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IV. Inflammations pustuleuses

ARTICLE XVI

VARIOLE, varicelle, varioloïde.

A. Variole.

§ I*r. Idée générale et symptômes.

Pyrexie contagieuse produite par un agent spécifique inconnu dans sa nature, n’affectant ordinairement qu’une seule fois le même individu, la variole consiste essentiellement en une affection fébrile, suivie, vers le troisième jour, d.el 'éruption à l’extérieur du corps d’élevures rouges, pointues, acuminées, qui présentent plus tard une dépression centrale , ombiliquée, suppurent, se dessèchent, et laissent à leur place de petites cicatrices plus ou moins irrégulières et enfoncées (des pustules analogues à celles de la peau se développent souvent sur les parties externes, tapissées par une membrane muqueuse, et quelquefois même sur des parties profondes également revêtues d’une membrane muqueuse , telles que le larynx et la trachéeartère, par exemple).

Il y a donc dans la variole deux principaux éléments, savoir : la fièvre qui précède l’éruption, et cette éruption

VARIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDÉ. 2 53

elle-même. Cela posé, nous allons décrire la maladie, en la partageant en un certain nombre de périodes.

Première période ou période d’invasion, période d'incubation de l'éruption. — Celte période est caractérisée par un mouvement fébrile, ordinairement précédé de frissons, accompagné de lassitudes, de malaise général, de céphalalgie, d’une douleur dans la région lombaire (i); il survient assez souvent des nausées, des vomissements, des étourdissements, des épistaxis , et cpielques autres symptômes assez analogues à ceux qu’on observe dans la première période de la maladie, plusieurs appellent fièvre ou affection typhoïde : aussi n’est-il pas très rare de voir des médecins, d’ailleurs fort habiles, diagnostiquer cette dernière maladie chez des individus qui sont dans la période d’incubation de l’éruption variolique. Cette erreur ne saurait être de longue durée, puisque, vers le troisième jour, il survient une éruption caractéristique dont nous allons bientôt nous occuper.

D ailleurs, les phénomènes précurseurs de l’éruption variolique n annoncent , en général, aucune pldegmasie locale bien dessinée , et toute la scène pathologique paraît se passer essentiellement dans l’appareil sanguin. La durée de cette période est d’environ trois jours ; cependant elle peut être moindre , mais elle s’étend bien rarement audelà.

En général, le mouvement fébrile diminue à l'époque où survient l’éruption; quelquefois même, il disparaît complètement, ce qui n arrive cependant que dans les cas de variole extrêmement légère ou bénigne. Dans certaines varioles très intenses, très graves, on n’observe- aucune

(i) La plupart des pathologistes ont beaucoup insisté sur celte douleur, et quelques uns la considèrent même connue caracléiislii/ua. 11 est très vrai que cette douleur semble plus constante et plus prononcée dans la variole que dans les autres maladies fébriles ; toutefois quelques auteurs lue paraissent en avoir exagéré un peu la valeur séméiologique.

25/l PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

notable diminution du mouvement fébrile quand arrive la période d’éruption. Ce que nous disons du mouvement fébrile est applicable aux divers symptômes locaux dont il était accompagné.

Le sang qu’on retire de la veine, dans cette période comme dans la suivante, offre la plus grande ressemblance avec celui que l’on retire dans la première période de l’affection clile fièvre typhoïde.

On lit dans M. Rayer (art. Variole du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques) : « Il peut arriver qu’une « fièvre intense, accompagnée d’un délire continuel, d’une » agitation extrême, emporte les malades après quelques » jours de durée, soit que l’éruption ait eut lieu ou non. » J’avoue n’avoir jamais observé de cas de variole dans lesquels la mort soit ainsi arrivée après quelques jours, sans que l’éruption ait encore eu lieu. J’ajouterai que M. Rayer lui-même n’a point rapporté d exemple incontestable de ce fait, et qu’il sera toujours bien difficile d’admettre l’existence d’une véritable variole chez des individus qui, emportés après quelques jours d’une fièvre , n’ont présenté aucune trace cl éruption variolique. Cette variété de variole sans variole (variolæ sine variolis ) est d'autant plus difficile à admettre sur simple assertion que l’existence même d’une variole quelconque sans éruption variolique n’est rien moins que certaine aux yeux de tout observateur qui apporte dans l’étude de la médecine cet esprit d’exactitude et de sévérité dont on s est trop dispensé jusqu’ici (i).

