gratclle, scabies, psora, etc.