DES INFLAMMATIONS DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
Considérations générales sur les inflammations des diverses divisions de l’appareil respiratoire.
I. Cet appareil se compose des fosses nasales , du larynx, de la trachée-artère, des bronches et des poumons.
Les nombreux éléments anatomiques , médiats ou immédiats, qui entrent dans la structure des diverses divisions de l’appareil respiratoire peuvent être isolément ou simultanément frappés d’inflammation, soit d’une manière aiguë, soit d’une manière chronique, et de là des formes morbides très diversifiées, dont quelques unes ont été faussement considérées comme des affections spéciales, et indépendantes de tout principe inflammatoire. Les lecteurs sont désormais assez familiarisés avec nos doctrines pour être bien convaincus que nous ne cherchons pas à multiplier les espèces inflammatoires aux dépens des autres espèces,
356 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, et qu’ici comme toujours nous ne confondons pus les suites , les provenances plus ou moins éloignées de l’inflammation avec cette inflammation elle-même; ils savent aussi que nous prenons en très sérieuse considération les différences que nous offrent les causes sous l’empire desquelles se développent les inflammations.
Il est de la plus haute importance, sans doute, de bien distinguer entre elles les diverses formes inflammatoires ; mais il ne faut pas que, confondant la forme avec le fond, on fasse des maladies essentiellement différentes avec les simples formes sous lesquelles peut se présenter une seule et même maladie quant à son fond. Or, c’est précisément une erreur de ce genre que certains auteurs ont commise, lorsqu’ils ont cru devoir séparer des inflammations de la membrane muqueuse de l’appareil respiratoire les affections pseudo-membraneuses, auxquelles ils ont donné le nom de diphthérite. En effet, cette dipbtbérite, quelle que soit d’ailleurs l’espèce de cause qui la détermine, constitue évidemment une forme spéciale des inflammations de la membrane interne des voies aériennes.
C’est encore par une erreur du même genre que l’on a décrit comme une maladie essentiellement distincte des inflammations de toute forme et de toute espèce de l’appareil respiratoire, la tuberculisation des diverses parties dont se compose cet appareil , tuberculisation connue sous les noms de phthisie pulmonaire, de phthisie laryngée , de phthisie trachéale, de phthisie bronchique , selon que le travail tuberculisateur a son siège dans les poumons, le larynx, la trachée-artère ou les bronches et les ganglions bronchiques. Rien n’est, en effet, mieux démontré que le fond inflammatoire de l'affection dont la matière tuberculeuse est le produit; mais c’est un produit spécial, et partant l’inflammation qui l’engendre est elle-même spéciale : spécialité déformé, non de fond, qui tient essen-
DES PHLEGMASIES DE LAPPAREIL RESPIRATOIRE. 3 57 bellement à la spécialité d'organisation de l'élément anatomique qui en est le siège.
II. C’est donc en étudiant ainsi l’inflammation et ses suites dans chacun des éléments anatomiques des diverses portions de l’appareil respiratoire, que l’on parvient à se Élire de justes idées sur l’origine de certaines productions décrites comme des affections suîgenevis, bien qu’elles ne soient réellement que des effets plus ou moins directs d’un travail inflammatoire. Mais parmi les causes qui donnent naissance aux inflammations de l’appareil respiratoire, il en est qui à leur génie inflammatoire unissent un génie septique ou autre , essentiellement différent du génie inflammatoire ; et il est bien important de ne pas considérer comme un état inflammatoire pur et simple, l’état morbide composé qui survient dans les cas dont il s’agit.
III. Cela posé, voyons quelles sont, sous le rapport anatomique, les diverses phlegmasies que nous devons étudier dans les parties constituantes de l’appareil respiratoire indiquées plus haut.
a. Le nez et les fosses nasales comprennent plusieurs éléments distincts, tels que des os, des cartilages, etc. îsous ne nous occuperons que de l’inflammation de la membrane muqueuse nasale, laissant aux chirurgiens le soin d’étudier l’inflammation des autres tissus constituants de celte première partie de l’appareil respiratoire.
b. La membrane muqueuse du larynx, les replis sur lesquels elle se déploie (ligaments supérieurs et inférieurs de la glotte), le tissu cellulaire, les muscles , les cartilages, le fibro-cartilage connu sous le nom d’épiglotte , peuvent être enflammés, soit séparément, soit plusieurs ou même tous ii la fois. Ajoutons que les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et les nerfs du larynx participent plus ou moins à l'inflammation des parties dont nous venons de parler, et que cette circonstance doit être prise en grande considération quand il s’agit de se rendre un compte rigoureux
358 PHLKCMASIKS ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, des diverses formes que peuvent offrir les affections dé crites sous le nom générique de laryngite. Cette réflexion s applique d’ailleurs à l’inflammation de toutes les autres divisions de l’appareil respiratoire, comme à celle de tous les organes en général.
