ET DE SES PRINCIPALES ESPECES
Dans nos réflexions préliminaires sur les inflammations de l’appareil respiratoire en général , nous avons montré comment on devait diviser ces inflammations, d’après leur
39â PI1LEGMASIES F.T IRRITATIONS EN PARTICULIER, siège dans tel ou tel des éléments constitutifs de l'appareil indiqué, et nous avons fait alors une application de ce principe à celles du larynx en particulier. Ainsi que nous l’avons dit alors, nous ne nous occuperons spécialement que de l’inflammation de la membrane muqueuse, des replis ligamenteux sur lesquels elle se déploie , du tissu cellulaire intérieur ou extérieur du larynx et de l’épiglotte.
Dans une violente inflammation du larynx, tous ou presque tous les tissus constituants de cet organe participent à la maladie d’une manière plus ou moins tranchée, et si elle se prolonge, elle amène de graves et profondes altérations, non seulement dans la membrane muqueuse, mais encore dans les tissus cellulaire, musculaire, cartilagineux, etc., du larynx. Ces profondes altérations, telles que les ulcérations, les caries, les suppurations, les tubercules, etc., ont été décrites sous le nom de phthisie laryngée. Divers auteurs ont fait de cette maladie une affection distincte de la laryngite : c’est une erreur qui n’est pas encore entièrement dissipée. Nous voyons avec plaisir que cette doctrine n’a point été adoptée par M. le professeur Cruveilhier, lequel, dans son article Laryngite du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , décrit la phthisie laryngée comme une forme de la laryngite chronique, forme à laquelle il donne le nora de laryngite ulcéreuse. Nous tâcherons de déterminer plus loin les conditions qui favorisent le développement de cette forme de la laryngite prolongée ou chronique.
Ce n’est point à la légère et sans mûr examen que nous avons considéré le croup ou l’affection pseudo-membraneuse diphthéritique du larynx comme constituant une simple espèce de laryngite aiguë, et non une maladie spéciale que l’on ne doit pas ranger dans la famille des phlegmasies. Autant que tout autre, nous savons rendre justice aux recherches de M. Bretonneau sur la diphthérite; mais l’observation exacte ne lions permet pas d’admettre à la
LARYNOITK.
lettre, et en quelque sorte servilement , tout ce qu’il a dit de l’influence de constitutions médicales spéciales sur le développement de cette forme de laryngite aiguë. De ce que certaines conditions, soit individuelles ou propres à l’état constitutionnel des sujets , soit extérieures ou étrangères aux sujets, auraient effectivement le privilège d’imprimer à l’inflammation de la membrane muqueuse du larynx la forme diphthéritique , il ne s’ensuivrait pas qu’il en fût ainsi dans tous les cas de cette forme de laryngite. En effet, il est démontré de la manière la plus évidente, par des cas innombrables, que sous l’influence de la cause • la plus ordinaire de tant de phlegmasies, je veux dire du froid, l’inflammation du larynx, chez les enfants, affecte malheureusement trop souvent la forme croupale ou diphthéritique. Ce fait est et demeure acquis à la science. Que l’on s’efforce donc par tous les moyens possibles de déterminer quelles sont les circonstances, les conditions en vertu desquelles une laryngite ou d’autres phlegmasies affectent tantôt la forme diphthéritique , et tantôt ne l’affectent pas : certes, on ne saurait trop applaudir à de pareils travaux ; mais que , tombant dans une erreur dangereuse, et exagérant l’influence de certains éléments étiologiques obscurs aux dépens d’autres éléments étiologiques de toute évidence, on n’aille pas d’une part enseigner que la présence d’une exsudation diphthéritique est une circonstance qui contre-indique la méthode antiphlogistique par excellence, ni que cette exsudation n’apparaît jamais que sous le règne d’une cause spécifique, essentiellement différente des causes ordinaires des maladies inflammatoires. Que l’espèce, en un mot, ne fasse pas oublier, méconnaître le genre, et que la Jorme n’emporte pas 1 e fond.
I. De la laryngite proprement dite , ou de l’inflammation de la membrane muqueuse du larynx.
Considérée sous le rapport des altérations quelle amène
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à sa suite , selon ses divers degrés d’intensité et selon ses périodes , cette pldegmasie a été divisée en plusieurs espèces.
A un degré léger, elle ne donne point lieu à l’ulcération et à la suppuration qui est la suite de celle-ci , ni à la formation de pseudo-membranes, etc.; mais à un degré plus élevé, elle ne tarde pas à produire les lésions que nous venons de nommer.
L’inflammation de la membrane muqueuse du larynx, considérée sous le point de vue du sécrétum auquel elle peut donner lieu, comprend donc deux espèces particulières : l’une dans laquelle ce sécrétum n’est que du mucus plus ou moins modifié; l’autre dans laquelle ce même sécrétum n’est autre chose qu’une matière pseudo-membraneuse. Ces deux formes ne tiennent-elles qu’à une différence d’intensité, ou bien à une différence de siège, la première affectant spécialement les follicules muqueux de la membrane;l’autre, le tissu propre de cette membrane, quise rapproche un peu de celui des membranes séreuses? Cette dernière opinion paraîtrait assez probable. Quoi qu’il en soit, on peut désigner l’une sous le nom de laryngite cat/iarrale,h. laquelle se rattacherait la forme ulcércitive , et l’autre sous celui de laryngite pseudo-membraneuse ou croupale. Enles décrivant dans un seul et même article, nous aurons soin d’insister sur les particularités de chacune d’elles.