Seconde période , ou période de l’éruption variolique. — Cette période est caractérisée par l’apparition de petites élevures ronges sur les différentes régions de la peau et souvent

(1) On a désigné, avec Sydenham, sous le nom de fièvre varioleuse , ces varioles dans lesquelles il ne survient pas d’éruption pustuleuse, ces ! variolæ sine variolis. Quelque respect que je professe pour un observateur ! tel que Sydenham et quelques uns de ceux, de Mnën, par exemple, qui, comme lui, ont admis l'existence delà forme de variole dont il s’agit, je ne puis, en vérité, me ranger à leur opinion , jusqu’à ce que des

VAH10LE , VAKICELLE, VAHIÜLOÏDE. ‘J55

aussi sur les membranes muqueuses oculaire , buccopharyngienne, génitale, etc. En général, l’éruption variolique commence par la lace, le cou, et envahit ensuite le tronc et les membres Quelquefois, cependant, l’éruption ne suit pas cet ordre, et le tronc, les membres en sont le siège primitif. Quoi qu’il en soit du développement successif des pustules de la variole , la durée pendant laquelle il s’accomplit n’est guère que de vingt-quatre- à quarantehuit heures. Les élevures acuminées qui constituent , en quelque sorte, letat embryonnaire de l’éruption ou évolution variolique, sont tantôt séparées par des intervalles dans lesquels la peau conserve son aspect normal, ce qui constitue la variole discrète ou bénigne , tantôt réunies par leurs bords et tendant à se confondre, ce qui constitue la variole confluente ou maligne. Il arrive souvent que confluente sur certaines régions, la variole est discrète dans d’autres, ce qui forme une espèce de variole intermédiaire aux deux précédentes.

Les élevures rouges, un peu violacées , par lesquelles s’annonce et commence en quelque sorte à poindre l’éruption variolique, ne tardent pas à se transformer en de véritables boutons ou pustules , représentant une espèce de cône dont le sommet laisse apercevoir à travers l’épiderme un liquide transparent, un peu plus épais (pie la sérosité ordinaire. En même temps que l’éruption croît. , la peau se gonfle, rougit autour des pustules naissantes, et le visage, le cou , les membres eux-mêmes offrent bientôt, si la variole est confluente, une tuméfaction semblable à celle qui a lieu dans l’érysipèle phlegmoneux. La présence de l’éruption sur la muqueuse oculaire, buccale,

observations plus décisives, c’est-à-dire plus exactement recueillies (|ue celles dont ces auteurs s’appuient, en aient clairement démontré la vérilé.

M. Hayer de'clare liavoir point observé celle fièvre varioleuse , ajoutant , avec une sape réserve, qu’il ne l'a peut-être point cherchée avec assez éc soin.

256 l'IlI.KG.VI ASIES KT IIUU CATIONS h N PAHTIGULIIJI.

Laryngienne, etc., est accompagnée de symptômes dont nous avons parlé ou dont nous parlerons à l’occasion des inflammations de ces diverses membranes.

Dans la période que nous étudions, il peut survenir de graves congestions inflammatoires, soit dans l’appareil respiratoire, soit dans l’appareil digestif, soit aussi dans l’appareil des centres sensitifs et intellectuels, sortes d’éruptions intérieures qui enraient quelquefois 1 éruption cutanée. C’est alors surtout que la variole revêt ce caractère de malignité noté déjà parles anciens observateurs.

