II. Causes
Comme à une foule d’autres maladies de la peau, les auteurs ont assigné pour causes à l’ecthÿma, la malpropreté, une mauvaise nourriture. Ainsi que nous l’avons vu p'us haut, on produit souvent par l’application de divers irritants extérieurs, une sorte d’ecthyma artificiel et thérapeutique. Le tartre stibié, l’huile de croton tiglium , etc., appliqués pendant un temps assez prolongé et à dose suffisamment élevée, sont au premier rang des agents qui peuvent déterminer une éruption de pustules analogues A celles de l’ecthyma ordinaire. Le virus morveux produit aussi une éruption particulière d’ecthyma. Celte espèce particulière est-elle contagieuse? L’observation et l’expérience n’ont pas encore prononcé sur ce point.
§ III. Traitement.
Le traitement de l’ecthyma ordinaire est fort simple. Avant tout, il faut éloigner les causes auxquelles il doit sa naissance. Cela fait, il suffira de prescrire des boissons délayantes, des bains et quelques applications émollientes sur le siège de l’éruption.
Il n est pas nécessaire, dans l’immense majorité des cas, de recourir aux émissions sanguines, soit générales, soit locales.
La cicatrisation s’opère promptement, quand l’individu est d’une bonne constitution , et qu’aucune condition locale ne s oppose au travail cicatrisateur. L’eethyma svmpto-
O 1 0 PIILEOM A S 1RS KT I (MUTATIONS K N PAUTICTT.IIÎR.
ma tique de la morve ne doit pas nous occuper ici sous le rapport thérapeutique.
ARTICLE XIX
ACNÉ (l).
§ Ier. Définition , description , développement et marche.
On entend par acné une inflammation chronique des follicules sébacés, caractérisée par des pustules discrètes, isolées, disséminées, de forme actionnée, dont l’éruption s’opère successivement sur les diverses parties du tronc et même des membres, surtout les supérieurs, mais qui affecte une sorte de prédilection pour les régions du sternum etdes épaules. Le volume des pustules n’est pas le même pour toutes. Leur développement n’est pas accompagné de douleur ou de chaleur potable; elles excitent seulement quelquefois un léger prurit. Une auréole rouge entoure leur base. Elles apparaissent d’abord sous la forme de petites élevures conoïdes ; la suppuration des pustules marche assez lentement. Comme l’éruption est successive et non simultanée, on rencontre à côté les unes des autres des pustules en pleine suppuration, des pustules à l’état naissant ou avec simple gonflement inflammatoire des
(i) De àxp.^v, axy.otj, vigores. — Cette dénomination a été donnée par Aétids et par Sauvages à une variété de la couperose. Willan et Bateaian l’ont appliquée à la couperose , à la dartre pustuleuse miliaire et à la dartre pustuleuse disséminée d’AuuETvr. M. Rayer s’est servi du mot acné pour désigner la dartre pustuleuse disséminée d’AuBERT : il reconnaît d’ailleurs que cette dernière affection se présente sous la même forme, et affecte les mêmes éléments que la couperose , et il n’a séparé ers deux variétés que parce que la dénomination de couperose s’applique en France à une maladie pustuleuse chronique de la face, et que l 'acné est parfois exclusivement bornée à la peau du tronc. M. Rayer ajoute que si l’on persistait à vouloir réunir l 'acné et la couperose sous les noms d’acné du tronc et A’ acné de la face, il faudrait fondre avec elles la mentagre , qui, comme ces dernières, est une variété d’une seule et même inflammation pustuleuse.
follicules, et enfin des pustules indurées , transformées eu tubercules , comme on dit, ou des taches violacées et de petites cicatrices consécutives à la dessiccation.
Il est évident que les follicules sébacés sont bien réellement le siège des pustules de Y acné. En effet, si ion comprime entre les doigts la peau sur laquelle proéminent ces pustules, on fait sortir par leur sommet une matière qui, constituée d’abord par du véritable pus, n’est ensuite autre chose qu-’une petite masse pultacée, tout-à- faits emblable à celle que l’on exprime de follicules voisins, plus ou moins développés; et d’ailleurs il est facile de reconnaître que le sommet de la pustule, ainsi vidée, n’est autre chose que Je goulot d’un follicule. Ajoutons que les pustules de Y acné ne se montrent jamais dans les régions de la peau dépourvues de follicules, telles que la paume des mains et la plante des pieds. C’est donc à tort qu’on a récemment mis en doute le siège de l’acné dans les follicules sébacé; , localisation dont la première idée et la démonstration appartiennent à M. Plumbe.
