‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 55 sur 119 · VARIOLE, VARICELLE, VAR1ULOÏDE · texte numérisé non relu

VARIOLE, VARICELLE, VAR1ULOÏDE

soit, d’ailleurs, confluente ou discrète, grave, légère ou de moyenne gravité.

Mais les auteurs out cru devoir étudier à part certaines éruptions de la peau (pii, bien qu’appartenant foncièrement à la variole, diffèrent néanmoins notablement du type dont nous venons de tracer le tableau ; et ils les ont désignées sous les noms de varicelle, de varioloïde ou de variole modifiée, de fausses varioles.

Quant à moi , j’avouerai que ces éruptions ne sont, à mon avis , qu’un diminutif de la variole dite bénigne, apparaissant, en général, chez les individus précédemment variolés ou vaccinés, mais aussi quelquefois chez des individus qui n’ont été ni variolés ni vaccinés.

M. Rayera désigné sous le nom collectif de varicelles les différentes modifications de la variole, qu’il définit ainsi: éruptions cutanées , pustuleuses , vésiculeuses ou papuleuses , contagieuses , sans fièvre secondaire , pouvant naître de la variole et la produire , et dont la durée est d’un h deux septénaires. Suivant le même auteur, le nombre des variétés gui composent ce groupe n est pas encore bien fixé. M. Rayer a cru devoir se borner à décrire les suivantes : i° varicelles pustuleuses ( varioloïdes de quelques modernes), distinguées, d’après la forme des pustules, en ombiliquée , globuleuse et conoïde ; 2° varicelle papuleuse; 3° varicelle vésiculeuse (chiclcen pox des Anglais); 4° fièvre varicelleuse.

Ue ces variétés, la seule importante à connaître peutêtre la seule réelle , est la première (î), dont les trois sousvariétés se rencontrent assez souvent chez un seul et même individu.

M. Rayer convient que la varicelle pustuleuse ombi-

(i) La varicelle papuleuse, ilit M. Rayer lui-même, consiste en des élevui es qui semblent arrêtées ou restées stationnaires dans leur premier état. Elles se dessèchent ou s'affaissent , sans être suivies de croûtes, et ne contiennent, dans leur intérieur, ni sérosité ni matière pseudo-membraneuse ou purulente... Il est aussi assez ordinaire de rencontrer de ces papules vario-

27 0 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, liquée ne diffère jias réellement delà variole discrète, si ce n’est par l’absence de la fièvre secondaire (i). Il fait remarquer qu elle se développe le plus souvent : i° chez des individus auxquels on inocule à la fois la variole et la vaccine; 2° chez les sujets variolés, inoculés ou vaccinés, qui se trouvent accidentellement soumis à l’influence d’une épidémie de variole ou à une nouvelle inoculation variolique; il ajoute que, dans quelques cas rares, elle se montre chez des personnes non vaccinées ou qui n’ont point été attaquées de la variole, et qu elle peut leur être communiquée par inoculation. Or, je le demande, en quoi diffère alors la varioloïde ou la varicelle pustuleuse ombiliquée d’une véritable variole bénigne ?

Après la description que nous avons donnée de cette dernière, il ne nous reste donc rien d’important à dire de cette forme ou sous-variété de la varicelle pustuleuse.

tiques disséminées entre les élevures vésiculeuses ou pustuleuses des autres variétés de la variole.

M. Rayer assure qu'on a produit artificiellement la varicelle papuleuse en inoculant le virus variolique à des individus qui avaient été antérieu- > renient inoculés ou atteints de la variole.

« La varicelle vésiculeuse ( chicken pox ) se montre presque exclusive- » ment chez les enfants. On en observe presque toujours un certain » nombre d’exemples dans les épidémies de variole légitime et de varicelle » pustuleuse; ou bien elle succède à ces dernières.

» La varicelle peut produire la variole légitime, et celle-ci peut donner » naissance à la varicelle. » (M. Rayer.)

Les vésicules de la varicelle vésiculeuse sont suivies de croules, qui se développent vers le cinquième jour de l’éruption , pour tomber le septième ou huitième jour sans laisser aucune trace notable.

Quant à la fièvre varicelleuse (vaiicelle sans éruption) admise par M. Rayer, il reconnaît n’en avoir point observé d’exemple, et il se borne à recommander de consulter sur ce sujet les recherches de M. Eichhorn.

(i) Ce caractère distinctif lui-même ne me paraît rien moins que solide. Combien de fois n’a-t-on pas, dans ces derniers temps, appelé varioloïdes des éruptions varioliques chez des sujets vaccinés accompagnées d’une fièvre secondaire très prononcée! et par contre, combien de fois n’a-t-on pas désigné sous le nom de varioles discrètes des éruptions dans lesquelles on n’observait pas de fièvre secondaire bien notable !

VARIOLE, VARICELLE, VAIUOLOÏDE.

Voici, d’après M. Rayer, la description des deux autres formes [varicelle conoïde et varicelle g lob ulcuse).

« i° Dans la varicelle pustuleuse conoïde, l’éruption est précédée d’une fièvre quelquefois très intense, qui dure deux ou trois jours, quelquefois moins. Apparaissent alors, sur différentes régions de la peau, de petites taches rouges, semblables à des morsures de puce , et se transformant la plupart en élevures pointues comme celle de la variole dans leur premier état. Le lendemain de leur apparition, ces élevures conservent leur forme primitive, et offrent à leur sommet une tache blanchâtre , opaque.... La fièvre cesse ordinairement après l’éruption. Le troisième jour, la base de ces élevures est plus enflammée. Le quatrième et le cinquième jour, elles persistent à peu près dans le même état. Le sixième, elles se flétrissent, se ternissent et se dessèchent à leur sommet. Dès le septième, celles de la lace sont transformées en croûtes jaunâtres ou d’un jaune brun et proéminentes. Du huitième au neuvième jour, ces croûtes se détachent, et plusieurs d’entre elles laissent à découvert de petites cicatrices. Les jours suivants , la chute des croûtes s’opère sur les autres régions du corps.

» Le développement de ces pustules peut être successif, de manière à prolonger la durée de l’éruption jusqu'au douzième ou treizième jour.

» On observe la varicelle pustuleuse conoïde dans les épidémies varioliques, le plus souvent chez des vaccinés, et quelquefois chez des variolés. Cette forme est toujours bien dessinée sur la lace; on remarque souvent des pustules ombiliquées sur les cuisses.

» M. Fontaneilles a prouvé qu elle pouvait être transmise par inoculation.

» Varicelle pustuleuse globuleuse. Dans cette variété, les symptômes précurseurs se rapprochent quelquefois de ceux de la variole par leur durée et l’intensité de la fièvre.

» L’éruption s’annonce par des taches rouges, ayant

'21 '2 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, quelquefois l’apparence d’une grosse papule ou d’une morsure de cousin, et qui, dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures, se transforment en des élevures globuleuses, dont la base n’est pas exactement circulaire, et dont le centre est d’un blanc mat laiteux. Le troisième et le quatrième jour, l’éruption se propage sur diverses régions du corps; le cinquième, et quelquefois dès le quatrième jour, les pustules s’ arrondissent et acquièrent leur plus grand volume, qui égale parfois celui du cristallin; leur couleur est d’un blanc mat à leur centre , mais elles sont transparentes dans la partie la plus voisine de leur base. Lorsqu’on les ouvre avec une lancette et qu’on détache l’épiderme, on reconnaît que l’opacité et le blanc central sont produits par un petit disque pseudo-membraneux , qui diffère de celui de la variole, en ce qu il ne s’étend pas à toute la surface de la pustule. Le sixième jour, leur circonférence dépasse leur base , qui est enflammée; lelendemain, plusieurs pustules sont molles, flasques au toucher; le surlendemain, elles sont affaissées; le neuvième jour, la dessiccation fait des progrès, et les pustules sont remplacées par des croûtes lamelleuses brunâtres, le dixième et le onzième, les croûtes se détachent de la peau, sur laquelle elles laissent des taches d’un rouge foncé, et quelquefois même des cicatrices, surtout lorsqu’elles ont été déchirées par l’acte de gratter provoqué par la démangeaison qu’elles occasionnent.

» L’apparition des pustules étant successive pendant deux ou trois jours, on trouve toujours chez le même individu l’éruption à divers degrés.

» Souvent entre les pustules qui caractérisent cette J-onne sont disséminées des pustules qui offrent les caractères des deux autres formes.

» La varicelle pustuleuse globuleuse peut être transmise par contagion, quoique l’inoculation soit souvent sans résultat. »

VARIOLE, VARICELLE , VARIOLOÏDE.

§ III. Causes,

Ainsi que nous l’avons dit en commençant, la variole est produite par un agent spécifique dontla nature est une sorte de mystère; et les individus une fois atteints de cette maladie possèdent la singulière et fâcheuse propriété de la communiquer à ceux qui ne lui ont pas encore payé leur tribut. Cette communication s’opère par contact médiat ou immédiat, et la matière contenue dans les pustules arrivées à la période de suppuration, inoculée à un individu non encore variolé, développe chez lui une variole cjénérale après avoir préliminairement produit des pustules varioliques ou une variole locale dans les points où l’inoculation a été pratiquée. Ces dernières pustules ne commencent à se développer que vers le second ou troisième jour après 1 inoculation; les pustules secondaires c’est-à-dire celles qui résultent de Y infection générale, dont le virus variolique inoculé est la source, ne se développent que vers le douzième jour après l’inoculation , et leur développement est ordinairement précédé, dit-on, de ces phénomènes généraux qui constituent la période d 'incubation de la variole non inoculée. Les unes et les autres parcourent les différentes périodes dont nous avons parlé plus haut.

Comme la variole inoculée est ordinairement bénigne, discrète, et quelle préserve de la variole dite naturelle , avant la découverte de la vaccine Y inoculation de la variole était emplovée comme moyen préservatif.

Un individu atteint d’une variole confluente peut communiquer une variole discrète , et vice verset.

Sauf quelques exceptions malheureusement très rares, et dont on ignore la raison , la variole n’épargne aucun individu, quels que soient son sexe et son âge. Relativement à cette dernière circonstance, il importe d’ajouter que le fœtus lui-même n’est pas à l'aTiri de la contagion, laquelle

27 h PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, lui est le plus souvent communiquée par sa mère (i).