Diverses circonstances peuvent faire varier un peu la durée de la période d’éruption. Toutefois on ne s’éloignera guère de la vérité en disant qu’un espace de trois à quatre jours, terme moyen, s’écoule entre l’époque à laquelle 1 éruption commence à se manifester, jusqu’au moment où elle est parvenue à son plein et entier développement. Alors une espèce d’enfoncement qui, dès le second jour de l’éruption, n échappe point à un œil attentif, se présente d’une manière beaucoup plus évidente, et forme une dépression comme ombiliquée, d’où le nom à' ombiliquées par lequel on désigne les pustules ainsi déprimées à leur centre. Cettedépression est considérée, à juste titre, comme un des caractères les plus certains des pustules de la variole légitime, normale. Toutefois, d’une part, il manque dans certaines pustules de la plus belle éruption d’une variole des plus légitimes ; et d’autre part, on peut l’observer dans les pustules de ce qu’on appelle la variole modifiée, la varioloïde ou la varicelle. Arrivées à leur maximum de développement, les pustules ont, en général, le volume d’un pois de moyenne grosseur. Au reste, toutes n’ont pas le même volume ni la même forme. La région de la peau qu elles occupent influe beaucoup sur le développement des pustules : ainsi celles de la paume de la main, de la plante des pieds , etc., ne pouvant se développer librement, sont larges et aplaties, etc. , etc.

VARIOLE, VARICELLE, VAKIOLOÏDK. "2 57

Troisième période , ou période de suppuration. A la rigueur, on peut dire qu’un travail de suppuration s’est déjà opéré dans l’éruption variolique, pendant le cours de la précédente période. La chose est très réelle. Toutefois on est convenu de réserver le nom de période de suppuration à celle pendant laquelle le liquide contenu dans les pustules constitue, comme ce mot l’indique, du pus bien formé. Cette période commence vers le sixième, septième ou huitième jour après l’invasion, et dure trois à quatre jours et même plus dans certaines varioles. Au commencement de cette période, les pustules présentent leur aspect ombiliqué; mais elles le perdent lorsqu’elles se sont rompues pour donner issue au pus dont elles étaient remplies. « Si, » à cette époque, dit M. Rayer, on étudie la structure des » pustules, on voit qu elles contiennent un peu de sérosité » et un petit disque de substance blanchâtre, qui, d’abord » molle, acquiert ensuite plus de consistance. »

Quant au pus des pustules, il offre ce grand caractère spécifique de pouvoir communiquer la variole, quand on l’inocule à des individus non encore variolés.

Le gonflement de la face et des autres parties du corps acquiert sou maximum d intensité pendant la période que nous décrivons. Le visage est quelquefois monstrueux ; une salivation abondante a lieu; la déglutition est difficile, et quelquefois même la respiration ; les yeux sont fermés par les paupières tuméfiées, paupières dont les bords sont agglutinés entre eux par suite de la suppuration des pustules développées sur la muqueuse palpébrale.

Lorsque la variole est confluente, la tête se prend assez souvent, et il éclate un délire plus ou moins violent.

La fièvre, qui s’était calmée au moment de l’éruption, se réveille avec une nouvelle intensité, et porte le nom de fièvre de suppuration. Il existe en même temps une grande prostration ; les malades exhalent une odeur désagréable, sui rjeneris , qui tient à la présence de la matière de la supii. 17

258 PHLEGMAS1ES ET IER ITATIONS EN PARTICULIER . puralion. Celle-ci imprègne les chemises et les draps des malades, auxquels elle communique l’odeur ci-dessus indiquée. On voit apparaître chez quelques sujets des flux hémorrhagiques, et le sang qui s’écoule ainsi est noir, comme dissous ou en delic/uium ; les urines sont troubles et très fétides.

L’état des malades est vraiment alors des plus déplorables. On dirait que les pustules deviennent pour euxmêmes une sorte d’immense foyer d 'inoculation , et que le venin varioleux, après avoir profondément infecté le sang, circule avec ce liquide, et réagit sur l’organisme entier.

De graves complications du côté des principaux viscères modifient puissamment le travail de suppuration varioliquej, ainsi que nous avons dit qu’ elles dérangeaient notablement le mouvement d évolution et de développement de l’éruption qui caractérise la seconde période.