Les taches violacées que les pustules de Y acné laissent à leur suite disparaissent peu à peu. Quant aux cicatrices, elles persistent, et M. Rayer les compare à celles qui succèdent aux morsures des sangsues , avec cette différence qu’elles n’offrent pas la forme triangulaire comme ces dernières. La résolution des indurations par lesquelles se terminent assez souvent les pustules de Y acné se fait longtemps attendre: une teinte d’un rouge violacé recouvre quelquefois ces indurations.
L’acné n’est accompagné d’aucune réaction fébrile.
L'acné peut être simple ou compliqué, soit avec d’autres maladies de la peau, soit avec diverses maladies situées dans les autres organes. Il n’est pas rare de voir cette éruption associée à la couperose ou à la mentagre, ce qui ne doit pas surprendre, puisque ces dernières ne sont
a 12 PIlLKü.MASIliS KT miM'IWNONS KN PAftTlCULUilt.
pour ainsi dire elles-mêmes que l’acné de la peau du visage ( t).
Suivant M. Rayer, Y acné, abandonné à lui-même, ou combattu par un traitement approprié , a une durée toujours longue et qui ne peut être calculée, même approximativement. U serait à désirer que des recherches nouvelles, plus exactes que celles faites jusqu’ici, fussent entreprises sur ce point de statistique. Il me paraît infiniment probable que l’on abrégerait considérablement la durée de celte petite maladie, si, après avoir été assez heureux pour en éloigner les causes, on lui opposait un traitement local un peu plus énergique que celui assez généralement usité.
§ II. Causes prédisposantes et déterminantes.
I. Les enfants nouveau-nés et à la mamelle ne paraissent pas sujets à Y acné; Billard déclare du moins ne l’avoir jamais observé chez eux; les enfants d’un âge plus avancé n’en sont eux-mêmes que très rarement atteints. M. Rayer nous apprend que la plupart des exemples qu’il en a recueillis avaient été fournis par des individus âgés de quatorze à trente-six ans. Il est probable qu’une certaine disposition native des follicules sébacés favorise le développement de cette affection.
IL Les causes déterminantes ou occasionnelles sont de deux ordres: les unes, internes; les autres, externes. Les premières sont le plus souvent assez obscures. Parmi celles-ci, l’onanisme mérite d’être signalé. M. Rayer dit
i) Ordinairement , chez les sujets affectés de pustules d’acné, un bon nombre de follicules sébacés offrent un développement vraiment hypertrophique; leurs orifices sont très apparents; ils sont assez souvent marqués par un point noir plus ou moins saillant, et si l’on presse entre les doigts les follicules, il s’en échappe une matière grasse, sébacée, sous forme de petit ver ou d’un cône dont le sommet est constitué par le point noir ci-dessus indiqué. On désigne vulgairement sous le nom de tannes l’affection dont il s’agit en ce moment.
acm":.
avoir observé Yacné die/, les individus i[ui abusent des liqueurs spiritueuses. Il est incontestable que l’usage d’un régime échauffant, pour parler comme le vulgaire, est une des causes occasionnelles des boutons de Y acné. Mais, le plus souvent, les causes déterminantes, quelles qu’elles soient, resteraient sans effet ou à peu près, si elles n’étaient secondées par la prédisposition.
Les causes du second ordre ou externes qui peuvent provoquer des éruptions pustuleuses analogues à Yacné par leur siège, sont certaines matières ou substances âcres, irritantes, appliquées immédiatement sur la peau, telles que les onctions ou frictions avec la pommade stibiée, l’huile de croton tiglium, les cataplasmes arrosés de cette même huile, les emplâtres saupoudrés de tartre stibié, etc.
Cette sorte (Yacné artificiel se dissipe aussitôt que sa cause n’existe plus, et il diffère beaucoup sous ce point de vue de Yacné par cause interne; ce qui prouve bien tonte l’influence de la prédisposition dans le développement et la persistance de cette dernière espèce.
§ III. Traitement (t).
Lorsque les pustules de l’acné sont peu nombreuses, il est bien rare qu’elles soient l’objet d’une médication quelconque. Lorsque l’affection se liait à la vicieuse habitude de l’onanisme , M. Rayer a prescrit avec succès les bains frais, fréquemment répétés, pourvu qu’il n’existât aucune complication qui contre-indiquût ce moyen.
