‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 68 sur 119 · I. Itliinitc «Impie · texte numérisé non relu

I. Itliinitc «Impie

§ I". Caractères anatomiques.

A. Rhinite aiguë. Les auteurs ne nous ont encore rien donné sur l’anatomie pathologique de la rhinite aiguë; et il ne faut pas s’en étonner, puisqu’un simple rhume de cerveau n’est pas une maladie qui, seule et isolée de toute complication, se soit jamais terminée par la mort. Mais ou peut, jusqu’à un certain point, faire l’anatomie pathologique du coryza pendant la vie des malades , et plusieurs des symptômes que nous indiquerons un peu plus loin ne sont réellement autre chose que de véritables caractères anatomiques de cette maladie.

B. Rhinite chronique. L’inflammation chronique de la membrane muqueuse des fosses nasales entraîne à sa suite: i° l'épaississement, l’hypertrophie de cette membrane et des tissus sous-jacents, qui finissent par prendre une part plus ou moins considérable à son affection ; 20 l’ulcération des parties indiquées , et c’est là un des caractères de la maladie connue sous le nom d’ozè/ie; 3° les diverses transformations de tissu et productions accidentelles dont nous avons parlé ailleurs. Nous ne faisons que mentionner en passant les lésions organiques consécutives à larhinite chronique, attendit que leur étude détaillée rentre plus spécialement dans cette branche de la médecine qui porte le nom de chirurgie ou de pathologie externe , chirurgicale (1).

Les altérations du produit normalement sécrété parla membrane muqueuse des fosses nasales enflammée d’une manière aiguë ou chronique seront exposées ci-dessous.

§ II. Symptômes et diagnostic.

A. Rhinite aiguë.

a. Symptômes locaux. i° Sentiment de chatouillement, de démangeaison dans les fosses nasales, avec rougeur, cha-

(1) Voyez Traité de pathologie externe , par Vidal ( de Cassis). Paris, J 840 , t. IV, pag. 85 et suiv.

3(j(5 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

leur , turgescence, gonflement, boursouflement de lu membrane pituitaire, et par suite difficulté du passage de l’air à travers les fosses nasales, ce qui constitue le phénomène de Y enchfrèmment Les malades disent alors qu’ils ont le nez bouché, et sont obligés de respirer en grande partie par la bouche (i). Sentiment d’une douleur rjravative vers la racine du nez et les sinus frontaux; envies fréquentes de moucher et d’éternuer, même quand il n’existe pas de matière à expulser dans les lusses nasales (à) ; dans quelques cas, l’éternument et le besoin de moucher sont continuels, et tourmentent singulièrement les malades ; perle plus ou moins complète de l’odorat, voix nasonnée.

2° Au début de l’inflammation, il existe ordinairement un état de sécheresse plus ou moins prononcée de la membrane pituitaire ; mais il survient bientôt une sécrétion plus ou moins abondante de cette membrane, et de là les noms de catarrhe nasal , de rhume de cerveau , sous lesquels on a désigné la maladie qui nous occupe. Cette irritation , sécrétoire donne naissance à un produit qui varie selon la période de la maladie. Il consiste d’abord en un liquide aqueux, ténu, clair, transparent, un peu salé, agaçant, irritant les parties sur lesquelles il coule , la lèvre supérieure particulièrement (3). Plus tard , le secretum de la

(1) Chez les enfants à la mamelle, le phénomène île l’obstruction des fosses nasales entraîne une assez grande difficulté dans l’acte de téter, car cet acte exige l’occlusion de la bouche, et les petits malades ont besoin de l’ouvrir souvent pour respirer.

(2) Ce phénomène est l’équivalent ou l’aiValogue de ces efforts de vomissement, de défécation, d’urinement, etc., que l’on observe dans certaines formes d’inflammation des membranes muqueuses de l’estomac, du rectum , de la vessie, etc.

