‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 74 sur 119 · I. Laryngite simple , catarrhale , phlegmoneuse · texte numérisé non relu

I. Laryngite simple , catarrhale , phlegmoneuse

État aigu. Le traitement de cette espèce de laryngite sera dirigé d’après les principes et les règles que nous avons déjà si souvent exposés , accommodés au siège et autres circonstances particulières de la phlegmasie. A un degré léger, la maladie se dissipe comme d’elle-inème, pourvu que ses causes aient cessé d’agir. A un degré moyen, il convient de recourir aux émissions sanguines. S’il n’existe pas de réaction fébrile ou s’il en existe à peine, il suffira des émissions sanguines pratiquées sur la région du larynx. Dans le cas de réaction fébrile un peu forte, la saignée générale pourrait, devrait même être combinée avec les saignées locales. A plus forte raison devrait-il en être ainsi s’il existait une fièvre violente, en même temps que des symptômes d’une laryngited’extrême intensité. Ce serait s’exposer souvent à d’amers regrets que de ne pas recourir alors à cette formule , dont nous avons fait connaître ailleurs les résultats dans le traitement de tant d’autres phlegmasies (i).

État chronigue. Bien traitée , la laryngite aiguë ne se transformera point en laryngite chronique, et c’est là un des plus précieux avantages de la nouvelle formule. Mais si, par suite d’un traitement mal dirigé, cette terminaison avait lieu, que faire? Tant qu’il existe de véritables phénomènes d irritation et d’inflammation, et si les sujets ne sont pas dans un état anémique qui ne permet plus d’enlever de sang, il convient de recourir à quelques saignées

(i) Si par suite de la violence de l’inflammation, l’air ne pouvait passer h travers le larynx, on se verrait forcé de recourir à l’opération de la trachéotomie, dont nous parlerons plus lias. M. Cruveilliier a rapporté un cas d’après lequel, à l’instar d’une pseudo-membrane, une certaine masse de mucus purulent et desséché aurait déterminé des accidents de suffocation, et réclamé la trachéotomie. (Voyez l’art. Laryngite du Dictionn. de tnéd, et de chir. pratiques , t. XI, p. 21 et suiv.)

locales d’abord , puis aux révulsifs, aux exutoires, aux fumigations appropriées, etc.

Lorsque, à la longue, il est survenu les diverses lésions organiques indiquées plus haut, et qu’il en résulte un obstacle considérable au passage de l’air à travers le larynx , c’est aux moyens chirurgicaux qu’il est urgent de recourir, entre autres la trachéotomie. Nous renvoyons au mémoire deM. Trousseau ceux qui voudraient avoir de plus amples détails sur ce point.

il. Laryngite croüpaleou pseudo-membraneuse.

a. Outre les indications que présente cette phlegmasie en commun avec toutes les maladies de la même famille , elle en offre une spéciale qui consiste à remédier par des moyens appropriés à la suffocation que peut entraîner la présence de la pseudo-membrane. C’est une sorte de corps étranger que cette pseudo-membrane; et vu l’obstacle qu’il peut opposer au passage de l’air, il est quelquefois plus urgent de combattre l 'effet que de combattre la cause ellemême.

S’il est une phlegmasie au traitement de laquelle s’adapte merveilleusement en principe la nouvelle formule des émissions sanguines, bien accommodée k toutes les conditions des cas particuliers , c’est assurément celle qui nous occupe. Malheureusement, ma position ne m’a pas permis d’appliquer cette formule à cette phlegmasie, et je ne sache pas que cette application ait été rigoureusement tentée par ceux de mes confrères queleur pratique dans un hôpital d’enfants met à même d’observer souvent le croup. Je conviens qu’ii faut apporter une grande prudence dans cette application, eu égard à l'àge tendre des sujets chez lesquels sévit le plus ordinairement la maladie qui nous occupe ; mais la mortalité est si effrayante sous l’influence des pratiques jusqu’ici employées, qu’il est plus que légitime d’en essayer une à laquelle tout semble promettre des résultats plus favorables.