Il existe bien encore une troisième forme, savoir, la laryngite pustuleuse; mais comme elle ne se rencontre guère que dans la variole , nous n’avons pas cru devoir lui consacrer ici une description particulière. J’avoue, au reste, que je ne sais trop à quel élément particulier de la membrane muqueuse rattacher la forme pustuleuse.
§ Ier. Caractères anatomiques.
A. Etat aigu. — i° Laryngite simple, catarrhale. Une rougeur et une injection plus ou moins vives, avec un certain
L Ail Y N G HT:.
boursouflement de la membrane muqueuse, surtout dans la région des cordes vocales, sont les seuls caractères anatomiques de la laryngite la plus simple. En même temps , on peut trouver à la surface de la membrane muqueuse une certaine quantité d’un mucus plus ou moins épais, quelquefois puriforme.
Dans un degré plus avancé et lorsque les follicules ont été le siège principal de l’inflammation ( laryngite folliculeuse), on rencontre des ulcérations plus ou moins profondes. Dans un cas que j’ai publié en 1825, il existait au côté gauche du larynx une ulcération à fond grisâtre , à bords rouges et relevés , tout-à-fait semblable a un aphte ou à un chancre. Que si l’inflammation s’est propagée au tissucellulaire sous-muqueux , on peut trouver une infiltration purulente ou de petits abcès (1).
i° Laryngite pseudo-membraneuse ( croup laryngé). Le caractère anatomique de cette forme de laryngite, comme l’indique l’adjectif pseudo-membraneuse , consiste dans la présence d’une pseudo-membrane plus ou moins épaisse, plus ou moins glutineuse, et par suite plus ou moins adhérente au tissu qui l’a sécrétée. Cette pseudo-membrane
(1) M. Cruveilhier rapporte les cas suivants. Un adulte affecté d’dngine laryngée légère succombe à une pneumonie : rougeur très vive de la muqueuse du larynx, avec infiltration légère des replis aryténo-épiglotliques. — Un jeune homme de dix-huit ans, affecté de rougeole avec laryngite, succombe à des accidents cérébraux, huit jours après l’invasion delà laryngite: muqueuse laryngée rouge et épaissie; bord supérieur de laglotte éraillé; une petite perte de substance, qui a mis à découvert la base du cartilage aryténoïde; l’inflammation de la muqueuse s’était propagée au tissu cellulaire sous-muqueux. — Un jeunehomme de vingt ans, convalescent d’une entérite tolliculeuse, meurt huit jours après l’invasion d'une angine laryngée : rougeur vive du larynx, avec tuméfaction de la muqueuse, et abcès dans le repli épiglotti-aryténoïden droit. Dépouillé de son périchondre , le cartilage aryténoïde comme érodé à sa surface , nageait pour ainsi dire dans le pus. — Dans un autre cas, M. Cruveilhier dit avoir trouvé tous les follicules du larynx enflammés, et de telle sorte que la surface intérieure de cet organe présentait une multitude de petites ulcérations superficielles.
398 PHLEGMAS1ES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, se prolonge assez souvent dans la trachée-artère et ses divisions, ainsi que dans le pharynx, et plus rarement dans les fosses nasales. Dans les cas de croup qu’il a observés , M. Boudet a rencontré les pseudo-membranes aussi fréquemment dans la trachée que dans le larynx, et elles occupaient une partie plus ou moins considérable des bronches dans un peu moins de la moitié des cas. Les pseudo-membranes étendues aux bronches ont été aux pseudo-membranes bornées au larynx et à la trachée, dans la proportion d’un peu plus des deux tiers (:: 12 : 17). Dans un relevé donné par M. Guersant (ai t. Croup du Dict. de méd . en 2 5 volum .), la proportion est de moitié environ (: : {2 : 78).
Dans quelques cas, la pseudo-membrane est régulièrement tabulée, et représente la forme de l’organe qui lui a pour ainsi dire servi de moule : on y voit l’empreinte des cerceaux cartilagineux du canal aérien; d’autres fois, elle se présente sous forme de plaques isolées ; quelquefois enfin, ainsi que l’a observé M. Boudet, on ne trouve qu’une couche amorphe, pelliculaire, qui se confond insensiblement avec le mucus visqueux du voisinage. C’est à tort que Royer-Collard , Valentin et d’autres ont prétendu que la pseudo-membrane ne pouvait offrir d’organisation réelle. M. Boudet a rapporté une observation dans laquelle une pseudo-membrane du larynx et de la trachée présentait dans son épaisseur une multitude de stries rougeâtres et de tractus vasculaires bien manifestes : on aurait dit une muc/ueuse de nouvelle formation .
La portion de membrane muqueuse sous-jacente aux pseudo-membranes est plus ou moins rouge et tuméfiée, quelquefois ulcérée, avec ou sans collections purulentes clans le tissu cellulaire sous-muqueux. Toutes les fois qu à l’ouverture M. Boudet ne trouva p as de pseu d 0 -membranes, il rencontra des ulcérations ou un épaississement considérable de la muqueuse.