Quatrième et cinquième périodes , ou périodes de dessiccation des pustules, de desquamation ou de chute des croules qui succèdent aux pustules , et de cicatrisation. Lorsque le temps de la suppuration est expiré, on voit peu à peu, et généralement dans le même ordre suivant lequel elles ont apparu, les pustules se flétrir, se faner pour ainsi dire , s’affaisser et se dessécher. Une partie du liquide purulent, anormalement sécrété , se trouble de plus en plus, s’épaissit, se concrète , et cristallise en quelque sorte confusément, de manière à se métamorphoser en croûtes ou squames épaisses, ayant la forme d’un disque lenticulaire plus ou moins adhérenL à la peau. Ce disque, d’abord d’un blanc jaunâtre ou grisâtre, opaque, prend par degrés une teinte brunâtre, et ressemble alors assez exactement, tant par sa couleur que par sa forme et son volume, à une véritable lentille. Bientôt il ne tarde pas à perdre de son adhérence avec la surface île la peau, et il finit par s’en détacher complètement, soit spontanément, soit par l’effet

VARIOLE, VARICELLE , VAHIOLOÏDE.

de quelque cause extérieure, (elle que l’ablation avec les doigts, l'influence d’un bain, etc., laissant au-dessous de lui une cicatrice déprimée, d’une teinte rougeâtre ou cuivreuse, qui ue disparaît entièrement qu’à la longue (dans la variole confluente, les cicatrices varioliques se touchent, se confondent, et donnent aux parties qui en sont le siège un aspect chagriné, qui, au visage, constitue souvent une véritable difformité). La présence des croûtes donne lieu à un sentiment plus ou moins vif de prurit ou de démangeaison.

Lorsque les pustules commencent à s affaisser, à se transformer en croûtes, mais qu elles sont encore humides, l'état de turgescence inflammatoire de la peau et du tissu cellulaire continue, le mouvement fébrile persiste avec une grande intensité quand la variole est confluente, et le .visage, ainsi tuméfié et couvert d’un masque croûteux, quelquefois ensanglanté, offre un aspect tout-à-fait hideux. Les croûtes de l’entrée des narines gênent le passage de l’air; les paupières, agglutinées plus étroitement que jamais, ne peuvent s’entrouvrir; les cils tombent quelquefois , et quelquefois aussi Yophthalmie varioleuse est suivie de la perte de la vue, tantôt d’un seul côté, tantôt des deux, ce qui ajoute encore à la difformité produite par les cicatrices irrégulières, les brides, etc., que les pustules laissent sur le visage (i).

Jusqu’à ce que la dessiccation soit complète, le corps des malades, imbibé du liquide varioleux, exhale une odeur injecte de charogne (qu’on me passe cette comparaison ) ; la chemise et les draps s'imprègnent de ce liquide concrescible, se collent à la peau, ce qui rappelle , jusqu’à un certain point, la fameuse robe de Déjanire.

Vers la fin du travail de dessiccation , le gonflement des

(i) Tantôt alors les paupières sont adhérentes an globe de l’oeil, qui finit par s’atrophier; tantôt la perte de la vue est l’effet de taies et d’ulcérations de la cornée transparente.

2(30 PU LEGMASllSS ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

parties se dissipe, elle mouvement fébrile tombe , s’éteint, à moins qu’il ne soit entretenu par quelque complication intérieure. La durée des périodes de dessiccation des pustules et de chute des croûtes varioliques est d’environ un septénaire pour les varioles d’intensité moyenne; mais elle peut se prolonger bien au-delà dans les varioles confluentes très graves. Heureux les malades qui, atteints de ces dernières , ne succombent pas avant que ces périodes aient eu le temps desaccomplir! Les accidents qui conduisent les victimes au tombeau sont, outre l'infection profonde et la dissolution septigue du sang, des congestions inflammatoires de mauvaise nature dans les poumons et les centres nerveux, sans préjudice des phlegmasies qui peuvent s’être développées dans diverses régions du tube digestif. Il se manifeste aussi quelquefois des hémorrhagies dites passives qui concourent à la terminaison funeste.

Suivant M. Rayer, « dans quelques cas rares, il n’y a » ni desquamation ni formation de croûtes. Les pustules » s’affaissent dans l’espace de quarante-huit heures : il y a » probablement résorption du pus. Une prostration subite » coïncide avec cet affaissement des pustules, et on ob- » serve quelquefois des phénomènes analogues à ceux que » présentent les animaux dans les veines desquels du pus » a été injecté, ou après les absorptions purulentes (i). »

Dans le cours des périodes que nous venons d’examiner, on voit assez souvent se manifester dans différentes régions du corps, à la tête, au cou ou sur les membres, soit de petits abcès, soit des pustules d’ecthyma, soi t des furoncles, soit des bulles de rupia, soit enfin de véritables escarres

(i)J’ai rencontré un certain nombre de cas de cet affaissement brusque, de cette sorte d’avortement des pustules; mais je ne saurais affirmer si cet accident tenait réellement à une résorption du pus, ou s’il ne provenait pas plutôt de ce que ce travail de suppuration était supprimé par des complications internes. Quant aux phénomènes typhoïdes ou septiques, il n’est pas nécessaire qu’il y ait résorption du pus des pustules, pour qu’ils apparaissent : assez d autres conditions les engendrent ici.

VARIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDE.

(celles-ci se manifestent clans les points qui supportent principalement le poids du corps) , lorsque la maladie se prolonge indéfiniment, et ces divers accidents contribuent à entretenir 1 état fébrile.

Au moment où commence la convalescence, dans les cas de variole grave et confluente, les malades sont ordinairement réduits à un grand état de marasme et d’épuisement (i).

L’éruption variolique peut être compliquée d’une éruption rubéolique ou scarlatineuse. J’ai rencontré deux cas dans lesquels ces deux dernières éruptions coïncidaient avec une variole. Dans un de ces cas, nous observâmes en même temps des sudamina sur certaines régions du corps (le malade avait sué). On trouvera cette observation dans ma Clinique médicale.

§ II. Résultats fournis par l'autopsie cadavérique.

Ce n’est pas ici le lieu d’exposer les altérations rencontrées dans les différents appareils , suivant les complications diverses dont la variole peut être accompagnée. L’appareil circulatoire, le sang y compris, l’appareil respiratoire, l'appareil del'innervation, etc. ,offrentde nombreuses lésions que nous avons décrites ailleurs en traitant des maladies primitives de ces appareils, et ces lésions sont le plus souvent les effets de phlegmasies auxquelles l'état génépi) M. Rayer a désigné sous le nom d'anomalies de la variole et des pustules varioliques les faits suivants, observés par tous ceux qui ont étudié la variole au lit des malades : « Les pustules de la variole n’ont pas » toutes la même marche : les unes arrivent à leur terme au temps orndinaire; il en est d’autres qui, parvenues à moitié chemin, plus ou moins, » c’est-à-dire au dixième, au huitième, au sixième, et même seule- » ment au quatrième jour, ou au moment où de véritable pus se produit » dans leur intérieur, s’arrêtent dans leur marche, s’affaissent, ne sup- » purent pas, et, au lieu de pus , contiennent une très petite quantité de » matière plastique. Cette variété de pustules semble, à M. Rayer, cor- » respondre à la varicelle papuleuse. Dans d’autres cas, il semble que la » période de suppuration se prolonge au-delà du terme ordinaire. »

262 CHLEGMASIKS ET 1R1UTAT10N8 EN PARTICULIER. ral a imprimé un cachet particulier. Le sang et le système vasculaire présentent des altérations analogues à celles que Ton constate chez les individus qui ont succombé à ces maladies qu’on appelle typhus, fièvre typhoïde (i); les poumons sont splénisés, hépatisés, quelquefois frappés de gangrène, etc., etc.

Je ne parlerai donc ici que des recherches faites sur l’éruption variolique elle-même, et je mettrai sous les yeux du lecteur ce qu’en a dit M. Rayer (2).

« Les pustules varioliques sont ordinairement plus con- » fluentes et plus avancées sur la face que sur les autres » régions : elles y sont en outre plus plates, et forment » quelquefois une sorte de nappe blanchâtre sur le front. " Si la mort a lieu à une époque plus éloignée de l’invasion » de la maladie, les pustules sont déjà desséchées et for- » ment des croûtes bleuâtres sur le visage, tandis que les » pustules des autres parties du corps sont dans leur état » ordinaire. La peau environnante reste blanche ou très » légèrement violacée. Sur les autres parties du corps, les » pustules sont pour la plupart ombiliquées; leur centre, » légèrement déprimé, est en général d’un blanc un peu « moins mat que le reste de la pustule; d’autres fois, sur- » tout aux jambes, il est d’un rouge vineux ou brun » obscur.