Nous ne saurions consacrer un article particulier à l’inflammation de chacun des nombreux éléments anatomiques du larynx. Sous le nom de laryngite aiguë et chronique, nous décrirons spécialement l’inflammation de la membrane muqueuse du larynx; toutefois, nous la divisons en deux espèces bien distinctes , savoir, celle qui affecte exclusivement la membrane indiquée, et celle qui atteint à la fois et cette membrane elles tissus sous-jacents, le tissu cellulaire entre autres. La première espèce est une sorte d’érysipèle simple, tandis que la seconde est une sorte d’érysipèle phlegmoneuxdu larynx: je veux dire que ces deux espèces sont pour le larynx ce que sont pour le9 membres et le tronc l’érysipèle simple et l’érysipèle phlegmoneux.
Je suis tenté de croire que c’est à une laryngite vraiment phlegmoneuse qu’il faut rapporter cette angine siriduleuse que les auteurs ont signalée dans ces derniers temps, et quia souvent été confondue avec le véritable croup. Cette angine ou mieux cette laryngite striduleuse affecte spécialement les ligaments connus sous le nom de cordes vocales, et le gonflement quelle ydéterminea pour effet inévitable un rétrécissement plus ou moins considérable de la glotte. Il ne faut donc pas s’étonner si, à l’instar de la laryngite pseudo-membraneuse, la laryngite phlegmoneuse des cordes vocales peut être promptement suivie d’accidents de suffocation et de mort par asphyxie. Par la même raison ne soyons pas surpris si l’on a décrit sous le nom de croup ou de laryngite pseudo-membraneuse, un certain nombre de cas dans lesquels il n’existait autre chose qu’une laryngite phlegmoneuse, avec ou sans inflammation des
DES INFLAMMATIONS DE LAPPAREIL RESPIRATOIRE. 3 59 parties voisines, telles cjue l’épiglotte, les amygdales, etc.
Je consacrerai un article spécial à ce phlegmon du larynx, auquel se rapporte l'affection décrite par certains auteurs sous le nom d'angine œdémateuse (je n’ai pas besoin de taire remarquer qu’il ne s’agit pas ici de l’oedème pur et simple du larynx, quelle que soit son espèce, lequel trouvera son histoire dans d’autres endroits de cet ouvrage). Enfin, je n’oublierai pas, chemin faisant, de dire quelques mots des inflammations des autres éléments du larynx, puisqu’elles accompagnent assez souvent les trois principales espèces qui viennent d’être établies, et j’étudierai même, dans un article séparé, mais très court, l'inflammation de l’épiglotte, cet opercule fibro-cartilagineux annexé à l’ouverture supérieure du larynx.
c. La trachée-artère et les bronches ont une structure un peu moins compliquée que celle du larynx, et c’est particulièrement sur 1 inflammation de leur membrane muqueuse qu’ont porté les recherches des auteurs qui ont étudié les phlegmasies de cette portion de l’arbre respiratoire. On sait peu dechose sur celle des tissus sous-jacents à cette membrane , et nous ne lui consacrerons point d’articles spéciaux. Nous verrons plus loin que les formes diverses de cette phlegmasie sont essentiellement les mêmes que celles de la membrane muqueuse du larynx. Mais comme il n’existe dans la trachée et les bronches aucun rétrécissement semblable à celui qui se rencontre dans le larynx, à l’endroit qu’occupent les ligaments de la glotte, l’inflammation de la membrane muqueuse trachéo-bronchique n’est pas accompagnée, dans les cas ordinaires, des mêmes accidents de dyspnée ou de suffocation qui surviennent si souvent par le fait d’une inflammation tant soilpeu violente de la membrane muqueuse du larynx et des cordes vocales, surtout chez les enfants , où l’ouverture qui sépare ces deux cordes est naturellement fort étroite. Notons cependant qu’une bronchite généralisée, avec gonflement, bour-
360 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, soufleraent de la membrane muqueuse des bronches, donne lieu à un état asthmatique, qui, s’il persistait très longtemps, amènerait lui-même à sa suite une véritable asphyxie.
