‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 52 sur 119 · SUETTE MI LIAI RK · texte numérisé non relu

SUETTE MI LIAI RK

La suette miliaire n’étant autre chosequ’une sorte d’exagération de 1 exhalation cutanée qui a pour effet une diaphorèse , une sueur plus ou moins abondante, phénomène qui ncst lui-même que l’augmentation de l’acte normal connu sous le nom de perspiration ou transpiration cutanée, la suette miliaire, dis-je , se rattachant ainsi à la diaphorèse et aux sudamina, avant de la décrire ellemême, nous présenterons quelques considérations sur les sueurs et les sudamina, qui en constituent véritablement le premier degré ou les rudiments, et qui forment

230 PHLKüMASlES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, une sorte de transition entre un acte physiologique ou normal, et l’acte morbide qui porte le nom de phlogose. C’est particulièrement des sueurs et des sudaminaqui ont lieu dans les maladies fébriles dont nous allons nous occuper.

A. Sueurs et suilamina dans les maladies fébriles.

1» Sueurs.

L’augmentation de la transpiration cutanée, qui, suivant ses divers degrés, est désignée sous les noms de moiteur , de sueurs, etc. , est un phénomène qu’on a souvent l’occasion d'observer non seulement dans le cours de diverses maladies, mais encore dans l’état de parfaite santé, sous l’influence d’une chaleur forte et prolongée, d exercices violents, de certaines émotions morales, etc.

Les sueurs sont une des grandes voies par lesquelles les médecins ont longtemps enseigné que s’opéraient les crises, doctrine qu’il n’est pas ici le lieu de discuter d’une manière générale. Or, sans décider la question de savoir si les sueurs sont la cause ou l’effet de certains changements qui surviennent dans le cours de diverses maladies aiguës fébriles, nous nous bornerons à constater le fait, et nous ajouterons qu’en général, dans ces maladies, les sueurs constituent un phénomène favorable ou de bon augure, tandis que la persistance d’une extrême sécheresse de la peau, à quelques exceptions près, annonce une mauvaise marche de la maladie.

Les sueurs constituent, comme on sait et comme nous le verrons plus loin , la terminaison , la crise réelle des accès de fièvre intermitente normale.

Les sueurs ont lieu dans les maladies fébriles chroniques comme dans les maladies fébriles aiguës. Lorsqu’elles sont très abondantes et prolongées, elles épuisent, comme on le dit vulgairement, les malades, et cel'es qui ont lieu chez les phthisiques sont souvent désignées sous le nom de sueurs colliquatives. Dans ces maladies qui donnent

SUCTTE MÜ.IAIIU:.

lie» à la production des sueurs, eelles-oi ne sont pas toujours physiquement et chimiquement les mêmes. J ai fait sur leur acidité , leur alcalinité ou leur neutralité , selon les cas et selon les régions du corps, des recherche^ qui trouveront leur place ailleurs.

Nous n’insisterons pas plus longtemps sur les sueurs: elles reconnaissent pour cause une simple excitation , et constituent, en tant que maladies, le premier degré des irritations sécrétoires de Dupuylren et des médecins de son école, irritations qu’il ne faut pas confondre avec le genre des affections vraiment inflammatoires.

2° Sudamina.

§ Ier, Idée générale , caractères et symptômes.

Accompagnement, ou si l’on veut accident fréquent des sueurs abondantes et prolongées, les sudamina consistent en une éruption de petites vésicules de la grosseur d’un grain de millet ou un peu plus, d’un aspect perlé, et que j’ai souvent comparées à ces petites gouttes de rosée qui se forment sur les feuilles et les fleurs des plantes. On n’observe aucune lésion notable de la peau qui en est le siège, si ce n’est quelquefois, mais pas constamment, une légère teinte rose. Lorsque les sudamina coïncident avec une véritable éruption miliaire, ce qui arrive assez fréquemment, la peau présente toujours la teinte rose dont il s’agit, ou même une teinte plus prononcée. (Voyez plus loin Suette miliaire.)

Nous venons de dire que le volume des sudamina est variable; il en est de même de leur nombre. Toute la surface du tronc et le cou en sont quelquefois couverts, tandis que dans d’autres cas on ne les rencontre que sur certaines régions, et en général sur celles qui sont le siège des sueurs les plus abondantes et où cette humeur peut séjourner, telles que les régions sus et sous-claviculaires, les aisselles, les aines, l’ombilic, etc. Cependant, je n’en ai

jamais ou presque jamais observé sur le visage et le front, bien que ces parties soient souvent inondées de sueurs dans le cours de diverses maladies; ce qui me paraît provenir, en partie, et de ce que les sueurs du visage sont essuyées plus souvent que celles des autres parties du corps, et de ce que le visage et le front étant continuellement à découvert, en contact avec l’air libre, l’évaporation et le refroidissement s’y opèrent mieux que partout ailleurs. Toutefois, nous indiquons ces causes sans préjudice d’aucune des autres qui pourraient expliquer la particularité que nous signalons (1).