Lorsque I éruption de l’acné est très considérable, si surtout 1 individu est sanguin, fort et bien constitué, M. Rayer recommande avec raison d’avoir recours aux émissions sanguines, aux boissons acidulés et aux bains trais, dont on secondera les effets parmi régime sobre. Les bains sulfureux pourront ensuite être employés. Les bains
(i) il nesagit, bien entendu, <|ue du traitement de Yacné par cause interne.
de vapeurs ont paru favoriser constamment et déterminer quelquefois complètement la résolution de ces indurations qui peuvent survenir à la suite d’éruptions nombreuses et répétées d 'acné.
Les applications locales de pommades adoucissantes, fraîches, telles que celle de concombre, par exemple, peuvent être employées avec quelque avantage.
Avant tout, il importe de rechercher la cause; et si l’on parvient à la reconnaître, il suffit souvent de l’enlever pour voir le mal disparaître comme de lui-même: sublatâ causa, tollitur effectus.
ARTICLE XX
COEREROSE, SYCOSIS OU MENTAORR.
I. Ces deux affections pustuleuses sont, de toute évidence, pour les follicules de la face, ce qu’est pour les follicules du reste du corps l’affection que nous venons de décrire sous le nom d 'acné, avec lequel elles se rencontrent chez certains individus. L’espèce d 'acné de la face connue sous le nom de couperose occupe spécialement les joues , le nez, le front, quelquefois mêmes les oreilles et la partie supérieure du cou, tandis que le sycosis ou la mentagre siège, comme son nom l’indique, sur le menton. Mais il n’est pas très rare de voir une éruption pustuleuse d’acné affectera la fois les différentes régions de la face.
Les pustules de la couperose et de la mentagre sont variables en nombre ainsi qu’en volume. Dans l’intervalle qui les sépare , la peau offre une teinte rouge plus ou moins foncée , vineuse , et , à la longue, elle est vraiment frappée d’une sorte d’érythème chronique; le tissu cellulaire lui-même, surtout dans le voisinage des pustules, participe à l’affection, se tuméfie, finit par s’hypertrophier en même temps que la peau et les follicules. Lorsque l’éruption siège en abondance sur le nez, celui-ci acquiert
cor pe nos k , sycosts. 31f>
mi volume considérable, double ou même triple de l’état normal, et devient tout-à-fait difforme.
Une première éruption se dissipe au bout d’un certain temps; mais il lui en succède bientôt une autre, et ainsi de suite, ce qui éternise en quelque sorte la maladie. Les pustules finissent quelquefois par se convertir en des indurations solides, d’un rouge livide, et, dans leur voisinage, les veinules se dilatent, se développent, connue si le mouvement hypertrophique local s’était emparé d’elles; la peau, bourgeonuée, devient rugueuse, inégale, et alors la physionomie tout entière prend un aspect des plus désagréables et des plus repoussants.
Dans la mentagre proprement dite, la rupture des pustules est suivie du suintement d’un liquide ichoreux, qui se transforme en croûtes brunâtres ou jaune-verdâtres, qu il serait facile de confondre avec celles de 1 impétigo ; mais dans la mentagre, il existe en même temps un engorgement de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, circonstance qui ne se rencontre pas dans l’impétigo.
Les nuances variées que la couperose et la mentagre peuvent présenter ne sauraient être toutes décrites dans un ouvrage élémentaire.
IL Les excès de table, l’abus des plaisirs vénériens, sont au rang des causes dites internes de la couperose et de la mentagre. Parmi les causes externes , on cite pour cette dernière l’emploi d’un rasoir sale ou mal affilé ( c’est peut-être là une des causes pour lesquelles cette maladie est bien plus rare chez la femme que chez l’homme, et que, chez celui-ci, elle est moins commune avant qu’après lâge de la puberté). Au reste, l’étude des causes, tant internes qu’externes, de ces affections laisse encore bien des choses à désirer.
III. Lorsque l’éruption qui constitue la couperose ou la mentagre est confluente, douloureuse, accompagnée de rougeurvive et de gonflement de la peau, elle réclame
!) 1 fi PI!I,i:<JM ASIKS HT IRRITATIONS EN PARTICULIER, l’emploi des émissions sanguines, surtout locales, réitérées un plus ou moins grand nombre de fois, selon les cas. Il est digne de remarque que ce moyen avait été expressément conseillé par Ambroise Paré: « Le malade atteint » de la goutte rose ( c’est ainsi qu’il appelait la couperose) , » dit-il , sera saigné de la veine basilique, puis de celle du » front et de celle du nez, et seront semblablement ap- » pliquées sangsues en plusieurs lieux de la face; aussi » ventouses avec scarification sur les épaules (i). »
On secondera l’action des émissions sanguinesparles topiques émollients, adoucissants; à l’extérieur comme à l’intérieur, on pourra recourir aux préparations sulfureuses.