(3) On a peut-être un peu exagéré la propriété âcre ou irritante de ce liquide. Il ne faut pas oublier, en effet, que I irritation de la membrane pituitaire tend à se propager aux parties voisines, et que le sécrctum qui abreuve cës parties déjà irritées ajoute seulement à leur irritation moins comme agent très irritant par lui-mêine , que comme simple corps étranger.

RHIMTK.

membrane enflammée s’épaissit, devient opaque, dune teinte blanchâtre , verdâtre ou jaunâtre, et on y trouve quelquefois des stries ou des grumeaux de sang. l’eu à peu la quantité de ce mucus nasal diminue, et la sécrétion de la membrane pituitaire revient à son état normal.

Voilà quels sont les symptômes locaux d’une rhinite d’une intensité modérée. Lorsque cette maladie atteint son maximum d’intensité, aux symptômes indiqués s’ajoutent les suivants : gonflement et rougeur du nez, de la lèvre supérieure et de la partie voisine des joues ; yeux rouges , injectés, sensibles à la lumière, secs ou larmoyants; pesanteur et douleurs de tète, tendance à l’assoupissement, à la somnolence; sentiment d’une chaleur générale de la lace, dont les artères battent avec plus de force qu’à l’état normal.

Tous ces phénomènes sont le résultat de l’extension, de la propagation, de la diffusion de l’inflammation par voie de contiguïté et de continuité.

b. Symptômes généraux ou réactionnels . Il n en existe pas dans la rhinite peu intense. Mais dans son maximum d’intensité, cette maladie est accompagnée d’un léger mouvementfébrile, avec malaise général, accablement, brisement des membres, perte de l’appétit, insomnie.

B. Rhinite chronique.

Tant que la rhinite n’a pas encore entraîné à sa suite de graves altérations organiques dans la membrane muqueuse nasale, et les parties sur lesquelles celle-ci se déploie , les symptômes restent à peu près tels que nous les avons décrits; mais lorsque des ulcérations, des hypertrophies, des dégénérescences fongueuses ou autres se sont opérées, ces effets de la rhinite indéfiniment prolongée deviennent à leur tour causes de symptômes particuliers, tels qu’un simple écoulement d’une matière muqueuse plus ou moins épaisse , mais non décidément purulente ( rhinorrhée), un écoulement purulent et fétide dans le cas d’ulcération (ozène), une difficulté plus ou moins insurmon-

368 PHLEGMASIES et irritations en particulier. table au passage de l’air à travers les fosses nasales, avec altération nasonnée de la voix et de la parole , dans le cas d’hypertrophie et de productions accidentelles qui ont donné lieu au rétrécissement des fosses nasales, etc.

Je n’insisterai pas, d’ailleurs, sur le diagnostic de ces différentes altérations, attendu que cette étude rentre particulièrement dans le domaine de la pathologie externe. C’est au moyen de l’inspection (t), du toucher, soit avec le doigt seul, soit avec le doigt armé de la sonde, etc., que le chirurgien explore les fosses nasales et parvient à reconnaître les divers désordres organiques dont la rhinite chronique peut avoir provoqué le développement. J’ajouterai seulement que dans les cas où l’épaississement de la membrane pituitaire s’étend à la membrane qui tapisse le canal nasal, il en résulte un obstacle au libre écoulement des larmes à travers ce canal, et plus tard l’affection chirurgicale connue sous le nom de tumeur et de fistule lacrymale.

§ III. Marche et durée.

L’inflammation de la membrane muqueuse des fosses nasales qui se développe chez des sujets bien constitués ne tarde pas, en général, à se dissiper, pourvu qu’on ait le soin d’éloigner la cause , sous l’influence de laquelle elle s’est manifestée. Elle ne dure alors que quelques jours , et souvent même, quand elle est extrêmement légère, que quelques heures. Mais dans les cas où la cause n’est pas éloignée, et chez certains sujets mal disposés, chez les individus scrofuleux, par exemple, le coryza peut durer vingt, trente, quarante jours, et même plus. M. Roche cite une personne qui a conservé un coryza pendant une quinzaine d années.

La résolution est la terminaison la plus ordinaire du coryza aigu simple.