» Les pustules, dans leur état, sont fermes et solides » sous le doigt. Celles de la paume des mains sont ordinai-

(1) Les cadavres se décomposent, en général, avec une grande rapidité', pourvu que la température soit élevée et l’air lmmide. Alors il s’opère des phénomènes d’imbibition sanguine, de ramollissement, etc., qu’il ne faut pas confondre avec des lésions qui se seraient opérées du vivant des malades. II me parait que plusieurs fois on a commis cette erreur en ce qui concerne les rougeurs du cœur et des artères. Cependant je puis affirmer qu’il est des cas dans lesquels ces rougeurs étaient indépendantes de toute imbibition cadavérique, et se rattachaient bien réellement à 'un état inflammatoire. Il existe donc une angio- cardite variolique.

(2) Dicl. de médecine et de chïrurgie pratique , jart. Variole , t. XV, pag. 579.

VARIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDE.

» rement assez grandes, légèrement bombées et sans om- » bilic; leur teinte blanchâtre est un peu moins mate que » celle des autres pustules. Celles de la plante des pieds » ont quelquefois un aspect différent; elles ne présentent » pas ou presque pas de saillie; elles apparaissent à tra- » vers l’épiderme épais de cette région sous la forme de » taches circulaires violacées et voilées, entourées par un » liseré d’un blanc plus mat que le reste de la peau. Les » pustules du scrotum et du pénis sont ordinairement pe- » tites et très fermes.

» Quelques pustules présentent vers leur milieu un ori- » fice folliculaire d’où sort un poil; mais le plus grand » nombre n’en offre pas. En les incisant suivant leur épais- » seur, on reconnaît les dispositions suivantes : le réseau » vasculaire sous-cutané présente, dans quelques endroits, » un grand développement; mais cela est loin d’être con- » stant. La partie profonde du derme qui répond au milieu » de chaque pustule est toujours fortement injectée, et le » siège d une suffusion sanguine; quelquefois elle offre des » stries et un pointillé rouge; la surface externe du derme » qui répond immédiatement à la pustule est gonflée , lé- « gèrement transparente et jaunâtre. Au-dessus du derme, » on trouve une couche pseudo-membraneuse qui forme » la substance de la pustule. Elle est indiquée par une ligne » qui représente un cône tronqué, d’une demi-ligne d’é- » paisseur, plus ou moins, selon la grandeur de la pustule. » C’est une matière d’un blanc mat, assez ferme, mais un » peu friable, intimement unie avec la surface interne de » l’épiderme, avec laquelle elle paraît confondue; elle est » moins adhérente à la surface du derme. Dans les pus- » tules plus avancées, on aperçoit quelques petites va » cuoles, une ligne sinueuse, ou enfin une petite cavité » anfractueuse entre la surface externe du derme et la » couche blanche anomale dont nous venons de parler. Ces » intervalles ou cette cavité se trouvent remplis par un

2Gâ PIILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

» liquide séreux. Dans les pustules du visage plus avan- » cées que celles des autres régions , le liquide , devenu » opalin et plus abondant, existe non seulement dans les » cavités des pustules , mais fuse sous l’épiderme , à leur » circonférence. Cette membrane, ainsi décollée, peut être » détachée en lambeaux considérables. Au-dessous d’elle, » dans les endroits correspondants aux pustules, on ob- » serve un grand nombre de saillies arrondies, irréguliè- » res, séparées par des dépressions anfractueuses, creusées » dans la peau. Cette apparence érodée du derme n’existe » que sur les points occupés par des pustules suppurées. » L’épiderme paraît un peu épaissi, mais la macération » démontre qu’il ne l’est pas.

» Dans la barbe, les conduits épidermiques des poils » apparaissent sous la forme de lignes blanches, opaques, » qui traversent l’épaisseur de la peau et aboutissent à des » espèces d’oignons blancs, ressemblant assez bien à la » figure de Cotugno.