On prescrira des boissons délayantes, et les malades seront soumis à un régime adoucissant, sévère dans les premiers jours.
Les pommades résolutives seront mises en usage lorsque la maladie présentera la forme chronique.
Ambroise Paré et Darwin recommandent de combattre les couperoses rebelles par un large vésicatoire, ou plusieurs vésicatoires partiels appliqués sur la face. Mais il est à craindre que ce moyen ne répugne à bien des malades.
On a préconisé les dépuratifs de toute espèce, ainsi que les purgatifs. M. Rayer déclare avoir employé avec succès les purgatifs doux chez des individus nerveux et habituellement constipés; malheureusement, il termine ainsi ce qu’il dit du traitement de la couperose: « Combattue quel- » quefois avec un succès momentané par les purgatifs ou » les eaux minérales, la couperose renaît presque toujours » après la cessation des remèdes , avec une facilité et une » promptitude désespérantes. »
On emploierait en pure perte les médications les plus rationnelles, si les malades continuaient à s’exposer aux causes internes ou externes sous l’influence desquelles
(i) OEu vr es complètes , publiées par J. -F. Malgaigne ; Paris, t . llf, pag. fio7.
se sont développées *ou sont entretenues la couperose et lamentagre. C’est probablement parce <pie cette dernière indication est bien rarement remplie dans toute sa ligueur, que ces maladies sont souvent si rebelles. C’est ü ainsi, par exemple, que , pour la mentagre ou Je sveosis , la première précaution à observer est de cesser pendant un certain temps l’usage du rasoir, car l’action de se raser entretient et aggrave même beaucoup l’inflammation (on a recommandé dans ces cas de couper la barbe avec des ciseaux courbes sur le plat).
ARTICLE XXI
IMPÉTIGO (l).
§ Ier. Idée générale et division.
Sous cette dénomination un peu barbare, je désignerai, avec M. Rayer, une affection inflammatoire de la peau caractérisée par l’éruption de petites pustules, agglomérées ou discrètes , psydraciées ( Willan), contenant un sécrétion qui se dessèche en croûtes jaunâtres, rugueuses et proéminentes.
L’impétigo peut se développer sur toutes les parties du corps. Il se montre sous deux formes principales : dans l’une, les pustules sont disposées en groupes arrondis ou ovalaires ( Willan l’a décrite sous le nom d 'impétigo fujurata ); dans 1 autre, les pustules sont éparpillées sur une large surface, éparses sur diverses régions ( impétigo sparsa de Willan).
Quelle que soit la forme qu’il revête, l’impétigo peut affecter une marche aiguë ou chronique. Lorsqu’il affecte cette dernière allure , qui est la plus ordinaire , il se développe pendant son cours plusieurs éruptions successives.
Il apparaît de préférence sur la face, et spécialement sur le milieu des joues.
(■) Psydracia , dartre cruslacée (d’Alibert) ; mélitaijre et porriyo granulata du même dermatologible.
318 I'HLEGMASIliS ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
§ II. Description des symptômes.
J. A son début, l’éruption est caractérisée par des taches rouges, très légères, quideviennentdeplusen plus apparentes, et provoquent une démangeaison assez vive, eu même temps que les malades éprouvent une; chaleur assez forte ou même de la cuisson dans les régions qu elles occupent ; elles ne tardent pas à se transformer en petites pustules jaunâtres ( dartre cruslacée jiavescenle d’Alibert) , tantôt discrètes, tantôt confluentes, qui ne s’élèvent pas beaucoup au-dessus du niveau de la peau. Autour d’elles , cette dernière offre une phiogose érythémateuse ou érysipélateuse. Au bout de quelques jours (3 à 4 en général), les pustules se rompent, vomissent en quelque sorte l’humeur jaunâtre qu elles contenaient, laquelle se convertit rapidement en croûtes de même couleur, demi-transparentes, bien qu’assez épaisses , assez semblables à des fragments de miel desséché , ou bien au suc gommeux qui découle de certains arbres. Au-dessous de ces croûtes, la peau, dépouillée quelquefois de son épiderme, est d'un rouge vif, et il s'y établit un suintement dont la solidification donne lieu à de nouvelles couches croûteuses. Lorsque l’éruption sedéveloppeau-dessousde la cloison des fosses nasales, sur lesailes du nez, 1 esecretum qui s’en écoulesemonlequelquefois en cônes irréguliers, plus ou moins allongés et suspendus en manière de stalactites ( dartre cruslacée stalactiforme d’Alibert). M. Rayer a vu l’impétigo se prolonger inférieurement de chacjuc côté de la lèvre inférieure d’une manière uniforme, ou simuler sur la lèvre supérieure une paire de moustaches épaisses.