(i) Je crois que dans certains cas on se servirait avec avantage, pour cette inspection , d’un petit spéculum ad hoc.

HlllMTi:.

(garnit à la suppuration , [ulcération , la gangrène, on no les rencontre guère que dans les cas d 'inflammation de la membrane pituitaire produite par une cause délétère, telle que celle de la morve aiguë dont il sera question plus loin , etc. Selon quelques auteurs, une cause spécifique produirait aussi la terminaison diphthéritique.

Le coryza chronique est mis par les auteurs au rang des terminaisons du coryza aigu. Lorsque le coryza aigu finit par affecter cette terminaison , ou plutôt ce mode de marche ou d allure, la membrane muqueuse et les tissus adjacents deviennent le siège tantôt d'un simple travail d’hypercrinie et d hypertrophie , tantôt d’une altération profonde dans l’acte de nutrition et de sécrétion qui leur est propre, et de là, soit la simple augmentation du volume des parties, soit des ulcérations, des suppurations, des caries, des communications anormales, des productions accidentelles connues sous les noms de fongus, de cancer, etc.

§ IV. Causes.

L’impression directe ou indirecte du froid sur la membrane muqueuse des fosses nasales est la cause du coryza le plus ordinaire. Le froid humide le produit plus facilement encore que le froid sec. Tous les observateurs savent combien cette maladie est fréquente dans les temps de brouillard; il semble que l’eau dont l’air est saturé s'imbibe alors dans la membrane pituitaire , qui se gonfle à l’instar d’une éponge.

Les causes traumatiques ou chirurgicales , l’inspiration de gaz ou de vapeurs de nature irritante (gaz ammoniac, chlore, etc.), certains agents spécifiques, déterminent aussi quelquefois l’inflammation de la membrane muqueuse des fosses nasales (le coryza rubéolique est produit par une cause de la dernière espèce indiquée).

Quelques sujets, en vertu <j’u ne prédisposition spéciale, contractent bien plus facilement que d’autres le coryza

,57 0 PIILKGMASIliS KT IUUITATIONS EN PAIITICULIIÎR. ordinaire, La constitution lymphatique, scroliileuse, prédispose en particulier à celte maladie. J’ai donné mes soins à un monsieur qui ne pouvait presque jamais sortir de chez lui, dans un temps froid, sans être pris d’un coryza plus ou moins intense, affectant ordinairement la forme sécrétoire proprement dite (il ruisselait d’abord de ses fosses nasales une pluie d’humeur limpide, intarissable; puis il survenait une sécrétion moins abondante, plus épaisse, etc.). Ces coryzas multipliés avaient fini par amener un gonflement hypertrophique du nez, qui naturellement était d’un volume un peu au-dessus de la moyenne.

§ V. Traitement.

La rhinite simple est, en général, une affection si légère, qu elle se dissipe promptement d’ elle-même , pourvu que les malades aient le soin de se préserver du froid.

Si l’inflammation offrait un très haut degré d’intensité, on la combattrait avec succès par quelques applications de sangsues aux narines et sur les côtés du nez , l’inspiration de vapeurs émollientes, lespédiluves simples ou sinapisés, les boissons chaudes, diaphoniques ; les astringents locaux conviendraient dans certains cas de la rhinite chronique désignée sous le nom de rhinorrhée.

Quant aux diverses lésions organiques qui peuvent survenir à la suite d’une inflammation chronique de la pituitaire ou d’un rhume négligé du cerveau , elles réclament des topiques et des opérations qui sont particulièrement du ressort de la chirurgie.

Ce n’est pas ici le lieu d’exposer le traitement de certaines maladies dont la rhinite n’est qu’un des éléments.

Il, Ile la rhinite contagieuse et gangréneuse , ou de la morve proprement dite chez l’homme, et de l’infection générale qui en est la suite.

Bien que l’inflammation de la membrane muqueuse des fosses nasales et des tissus sous-jacents ne soit qu’un

HIIIMTE CONTAGIEUSE.