La variole apparaît dans toutes les saisons et dans tous les climats. Cependant elle règne moins pendant l’hiver que pendant les autres saisons. Elle règne tantôt sous la forme sporadique , et tantôt sous la forme épidémique (2).

(1) Aux cas de ce genre signalés par les auteurs, M. Rayer a rapporté le suivant, qui a été recueilli par M. le docteur Costallat r Rosalie L..., âgée de vingt-quatre ans, portail à chaque bras une large cicatrice de l’étendue d’une pièce de 5 francs, qui paraissait être le résultat de plusieurs pustules vaccinales réunies. Etant enceinte de quatre mois et demi, elle contracta la variole avec trois autres personnes de sa famille. Le 6 avril 1 833 , l’éruption fut caractérisée par des pustules larges, plates, discrètes. L... en fut si peu incommodée qu’elle put vaquer à ses occupations ordinaires. Cependant, sur la recommandation de sa maîtresse, elle resta deux ou trois jours dans sa chambre. Dès le 20 avril , elle montait plusieurs fois par jour à un sixième étage pour soigner son père et son mari. Le 28, elle ne sentit plus remuer son enfant. Le 8 mai, M. Costallat l’ayant auscultée avec soin, n’entendit ni le bruit dit faussement souffle placentaire ni les bruits du cœur du fœtus, L’avortement eut lieu le i3 mai au matin. Le fœtus portait sur tout le corps une grande quantité depustules varioliques, que MM. Rayer, Littré et Young reconnurent facilement.

Il est des cas où le fœtus peut contracter la petite-vérole sans que la mère l’ait contractée elle-même. C’est ainsi que Mauriçeau , au dire de ses parents, apporta en naissant cinq ou six grains effectifs de petite-vérole, sa mère ayant soigné impunément l’aîné de ses enfants , qui mourut de la variole, et étant accouchée le lendemain de Mauriçeau. A ce cas, rapporté par Désormeaux, on peut joindre les trois qui ont été cités par M. Marc dans le tome XV du Dictionnaire de médecine.

(2) Sous cette forme, elle est, en général, plus grave que sous la forme sporadique. Néanmoins on a remarqué que toutes les épidémies n’avaient pas la même gravité. Une circonstance importante qui a été également notée, c’est que dans une épidémie donnée, on observe en même temps les diverses nuances de la variole légitime , normale, et les différentes formes delà variole modifiée ( varicelle , variolo'ide , fausse variole, variole volante ), ce qui prouve bien que, selon diverses conditions pour la plupart inconnues , la variole, sans changer de nature , peut revêtir des formes très diversifiées, et l’on en peut dire autant de bien d’autres maladies aiguës. Toutefois il est certaines formes de la variole qui apparaissent plus spécialement dans quelques circonstances déterminées. Ainsi, par exemple, la variole bénigne et la varioloïde ou la varicelle pustuleuse ombiliquée, qui n’en sont, je le répète, que des nuances, se développent le plus souvent chez les individus déjà variolés une première

VARIOLE, VARICELLE, VARÏOLOÏDfe. 27 5

Nous avons déjà noté au commencement de cet article que la variole ne sévissait ordinairement qu’une seule fois sur le même individu; mais, aujourd’hui plus que jamais, il est bien démontré que parfois le même individu en peut être affecté une seconde fois. D’après des recherches faites en grand dans la plupart des contrées de l’Europe, il est incontestable, en effet, que la variole, soit qu’elle règne sporadiquement, soit surtout qu’elle règne épidémiquement, frappe un certain nombre d’individus qui en avaient déjrà subi une première atteinte. Ce qui paraît également résulter des mêmes recherches, c’est que cette seconde atteinte est le plus ordinairement peu grave, bien qu’il n’en soit pas toujours ainsi, et qu elle ne s’observe que chez des individus déjà variolés depuis plusieurs années, comme si la propriété préservative d’une première atteinte n’avait lieu que pour un certain temps, et que cette propriété allât en s’affaiblissant à mesure qu’on s’éloigne de l’époque de la première atteinte.

§ IV. Pronostic, durée et mortalité.

f. La variole discrète , la varicelle, quelle que soit sa forme, sont des maladies justement désignées sous le nom de bénignes. En effet, elles se terminent toujours d’une

fois ou vaccinés. Je sais bien que cette règle a ses exceptions (quelle règle générale n’en a pas?); mais pour une variole confluente et maligne, parfois mortelle, que l’on peut observer chez les individus dont il s’agit, on en trouvera cent de cette espèce chez les individus qui n’auront été ni variolés ni vaccinés, bien que chez eux aussi la variole puisse affecter, dans certains cas, une forme des plus bénignes. Qu’on n’oublie pas d’ailleurs que toutes ces formes peuvent s’engendrer réciproquement les unes les autres, avec cette réserve, cependant, que chaque forme se reproduit plus facilement qu’elle ne développe les autres formes. « La variole , la varioloïde elles autres varicelles, dit M. Rayer, sont des effets variés d’une même cause , car elles peuvent naître toutes les unes des autres dans certaines conditions. » Cet observateur distingué a répondu d’une manière victorieuse à toutes les objections qui ont été élevées contre cette doctrine.

27 6 PIILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, manière favorable, à moins de complications qui, par elles-mêmes, pourraient être mortelles. La variole discrète proprement dite ne dure guère que deux à trois septénaires. La varicelle, la variole volante, durent moins encore.

La variole confluente est au nombre des maladies les plus meurtrières. Nous ne possédons point encore une statistique qui ait exactement fait connaître le chiffre de la mortalité de cette forme de variole, soit quand elle a régné sporadiquement, soit quand elle a régné épidémiquement; mais je crois qu’on ne s’éloignerait guère de la vérité en disant que la variole confluente bien caractérisée enlève le tiers ou la moitié au moins des malades dans les conditions du traitement jusqu’ici posées (i). Une somme de faits qui mérite d’être prise en considération m’a permis de concevoir l’heureuse espérance cpie la nouvelle formule des saignées suffisantes, convenablement appliquée dans les premiers jours, c’est-à-dire avant l’éruption, et lorsque celte dernière commence à se développer, diminuera notablement le chiffre de la mortalité, en même temps qu’elle abrégera sensiblement la durée de la maladie. Nous dirons plus loin comment nous avons jusqu’ici modifié la formule indiquée.

II. La durée de la variole, ainsi que l’a dit M. Rayer, est, sans comparaison, beaucoup plus longue que celle de la variole discrète, pourvu toutefois que la mort n’arrive pas dans les deux premières périodes. A Marseille, par exemple, dans l’épidémie de i 828 , tandis que la durée des petites-véroles discrètes 11e dépassait pas quinze jours, celle des petites-véroles confluentes allait jusqu’à trente et un jours et au-delà.

(1) Je me trouve ici d'accord avec M. Briquet, lequel, dans son Mémoire sur l'emploi des topiques mercuriels dans le traitement des éruptions varioleuses , dit que dans les hôpitaux la mortalité ordinaire des varioles confluentes est au moins d’un tiers. ( Page /{g-}

VARIOLE, VARICELLE, YAHIOLOÏDE.

Oju peut nvcc une grande probabilité calculer d’avance la durée et la gravité d’une variole à son début, en se rappelant ces deux données, que cette durée et cette gravité sont, en général, proportionnelles au nombre des pustules, et que le nombre de celles-ci, en général encore, est en raison directe de l’intensité de la fièvre par laquelle l'invasion de la variole se déclare. Il est d’ailleurs bien entendu que, pour ne commettre aucune grave erreur dans le pronostic, sous le rapport de la durée, comme sous celui delà gravité et de la mortalité, il faut, pour la variole, de même que pour les autres maladies, tenir un compte sérieux de l’âge, de la force des sujets , des complications; en un mot, de toutes les circonstances des cas. Les accidents cérébraux , par exemple, les hémorrhagies abondantes, les laryngo-bronchites, etlesbroncho-pncumonies qui peuvent accompagner la variole, sont de l’augure le plus sinistre. La plupart de ces accompagnements ou même tous peuvent se trouver réunis chez un seul et même sujet. Ils enrayent, ainsi que nous l’avons déjà noté, l’évolution de la variole cutanée, et peuvent entraîner la mort avant que celle-ci soit parvenue à la période de suppuration, ou bien plus tard; dans ce dernier cas, la suppuration s’établit mal, et la matière qui la constitue diffère sensiblement de celle qu’on observe dans une variole qui parcourt tranquillement ses diverses périodes. Au reste, pour préciser toutes ces différences, il est besoin de nouvelles recherches.

§ V. Traitement.

Il se divise en curatif et en préservatif.

1° Traitement curatif.

Il repose sur une base plus empirique que rationnelle. En effet, qu’est-ce que la variole, sinon une sorte d'empoisonnement dont l’agent spécifique nous échappe? Or, comment combattre rationnellement un empoisonnement

27 8 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, quelconque dont l’agent est inconnu dans son essence ? Où prendre le contre-poison d’un poison dont nous ignorons la nature? aussi en sommes-nous réduits à combattre les effets du poison variolique , dans l’impuissance oii nous sommes de le saisir et de l’attaquer directement lui-méme.

a. Variole discrète, varicelle, varioloïde. ltien n’est plus simple que le traitement de ces diverses formes de la variole bénigne. Il consiste uniquement dans l’emploi des boissons dites antiphlogistiques, de la diète et du repos. Dans les cas où le mouvement fébrile précurseur de l’éruption est fort intense, on pratiquera avec beaucoup d’avantage une et même deux saignées du bras. Si l’on ne voit les malades qu’à la période d’éruption, on devra également, pour peu que celle-ci s’approche de la forme confluente , et si la fièvre d’incubation ou d’invasion persiste avec assez d’intensité, se conduire de la même manière. On modère par ces saignées la violence du travail d’éruption et de la fièvre secondaire à laquelle il peut donner lieu au moment de la suppuration.