cl. L’organe dans lequel aboutissent les ramifications les plus déliées du tube aérien, le poumon est un composé de vésicules aériennes entourées de tissu cellulaire et d’un lacis inextricable de vaisseaux, sanguins ou lymphatiques, et de ramifications nerveuses. Laissant de côté les inflammations propres aux tissus généraux qui entrent dans la structure du poumon comme dans celle de tous les autres organes , il nous reste les phlegmasies des vésicules, du tissu cellulaire et de la membrane séreuse, qui, après avoir enveloppé le poumon, se réfléchit de toutes parts sur les parois de la cavité qui le renferme. Il est bien difficile de séparer l’inflammation de la portion de la membrane muqueuse qui revêt à l’intérieur les vésicules bronchiques, de celles des autres éléments constitutifs de ces vésicules et du tissu cellulaire interposé entre elles. C’est à l’inflammation de ces divers éléments réunis que l’on donne le nom de ■pneumonie , affection que Broussais , dans son Histoire des phlegmasies chroniques , avait décrite dans le même article que le catarrhe pulmonaire (il avait eu bien soin de faire remarquer que si le catarrhe qu’il décrivait ainsi avec la pneumonie, dans un seul et même article, devait être rapproché d’elle, c’est que la péripneumonie doitavoir pour siégeprimitif la membrane muqueuse des cellules bronchiques, comme le catarrhe a le sien dans les bronches). Quoi qu’il en soit, comme nous le disions tout-à-l’heure, il est difficile , en pratique, de diviser en deuxpblegmasies bien distinctes l’inflammation de la membrane muqueuse des vésicules pulmonaires, et l'inflammation du parenchyme pulmonaire lui-même.
IV. En raison des intimes relations qui existent entreles diverses portions dont se composent les voies respiratoires,
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il arrive souvent que plusieurs d’entre elles soient enflammées simultanément. L’étude des phlegmasies complexes se déduira de celle de chacune des phlegmasies élémentaires qui les constituent. Mais il est une autre phlegmasie de l’appareil respiratoire dont nous aurons à nous occuper à la suite des précédentes, je veux parler de celle du système des ganglions et des vaisseaux lymphatiques destinés à cet appareil. Fidèle aux principes que nous avons exposé dans nos études sur les inflammations du système lymphatique en général, nous avons rapporté la tuberculisation pulmonaire (phthisie pulmonaire tuberculeuse) à l’inflammation des ganglions et vaisseaux lymphatiques du poumon. Les ganglions qui entourent les grosses bronches peuvent être enflammés , et par suite tuberculisés isolément, ce qui constitue une espèce particulière de phthisie bien distincte, et dans laquelle le parenchyme du poumon n'est pour rien. Mais quand la tuberculisation s’emparedes petits ganglions que j’ai pu suivre jusque vers les dernières ramifications bronchiques, et les vaisseaux lymphatiques du poumon lui-même, les autres éléments de cet organe participent plus ou moins au travail inflammatoire qui a tuberculisé les ganglions et les vaisseaux lymphatiques, etc’est alors que s’élèvent les discussions sur le siège comme sur la nature de l’affection complexe à laquelle on conserve le nom de tubercules pulmonaires. Nous terminons ce point en signalant l’influence qu’exercent sur l’inflammation du système lymphatique pulmonaire, celles des bronches et du parenchyme pulmonaire.
V. Maintenant que nous avons mis sous les yeux du lecteur le tableau, pour ainsi dire nominatif, des diverses phlegmasies de l’appareil respiratoire, disons quelques mots sur ces phlegmasies considérées d’une manière générale , avant de tracer l’histoire particulière de chacune d’elles.
a. Leurs caractères anatomiques, aux diverses périodes
362 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, qu’elles peuvent parcourir, variables selon les tissus affectés , ne diffèrent point au fond de ceux, des phlegmasies dont nous avons déjà traité : rougeur, tuméfaction, ramollissement, ulcération des tissus; modifications des sécréta normaux de ces tissus , formation de pus et de pseudo-membranes, voilà pour l’étataigu Si les phlegmasies se prolongent , les ulcérations, les suppurations persistent , les produits anormalement sécrétés , s’ils ne sont pas rejetés au-dehors et s’ils ne sont pas organisables, forment des agrégats de diverses espèces; les tissus s’indurent, dégénèrent, etc.
b. Les signes spéciaux des inflammations de l’appareil respiratoire, soit dynamiques ou vitaux, soit matériels et physiques, offrent des modifications importantes, selon qu’il s’agit de telle ou telle des principales divisions de l’appareil respiratoire. Les signes physiques, c’est-à-dire ceux fournis par des méthodes physiques d’exploration, telles que l’inspection, la palpation, l’auscultation, la percussion, la mensuration, pour peu qu’ils aient été recueillis avec soin, permettent de diagnostiquer avec une exactitude presque mathématique, je ne dis pas seulement l’existence même de ces inflammations, mais encore leur étendue, leurs degrés divers , leurs formes spéciales, etc.
c. Les causes des diverses inflammations ordinaires et communes de l’appareil respiratoire sont certaines variations atmosphériques, et spécialement les grandes alternatives de chaud et de froid. Divers corps étrangers répandus dans l’atmosphère donnent lieu quelquefois à ces phlegmasies.