élément en quelque sorte secondaire de l’affection générale qui va nous occuper, j’ai clù nécessairement, ù l’occasion des diverses formes de la rhinite, décrire cette affection complexe à laquelle on a donné le nom inexact, incomplet du moins , de morve aigue.

Comme jusqu’ici la morve ne s’est déclarée chez l homme que par suite du contact de celui-ci avec des animaux affectés de cette maladie, ayant de traiter de la morve dans l’espèce humaine, je présenterai quelques rapides réflexions sur celle des animaux, et sur le farcin de ces mêmes animaux, lequel, de l’aveu des plus habiles vétérinaires , est de même nature que la morve.

Considérations préliminaires sur la morve et le farcin chez les

animaux.

Caractérisée par des lésions anatomiques et des symptômes qui sont essentiellement les mêmes que ceux dont il sera question plus loin à l’occasion de la morve humaine, la morve des animaux peut être aiguë ou chronique. il en est de même de ces tumeurs purulentes souscutanées qui ont reçu le nom de farcin.

Suivant M. Leblanc (i ), l’identité de nature des diverses espèces de morve et de farcin [morve chronique, morveaiguë, morve pustuleuse, morve gangréneuse' farcin chronique, farcin aigu), est si réelle qu’il est admis généralement, même par ceux qui les croient distinctes, qu’une espèce succède souvent à une autre: la morve chronique à la morve aiguë, la morve aiguë à la morve chronique, la morve gangréneuse à la morve aiguë; le farcin aigu au farcin chronique , le farcin chronique au farcin aigu, etc.

M Leblanc ajoute encore, en faveur de la consanguinité des diverses espèces de morve et de farcin, que tout le

(i) Des, diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des Jnrmcs variées d’une même affection généra le conlatjieU.se ; par M. I,c- 1)1, me. Paris, i B3q, in-8".

3 7 '2 PHLEGMASIES E l’ IRRITATIONS EN PARTICULIER.

monde reconnaît que ce sont les mêmes causes qui les produisent: seulement, dit-il, on n’est pas d’accord sur la contagion , que les uns admettent pour la morve aiguë, la morve gangréneuse et le farcin aigu, et qu’ils contestent à la morve et au farcin chroniques.

La morve et le farcin des animaux sont des maladies générales qui ont leur siège le plus apparent dans les fosses nasales et le système lymphatique; mais il y a toujours d’autres lésions concomitantes, même pour le farcin, dont la localisation dans le système lymphatique parait frappante à M Leblanc.

Une altération générale, une véritable injection des liquides constitue un des éléments fondamentaux de ces maladies.

Dans la morve et le farcin aigus, la durée dépasse rarement quinze jours ou trois semaines.

La morve chronique peut exister longtemps sans causer la mort, et sa durée ne peut être fixée d’une manière précise.

La morve peut offrir le caractère chronique dès son début.

Voici maintenant ce que nous trouvons dans le travail de M. Leblanc sur les causes de la double affection qui nous occupe :

Les travaux excessifs, le défaut ou la mauvaise qualité des aliments, l’accumulation d’un grand nombre d’animaux dans une même habitation peu spacieuse , mal aérée, dans laquelle des fumiers pourris restent longtemps, peuvent développer la morve et le farcin, indépendamment de toute contagion. C’est ainsi, dit-il, que d’autres maladies spéciales et contagieuses, telles que la pustule maligne et les autres variétés du charbon, soin spontanées dans certains cas.

Du pus provenant d’un animal atteint de la morve ou du farcin peut produire la morve, soit par inoculation , soit par application sur la muqueuse nasale. M. Leblanc

RHINITE CONTAGIEUSE.

a inoculé plusieurs fois du pus provenant d’autres maladies sans produire la morve et le larcin.

La contagion proprement dite est la cause par excellence. A l’égard de la morve et du farcin aigus, la contagion est admise par la grande majorité des vétérinaires; mais la contagion de la morve et du farcin chroniques a été fortementcontestée par divers vétérinaires, parmi lesquels se trouve M. Delafond , professeur à l’école d’Alfort. M. Delafond a été combattu victorieusement, à mon avis, par M. Leblanc (i). Nous renvoyons au mémoire dans lequel ce savant vétérinaire a consigné les faits et les raisonnements en faveur de son opinion.