Voilà ce qu’il importe de dire sur le traitement général des différentes formes de la variole bénigne. Quant au traitement local ou topique des pustules , on peut lui appliquer ce que nous dirons un peu plus bas, à l’occasion du traitement de la variole confluente , grave ou maligne.

b. Variole confluente. — 1° Dans l’état actuel de la science, rien n’étant réellement plus précaire que le traitement de la variole confluente ou maligne, j’ai, depuis quelques années, essayé contre cette maladie la nouvelle formule des saignées, mais sans la pousser aussi loin que je l’ai fait poulies phlegmasies non essentiellement virulentes. Pour les cas graves, j’ai fait pratiquer cependant quatre, cinq et même six saignées, tant générales que locales, dans 1 espace de trois à quatre jours, et bien entendu dans les périodes de la maladie qui précèdent la suppuration. Les saignées locales ont été pratiquées au cou , à la poitrine ,

YAH10LE, VAHICELLE, VAHIOLOÏDE.

à la tête, selon qu’il existait des complications inflammatoires vers la gorge , le larynx, les bronches, les poumons ou le cerveau et ses membranes (i). Elles ont été, en général, moins multipliées que les saignées du bras. Grâce à cette modification dans l’emploi des émissions sanguines tel qu’il avait été dirigé jusqu’ici , j’ai vu diminuer la mortalité d’une manière frappante, et ce résultat n’a échappé à aucun de ceux qui ont pu comparer ce qu’ils observaient à notre clinique, avec ce qu’ils avaient observé dans les cliniques où l’on se conduisait autrement. Je poursuis, avec toute la prudence nécessaire, le cours de ces heureux essais, dont les détails seront consignés dans ma Clinique médicale (2). J^es boissons délayantes, émol-

(1) Autant que cela se peut, il faut préférer l’application des ventouses scarifiées à celle des sangsues. En tout cas , il est bon de savoir que, en raison sans doute de la diminution delà plasticité du sang, les piqûres des sangsues saignent , en général, abondamment et pendant longtemps. Or, si l’on n’y prenait gai’de, de graves accidents pourraient résulter d’un écoulement de sang trop abondant et trop prolongé, surtout chez les enfants.

(2) Dans cette maladie non plus que dans les autres, les praticiens de nos jours ne s’étaient point appliqués sérieusement a formuler les émissions sanguines. Cependant c’est ici le lieu de citer le passage suivant de l’article Variole , inséré par M. Rayer dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. « Des praticiens ont pensé qu’on pouvait faire » avorter les pustules à l’aide d’émissions sanguines très considérables.

» M. Janson rapporte que des sangsues ayant été appliquées au cou d’une » jeune fille atteinte d’une variole confluente, elles donnèrent lieu à une n hémorrhagie très abondante à la suite de laquelle la malade courut de » très grands dangers, mais qui fit avorter les pustules varioliques. Ce fait, v et quelques autres analogues, n’autorisent pas cependant à tenter l’avor- » tement de toutes les varioles confluentes indistinctement par des saignées » copieuses et répétées. Cette méthode, recommandée par de La Mettrie, » serait pernicieuse; mais ces faits doivent enhardir à employer de larges » saignées au début et pendant l’éruption des varioles cohérentes, franche- » ment inflammatoires, accompagnées de bouffissure érysipélateuse de la » face, de congestion cérébrale et de laryngo-trachéite. »

Ce passage est bien propre à prouver que les praticiens modernes, même les plus habiles, et assurément M. Rayer est de ce nombre, n’ont point songé à formuler avec la précision nécessaire les émissions san-

2S0 l’IIEEGM AStES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

lientes, les bains et les aspersions chlorurées , la diète la plus sévère prolongée jusqu’au moment où la réaction fébrile est entièrement ou presque entièrement tombée, tels sont les moyens qui secondent les émissions sanguines , ou qui achèvent ce quelles ont commencé.

C’est à dessein que je passerai sous silence tout ce que les auteurs ont débité gratuitement , pour ne pas dire plus , sur les prétendus avantages des bains froids , des vomitifs, des purgatifs, des alexipharmaques , des toniques , des excitants, derniers agents dont il appartenait au génie de Sydenham de faire justice.

Passons à l’examen de quelques moyens qui ont été proposés, soit pour empêcher l’apparition des pustules, soit pour les faire avorter, soit pour prévenir la résorption du pus qu’elles contiennent, etc.

o.° Les moyens d’empêcher l’apparition des pustules varioliques seront, à mon avis, fort suspects , jusqu’à ce qu’on nous ait bien démontré la réalité des varioles sans varioles. En attendant , voici ce que nous disent à cet égard ' certains auteurs.

Moublet avance qu’on peut faire avorter la variole ou produire à volonté des variolœ sine variolis, en évacuant le virus par les émétiques et les purgatifs : credat judœas apella , non ego. Je ne crois pas davantage, avec de La Mettrie, qu’on puisse atteindre le même but par abondantes saignées (et j’ajoute qu’on aurait dû nous dire ce qu’on entend précisément par d’ abondantes saignées). M. Eichhorn me paraît également s’être fait une étrange illusion quand il a prétendu qu’on peut faire avorter la variole à l’aide des acides minéraux , du mercure doux et des préparations antimoniales employées dès le début de la fièvre primaire.

guines. En effet, que signifient précisément ces mots : saignées copieuses et répétées , larges saignées, émissions sanguines très considérables? Que nous apprennent-ils sur la dose , l’espèce des saigne'es et sur l’intervalle de temps qu’on laisse entre elles?

VARIOLE, VARICELLE , VARIOLOÏDE.

Les moyens topiques dont on a principalement invoque le secours pour faire avorter les pustules varioliques une fois développées, sont la cautérisation avec la pierre infernale et l’application des préparations mercurielles, spécialement de Y emplâtre de Vigo cum mercurio.

Proposée par MM. Serres et Bretonneau sous le nom de méthode ectrotique , la cautérisation avec la pierre infernale n’a pas tardé à être généralement abandonnée , soit parce qu’elle était d’une application fort difficile, soit aussi qu’elle fût loin de tenir tout ce qu’elle promettait, surtout lorsqu’on cautérisait les pustules en masse avec un pinceau trempé dans une solution de nitrate d'argent, au lieu de les cautériser individuellement par les procédés de M. Bretonneau ou de M. Velpeau, procédés bien plus sûrs que le précédent, mais qui, pour être appliqués à toutes les pustules, exigeraient plus de temps peut-être qu’elles n’en mettent à se développer; et il faut convenir que c’est là un grave inconvénient pour l’emploi d’un moyen qui a essentiellement pour but de prévenir ce développement.

Les onctions mercurielles pures et simples ne s’opposent pas notablement à la libre évolution des pustules, pas plus qu elles n’enrayent le développement d’un érysipèle. Il parait en être autrement de l’emplâtre de Vigo, dont MM. Serres, Gariel, et plus récemment encore M. Briquet, ont étudié les effets.

Les recherches de M. Briquet me paraissent assez intéressantes pour devoir être consignées ici en extrait (t).

(r) L’origine île la méthode dont nous parlons est plus ancienne qu’on ne le croirait au premier abord. A l’appui de cette assertion, voici quelques faits rapportés par M. Briquet lui-même. Le premier est extrait de la Chimie médicinale de Malouin. Une dame, traitée pour la syphilis, portait encore sur la région du sacrum un emplâtre de Vigo quadruplé, appliqué pour une tumeur qui occupait cette partie. Se sentant prise de la petite-vérole, elle ôta son emplâtre. Tout son corps fut couvert de boutons, excepté l’endroit qu’avait occupé l’emplâtre, sur lequel il n’y en avait pas un seul. M. Briquet regarde comme probable que l’emplâtre

Cet observateur distingué a fait usage des emplâtres de "Vigo dans la varicelle , la varia loïdc , qu’il regarde, ainsi que nous, comme une espèce de varicelle, la variole discrète et la variole confluente. Après avoir rapporté dix observations recueillies avec détails , il en formule ainsi qu’il suit les résultats ( i ) :

ne fut retiré qu’un certain nombre de jours après l’éruption. Quoi qu’il en soit, quelque temps après que ce fait eut été signalé par Malouin, qui ne l’accompagna d’ailleurs d’aucune réflexion, un médecin célèbre, Rosen de Rosenstein , y puisa l’idée d’un moyen propre à préserver le visage des impressions de la petite-vérole et d’en conserver la beauté: il couvrit le visage d’une de ses malades avec un emplâtre mercuriel, et la petitevérole parut partout, celte partie exceptée. Un peu plus tard, Henry Sulzer répéta la même expérience avec le même succès. Enfin , on lit dans les Mémoires de la Société royale de médecine que, à Saint-Pétersbourg, Vanvoensel avait tenté des expériences desquelles il résultait qu’un emplâtre mercuriel étant appliqué sur le lieu où l’inoculation de la variole avait été faite, la plaie ne s’enflammait même pas. qu’il ne s’y produisait rien , tandis que du côté opposé les piqûres de l’inoculation qui n’avaient point été couvertes d’emplâtres s’enflammaient et donnaient lieu à des pustules de variole.

Ces faits étaient généralement ignorés, et partant comme non avenus, lorsque MM. Serres, Gariel et Briquet, les ayant en quelque sorte repris en sous-œuvre, leur ont imprimé un bien plus liaut degré d’importance. (Voy. le Mémoire sur l'emploi des topiques mercuriels dans le traitement des éruptions varioleuses , par M. Briquet, médecin à l’bôpital Cocliin. Paris, t 838.)

(i) Voici la manière dont M. Briquet a procédé dans l’emploi des topiques mercuriels :

« L’emplâtre dont je me suis servi est l’emplâtre de Vigo cum mcrcurio » du Codex, étendu en couclies de 2 lignes d’épaisseur sur une toile » assez grossière... Pour le visage , on taille un masque qui prend de la » racine des cheveux pour aller jusqu’au-dessous du menton, et qui latéh râlement va de l’une à l’autre oreille. Deux larges ouvertures laissent » les paupières à découvert; une fente en T, dont la branche verticale » est plus allongée que la transversale, permet à l'emplâtre de s’adapter n exactement sur le nez ; enfin , une troisième ouverture allongée laisse en » liberté la bouche et le bord des lèvres. Ainsi disposé, ce masque s appli- » que très bien, et joint parfaitement. Une bandelette de sparadrap placée » transversalement sur la lèvre supérieure, reportée derrière la tête, où » elle se croise, et venant ensuite réunir ses deux bouts sur le front, sert » à maintenir ce masque. Pour rendre l’application du masque plus efft-

VAIIIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDE.