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Pour remplir l'indication fournie par la présence de la fausse membrane , on a proposé principalement les vomitifs et l’opération de la trachéotomie (i).

Lorsque les efforts de toux que détermine par elle-même la maladie, ou qui sont provoqués par les moyens de l’art, et que les efforts de vomissement produits par l’emploi de i’ipécacuanha ou du tartre stibié n auront pas donné issue à la pseudo-membrane, et que les malades seront en proie aux accidents d’une imminente suffocation , il ne reste plus qu'une dernière ressource, celle de frayer une nouvelle voie à l’air, indication qu’on remplit au moyen de la trachéotomie.

Il est vrai que jusqu’à ces derniers temps, ce suprême refuge, ce moyeu extrême ne paraissait pas devoir amener définitivement des résultats bien favorables : aussi Royer- Collard, MM. Bricheteau, Guersant et beaucoup d’autres, s’étaient-ils constitués les adversaires de l’opération indiquée. Mais les nouveaux faits publiés par M. Bretonneau , et plus récemment par M. Trousseau, sont beaucoup plus favorables à la trachéotomie que les faits antérieurs ne permettaient de l’espérer; et sur la foi de ces auteurs, à défaut de notre expérience personnelle, nous- croyons devoir engager les praticiens à ne pas s’abstenir de cette opération, dernière ancre de salut pour les malades. Toutefois il est bien entendu qu’avant de s’y décider on n’aura négligé aucun des moyens qui auraient pu en prévenir la nécessité.

Voici comment s’exprime Duges sur une foule d'autres

(i) Dupuytren avait proposé de détacher et d’enlever la pseudomembrane au moyen d’une éponge introduite dans le larynx à la faveur d’une tige flexible, à l’extrémité de lacptelle elle aurait été fixée. Mais, comme l’a fait remarquer Dugès , il est bien difficile de mettre à exécution cetteidée hardie et ingénieuse , et la présence de l’éponge entraînerait vraisemblablement des accidents d’asphyxie. De plus, suivant une autre remarque de Dugès, on s’exposerait à refouler les pseudo-membranes dans la trachée, résultat bien opposé à celui qu’on avait en vue.

/il G PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EM PARTICULIER, moyens qui ont été vantés contre le croup : « i° Les antispasmodiques, l’éther, le musc, l’opium, peuvent bien produire du soulagement chez les enfants très nerveux, mais ne guériront que des maladies faussement nommées croup. 2° Le sulfure de potasse, bien qu’il n’ait jamais manqué de parole à son inventeur, est aujourd’hui à peu près généralement abandonné. Comme spécifique, il est nul; comme vomitif, il a des succédanés préférables. 3° tl est douteux que le tartre stibié à haute dose puisse avoir les avantages que Laënnec en espérait. 4° Les mercuriaux, poussés jusqu’à salivation, n’ont eu que des succès équivoques. On devrait les essayer en frictions dans le croup chronique. 5° Les affusions froides sont bien chanceuses , et leur utilité est encore problématique. 6° Enfin les diverses préparations d’ammoniaque, 1 epolyrjala seneca , etc., n’ont pas justifié les espérances qu’avaient pu faire naître ou leurs propriétés chimiques (dissolvants de l’albumine) , ou les succès étonnants annoncés par leurs inventeurs. »

b. Examinons maintenant ce que le travail le plus récent, celui de M. Boudet, sur une épidémie de croup qui régna à l’hôpital des Enfants en 1840-41 , nous apprend sur le traitement de cette maladie.

L’épidémie fut traitée par les moyens suivants : i° applications topiques (chlorure de chaux, acide citrique pur, acide chlorhydrique); 20 sangsues et rubéfiants (les sangsues furent appliquées en petit nombre, six au plus); 3° vomitifs, purgatifs, altérants (calomel), révulsifs ; 4° trachéotomie.