En résumé, selon M. Leblanc, les diverses espèces de morve et de farcin doivent être considérées comme des formes variées d’une même affection générale, et toutes les formes de la morve et du farcin sont contagieuses, mais à différents degrés.

Cette dernière proposition est une triste vérité désormais acquise à la science. En effet, M. Leblanc s’est livré à des recherches expérimentales et comparatives sur les effets de linoculationde la morve et du farcin, desquelles il résulte :

i° Que la morve et le farcin peuvent se transmettre du cheval au cheval et à làne par inoculation; que le farcin chronique inoculé peut produire le farcin aigu; que le farcin aigu peut passer à l’état chronique; que ces deux formes de farcin peuvent être simultanées;

2° Que la morve et le farcin peuvent se transmettre de l’homme au cheval et à l’âne par voie d’inoculation.

Répétées par d’autres observateurs, les expériences de AL Leblanc ont donné les mêmes résultats.

(i) Existe-t-il, demande M. Delafond, parmi les centaines de maladies qui affligent l’espèce humaine, une maladie essentiellement chronique dont la propriété contagieuse soit bien démontrée ?

Qui ignore, dit M. Leblanc, que la teigne faveuse , maladie essentiellement chronique, est contagieuse?

H 7 h PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

Passons maintenant à l’étude de la morve aiguë contagieuse chez l’homme J étude que nous compléterons par celle du farcin , qui en est comme une dépendance.

§ Ier. Exposition de quelques recherches historiques.

En 1 8 1 i , le docteur Lorin, chirurgien-major du 1er régiment de carabiniers, a, le premier ou l’un des premiers du moins, signalé le fait de la communication de la morve et du farcin des chevaux aux hommes (i). Depuis cette époque, des faits ont été recueillis par divers auteurs que je vais citer dans l’ordre où ils ont été indiqués dans le mémoire de M. Rayer : Sidow (1817), Schilling (1821), J. Muscroft (1821-23), Renier, (1822), Thomas Tarozzi (1822), Seidler (1823), Doesselmann, Kerchwallet Schrader, Travers (1826), Arnold Grab et Krieg (i82q),M. Andrew Brown (1829), M. Numan (i83o), M. Elliotson ( 1 833) , M. Hertwig ( 1 8 3 4 ) ; M. Rrera (i834), M. Félix Yogeli ( 1 8 3 5 ) , M.Wolf ( 1 835) , M. Alexandre ( 1 836).

Il était réservé à M. Rayer de fixer plus spécialement l’attention des observateurs sur la morve de l’homme, et d’enrichir en quelque sorte de cette nouvelle maladie le cadre de la pathologie humaine. C’est ce qu’il fit dans le beau mémoire qu’il lut, en 1837, à l’Académie royale de médecine. Depuis cette époque , plusieurs observateurs français et étrangers ont recueilli de nouveaux exemples de cette affreuse maladie, et l’auteur de cet ouvrage en a lui-méme observé deux cas, dont l’un a été le sujet, d’un travail qu’il a communiqué à l’Académie royaledemédecinedans la séance du 16 novembre 184 1 (2). Mais parmi les travaux qui, après celui de M. Rayer, méri-

(1) Déjà en 1810, Waldinger, professeur de médecine à Vienne, avait dit qu’il faut prendre beaucoup de précautions en ouvrant les cadavres de chevaux morveux. Mais cela ne prouve pas suffisamment qu’il eut observé des faits analogues à celui du docteur Lorin.

(2) Voyez Bulletin de l'Académie royale de Médecine , t. VI , pag. 85 1 et t. VII , pag. 226.

fîl II MT K < :n N TAU I K US E .

tent une mention particulière, il fautplacerdeux thèses soutenuesà la Faculté de médecine de Paris : l’une, en 1842, par M. L. Arm. Lesueur; l’autre, en 1 843, par M. A. Tardieu, l’un des anciens internes de M. Rayer. On trouvera dans ces deux importantes dissertations, et surtout dans celle de M. A. Tardieu, une exposition complète de tout ce que nous possédons sur la morve de l’homme (1).