« La durée de l’application des topiques n’a pas besoin d’être de plus de trois jours pour les varioles simples, et de quatre pour les varioles confluentes.

» Les modifications de Y exanthème (expression de M. Briquet) que produisent les emplâtres de Vigo sont la résolution de Y exanthème variolique , sa conversion, soit en vésicules, soit en tubercules.

» La résolution est primitive ou secondaire. La résolution primitive a lieu quand, après deux ou trois jours de l’application des topiques, on ne retrouve plus de papules à la levée de l’appareil. On l’a obtenue dans la majorité des cas où l’ application a été faite sur X exanthème à 1 état populeux ; plus tard, elle n’est plus possible.... La résolution secondaire a lieu quand , au bout de deux jours , on trouve, lors de la levée des appareils , les papules plus volumineuses quelles ne l’étaient lors de leur application; puis,qu’après deux autres jours d’application, elles se trouvent être disparues....

» La conversion en vésicules se voit beaucoup plus fréquemment que la résolution. Quelle que soit l’espèce d’éruption variolique, ces vésicules présentent toujours les caractères de Y herpès. A leur maximum de développement, elles sont coniques et remplies d’un fluide lactescent. Leur volume varie depuis celui de la pointe d’une épingle jusqu’à celui d’un grain de millet; elles sont toujours séparées les unes des autres par un intervalle dans lequel la peau reste blanche.... Le plus léger frottement les détruit, et met à découvert leur base formée par de la peau légèrement rose, humide, non encore pourvue d’épiderme,

» cace, je conseille de faire tous les deux jours une onction de pommade » napolitaine sur les paupières et autour des narines, points sur lesquels » le masque ne porte pas et ne peut agir.

» Pour les membres, l’emplâtre est maintenu à l’aide de circonvolutions " de bandelettes de diachylon , le tout recouvert de compresses et sou- » tenu par des bandes, quand cela est possible. »

284 PIILEGMASIF.S ET JKIUTATIONS EN PA RTIGTJLIEH. mais ne présentant point d'ulcération qui ait creusé audessous du niveau de la peau. Le lendemain de la levée des appareils , cette petite surface rose est devenue sèche; lepiderme s’y est formé , et il ne s’y établit jamais de

croûtes La conversion en vésicules peut être obtenue

tant que les pustules varioliques ne contiennent pas de pus: ainsi je l’ai obtenue par des applications commencées le cinquième jour de l’éruption; plus tard, les pustules se sont développées, comme si on ne les avait pas couvertes d’emplâtres....

» La conversion en tubercules (ce mot étant pris dans l’acception que lui donnent les dermatologistes) est la plus rare de toutes; elle n’a jamais lieu qu’à la figure, et ne s’observe ordinairement que dans les cas d’éruption confluente; je l’ai vue pourtant quelquefois après la variole discrète dans les parties de la face où l’éruption était le plus abondante. Les tubercules se présentent sous deux formes bien distinctes.

» Dans l’une, ce sont des saillies hémisphériques d’un volume moitié moindre que celui des pustules de la face, d’une couleur rosée, semblable à celle de la peau environnante, d’une consistance égale à celle des autres parties de la peau, pourvues d’épiderme, donnant du sang par les piqûres. Dès qu’on enlève l’emplâtre qui les couvrait, ces tubercules s’affaissent peu à peu , et disparaissent au bout d’une dizaine de jours, en partie par voie de résolution, en partie par desquamation furfuracée , sans jamais laisser ni croûtes, ni saillie, ni dépression. Etudiés anatomiquement, ces tubercules offrent un renflement de la peau sur laquelle ils siègent, formé par une matière blanchâtre demi-transparente, espèce d’exsudation qui s'est faite dans la moitié superficielle de l’épaisseur du derme, à l’endroit où résidait le bouton varioleux.

» La seconde espèce de tubercules se compose de saillies grisâtres beaucoup plus volumineuses que les précé-

VARIOLE, VARICELLE, VARIOI.OÏDE.

dentes, plus dures, ayant un sommet pointu, cpii contient un peu de pus jaunâtre. Ces saillies diminuent beaucoup de volume dès le premier jour qui suit la levée des emplâtres, se durcissent et disparaissent en grande partie au moyen d’une desquamation formée d’épaisses écailles grisâtres, et en partie par résolution, sans laisser de croûtes ni de cicatrices (i).

» Chacune des modifications de l’éruption ci-dessus décrites ne s’observe pas isolément sur un malade : ainsi on peut les observer toutes les trois sur la même partie ; par exemple, à la face, une portion de l’ exanthème sera dissipée par voie de résolution; une autre portion se trouvera être à l’état vésiculeux, et le reste à l étal de tubercules. Dans le cas de variole confluente, il est assez ordinaire que tous les boutons de la face soient passés à l’état tuberculeux (2).

» Sur plus de trente sujets qui ont été traités par les topiques placés sur de grandes surfaces , il a été impossible d’apercevoir la moindre altération dans la marche de la maladie; les varicelles se sont terminées dans la portion de X exanthème non modifiée après quatre à cinq jours d éruption, les varioloïdes après huit à dix purs, et les varioles après seize à dix-huit jours. Les accidents ont toujours semblé être plus faibles que dans les varioles traitées

(1) M. Briquet regarde la conversion en tubercules comme le résultat d’une action incomplète des emplâtres de Vigo sur une éruption qui a beaucoup d’activité. Cette action n’a pu empêcher l’exsudation plastique de se faire, mais elle l'a empêchée de dégénérer en pus (du moins la petite quantité de pus qui s’est faite n’est pas restée à l’étal liquide , et n’a pas envahi tout le bouton varioleux). M. Briquet pense que les tubercules ne se voient qu’à la face, parce que, malgré tous les soins, il est impossible que le masque emplastir/ue dont onia recouvre soit appliqué aussi exactement que le sont les autres emplâtres sur les membres.

(2) Les légers accidents locaux observés par M. Briquet à la suite de l’application des topiques mercuriels sont : i° une éruption rubéoliforme; a’ un eczéma ruàrum, et chez deux sujets chez lesquels on avait appliqué une couche d'onguent mercuriel sur un point des membres, une salivation légère avec un peu de tuméfaction des gencives.

286 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, par une autre méthode. Les convalescences ont toujours été rapides et franches (i). »

Tels sont les résultats obtenus par M. le docteur briquet. Ils sont dignes de fixer l’attention, et je me propose, pour mon compte, d’expérimenter la méthode ci-dessus exposée. Habilement combinée avec les émissions sanguines, elle me paraît promettre des succès importants. Je dois toutefois ajouter que les recherches de M. Briquet ne portent pas sur une assez grande masse de faits pour qu’on puisse encore en déduire, avec quelque asaurance,

(i) Relativement aux accidents métastatiques qu’on pourrait redouter sous l’influence abortive delà méthode précédente, voici comment s’explique M. Briquet. Après avoir analysé les conditions principales au milieu desquelles apparaissent les accidents dont il s’agit, parmi lesquels on a placé la rétrocession d’une éruption , il examine quels sont les résultats de la diminution et presque de Y annihilation de l’éruption variolique par l’application des emplâtres de Vigo. « Dans la catégorie des malades » guéris , dit-il, rien n’est favorable à la théorie des métastases ; au con- » traire, les accidents plus ou moins graves ont toujours été en diminuant,

« et on a remarqué qu’en général , à l’époque de la levée des appareils , >

» lorsque l’éruption se trouvait considérablement réduite, il y avait en » même temps cessation de ces accidents et disparition de la fièvre... On » n’a point vu augmenter le nombre des pustules delà bouche et du pha- « rynx. La catégorie des malades qui ont succombé ne se compose que » d’un seul cas. Ce fait est peut-être le plus concluant de tous , celui sur » lequel les effets de la suppression de l’exanthème auraient dû être très «prononcés, puisque les cinq sixièmes de l’éruption avaient été résolus «ou changés en tubercules ou en vésicules; cependant on n’a point » trouvé, lors de l’autopsie, les inflammations qui auraient dû résulter « de la suppression presque complète de la phlegmasie de la peau... On » n’a trouvé que des altérations très légères et bien moindres que celles » qu’on rencontre si souvent en pareil cas... Les métastases ne sont donc » que des êtres déraison, possibles, caries limites de la possibilité sont en » quelque sorte infinies, mais dont l’expérience n’a point encore constaté « la réalité, et auxquelles il serait peu logique de sacrifier une méthode « qui donne des effets avantageux , constatés et certains. »

M. Briquet ne s’est point expliqué d’une manière précise sur le mode d’action des emplâtres de Vigo. Il établit seulement qu’ils doivent leur action à la présence du mercure, métal auquel il reconnaît, avec d’autres observateurs, une puissante propriété résolutive.

VARIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDE.

leur plénitude et sans restriction aucune les résultats indiqués plus haut, il resterait à savoir si la variole supprimée, pour ainsi dire, clans sa manifestation extérieure, dans son élément fondamental, présente aussi bien que celle dont l’éruption n’a point été condamnée à cette sorte d’avortement. Or, dans le travail de M. Briquet, nous 11e trouvons rien qui puisse résoudre cette grave question.

D’un autre côté, la lecture des observations de M. Briquet, relatives à la variole confluente, n’a pas laissé dans mon esprit une impression bien favorable à l’emploi des topiques mercuriels non associés à des émissions sanguines convenablement formulées. C’est pourtant dans cette espèce de variole qu’il importerait d’en démontrer clairement les avantages, et ces avantages seraient vraiment immenses, si, seule et par elle-même, la méthode préconisée par M. Briquet avait pour résultat de prévenir sans inconvénient aucun la terminaison par suppuration. Alors, comme le dit cet habile observateur :

« Le premier effet de ma méthode serait de modérer les » phénomènes locaux de l’inflammation et de diminuer son » influence sympathique sur les divers organes; on calrne- » rait ainsi d une manière notable la fièvre et les troubles » qui l’accompagnent , et l’on réduirait la variole aux pro- » portions qu’on voulait obtenir autrefois par l’inoculation.

