RH I N I T K CONT AG I EUS K
dans les derniers temps ou après la mort. » Nous ajouterons que ce point réclame impérieusement de nouvelles recherches.
§ III. Symptômes et diagnostic (1).
I. A l'époque où M. Rayer publia son remarquable travail sur la morve, les observations étaient encore trop peu nombreuses pour qu’il pût exposer avec quelque précision l’ordre dans lequel se succèdent les symptômes de l’infection générale. Aujourd’hui même (1844) °h nous possédons vingt à trente observations nouvelles, il nous manque encore bien des données exactes et positives sur les différentes périodes de l’évolution de l’affection générale et des affections locales qui concourent en quelque sorte à la composition de la maladie qui nous occupe. Voici l’exposition des symptômes fondamentaux et caractéristiques de la morve aiguë bien développée :
Fièvre plus ou moins intense, précédée ou non de frissons, pouvant offrir dans les premiers temps une forme inflammatoire assez pure , mais ne tardant pas à revêtir la forme dite typhoïde.
Le sang que nous avons retiré par la saignée à un malade chez lequel la fièvre morveuse existait encore sous forme inflammatoire, nous offrit un caillot ferme, recouvert d’une véritable couenne inflammatoire , mais il présenta les caractères du sang typhoïde chez un autre malade qui fut saigné à une époque où l’infection septique avait donné lieu aux phénomènes typhoïdes.
Douleurs dans la continuité des membres ou dans leurs articulations, ou dans les deux endroits à la fois , douleurs qui simulent, jusqu’à un certain point, les douleurs dites
(i)Il ne sera question ici que de la morve aiguë contractée par infection. Pour la morve contractée par inoculation, il y a une période d’incubatione t des phénomènes spéciaux dans la partie par laquelle l’inoculation s’est opérée. Comme cette forme n’a été observée que chez les animaux, nous renvoyons aux ouvrages des médecins vétérinaires.
rhumatismales, avec lesquelles elles ont été assez souvent confondues. Ces douleurs sont accompagnées de tension, de gonflement, et bientôt on constate la présence de foyers purulents dans les régions qui en sont le siège, foyers plus ou moins nombreux, plus ou moins étendus, et connus aujourd’hui sous le nom c Yabcès multiples.
Un des caractères les plus frappants, les plus constants, les plus essentiels de la morve aiguë consiste dans l’éruption sur diverses régions du corps de pustules qui ont une assez grande ressemblance avec celles de la petite- vérole, bien qu elles en diffèrent néanmoins assez sous quelques rapports pour qu’on puisse les en distinguer au moyen d’un examen attentif; elles peuvent être aussi comparées aux pustules de l’ecthyma, et le lecteur n’aura pas sans doute oublié qu’à notre article Ecthyma, nous avons déjà insisté sur ce rapprochement.
L’éruption pseudo- variolique dont il s’agit, plus ou moins discrète, est ordinairement accompagnée d’ampoules ou de bulles gangréneuses développées sur des portions de peau frappées d’un érysipèle de mauvaise apparence. Ces bulles et cette affection érysipélateuse apparaissent avec une sorte de prédilection sur le nez et les parties voisines, ce qui tient, si je ne me trompe, à l’existence de l’affection grave dont les fosses nasales sont le siège, dans les cas de morve complète et bien conditionnée, s’il est; permis de parler ainsi.
Dans la grande majorité des cas ( dans onze des quinze cas rapportés par M. Rayer), on a constaté cet écoulement spécial par les narines , connu sous le nom de jetage chez les chevaux morveux , ou bien la présence de la matière de cet écoulement dans les fosses nasales. Le jetage a été, d’ailleurs, rarement considérable, et consistaiten une matière liquide jaunâtre, visqueuse, concrescible , plus on moins adhérente aux parties avec lesquelles elle était en contact, le plus ordinairement formée d’un pus sordide,
RHINITE CONTAGIEUSE.
taché ou non île stries de sang. Chez les malades atteints d’une véritable morve aiguë qui n’ont pas présenté le symptôme jetage , tout porte à croire qu’en raison de la position déclive de la partie postérieure des fosses nasales dans le décubitus qu’ils affectent, la matière sécrétée dans les fosses nasales s’est fait jour parleur partie postérieure, et l’on a cité des malades qui eurent effectivement un écoulement par la bouche, ou qui rendirent des crachats morveux provenant des fosses nasales (0* On n’a pas jusqu’ici noté de fétidité bien marquée des narines proprement dites. J’ai plusieurs fois flairé ces parties chez celui de nos deux malades dont les fosses nasales étaient profondément affectées, sans être frappé de cette fétidité.