Voici quelques uns des passages du premier travail de M. Rayer sur cette maladie (2).

De nombreuses expériences ont démontré la consanguinité, l’identité delà morve et du larcin. Ces deux maladies ont pour origine commune un poison animal, et peuvent se reproduire l’une par l’autre.

La morve aiguë chez l’homme correspond à celle dite morve farcineuse aiguë du cheval, et, comme cette dernière. peut revêtir trois formes principales, savoir: i° morve aiguë pustuleuse ; i° morve aiguë gangréneuse; 3° morve aiguë pustuleuse et gangréneuse.

Dans quelques cas, une éruption cutanée pustuleuse, un écoulement épais et glutineux des fosses nasales, un aspect typhoïde, sont ce qu'il y a de plus frappant. Dans quelques autres, les symptômes de la lésion des fosses nasales sont obscurs : ce sont l'éruption pustuleuse et l’altération gangréneuse de la peau qui prédominent.

Ailleurs, M. Rayer dit : « La morve aiguë chez l’homme « a pour caractères généraux d’être produite par une » cause spéciale, l’inoculation ou l’absorption du conla- » gium de la morve et du farcin ; d’être annoncée pendant » la vie, quelquefois par des symptômes locaux d’inocula- » tion, et toujours par des symptômes généraux d’infec- » tion; de se faire connaître par un écoulement nasal,

» visible dans la plupart des cas, par une éruption pustu-

(1) De la morve et du farcin chronique chez l’homme et les solipèdes. Paris, i843, in— 4.

(2) De la Morve et du Farcin chez l'homme; par P. Rayer. ( Mer», dé l’Académie roy. de Méd, Paris, 1837. T. VI, pag. 625 et suiv.)

» leuse, et quelquefois par des bulles gangréneuses à la » peau, presque toujours par des abcès sous-cutanés mul- » tiples, et par une éruption dans les fosses nasales que » l’on a constamment trouvée après la mort, quand on l’a » cherchée, et qui, le plus souvent, s’étend dans le larynx » avec inflammations lobulaires et circonscrites dans les » poumons. J’ajoute que cette maladie est susceptible » d’être reportée de l’homme sur le cheval ou sur l’âne, » par l’inoculation du pus, de l’humeur des pustules ou ’> des bulles gangréneuses. »

Dans d’autres cas plus analogues encore à ceux de la morve aiguë farcineuse du cheval, les douleurs des membres, les collections purulentes sur diverses régions du corps, l’inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques forment, au début, le caractère le plus saillant. Enfin dans d’autres cas, plus graves et plus promptement mortels , tous les symptômes apparaissent rapidement et à la fois.

M. Rayer partage les i 5 cas qu’il a rassemblés en deux séries : l’une comprenant ceux où une matière morveuse a été évidemment inoculée , et l’autre, ceux où la morve parait avoir été contractée par infection (i).

§ XI. Lésions constatées par l’autopsie cadavérique.

i° Habitude extérieure et organes externes. On observe constamment sur la peau les traces d’une éruption pustuleuse. On trouve dans le mémoire de M. Raver des dé-

(i) Dans le premier cas observé par M. Rayer (celui de Prost , palefrenier de cinquante-hnit ans) , ce savant observateur ne diagnostiqua d’abord qu’une fièvre typhoïde d e forme rare. Plus tard, ce cas lui rappela tout-à-coup les faits observe'spar M. Elliotson , et publiés dans son important travail Sur la morve aiguë chez l’homme ( mémoire publié , en I 833, dans les Transactions méitico-chirurg ica les). Il diagnostiqua jionc cette maladie, et ce diagnostic fut adopté par MM. Andral et Velpeau, après qu’ils eurent examiné le malade.