» Un second effet serait d’empêcher le gonflement toujours » douloureux de la face et des paupières, les ulcérations du » bord libre de ces dernières et de l’œil lui-même, la perte » des cils, etc. Dans la variole confluente, il ne seforme- » rait pas sur la face cette croûte dure et épaisse à travers » les fissures de laquelle suinte un pus ichoreux très » fétide; croûte qui ne permet pas au gonflement de se dé- » velopper, et détermine une compression dangereuse,

» qui n’est pas sans avoir une influence directe sur les en- » céphalites qu’on voit dans ce cas. Cette croûte et le gon-

» flement n’oblitéreraient plus les ouvertures du nez etde la » bouche, n’empêcheraient plus l’entrée et la sortie libres » de T air, et par là seraient prévenus la dyspnée, l’en- » gouement des poumons, l’engorgement des vaisseaux » de l’encéphale, et par suite une asphyxie lente, ou l’é- » puisement de la force des muscles inspirateurs qui pro- » duit les morts inopinées qu’il est alors si commun d'ob- » server.... Un troisième effet serait de prévenir l’épuise- » ment extrême auquel expose l’abondante suppuration » qui accompagne la variole confluente, épuisement qui » entraîne toujours un très grand amaigrissement et quel- » quefois la mort (i). »

Voyons maintenant comment il faut se conduire dans les cas où les pustules, n’ayantpoint été arrêtées dans leur développement, sont parvenues à la période de suppuration. Il convient de laver fréquemment les yeux, les narines, la bouche, avec des décoctions émollientes, et il y aurait de l’avantage à en faire autant pour toutes les parties du corps en général.

Les Arabes , les premiers , ont conseillé d’ouvrir les pustules arrivées à l’état de suppuration et d’exprimer le pus

(1) Les circonstances qui déterminèrent M. Rriquet à mettre en pratique la méthode des emplâtres mercuriels méritent d’être ici rapportées: «En octobre dernier, dit M. Briquet, commença une épidémie de variole qui amena d’assez nombreux malades à l’hôpital Cochin. Parmi les premiers qui se présentèrent, il y eut plusieurs varioles confluentes, qui toutes amenèrent la mort îles sujets qui en étaient affectés, quoi qu'on fît ; les uns périrent avec des phénomènes cérébraux, d’autres périrent suffoqués. Alarmé d’un semblable début, je pensai aux emplâtres mercuriels, et partageant le doute dans lequel restaient les auteurs , j’expérimentai avec une certaine réserve... Les effets obtenus furent constants ; j’en formai alors la base de ma thérapeutique des varioles. »

Si M. Briquet eût attaché plus d’importance qu'il ne pouvait le faire aux émissions sanguines telles que nous les avons recommandées précédemment, toutes les vaiioles confluentes dont il a parlé n’auraient pas été mortelles, quoi qu’on fil. A l’époque dont il s’agit, nous reçûmes un certain nombre de varioles confluentes , et sous 1 influence des émissions sanguines, elles guérirent pour la plupart.

VARIOLE, VARICELLE, VARIOLOÏDE.

quelles renferment, afin d’en hâter la guérison et de prévenir la résorption purulente. On lave ensuite les parties avec un liquide doux, mucilagincux. Cette pratique a toujours paru salutaire à M. ltayer, et il ajoute qu'un malade atteint d’une variole confluente très intense , placé dans son service à C hôpital Saint-Antoine , dut évidemment son salut au soin avec lequel M. le docteur Bonnet, de Poitiers, exprima et abstergea le pus de toutes les pustules.

Dans ces derniers temps, M. Piorry a, d’une manière toute particulière, insisté sur l’importance d’ouvrir les pustules de la variole, dont chacune doit être considérée , dit-il, comme un abcès, et traitée comme telle. Pour remplir cette indication, il propose de plonger les malades dans un bain , et quand les pustules ont été ramollies par l influence de ce bain, de déchirer et d’enlever l épidémie en frottant les parties avec un linge assez résistant.

Je n’ajouterai rien à ce qui précède, sinon que, chez les malades que nous avons traités de la variole, nous nous sommes bien trouvé, dans la période de suppuration , des lotions et des aspersions chlorurées. Elles sont surtout utiles par la propriété qu’elles ont de désinfecter en quelque sorte les malades, qui, comme nous l’avons déjà noté, répandent autour d’eux une odeur des plus fétides (1).

2o Traitement préservatif.

Depuis les temps les plus reculés, en Géorgie, en Circassie, en Egypte, dans l’Indostan , on avait recours à ! inoculation de la variole pour la rendre moins grave. Longtemps ignorée en Europe, cette pratique y fut pour la première fois introduite en 1673, par Em. Timoni et par

(1) L’article dont je corrige les épreuves en ce moment (août 1 844) fut rédigé par moi dès 1 838. Depuis cette époque , j’ai expérimenté, non pas en grand, il est vrai, la méthode proposée par M. Briquet, et je dois avouer qu'elle n’a point tenu ce qu’elle avait promis. On conçoit d ailleurs aisément combien il est difficile de l'employer dans toute sa rigueur.

il. 19

290 PIILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER. Pilarino (i). Importée en Angleterre par Lady Montague , cette méthode se propagea rapidement en Europe, et elle y était généralement usitée lorsque, sur la fin du siècle dernier (i 798), un immortel observateur, Jenner, découvrit la vaccine, et démontra que l’inoculation du cow-pox l’emportait infiniment sur celle de la variole.

Ce n est qu’après avoir décrit la vaccine dans le chapitre suivant que nous examinerons ce qui est relatif à sa vertu préservative de la petite-vérole.

ARTICLE XVII

VACCINE ET VACCINELLE , ETC

§ Ier. Idée générale et mode de développement.

Il se développe quelquefois sur le pis des vaches une éruption pustuleuse, connue en Angleterre sous le nom de cow-pox (2). Cette éruption, qui porte en France le nom de vaccine , se communique souvent aux jeunes filles et aux enfants chargés de traire ces animaux (3).

La vaccine est une véritable variole locale. Elle est contagieuse comme la variole proprement dite, et constituée par une ou plusieurs pustules argentines, larges, aplaties, multiloculaires, déprimées au centre, entourées d’une auréole érythémateuse, donnant lieu à une croûte brunâtre, qui se détache vers le vingt-cinquième jour, et laisse une cicatrice d’un blanc nacré, gaufrée, caractéristique.

(1) Le premier de ces médecins fit paraître, en iÿi5, un ouvrage intitulé : Historia variolarum quœ per incisionem excitantur; le second publia , dans la même année, un livre ayant j>our titre : Nova ettuta variolas excitandi. per transplantationem Methodus.

(2) Ce qui signifie vérole , petite-vérole ; picote de la vache.

(3) Une véritable éruption vaccinale se manifeste quelquefois sur les mains des palefreniers qui pansent les chevaux atteints de grease (eaux aux jambes). MM. Cazenave et Sehedel disent en avoir vu deux cas à l'hôpital Saint-Louis, en ajoutant que, d’après les expériences faites par Biett , le pouvoir anti-varioleux de cette espèce d’éruption vaccinale paraît moins marqué que celui de la vaccine proprement dite. Cependant cette opinion réclame, selon eux , de plus nombreuses observations.

VACCINE ET VACCINEI.LE, ETC

C’est par voie d’inoculation que le plus ordinairement la vaccine est transmise d’un individu à un autre.

On enseignait généralement jusqu’à ces derniers temps que, à quelques exceptions près, la vaccine ne pouvait se développer qu’une seule fois chez le même sujet. On enseignait aussi que l’inoculation de la vaccine, quelques cas très rares exceptés, ne réussissait pas chez des individus qui avaient été atteints de variole, soit naturelle, soit inoculée. Des faits nombreux, observés depuis quelques années dans diverses contrées de l’Europe, ne permettent pas d’adopter dans toute sa rigueur une pareille opinion. Nous reviendrons plus loin sur ce grave sujet.

La vaccination ( c’est ainsi qu’on appelle l’inoculation du cow-pox ou de la vaccine) peut être pratiquée avec succès chez les individus de tous les âges. Toutefois elle réussit plus facilement chez les enfants que chez les sujets d’un âge avancé. L’époque la plus convenable chez les premiers est celle du second au sixième mois après la naissance.

La vaccination peut s’opérer par l’intermédiaire des vésicatoires , des incisions ou des piqûres. Ce dernier procédé est généralement adopté, comme plus sûr dans ses résultats, en même temps qu’il est le plus simple et le moins douloureux. Je m’abstiendrai de décrire ici les détails de cette opération de petite chirurgie (i).

On peut se servir du vaccin puisé directement dans les

(i) Jenner ne faisait qu’une piqûre à chaque bras. En France, on pratique ordinairement trois à quatre piqûres à chaque bras. Dans ces derniers temps , M. Eichhorn a mis en usage une nouvelle pratique. Il fait seize à vingt piqûres , et vingt-quatre ou quarante-huit heures avant l’apparition du cercle rouge qui se développe autour des pustules, il prend dans ces pustules naissantes une partie du vaccin qui commence à s’y former, et s’en sert pour opérer une seconde vaccination, qu’il appelle vaccination d’ épreuve , réduisant alors à quatre ou six le nombre des piqûres. Si cette seconde vaccination neprend pas, les individus sont, selon M. Eichhorn, parfaitement préservés ; si elle prend, mais quelle ne donne lieu qu’à de très petites pustules qui se dessèchent promptement, les individus ne sont pas complètement préservés; enfin, si la vaccination

pustules d’une vaccine bien développée et normale, ou bien de vaccin conservé par les moyens connus. Le premier de ces deux modes est préférable toutes les Ibis qu’on peut y recourir ( i).

Quoi qu’il en soit, voici, d’après M. Rayer, les phénomènes qu’on observe lorsquela vaccination aété faite avec un bon vaccin (2), et qu elle a, comme on dit, bien pris.

Description cle l’éruption vaccinale.

1° Vaccine normale ou légitime.