IL L’impétigo du cuir chevelu a été décrit sous les noms de porrigo Javosa par Willan, et de teigue granuleuse par Alibert. Il affecte le plus souvent la partie postérieure de la tête , dont il peut envahir toute la surface. Les pustules sont traversées par un cheveu qui en occupe le centre, cl
IMl'KTIGU.
elles sont accompagnées cl une forte démangeaison. Les croûtes qui leur succèdent agglutinent les cheveux auxquels elles adhèrent encore, quand elles sont détachées de la peau, en leur donnant un aspect hérissé. Ces croûtes, brunâtres ou grisâtres, rugueuses, inégales, friables , comparées par Alibert à du mortier grossièrement pulvérisé, exhalent une odeur nauséabonde très désagréable, qui infecte quelquefois la chambre des malades. Les poux pullulent ordinairement au milieu de ces croûtes et dans les petites tresses de cheveux dont elles ont déterminé l’agglutination (en général , la chute des cheveux n’a pas lieu dans l’impétigo).
Les ganglions lymphatiques les plus voisins des pustules de l’impétigo confluent, peuvent s’engorger et se tuméfier.
Lorsque la peau devient érysipélateuse autour des pustules , il peut se manifester un mouvement fébrile.
« 111. Lorsque l’impétigo figurata s’est développé chez » un individu jeune et bien constitué , ou lorsque cette in- » flammation pustuleuse est légère, sa durée ne s’étend » guère au-delà de trois à quatre septénaires. La chaleur de » la peau s’éteint graduellement ; la sécrétion morbide di- » minue peu à peu et finit par se tarir, les croûtes se dessè- » chent de plus en plus et se détachent d’une manière » irrégulière , laissant à découvert une ou plusieurs taches » ronges et luisantes. Use forme quelquefois à leur surface » de 1 égères gerçures d’où suinte une humeur nui, eu se » desséchant, forme de nouvelles croûtes, mais plus » minces que les premières. Enfin, lorsque celles-ci sont » détachées, la peau présente encore des taches rouges » qui peuvent persister pendant plus d’nn mois, avec ou
sans desquamation sensible de l’épiderme. On observe » parfois, sur ces taches, de petits grains miliaires d’un » blanc mat, qui ne sont autre chose que des follicules » pleins d’une matière dure ou dont les parois sont épais- » sies.
320 NILEGMASIES ET IRRITATIONS EM l'ARTIGUEIEE.
» L’impétigo aigu , quel (pie soit sou siège, guérit ordi- » nairement dans l’espace de deux à trois septénaires.
» L’ impétigo jiguraici chronique, s’il est combattu à » contre-temps par des applications irritantes, ou si la » constitution est détériorée, peut persister plusieurs mois » et même plusieurs années. La peau affectée devient le » siège de gerçures , et quelquefois même d’excoriations » superficielles.
» U impétigo sparsa des membres est toujours une maladie » longue.
» La durée de l’impétigo du cuir chevelu dépasse rare- » ment quelques mois; le plus souvent il guérit au bout » de quelques semaines , sous l’influence d’un traitement » convenable.
» La durée de l’impétigo chronique varie suivant le » nombre des éruptions pustuleuses, suivant l’état delà » constitution et d’autres conditions particulières (i). »
§ III. Causes.
Suivant M. Rayer, les causes de l’impétigo sont fort obscures. Cette affection ne se communique point par voie de contagion. Comme la plupart des autres maladies de la peau , l’impétigo suppose une certaine prédisposition dont les conditions précises nous échappent.
Une mauvaise alimentation, la malpropreté, paraissent favoriser le développement de l’impétigo. M. Rayer dit que les jeunes gens d un tempérament sanguin et lymphatique, dont la peau est fine et délicate , sont quelquefois atteints de t impétigo au visage lorsqu ils se sont exposés aux ardeurs du soleil , au printemps , et pendant les chaleurs de l'été.