Que les sudamina soient partiels ou généralisés, ils se présentent tantôt à l’état discret et tantôt à l état confluent. Da ns^ce dernier cas, si toute la surface du corps en est le siège, leur nombre est de plusieurs myriades. Lorsque les sudamina sont ainsi confluents, plusieurs d’entre eux peuvent se réunir en un seul , qui représente alors une véritable bulle; j’en ai vu des exemples, et M. Andralen a cité dans sa Clinique médicale.

Le liquide des sudamina est ténu, inodore, peu sapide, sans notable viscosité, d’une transparence, d’une limpidité parfaite, et l’enveloppe de ce liquide est si mince qu elle se confond pour ainsi dire avec lui : de là cette apparence de goutelettes de rosée que j’ai indiquée plus haut. Comme ces gouttelettes, les sudamina sont arrondis, globuleux; ils sont en quelque sorte enchâssés, encadrés sous l’épiderme qui forme leur enveloppe translucide.

Au bout d’un temps qui varie , en général , de un à sept ou huit jours, l’éruption de sudamina disparaît. Cette disparition a lieu graduellement, à moins que par une cause

(i) M. Rayer dit aussi tpt’on rencontre rarement les sudamina dans le dos. Nous les y avons observés un assez bon nombre de fois, et peut-etre les y eussions-nous constatés plus souvent si nous avions examine cette partie ( liez tous les sujets.

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quelconque, les vésicules n’aienl été rompues brusquement. Cette disparition a lieu soit par la résorption du liquide par endosmose , soit par son écoulement à la faveur d’une rupture spontanée ou accidentelle. Quand le travail d’endosmose ou d’exosmose s'opère, les sudamina diminuent de volume, se flétrissent, et le liquide qu ils contiennent perd de sa limpidité . devient même un peu trouble.

Le liquide des sudamina ressemblant exactement à une goutelette de sueur, il parait assez probable que ce liquide ne diffère pas essentiellement de celle-ci sous le rapport de sa nature. Cependant, selon M. Rayer, ce liquide ne parait pas <le ta même nature que la sueur: attendu quV/ ne rougit pas , dit-il, le papier de tournesol, propriété dont jouit ordinairement la sueur.

Je ne sais si les expériences de M. Rayer sur la nonacidité du liquide des sudamina ont été répétées un très grand nombre de fois. Je viens, ce matin même, d’ouvrir quelques vésicules de sudamina , chez une jeune fille entrant en convalescence d’une Jièvre typhoïde , et le liquide qui s’en est écoulé a légèrement rougi le papier de tournesol. Je me propose de répéter cette expérience. Mais, en supposant que ce liquide ne lut pas acide, ce ne serait pas une raison suffisante pour affirmer qu’il n’est pas de même nature que la sueur. En effet, celle-ci n’est pas toujours acide elle-même; elle l’est même rarement, du moins sur le tronc, chez les individus qui ont des sueurs très abondantes , ténues , aqueuses, comme il arrive souvent dans les cas de sudamina.

Il survient ordinairement une desquamation légère, furfu racée, dans les points que les sudamina occupaient. Cette desquamation devient surtout évidente si l’on frotte un peu ces points avec le bout des doigts. Lorsque l’éruption rie disparait qu’au bout de huit jours, et même plus, elle laisse ordinairement ii sa place de petites taches d un blanc mat qui ne tardent pas à disparaître.

234 l'ULEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

L’éruption des sudamina se fait ordinairement d’une manière graduelle et successive.

Les sudamina ne sont accompagnés ni de douleur, ni de démangeaison, ni d’aucun autre signe de véritable inflammation.

fis ne donnent lieu à aucune réaction générale , soit fébrile, soit autre. Il est bien vrai qu’on observe une fièvre plus ou moins intense chez les individus qui présentent des sudamina; mais ce serait prendre \ effet pour la cause que de regarder les sudamina comme le point de départ des phénomènes fébriles (1).

§ II. Causes.

La dénomination de sudamina laisse suffisamment entendre que les observateurs qui désignentsous ce nom l’éruption dont nous nous occupons, en rattachaient le développement aux sueurs. M. Louis est, je crois , le premier qui, dans son ouvrage sur X affection typhoïde , ait essayé d’ébranler cette doctrine. En effet, M. Louis conclut des observations qu’il a recueillies sur cette maladie, que les sudamina ne sont pas , à beaucoup près, dans un rapport constant avec les sueurs , et il va jusqu à se demander si cette éruption a , comme celle des taches roses lenticulaires , quelque chose de spécifique dans b affection typhoïde (2). Suivant, cet observateur, la rareté des sudamina chez les sujets atteints de maladies non typhoïdes dont les sueurs avaient été copieuses, tendrait à faire résoudre cette question par b affirmative. De son côté, M. Rayer dit que l’éruption des sudamina survient le plus souvent dans la dothinentérite ( fièvre ty-

(1) M. Rayer dit : « On a longtemps confondu, et quelques personnes » confondent encore aujourd’hui, les péritonites puerpérales accompa- » gnees d’une éruption de sudamina (qu’elles désignent improprement » sous le nom de fièvre miliaire) avec la miliaire épidémique , ou suelte » des Picards . » Nous traiterons plus loin de cette maladie, et nous verrons que la fièvre n’est point l’effet de l’éruption miliaire.

(2) Recherches sur la fièvre typhoïde. 2* édition, i8|t, t. II, p. 108.

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