Nousavons vu, en parlant de la mortalité, quels furent les résultats de l’emploi de ces moyens. Comme le dit M. Boudet lui-même, ces agents thérapeutiques eurent peu de succès, et ou doit savoir gréa l’auteur d’avoir recherché par quels moyens on pourrait, dans une circonstance analogue , éviter une mortalité aussi désolante. Mais il est bien à craindre que les

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Ull

moyens proposés par lui n 'échouent dans le plus grand nombre des cas. Les voici textuellement:

« Émétique. Employé à doses fractionnées, c’est manifestement le remède cpii ale mieux réussi. C’est à lui très probablement que nous devons l’une des deux guérisons obtenues pendant le cours de l’épidémie de i 840 (deux guérisons seulement sur vingt-cinq cas, ou deux malades guéris et vingt-trois morts !); je voudrais qu’on l’administrât plus hardiment, qu’on ne laissât pas s’écouler plus d’une demi-heure entre chaque dose.

» Trachéotomie . Toutes les fois qu’il existe une pneumonie, je crois que la trachéotomie doit être abandonnée, car cette opération contribuant très probablement ellemême à faire naître ou à augmenter l’inflammation du poumon, on abrégerait l’existence des malades qu’on soumettrait à cette méthode de traitement ( 1).

>« La présence de pseudo-membranes, dans une ou plusieurs bronches, devrait également faire renoncer à la trachéotomie. Plusieurs enfants placés dans ces conditions ont été opérés en 1 84 1 , et ils sont tous morts peu d’heures après l’ouverture de la trachée. Ceux, au contraire, dont l’état général était aussi fort inquiétant, mais qui n’avaient de pseudo-membranes que dans le larynx ou la trachée, ont eu la vie prolongée de plusieurs jours (2).

» Il est évident que les phénomènes nerveux jouent un grand rôle dans un certain nombre de cas de croup, et que l’imminence de la suffocation est souvent due autant à la contraction spasmodique des muscles du larynx, résultat sympathique de l’inflammation de la membrane muqueuse

(1) J’ai quelque peiue à croire que la trachéotomie puisse par elleinèine faire naître une pneumonie. Les observations queM. Bomlet invoque en faveur de son opinion ne me paraissent pas concluantes.

(a) La circonstance de la présence de pseudo-membranes dans les bronches ne me semble pas constituer une véritable contr’indication à la trachéotomie. (Au reste, le diagnostic de ces pseudo-membranes dans les bronches n’est pas toujours facile. )

/rl 8 L’ULEGMASIES ET I1UUTATLQNS EN PARTICULIER.

qu’à une obstruction véritable des voies aériennes. Je crois dès lors qu’il faut associer les antiphlogistiques (i), les altérants et les révulsifs qui diminuent l’inflammation, aux antispasmodiques, qui remédient aux accidents nerveux, et aux émétiques , qui agissent mécaniquement en provoquant 1’expulsion du produit sécrété. C’est en remplissant avec tact et mesure (a) ces diverses indications, qu’on pourra, je pense, obtenir plus souvent des résultats favorables.

» Frictions mercurielles. On voit assez fréquemment , dans les inflammations oculaires, accompagnées de sécrétion pseudo-membraneuse dans la chambre antérieure de l’œil ou au bord libre de l’iris, les frictions mercurielles à haute close déterminer rapidement la fonte de ces produits solides et leur disparition. N est-il pas naturel de penser, qu’appliqué sur les côtés du larynx, le mercure aurait la même influence sur les pseudo-membranes qui se seraient développées? D’ailleurs la pratique confirme la théorie: ce moyen a été employé et a réussi dans un certain nombre . de cas consignés dans les traités sur le croup (3).

» Caustiques. Relativement à l’emploi des caustiques appliqués au pharynx, je ne ferai qu’une remarque. Plusieurs médecins pensent que le croup est constamment précédé d’angine couenneuse; dès loi s toute leur attention, quand ils soupçonnent l’invasion de cette maladie, se porte

([) Dans quelle mesure? Voilà toute la question désormais.

(2) M. Boudet convient ici lui-même qu’il faut une mesure. Malheureusement il ne la donne pas à ses lecteurs : il leur laisse le soin de la trouver. Mais ce n’est pas là, certes, une petite chose, et qui soit à la portée de tout le monde.