(i) P. Rayer, Traité des maladies de la peau, t. I, pag'. 670.
Cet auteur dit avoir vul'impétigo chronique se développer chez une femme pendant toutes ses grossesses , résister aux traitements les plus actifs, cl guérir spontanément peu de temps après l'accouchement.
IMPETIGO.
§ IV. Traitement.
« L’impétigo, à son début, et toutes les lois qu’il est ac- » compagné d’une rougeur vive (impétigo crysipelatodcs) , » ou caractérisé par une éruption considérable de pus- » tules, doit être combattu par la saignée chez les adultes » et les individus d’un âge mur, et par les sangsues chez » les enfants...
«Les bains simples, locaux ou généraux , à une faible » température ( 24 ou 26° R ); les lotions avec l’eau froide, » le lait, leau de son, l’émulsion d’amandes, la décoction » de fleurs de mauve, de digitale, de têtes de pavot, sont » employés avec succès dans cette première période de » l’impétigo. Plus tard, les lotions alumineuses, saturnines » ou alcalines, de légères onctions avec les onguents d’oxide » de zinc, et d’acétate de plomb contribuent à bâter la gué- » rison, qui a lieu souvent sans qu'on soit obligé de re- » courir à d’autres moyens.
» Dans l’impétigo aigu de la barbe ou du cuir chevelu , il » faut couper les poils avec des ciseaux , et mettre à nu les » surfaces malades... h épilation, dont l’utilité est incon- » testable dans 1 efavus, est toujours nuisible dans l’impé- » tigo aigu du cuir chevelu ( teigne granulée d’Alibert) ou « de la barbe; elle n’est jamais nécessaire dans l’impétigo » chronique de ces régions.
» Lorsque l’impétigo a perdu de son acuité , ou lorsqu’il » est à l’état chronique, on fait tomber les croûtes à l’aide » de douches de vapeur aqueuse , qui souvent ont l’avantage » de prévenir une nouvelle éruption... J’ai souvent, avec » succès, remplacé les bains de vapeur par des bains « simples et des cataplasmes émollients qu’il faut pres- » crireà une température peu élevée.
» 20 Dans l’impétigo chronique, on a rarement recours » d’une manière active aux saignées locales et aux appli- » cations émollientes et sédatives; mais cette pratique,
ii. 21
32‘J PllLEGMASIES ET I RIIITAT10NB EN PARTICULIER.
» aidée de quelques laxatifs lorsque l'état des organes di- » geslifs et de la constitution le permet, est, sans contredit,
» une de celles qui compLent le plus de succès.
» Lorsque la peau est peu enflammée, on emploie avec » succès les bains su/j 'ur eux à la température de 28 à 3o° R ; » on prescrit aussi les bains de mer et alcalins. En même » temps, on fait pratiquer des lotions alcalines on acidulées.
» Les lotions ioduro-sulfurées ont été recommandées par » Alibert.
» Lorsque l’éruption 11’occupe qu’une petite surface et » qu’elle est rebelle, on la cautérise quelquefois avec » succès, soit avec l’acide hydrochlorique affaibli, soit » avec la pierre infernale ou une solution de nitrate d’ar- » gent. Je me suis aussi servi avec avantage d’une pom- » made faite avec un scrupule de proto-nitrate de mercure » et une once daxonge. On a aussi quelquefois eu recours » à l’application d’un vésicatoire sur les régions impétigi- » neuses.
» Le charbon a été autrefois recommandé dans le trai- » tement de l’impétigo, en général, et de celui du cuir » chevelu en particulier (1). »
ARTICLE XXII
FAVDS (2).
§ Ier. Idée générale et division.
Ou a donné le nom de favus à une espèce d inflammation cutanée, principalement caractérisée par une exsudation d'une matière qui se métamorphose en croûtes d’un
(1) P. Rayer, ouvrage cité, t. I, p. 682.
(2) Etymologie. Le mot favus signifie rayon de miel. C’est en raison île la ressemblance qui existe entre l’apparence extérieure de l 'éruption cutanée que nous allons décrire, et les cellules où les abeilles déposent le miel , qu’on a donné le nom de favus à cette éruption.
Synonymie. Porrigo favosa , porrigo lupinosa ( cet adjectif a été puisé dans la ressemblance qui existe entre les dépressions du favus et celles qu’on observe sur les semences du lupin), teigne faveuse.