KHlXlTi: nONT \ 01 LUS K.

tails nombreux sur les pustules morveuses. Il en résulterait que ces pustules, disséquées avec soin, auraient présenté des caractères anatomiques assez analogues à ceux des pustules varioliques. Elles n’étaient pas ombiliquées comme ces dernières (rappelons ici que toutes les pustules varioliques ne sont pas elles-mêmes ombiliquées). Au reste, toutes les pustules morveuses ne se ressemblaient pas exactement. Examinée au microscope, la matière d’une des pustules des moins avancées ne présenta pas à M. Donné les caractères du pus. On y voyait « un certain nombre de globules que l’on ne pouvait méconnaître pour être de véritables globules sanguins , altérés , mais présentant encore leur coloration jaunâtre. » De son côté, M. le docteur Gluge, ayant examiné au microscope la matière contenue dans plusieurs pustules plus anciennement développées, y distingua, mais en très petite proportion, des globules de pus ayant l’aspect ordinaire , renfermés dans une matière tenace, cohérente, à surface granuleuse. On ne peut encore rien conclure de recherches si peu nombreuses

Une bulle gangréneuse située au-dessous de l’oreille offrit à M. Rayer les dispositions suivantes : l’épiderme, inégalement soulevé à sa circonférence, formait comme unepetite guirlande de vésicules violacées, qui contenaient de la sérosité sanguinolente. Au-dessous de l’épiderme , le derme était noir, ramolli en plusieurs points dans toute son épaisseur, et fortement imbibé de sang noirâtre; audessous des points de la peau noirs et ramollis, le tissu cellulaire sous-cutané était également ulcéré.

La gangrène (pii s était emparée du côté droit du gland, chez le sujet des recherches que nous analysons, intéressait toute l’épaisseur de la membrane muqueuse; et le tissu propre du gland, infiltré de sang noirâtre, contenait, en outre, des stries et des points de pus assez consistant.

A 1 extérieur, ou rencontre aussi des traces d inflammu-

37 8 PIILEGMASIES Kl' IRRITATIONS EN PARTICULIER.

lions suppuratives du tissu cellulaire sous-cutané ou intennusculaire, ainsi que des synoviales des articulations ou des gaines tendineuses, et d’inflammations érysipélateuses, furonculeuses, avec ou sans gangrène. On trouve souvent en même temps des traces d’inflammation de diverses veines des membres. « Après la mort, dit M. Ilayer, on a rarement examiné les vaisseaux et les ganglions lymphatiques, lors même que leur inflammation avait été constatée pendant la vie, dans des cas de morve inoculée : ce sont de nouvelles recherches à faire. » Les médecins vétérinaires, et entre autres M. Leblanc, répondant à l’appel de M. Rayer, ont beaucoup insisté sur l’angioleucite dans les cas de morve et de farcin.Nous renvoyons à leurs ouvrages.

?.° Fosses nasales et autres parties de l'appareil respiratoire. La membrane muqueuse des fosses nasales est tapissée d’un mucus purulent, glutineux, ou d’une sanie grisâtre; elle est d’un rouge plus ou moins foncé, quelquefois livide, plus ou moins épaissie, et parsemée de pustules plus ou moins volumineuses , d’ulcérations avec ou sans perforations de la cloison, etc., de plaques grisâtres, brunâtres , d’apparence gangréneuse. Cette lésion peut occuper toute l’étendue des cavités nasales , sans en excepter les sinus frontaux, et envahit quelquefois les parties voisines, telles que le voile du palais, le pharynx, les amygdales, les régions les plus reculées de la membrane muqueuse buccale. Le larynx lui-même et l’épiglotte en particulier sont assez souvent le siège d’une éruption pustuleuse, d’ulcérations et de plaques gangréneuses.

3° Appareils digestif , circulatoire et nerveux. Ces, appareils n’ont offert aucune altération constante et propre à l’espèce de maladie qui nous occupe... « Le cœur et les gros vaisseaux en particulier n’ont point offert, selon M. Rayer, d’altération remarquable. Le sang, quelquefois couenneux au début de la maladie, était liquide et peu consistant

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