« Au moment où chaque piqûre est pratiquée, il se forme presque constamment, au point de l’insertion, un cercle légèrement rouge, superficiel, du diamètre de six à douze lignes, et qui disparaît en quelques minutes. Ce premier phénomène n’est point, comme on l’a dit, un indice du succès de l’inoculation; il accompagne toutes les piqûres. Lorsque ce cercle est effacé, la piqûre s’élève sous la forme d’une moitié de lentille légèrement rouge; elle dure plus longtemps que le premier cercle, mais elle ■ s’affaisse et disparaît comme lui dans l’espace de quelques minutes. Jusqu’au troisième et quatrième jour, la partie vaccinée ne présente aucun changement (période à' incubation faussement dite à' inertie). A la fin du troisième ou du

(l'épreuve donne naissance à une belle éruption, les individus, dans la plupart des cas, ne sont pas préservés. Ces assertions deM. Eichhorn méritent confirmation.

(1) Dès le quatrième jour de l’éruption, le vaccin jouit de toute sa

vertu, de toute son énergie, et se présente sous forme de petits globules d’un liquide argenté qui s’écoule lentement par les piqûres faites avec la pointe d’une lancette aux pustules qui le contiennent; il est visqueux , ;

adhérent, et file comme un sirop entre les doigts.

(2) On a fait, dans ces derniers temps, de nouvelles recherches sur les I propriétés physiques du vaccin. Ce virus a été surtout l’objet de recher- 1 ches microscopiques. M. Dubois ( d’Amiens ) a lu à l’Académie royale j de médecine, sur cet objet, un intéressant mémoire qui a été publié dans

le Bulletin de i Académie royale de Médecine , t. II , pag. AgA , et auquel nous renvoyons le lecteur.

VACCINE ET VACCIN ELLE , ETC

quatrième jour, l’éruption commence; on sent distinctement au toucher une légère dureté dans les points où les piqûres ont été pratiquées, et sur lesquels une petite élevure rouge ne tarde pas à se montrer. Le cinquième jour, cette élevure devient circulaire et prend la forme d’un ombilic. Le vacciné éprouve quelques démangeaisons. Le sixième jour, la teinte rouge de chaque élevure s’éclaircit; le bourrelet, entouré d’un cercle rouge d’une demi-ligne de diamètre, s’élargit, et le centre des pustules vaccinales est plusdéprimé. Le septième jour, le volume des pustules augmente; le bourrelet circulaire s’aplatit et prend un aspect argenté; la teinte rouge qui les.colorait se fond dans la dépression centrale, et continue à en occuper, dans un très petit espace, le bord extérieur. Le huitième jour, le bourrelet s’élargit, la matière contenue dans la pustule prend une teinte plus foncée, et quelquefois reste de la même couleur que le bourrelet. Le cercle rouge, très étroit, qui jusqu’à cette époque a circonscrit la pustule , prend une couleur moins vive; l’inflammation se propage au tissu cellulaire sous-cutané. Le neuvième jour, le bourrelet circulaire est plus large, plus élevé et plus rempli de matière; le cercle rouge, dont les irradiations étaient semblables à des vergetures, prend une teinte rouge plus uniforme, et une belle auréole se dessine. Le dixième jour, le bourrelet circulaire de la pustule s’élargit, l’auréole prend et acquiert d’une à deux lignes de diamètre, et la peau sur laquelle elle est développée est quelquefois très tuméfiée ( tumeur vaccinale ); sa surface paraît granulée et légèrement pointillée, et on distingue à la loupe une grande quantité de petites vésicules remplies d’un fluide transparent. Le vacciné éprouve une chaleur mordicante, une démangeaison vive, de la pesanteur au bras; quelquefois la douleur se propage dans les ganglions axillaires. Cette inflammation est souvent accompagnée d’un mouvement

29/t PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, fébrile, annoncé par des pandiculations, des bâillements, la rougeur et la pâleur alternatives du visage et l'accélération du pouls. Le onzième jour, l’auréole, la tumeur vaccinale, le bourrelet et la dépréssion centrale de la pustule, sont dans le même état que la veille. A cette époque, la pustule vaccinale, qui dépasse d’une à deux lignes le niveau de la peau, ressemble à une grosse lentille, dont les bords sont élevés à pic. Sa couleur est perlée, son diamètre est de deux à cinq ligues; elle est dure au toucher, et présente la résistance d’un corps étroitement uni à la peau. Pendant toute cette période, le fluide vaccin est contenu dans une pseudo-membrane celluleuse, à peu près de la même manière que l’humeur vitrée du globe de l’œil est renfermée dans la membrane celluleuse qui la soutient. Le douzième jour, la période de dessiccation commence, la dépression centrale prend l’apparence d’une croûte, l’humeur contenue dans le bourrelet circulaire, jusqu’alors limpide, se trouble et devient opaline, l’auréole pâlit, la tumeur vaccinale s’affaisse, l’épiderme s’écaille. Le treizième jour, la dessiccation s’opère au centre. La pustule, jusqu’alors celluleuse, ne forme plus qu’une seule cavité. Si on l’ouvre, elle se vide en entier, et fournit une matière jaunâtre, trouble, puriforme. L’auréole se transforme en un cercle d’une teinte légèrement pourprée. Le quatorzième jour, la croûte prend la dureté de la corne et une couleur fauve analogue à celle du sucre d’orge. Le cercle qui l’environne diminue de largeur et suit l’ordre de décroissement de la tumeur vaccinale. Du quatorzième au vingt cinquième jour, la croûte solide et jaune acquiert une couleur plus foncée, approchant de celle du bois d’acajou, et conserve presque toujours la forme ombiliquée. A mesure que la tumeur vaccinale s affaisse, cette croûte proémine davantage au-dessus du niveau de la peau; elle tombe du vingt-quatrième au vingt-septième jour, et laisse

VACCINE ET VACCINELLE, ETC

à nu une cicatrice profonde , parsemée de petits points semblables aux dépressions que l’on voit sur les gaufres ( i ). »

2° Pseudo-vaccine (fausse vaccine), vaccinoïde ou vaccinelle (2).

La vaccinelle ou la vaccinoïde (expression nouvelle pour désigner une forme de vaccine, comme celle de varioloïde

(1) Le développement de la vaccine n’est pas toujours aussi complet et aussi régulier-, il ne se déclare quelquefois qu’une ou deux pustules , quel cfue soit d’ailleurs le nombre plus considérable des piqûres qu’on ait fait. Contrairement à tous les autres vaccinateurs, MM. Eicbhorn et Robert pensent , mais peut-être sans preuves suffisamment convaincantes, qu’un seul bouton ne préserve pas de la variole aussi bien que trois ou quatre.

La période d’incubation peut, selon quelques vaccinateurs, se prolonger jusqu’au vingt-deuxième ou vingt-cinquième jour, et même plus. Il me semble que cette assertion mérite confirmation.

Des pustules irrégulières naissent parfois de la réunion accidentelle de deux pustules trop rapprochées.

Il se développe quelquefois sur le même sujet des pustules de vraie vaccine et de fausse vaccine ou de vaccinelle. ( Voy. plus loin la description de cette dernière.)

« Les pustules vaccinales peuvent se déclarer sur des points du corps où l'inoculation n’a point été pratiquée. C’est presque toujours sur des surfaces enflammées et privées d’épiderme, sur des eczémas chroniques, des lichens excoriés, des eczémas impétigineux de la face, etc., queces pustules secondaires se développent. Elles sont quelquefois produites par une inoculation accidentelle et postérieure que le vacciné s’est faite avec ses doigts, après avoir gratté les pustules, lorsque la constitution n’a été qu’incomplétement modifiée par la première éruption. Plus fréquemment les pustules surnuméraires sont le résultat d’une éruption secondaire, analogue à celle qu’on observe bien plus souvent dans la variole inoculée. » (M. Rayer.)

M. Raypr admet, avec d’autres observateurs, des vaccinœ sine vaccinis. J’avoue que les faits invoqués à l’appui de cette opinion n’ont pas produit sur mon esprit une impression bien vive de conviction.

(2) Rayera fait pour la vaccinelle ce qu’il avait déjà fait pour la varicelle : il a employé ce mot au pluriel ; et sous le nom de vaccinelles ou de modifications de la vaccine, il a compris plusieurs éruptions vaccinales qui ne diffèrent point au fond, mais seulement par les circonstances au milieu desquelles elles apparaissent. Voici les principales de ces éruptions: tn vaccinelle produite par l'inoculation de la vaccine sur des individus qui avaient été déjà vaccinés avec succès (il 11’existe pas plu3 de différence entre cette

296 PHLEGMASIES E'L' IRRITATIONS EN PARTICULIER, sert à indiquer une forme de variole jusque là considérée soit comme variole véritable, mais bénigne, soit comme une simple varicelle, laquelle, ainsi que nous l’avons dit, n’est réellement elle-même qu’un diminutif de la variole bénigne, une sorte de transition entre l’éruption variolique la plus légère et la vaccine ou variole partielle, locale ); la vaccinelle, dis-je, ou la vaccinoïde est décrite ainsi qu’il suit par M. Rayer (cette description est relative, il est vrai, à l’espèce de vaccine qui peut se développer chez des individus antérieurement variolés, mais elle convient parfaitement aussi à certaine forme d’une première vaccine qui a été désignée par quelques auteurs sous le nom de fausse vaccine ) :

« Dès le premier jour, et quelquefois dès le deuxième, au plus tard le troisième jour, les piqûres s’enflamment; il se forme des pustules, le plus souvent circulaires, comme celles de la vaccine. Leurs bords sont aplatis, irréguliers, non gonflés par l’humeur qu’elles contiennent, qui est toujours peu abondante et d’un jaune limpide. L’auréole, quelquefois aussi vive, rarement aussi étendue que celle de la vaccine, dure aussi longtemps, quoique plus tôt apparue. Pendant tout ce travail, le vacciné éprouve ordinairement une démangeaison insupportable dans les piqûres; les aisselles sont quelquefois douloureuses; les glandes axillaires peuvent s’engorger; il survient quelquefois de la céphalalgie ou des accès de fièvre irréguliers. La

vaccinelle et la vaccine légitime qu’en tre la varioloïde et la variole); a" vaccinelle produite par l’inoculation de la vaccine sur des individus gui avaient eu antérieurement la variole naturelle ou inoculée; 3° vaccinelle produite par l’insertion accidentelle du coiv-pox sur un sujet gui avait eu la variole (Jenner rapporte avoir vu cinq personnes antérieurement variolées contracter la vaccine après avoir trait des vaches atteintes du cowpox , et il ajoute que cette vaccine fut incomparablement plus bénigne qu’elle ne l’est ordinairement); 4" vaccinelle développée à la suite de l inoculation simultanée de la variole et de la vaccine ; 5° vaccinelle produite par l insertion du vaccin pendant l’incubation du contagium varioligue , ou pendant la fièvre primaire varioleuse.