» Après avoir fait macérer dans de l’eau , pendant un » certain nombre de jours, des morceaux de peau de va- » riolés, de différentes régions du corps, nous observâmes, » M. Youngetmoi, les dispositions suivantes: l’épiderme » se détachait par la plus légère traction et présentait tou- » jours à sa surface externe la bosselure et le blanc opaque » des pustules. Ce point blanc se voyait sur toute la surface » d’un certain nombre d’empreintes pustuleuses ; mais, sur » la plupart, il diminuait considérablement ou cessait en- » tièrement vers leur centre, conservant ainsi leur aspect » ombiliqué. La surface interne de l’épiderme présentait » à peu près le même aspect en creux, et on y trouvait, » pour ainsi dire, isolée la matière pseudo-membraneuse à » laquelle la pustule variolique doit son état, sa forme » ombiliquée et sa couleur d’un blanc mat. En effet, dans » les creux on trouvait des sortes de disques ou des anneaux » d’une matière blanchâtre, pseudo-membraneuse , que

VARIOLE , VARICELLE, VAItlOLOÏDE. 265

» l’on pouvait facilement enlever en la grattant : l’épiderme » restait toujours un peu déprimé, mais il avait à peu près » son apparence naturelle. Les conduits pileux qui pas- » saient à travers plusieurs de ces disques étaient plus » blancs, plus volumineux et plus visibles que ceux que » i on remarquait sur l’épiderme environnant.

» A la plante des pieds , sur les points occupés par les » pustules, la disposition annulaire de cette substance » blanche était très remarquable. En outre, cette fausse » membrane, s’arrêtant brusquement à la circonférence » de la pustule, y produisaitle liseré blanc que nous avions » noté pendant la vie. Le bord externe de cet anneau » pseudo-membraneux étant plus saillant que l’interne, il » en résultait une sorte de godet; de manière qu’un mor- » ceau de l’épiderme de la plante du pied pourvu d’un » certain nombre de grosses pustules, et vu par sa face in- » terne, rappelait assez bien l’aspect des favi des abeilles. » Cette substance blanche enlevée, la surface interne de » l’épiderme paraissait très légèrement blanchâtre, aspect » qu’il faut peut-être attribuer à la membrane épidermique » profonde.

» La peau de la paume des mains présentait les mêmes » dispositions, mais moins bien dessinées.

» Le derme à sa surface externe, dans les endroits ré- » pondant au centre des pustules, présentait des éminences » arrondies, tranchant avec la couleur de la peau environ- » liante par leur teinte jaunâtre et demi-transparente , de » moindre volume que les alvéoles épidermiques auxquelles » elles correspondaient. Autour d’un certain nombre de » ces éminences on voyait une dépression linéaire, pro- » duite par l'impression du bord externe et saillant de la » substance blanche pseudo-membraneuse; on l’observait » surtout à la plante du pied, où le bord externe de cet an- » neau plastique un peu frangé avait environ une detni- » ligne de hauteur. Ces éminences, regardées à la loupe et

» avec attention, offraient à leur surface les petits sillons » qui séparent les papilles du derme. Cela était surtout » évident à la paume de la main et à la plante du pied, où » les papilles paraissaient augmentées de volume.

» Cette apparence était celle qu'on observait dans l inté- » rieur de la plupart des pustules, dans leur état ; mais » dans plusieurs pustules plus avancées, au iieu d’offrir » ces éminences papillaires, la surface du derme était au » contraire plus ou moins régulièrement dé-primée ; cepen- » dant, dans le centre de plusieurs de ces dépressions, on » trouvait encore une petite éminence. Enfin, la peau dans » quelques endroits était véritablement érodée.

» Les éminences observées dans les pustules à la surface » externe du derme, sont plus mollasses que le reste de la » peau, et une macération prolongée pendant un mois les » affecte beaucoup plus que les autres parties du derme. » On trouve alors dans les endroits où elles existaient une u dépression brunâtre et mollasse qui tranche sur la cou- » leur d’un blanc mat du reste de la peau.

» Ayant examiné des pustules varioliques qui avaient » été cautérisées pendant la vie peu de temps après leur » développement, nous avons trouvé les croûtes et les » squames d’un brun foncé un peu déprimées et sèches à » l’extérieur; leur face interne était jaunâtre. Sous ces » squames la surface du derme était plus érodée que dans » les autres régions du corps.

» En résumé, le volume, la couleur et la dépression des » pustules ombiliquées dépendent évidemment du disc/ue » pseudo-menibranijorme sécrété par le corps papillaire en- » flammé et élevé sous forme de cône, sur les points occupés » par les pustules.