Dans quelques cas néanmoins on a fait mention d’une haleine fétide et puante , sans préciser la cause et le point de départ de ce phénomène.
Quelques malades se plaignent de mal de gorge, de difficulté d’avaler, d’enrouement (dans ces cas, l’affection des fosses nasales a envahi l’arrière-gorge et le larynx).
Il survient assez rarement du délire dans la première période de la maladie ; mais il se manifeste à peu près constamment dans la dernière période. Ce délire est, en général, assez calme, et accompagné d’un état de stupeur et de somnolence auquel succède souvent un véritable état comateux.
II. Il semblerait au premier abord que rien ne soit plus facile à diagnostiquer que la morve aiguë. S’il en était
(i) Nous n’observâmes point de jetage dans les deux cas qui nous sont propres, bien que, dans l’un de ces deux cas , la lésion des fosses nasales fût des plus profondes et des plus étendues. Chez Piost, le sujet de la première observation du mémoire de M. Rayer, on n’observa point non P1 us de jetage, soit que, selon notre savant confrère, les mucosités nasales tombassentdaus le pharynx (le malade étant constamment cotichésurle dos), ou que leur sécrétion fût peu considérable. Mais, ajoute M. Rayer, Prost rendit un petit nombre de crachats qui provenaient probablement des
narines.
382 PHLEGMASIES ET UUUTAT10NS EN PAIITICULIEK. cependant ainsi, comment se ferait-il que la connaissance de cette maladie, ne date que d’une époque toute récente? Tout porte à croire que la morve de l’homme a existé autrefois comme aujourd’hui, et que s’il n’en a pas été question plus tôt, c’est qu’elle avait été méconnue et confondue avec d’autres maladies de nature septique comme elle. Sans doute, aujourd’hui que l’attention est fixée sur elle, cette maladie sera bien rarement l’objet d’erreurs de diagnostic , et elle a été reconnue dans ces derniers temps chez des sujets qui naguère encore auraient été considérés comme atteints d’autres affections. Rappelons ici quelques faits propres à justifier quelques unes des précédentes réflexions.
Le premier jour où il examina le sujet de la première des observations de morve aiguë qu’il a rapportées dans son mémoire, M. Rayer ne reconnut point cette maladie, et il déclare qu’il s'arrêta à la pensée que ce pouvait être, une forme rare de la fièvre typhoïde. Mais, plus tard, frappé de la ressemblance de ce cas avec ceux dcmorv 1 aiguë chez l’homme déjà publiés par M. Elliotson, M. Rayer corrigea son premier diagnostic.
Le premier cas de morve aiguë chez l'honnue que j’ai rencontré ne fut point non plus d’abord rapporté par moi à celte maladie. Je le considérai connue un exemple de cette fièvre typhoïde qui se développe sous linfluencede ce qu’on désigne assez généralement aujourd’hui sous le nom de phlébite suppurative ou d infeciion purulente. Plusieurs des personnes qui assistaient à la visite croyaient à l’existence d une fièvre typhoïde proprement dite. Je ne pus partager leur opinion, et je fis expressément écrire sur la feuille de diagnostic : fièvre inflammatoire avec appareil typhoïde (i), sans inflammation des plaques fiollicu-
( i ) IL semblerait y avoir ici quelque contradiction dans 1rs termes Par ces termes, j’ai voulu dire qu’aux phénomènes annonçant une tièvre inflammatoire essentielle des anciens, se joignaient un certain nombre de 1