VACCINE ET YACC1NELLE, ETC

période inflammatoire est très rapide, il n’y a pas de tumeur ni d’induration circonscrite comme dans la vaccine, et, s’il y a de la tension autour de la plaie, elle est irrégulière et superficielle. Les croûtes, bien formées dès le septième ou le huitième jour, tombent à pen près à la même époque que celle de la vaccine et quelquefois plus tôt. Eli es présentent souvent le même aspect, avec celle seule différence qu’elles sont moins larges, moins épaisses, et qu elles ne laissent point de cicatrices, mais seulement des taches à la peau.

» L’humeur de ces pustules est contagieuse; et, insérée dans la peau à l’aide de piqûres, elle se propage comme la vraie vaccine sans être préservative au même degré. »

Ç II. Accidents locaux que peut entraîner la vaccine, et traitement.

Rien n’est ordinairement plus simple et plus bénin que l’éruption vaccinale. Cependant, dans certains cas exceptionnels , on observe quelques accidents plus ou moins graves.

Lorsque les pustules sont très nombreuses et très enflammées , il survient quelquefois, soit un simple érythème, soit un véritable érysipèle phlegmoneux, une adénite ou gunglionile axillaire. Dans quelques cas, heureusement infiniment rares, ces inflammations locales ont réagi assez violemment sur l’organisme pour entraîner, a-t-on dit, une terminaison funeste.

Dégagée de toute complication , la vaccine doit être abandonnée à elle-même, afin quelle puisse parcourir librement ses différentes périodes (i).

(i) Les vaccinateurs enseignent néanmoins cjue, dès le second jour de l’éruption, l’effet préservatif de la vaccine est pleinement accompli. M. Bousquet a ouvert et cautérisé les pustules vaccinales dès leur apparition, et une nouvelle vaccination a été sans résultat. Mais il serait peu prudent, ce me semble, de considérer comme bien vaccinés des individus ( liez lesquels les pustules auraient ainsi été arrêtées dans leur évolution; car qui peut nous assurer que les pustules ainsi jugulées appartenaient à une légitime vaccine?

Quant aux inflammations accidentelles qui pourraient compliquer la vaccine , elles doivent être combattues par les moyens indiqués aux différents articles que nous avons consacrés ailleurs à l’histoire de ces inflammations.

§ III. De la vertu préservative de la vaccine contre la petite-vérole ; de la récidive de cette dernière après une première atteinte) examen de la question des revaccinations.

La découverte de la vertu préservatrice de la vaccine contre la variole a justement immortalisé le nom de Jenner. Le génie observateur de cet illustre médecin avait été frappé de ce fait, savoir, que les personnes chargées de traire les vaches atteintes de cow-pox contractaient une éruption du même genre, et possédaient ensuite le précieux privilège d’échapper aux atteintes de la petite-vérole, qui régnait épidémiquement dans les cantons où se trouvaient ces personnes. Jenner conçut alors l’idée de préserver le genre humain tout entier d’une des plus dangereuses maladies auxquelles il était soumis, par l’inoculation du cow-pox ou de la vaccine, il mit à exécution cette belle et grande idée, et l’expérience confirma l’heureuse induction de son génie. Toutefois ce ne fut pas sans avoir subi l’épreuve d’une vive et longue opposition que la pratique de la vaccine fut généralement adoptée.

Jusqu’à ces derniers temps, la vertu préservatrice de la vaccine bien caractérisée, normale , avait été considérée comme permanente , aussi durable que la vie même des individus vaccinés. Aujourd’hui encore, un certain nombre de médecins .persistent dans celte manière de voir; mais il en est un grand nombre d’autres qui enseignent, au contraire, que la vertu préservatrice de la vaccine la plus normale n’est que temporaire , et quelle va s’affaiblissant à mesure qu’on s’éloigne de lépoque de la vaccination, d’où la nécessité des revaccinations , si l’on veut échapper en tout temps aux atteintes de la variole (i).

(i) Les premiers partisans de la vaccine et son immortel inventeur lui-

VACCINE ET VACCINELLE, ETC. 299

Le système des revaccinations a, depuis quelques années déjà, été mis en pratique en grand dans diverses contrées et particulièrement celles du Nord, telles que la Prusse, le Danemark, etc. Il a été l'objet de sérieuses dis-

mêineont observe des cas propres à faire naître l’idée que sa faculté préservaiive, non plus que celle d’une première atteinte de variole, n’était pas absolue , à jamais permanente , et qu’il seèait utile, nécessaire même, d’y recourir plus d’une fois, pour lui imprimer le caractère d’un préservatif absolu. Dans son premier ouvrage, par exemple, Jenner cite huit cas d’individus ayant eu la variole en trayant des vaches affectées de cowpox. Il cite en outre un cas de récidive de la vaccine prise également de la vache affectée de cou»-po.v.Toutefois , avant de tirer des conséquences de ce fait, on voulut le soumettre à l’épreuve de l’expérimentation. On tenta des revaccinations , et comme elles ne réussirent pas , ôn prit le parti ou de nier le fait signalé plus haut, ou du moins de le considérer comme exceptionnel, disons plus, comme non avenu. M. Dezeimeris lève l’espèce de contradiction qui existe entre ce fait et ceux fottrnis par l’expérimentation , en faisant remarquer que les récidives de vaccine eurent lieu chez des sujets qui en avaient été affectés une première fois il y avait longtemps , et que les revaccinations échouèrent parce qu’elles furent pratiquées chez des sujets vaccinés fort peu de temps auparavant. Voici des faits à l’appui de cette assertion. Woodville vit une servante, qui avait eu la variole dans son enfance , contracter la vaccine en trayant une vache affectée de cow-pox. Chez une femme de vingt ans qui avait eu la variole inoculée dans son bas âge, il obtint par la vaccination une vaccine parfaitement légitime. Mais il tenta fréquemment et sans succès d’inoculer la vaccine à des sujets qui avaient eu depuis peu la variole. Ballhorn, Stromeyer, Scbiitz, Gittermann, Hufeland, ete., etc , ont observé des résultats analogues aux précédents.

Parmi les médecins qui se déclarèrent les antagonistes de la vaccine , dans les pretnières.années de sa découverte , plusieurs Se fondaient sur des faits appartenant à la catégorie de ceux qui militent en faveur du système des revaccinatidns. En 1809, par exemple, M. Brown fit paraître un ouvrage dans lequel on lit les remarques suivantes : Dès revaccinations ayant été tentées par lui plusieurs semaines après unepremière vaccine, il n’obtient rien. Un an ou deux ans après, la revaccination donne lieu aune vésicule, sans aréole large et distincte, telle qu’elle existe dans la vaccine légitime. M. Brown dit qu’il ne doute pas qu’en attendant un plus grand laps de temps, on ne parvienne à obtenir, par une seconde inoculation, une vaccine tout-à-fait régulière. De plus,M. Brown cite des observations de variole après la vaccine, observations recueillies par lui , et desquelles il résulte que dans un grand nombre de familles sur lesquelles ont sévi de

3 (JO PHLEGM ASIES ET IRRITATIONS EM PARTICULIER, eussions au sein de l’Académie royale de médecine (i) , et il a reçu de l’Académie royale des sciences des marques d’encouragement (2). Examinons sans préjugés les nouveaux faits sur lesquels s’appuient les défenseurs du systèmedes revaccinations. Les partisans de ce système ne doivent pas être taxés dunom de détracteurs de la vaccine; car, proposer de revacciner , n’est ce pas, au contraire, se constituer le défenseur de la vaccine? Qu’on cesse donc de leur adresser un injuste reproche, et qu’on n’oublie pas qu’il ne s’agit point de contester à la vaccine le salutaire et

épidémies de variole , les enfants vaccinés depuis plusieurs années sont affectés, ceux vaccinés depuis peu de temps résistent , et que l'affection , toujours moins grave et moins longue que la variole primitive , offre d’ailleurs une gravité proportionnée à l’intervalle qui s' est écoulé depuis la première vaccination.

(1) Bulletin de l’Académie royale de Médecine , t. III, pag. 6 ; t. VIII, pag. 1188; t. IX, pag. 20, gi. — Mémoires de l Académie royale de Médecine , t. VIII, pag. 568.

(2) Il ne faut pas confondre le système des revaccinations, fondé sur le principe de la temporairetê de la vertu préservative de la vaccine, avec le système des revaccinalions au moyen d’un nouveau vaccin, c’est-à-dire d’un vaccin puisé à sa -ource première, ou dans les pustules du cow-pox lui-même, ce dernier système s’appuyant sur un principe tout différent, savoir, la dégénération du vaccin transmis successivement -et indéfiniment d’un individu vacciné à un autre. M. Fiard, chez nous, a beaucoup insisté, il y a huit ou dix ans, sur celte dégénération du vaccin et sur la nécessité de le renouveler à sa source première, ce qui a été fait dans ces derniers temps.

En cas où l’on n’aurait pas trouvé le cow-pox développé spontanément chez la vache, on avait proposé de le transporter de l'homme à la vache , de le retremper en quelque sorte par cette inoculation renversée , et de s’en servir ensuite comme dans le cas de cow-pox spontané.

Le système de la dégénération du vaccin invoquait à son appui les mêmes faits sur lesquels se fonde le système d’après lequel la vaccine ne posséderait que temporairement sa vertu préservative contre la petite-vérole. Il n’est pas facile de se prononcer en faveur de l’un ou de l’autre système exclusivement; et d’ailleurs, comme ils ne sont pas contradictoires, il est rigoureusement possible qu’ils soient l’un et 1 autre vrais , jusqu a un certain point. On ne saurait apporter trop de soins et de circonspection dans l’étude de ces graves questions.

VACCINE ET VACC1NELLE , ETC

mystérieux privilège de préserver de la variole, niais bien de savoir si une première vaccine préserve pour toujours, comme on l’avait pensé généralement jusqu’ici, ou si elle ne préserve que pour un certain nombre d’années.