Enfin au nombre des causes dont il s’agit se rangent des principes inconnus dans leur nature intime, tels que ceux qui produisent la rougeole, la petite-vérole, la morve contagieuse, etc.
Comme, par leur surface muqueuse, les diverses parties dont se compose l’appareil respiratoire sont en contact
DES INFLAMMATIONS DE I, APPAREIL RESPIRATOIRE. 363 immédiat avec l’air pendant les mouvements d’inspiration et d’expiration , on conçoit aisément pourquoi cet agent exerce une si puissante influence sur le développement des phlegmasies de cet appareil.
cl. Pour le traitement et la mortalité des inflammations franches ordinaires et des inflammations spécifiques dont nous nous occupons, nous renvoyons aux articles que nous avons consacrés à l'histoire de chacune d’elles en particulier. Nous dirons seulement que les premières sont au nombre de celles qui, pourvu quelles soient traitées à temps par la méthode antiphlogistique bien formulée, sont guéries facilement dans l espace d’un septénaire, ou même de deux ou trois jours seulement. (Je fais abstraction ici des phlegmasies croupales, celle du larynx en particulier, qui détermine des accidents dyspnéiques, chez les enjonis, promptement suivis de la mort). La mortalité des phlegmasies ordinaires de l’appareil respiratoire, grâce à la nouvelle formule antiphlogistique qui leur a été opposée, a donc diminué dans une proportion vraiment merveilleuse. Et comme ces phlegmasies sont au nombre de celles qui jusqu ici avaient moissonné le plus grand nombre d’hommes , c’est par milliers qu’il faudrait compter, en France seulement, les individus que, chaque année , l’on pourrait sauver par l’application éclairée de cette formule. Au reste, la grande mortalité des phlegmasies de l’appareil respiratoire traitées par les anciennes pratiques dépend de l’importance de la fonction, que ces phlegmaües gênent d’une manière plus ou moins profonde, fonction éminemment vitale , puisque c’est la respiration elle-même. C’est en faisant avorter ces phlegmasies, c’est-à-dire en prévenant la formation des diverses lésions matérielles auxquelles leur prolongation donne inévitablement naissance, que l’on arrache ainsi les malades à la mort. En effet, ces diverses lésions (pseudo-membranes, collections purulentes, rétrécissement des canaux
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aériens, etc., etc.), opposent à la respiration un obstacle physique et mécanique qui est la cause principale de la terminaison fatale.
ARTICLE PREMIER
nilINITE OU INFLAMMATION DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DES FOSSES NASALEs(l).
Il existe un grand nombre d’espèces d’inflammation de la membrane muqueuse nasale. L’espèce simple est celle qui se développe sous l’influence du froid, soit sec, soit humide, influence surtout puissante quand elle succède à une augmentation de la chaleur normale du corps. Parmi les autres espèces, nous signalerons principalement: i°le coryza ou l’enchifrènement qui accompagne la rougeole; 2° celle que l’on observe assez souvent chez les individus atteints de la maladie qu’on appelle fièvre typhoïde; 3° la moi'vr, qui se communique du cheval à l’homme et dont nous ferons l’objet d’une description spéciale ( cette inflammation spécifique qu’on observe dans la morve aiguë de l’homme et des animaux, consiste en une sorte d’éruption pustuleuse à laquelle succèdent rapidement des ulcérations gangréneuses, à surface grisâtre, quelquefois saignante, abreuvée d’un mucus puriforme ou d’un pus terne, fétide, qui, pendantla vie, paraît irriter les parties sur lesquelles il coule).
Commençons par l’inflammation la plus ordinaire de la membrane muqueuse des fosses nasales, et ayons soin en la décrivant de faire connaître les circonstances fondamentales des autres espèces , la morve proprement dite exceptée, qui sera étudiée à part.
Comme toutes les inflammations, la rhinite, quelle que soit d’ailleurs son espèce , est susceptible de divers degrés d’intensité.
(i) Coryza, catarrhe nasal, enchifrcnement , rhume de cerveau, morve, rhinorrhée, etc.
MUNITE.