» Lorsque deux ou trois pustules se sont réunies par » leurs bords correspondants, on retrouve souvent dans » ces groupes les dispositions anatomiques de chacune » des pustules qui les composent. Souvent aussi on ren-

VARIOLE , VARICELLE , VAHIOLOÏDE.

» contre parmi les pustules varioliques des pustules cn- D no'ides ou globuleuses tout-à-fuit semblables à celles qui » caractérisent deux des variétés de la varicelle pustu- >i leuse. Enfin la peau du visage et delà partie postérieure » du tronc est ordinairement très injectée.

» Les membranes muqueuses offrent des altérations non » moins remarquables. La conjonctive, les membranes » muqueuses des fosses nasales, de la bouche, du plia- » rynx , du larynx, de la trachée-artère, des bronches, du » prépuce chez l’homme, de la vulve chez la femme, etc., » sont ordinairement injectées et présentent des traces ou » des rudiments de pustules. La membrane muqueuse des » fosses nasales, devenue d’un rouge très animé, est cou- » verte d’un mucus épais et jaunâtre; la voûte palatine et m la surface supérieure de la langue présentent des exsudais tions grises pseudo-membraneuses, ou de petits débris » de l’épithélium. La membrane muqueuse de la bouche » est d’un rouge violacé; une exsudation grise ou de petits » débris d’épithélium se remarquent à la voûte palatine, » sur la langue, sur le voile du palais et sur les ligaments » aryténo-épiglottiques. Constamment aussi, dans les va- » rioles confluentes, l’intérieur du larynx et de la trachée » présente des traces non équivoques d’inflammation. La » membrane muqueuse est d’un rouge violacé, parsemée u de petites taches blanches ou grisâtres, circulaires, d'une » demi-ligne à deux lignes de diamètre , munies d’un point » rouge central et dépourvues d’épithélium et de quelques » autres taches de formes et de dimensions variées, pro- » bablement consécutives à des pustules cohérentes. » Chaussier (i), en disséquant le cadavre d’une femme » morte le quatrième jour de l’éruption d’une variole con- » fluente, trouva dans le larynx et la trachée un grand » nombre de boutons (pustules \a\ \o\k\ues) semblables pour

(i) Bulletin (le la Faculté rie Médecine de Paris, in-8", t. IV, [>ag. i4-

» Informe et le volume a ceux qui existaient à la peau. Ces » pustules n’étaient pas bornées au larynx et à la trachée ; » il en existait même dans les principales ramifications bron- » chiques, clans l’intérieur de la bouche, du pharynx et au » commencement de l’œsophage. Cependant je dois ajou- » ter cpie les pustules varioliques des membranes mu- » queuses m’ont toujours paru différer sous plusieurs » rapports de celles de la peau. Je n’ai jamais vu dans le » larynx , la trachée et les bronches des pustules tout-à-fait » semblables à celles qui se développent sur les téguments, » et , dans plusieurs , l’exsudation pseudo-membraneuse u n’est pas recouverte par un épithélium. Enfin, elles ne » sont pas ordinairement suivies de cicatrices évidentes. » Je n’ai point observé de pustules varioliques dans l’eslo- » mac et l’intestin; mais j’ai toujours vu ces parties plus » ou moins enflammées. Cotugno a vu des pustules vario- » liques bien caractérisées sur la membrane muqueuse du » rectum, dans un cas de prolapsus (i) ; mais dans ce cas, » la membrane muqueuse se rapproche de la peau par la » structure.

» La membrane muqueuse gastro-intestinale offre souvent » des pétéchies , et ses follicules sont développés, plus ou » moins saillants, de manière à simuler de véritables pus- » tules, surtout dans le gros intestin ; des ecchymoses se » remarquent aussi dans l’épaisseur des membranes intes- » tinales, surtout dans les varioles nigræ. La membrane mu- » queuse du gros intestin, l’orsqu’il y a eu des pliénomè- » nés dysentériques, offre un développement remarqua- » ble des follicules, qui sont violacés, aplatis ou saillants.»

B. Variétés, modifications de la variole; variolotde , variœlle.

La variole, telle que nous venons de la décrire, constitue la variole en quelque sorte normale , légitime, franche, qu’elle

(i) Cotnftno, De sedib. varia I arum , Vienne, in-i2,p. i5a.

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