En supposant qu’effectivernent la vaccine, connue la variole elle-même, ne préservât que pour un temps donné, n’est-ce pas bien mériter et de la science et de l'humanité que de rechercher tous les moyens, toutes les conditions qui peuvent assurer à cette précieuse pratique toute l’efficacité, toute la puissance qu’on est en droit d’en attendre? En vain dira-t-on que de pareilles recherches répandent de sérieuses alarmes dans le public, et y portent atteinte à la confiance qu’on avait en la vaccine. Sans doute, il est fâcheux d’alarmer ainsi le public; mais dans l’intérêt de qui sont faites les recherches dont il s’agit, si ce n’est dans celui du public? Quoi ! vous instruisez lepublic de ce qu’il doit faire pour se garantir sûrement des atteintes d’un des plus redoutables fléaux qui puissent sévir sur lui, et pour unique prix de vos efforts , on vous accuserait de semer la défiance au sein des familles, et d’être un perturbateur du repos public! Mais laissons ces vaines déclamations, auxquelles doivent être habitués tous les hommes qui ont étudié les lois du vrai progrès en quelque genre que ce soit, et arrivons aux faits que nous avons promis. Nous les puiserons principalement dans le journal /’ Expérience, où M. Dezeimeris a traité la question qui nous occupe avec un profond savoir et une logique irrésistible. Malheureusement, la nature de cet ouvrage nous oblige à une concision incompatible avec l’exposition même sommaire de ces faits. Nous n’en offrirons donc qu’un simple résumé.

Après avoir compulsé, étudié, analysé les documents fournis par l’Amérique et par les pays du Nord (la Prusse, la Suède, le Danemark, etc.), M. Dezeimeris en tire les conclusions suivantes :

i° La variole préserve de la variole d’une manière ab-

302 P1ILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, solue pendant quelques années ; puis sa vertu préservative, n’empêchant plus une seconde atteinte , se borne à modifier la maladie d’une manière de moins en moins sensible; enfin, au bout d’un certain temps, elle n’empêche la variole ni de paraître, ni de suivre sa marche naturelle, ni de tuer le sujet.

2° La vaccine préserve de la variole d’une manière absolue pendant quelques années; puis sa vertu préservative, n’empêchant pas une seconde atteinte, se borne à modifier la maladie d’une manière de moins en moins sensible; enfin, au bout d’un certain temps, elle n’empêche la variole ni de paraître, ni de suivre sa marche naturelle, ni de tuer le sujet.

3° La revaccination jouit, quant à la faculté préservative absolue, de la même puissance que la variole et la vaccine ; elle réussit d’autant plus sûrement que l’individu sur lequel on la pratique est plus éloigné de l’époque où il eut, soit la variole, soit la vaccine; d’autant mieux, par conséquent, qu’elleestplus nécessaire (il convient d’ajouter, poursuit M. Dezeimeris, que, selon toute apparence, l'observation des épidémies ultérieures nous apprendra que la faculté préservative dont elle jouit n’est que tenmoraire, de même que celle de la variole et de la vaccination première).

En conséquence de tout cela, dit M. Dezeimeris, on est forcé de déclarer que :

L’expérience et la raison font une loi de prescrire la revaccination, et de s'attacher a la propager avec le même zèle que la vaccine.

Les conclusions déduites par M. Hardy (i), des documents fournis par la Grande-Bretagne, s’accordent très bien au fond avec les précédentes ; les voici :

i° La variole attaque dans une grande proportion les

(i) Aperçu sur quelques points de l’histoire de la vaccine en Angleterre, pour servir à l'histoire de la vaccination . L’ExpÉriekce, N° q 3 , 22 novembre 1 838.

VACCINE ET VACCINELLE, ETC

sujets vaccinés : les cas de variole après la vaccine , très rares dans les premiers temps qui suivirent la découverte de J enner, sont devenus très nombreux depuis une vingtaine d’années. Les sujets qui ont déjà eu la variole, naturellement ou par inoculation, sont exposés à une seconde attaque, mais dans une moindre proportion que les vaccinés.

2° En général, la variole qui suit la vaccine est moins grave que celle qui survient chez les personnes entièrement improtégées. Néanmoins, on a observé quelques cas absolument semblables à ceux de variole primitive, et on a signalé quelques terminaisons funestes.

3° La majorité des cas bien caractérisés de variole après la vaccine appartient à des individus vaccinés depuis plusieurs années, de manière que la vaccine paraît n’avoir qu’un effet préservatif temporaire s’affaiblissant avec les années, sans cependant qu’on puisse dire positivement pendant combien de temps elle est une garantie suffisante.

Comme M. Dezeimeris, M. Hardy conclut, en définitive, que la revaccination doit être conseillée et propagée avec zèle (i).

(i) Ce n’est pas seulement en Prusse, en Suède, en Danemark, en Angleterre, mais dans toutes les contrées du monde civilisé, et, avant toutes les autres, dans notre propre contrée, dans notre France, qu’ont été observés des faits semblables à ceux d’après lesquels MM. Dezeimeris et Hardy ont formulé les-conclusions que l’an vient de lire. C’est donc bien à tort que , par une sorte d’orgueil national, d’ailleurs fort déplace ici, quelques médecins ont prétendu que chez nous, aujourd’hui comme il y a vingt ans, une première vaccination mettait à l’abri de la variole , sauf quelques exceptions tellement rares qu’on pouvait les négliger, et que les documents venus de l’étranger ne devaient pas être pris en sérieuse considération. Pour réduire à sa juste valeur cette fausse opinion de la supériorité de la France sur les pays qui l’environnent, en fait de préservation vaccinale, M. Dezeimeris affirme que si l'on prend les dix départements de la France où la vaccination se fait avec le plus de zèle ( Aube , Ille-et-Vilaine , Maine-et-Loire, Meuse, Manche , Moselle , Nord , Hautllhm),on trouvera (fue ces départements, dont la population n’est guère plus que double de celle du Danemark , ont eu , en 1 833, six ou sept fois plus

30â PITLF.GM ASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

Dans un dernier article qu’il vient de publier (i), M. Dezeimeris cite et analyse une imposante masse de faits pris indifféremment dans tous les pays, faits par lesquels sont clairement démontrées, suivant lui, ces deux choses: la première, que la vaccine ne préserve de la variole que pour un temps; la seconde, que la revaccination est un préservatif non moins efficace que la vaccination première. Divisés en cinq catégories, ces faits établissent : i° que les cas de variole chez des vaccinés, nuis dans les premiers temps qui suivirent la découverte de la vaccine, sont devenus proportionnellement de plus en plus nombreux d’année en année; ?.° que la gravité des varioles des vaccinés s’accroît comme le nombre des sujets atteints; 3°qu’à mesure que les vaccinés avancent en âge, ils sont plus sujets à être atteints par la variole, et sont frappés avec plus de violence, ce qui est la même loi que celle des cas précédents, présentée sous un autre aspect; 4° que cette même loi fixe les degrés d’impressionnabilité par le virus vaccin comme par le contagium variolique, et règle les chances de la revaccination comme celles des atteintes possibles d’une épidémie; 5° que la revaccination est un préservatif tout aussi efficace pour les sujets en qui s’est éteinte la vertu vaccinale protectrice que l est une première vaccination pour les sujets auxquels elle est pratiquée.

Après avoir déroulé sous les yeux du lecteur les cinq

de variolés que ce dernier pays. En cjfet , le nombre descasde variole y fut de io,oo3, dont 2,000 cas très graves , et 1,116 cas suivis de mort. (En Danemark, de i83îà 1 834 » on reçut dans l’hôpital spécial 1,04.) malades, dont 45 moururent. ) Ainsi que le dit M. Dezeimeris , voilà matière à réflexion.

Citons ici le passage suivant de V instruction médicale rédigée parM. Serres pour la commission d’Afrique : en i8a5 , sur 682 variolés admis à la Pitié 162 avaient été vaccinés, et 19 d’entre eux figurent parmi les 176 malades qui succombèrent. ( Chez 88 des variolés, la vaccination était douteuse.)

(1) Voyez l'Expérience du i3 décembre t838.

VACCINE ET YACCINELLE, ETC. oü5

grandes catégories de laits ci-dessus indiquées, M. Dczeinieris termine ainsi :

« Il est donc évident pour tout homme qui raisonne, et il est démontré pour quiconque sait seulement compter :

» i° Que la vaccine ne préserve pas un sujet vacciné depuis quinze ou vingt ans aussi sûrement qu’elle le préservait dix ans plus tôt;

» 2° Qu il y a un moyen de redonner à notre sujet de vingt ans le même privilège d’immunité dont il jouissait dans son enfance, et ce moyen est la revaccination (i).->

Eu présence des documents dont nous venons d’exposer les résumés, il me paraît difficile de ne pas être convaincu de la nécessité des revaccinations, à des intervalles qui ne sont pas encore rigoureusement déterminés , si l’on veut que les sujets une fois bien vaccinés soient indéfiniment à l’abri des atteintes de la petite-vérole. Pour échapper à cette conviction, il ne faudrait rien moins que considérer comme entachés d’erreur ou même de faux les documents sur lesquels elle repose. Or, en admettant que, parmi ces documents, quelques uns ne fussent pas revêtus de tous les caractères d’exactitude, de précision et d’authenticité désirables, il en resterait toujours une masse immense auxquels on ne saurait refuser ces caractères, et suffisante pour entraîner la conviction.

Quant à moi, qui, depuis une dizaine d’années que les questions ci-dessus agitées ont été discutées à diverses reprises au sein de l’Académie royale de médecine, n’ai cessé de rapporter quelques exemples observés par moi-même de variole, ou si J’on veut de varioloïde développée chez

(1) Après avoir rapporté diverses séries de faits qui déposent hautement en faveur de cette dernière assertion, M. Dezcirneris ajoute: « C'est vrai- » inent céder à un caprice des esprits difficiles à qui l’évidence ne suffit » pas, que de s’arrêter ainsi à citer des séries de faits qui prouvent l’effi- » cacité préservative tle la revaccination , quand il y a déjà dans certains «pays, en Allemagne par exemple, des relevés officiels portant sur des » masses immenses déchiffrés qui le démontrent sans réplique. »

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