(3) Ce serait s’abuser étrangement que de considérer des frictions mercurielles sur le larynx comme un moyen héroïque contre le croup. Il échouera dans cette maladie comme dans plusieurs autres auxquelles il a été opposé. Quoi qu’en dise M. Boudet, il n’existe, dans les traités sur le croup , aucun cas incontestable de guérison de cette maladie dont on puisse faire honneur aux frict'ous mercurielles.

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sur l étal de l’istlnne du gosier. Ils espèrent saisir la maladie au passage quand elle est encore limitée au pharynx, et eu l’arrêtant dans cette région, empêcher son extension aux voies aériennes. J’ai montré qu i! n’en était pas toujours ainsi, et que par conséquent l’absence de toute concrétion pelliculaire à l’isthme du gosier, ne devait pas laisser le médecin s’endormir dans une sécurité funeste, qu’il devait au contraire se tenir sur ses gardes, afin d’être tout prêt, au premier éclat de voix ou de toux suspecte , à agir avec promptitude. »

Ces dernières réflexions sont conformes à ce que nous avons déjà dit plus haut, relativement aux rapports entre la diphthérite pharyngienne et le croup, ou la diphthérite laryngienne. Nous ajouterons que la cautérisation du pharvuxneseraitpoint capable à elle seulede guérir l’affection du pharynx, ni de prévenir son extension au larynx, et que la méthode antiphlogistique pure, bien formulée , aidée ou non par la cautérisation , guérit l’angine pharyngée diphtbéritique, comme nous le démontrerons en son lieu.

M. Boudet recommande, avec raison, d’agir avec promp< titiule , aussitôt qu’apparaissent les premiers symptômes du croup, et il ne dit pas un mot de la seule méthode propre à remplir sérieusement et avec succès cette indication fondamentale! Certes, avec quelque promptitude qu’on emploie l’émétique, les frictions mercurielles, on ne fera point avorter l’inflammation! En serait-il de même, si la formule des saignées suffisantes était mise en pratique? A défaut d observations directes, les innombrables observations que nous possédons sur d’autres phlegmasies traitées par cette formule , nous autorisent à répondre par la négative.

c. Depuis que Dugès s’expliquait, ainsi cpie nous l’avons dit plus haut, sur divers moyens tant vantés contrôle croup, de nouveaux succès sont-ils venus déposer on leur faveur, on quelques spécifiques nouveaux ont-ils été proposés et mis

A 2 0 PHLEGA1ASIES ET I1UUTATI0NS EN l’AUTICULIEH.

heureusement en pratique? Nullement, et j’ose affirmer qu’on cherchera vainement de pareils moyens.

Le croup le plus normal, on ne saurait trop le redire, est une phlegmasie franche , une phlegmasie produite le plus souvent par le froid. Hé bien! nous connaissons aujourd'hui la médication spécifique de ce genre de maladie. Nous en avons démontré la toute-puissance dans un grand nombre de maladies de cette famille. C’est en l’appliquant habilement, avec toute la prudence et l 'énergie convenables, à la phlegmasie dont nous nous occupons , que l’on parviendra , dans les limites du possible, à diminuer le nombre des victimes que cette phlegmasie fait chaque année.

U. Inflammation dit tissu cellulaire du larynx ( phlegmon du larynx , laryngite plilcgmoncusc , laryngite sous-mu> tiucuse , angine œdémateuse ).

Considérations préliminaires.

L’inflammation peut affecter et le tissu cellulaire interstitiel qui unit entre elles les différentes couches qui . composent le larynx, et le tissu cellulaire qui entoure extérieurement cet organe. L’expression de laryngite sousmuqueuse ne donne donc pas une idée assez complète de l’inflammation dont il s’agit; aussi, en nous servant de cetteexpression,employéeparM.le professeur Cruveil hier, nous lui attacherons un sens moins exclusif que celui quelle comporte, en la prenant trop à la lettre.

Sous le rapport de son siège, M. Cruveilhier admet deux espèces d o laryngite sous-muqueuse, l’un esus-glottique, l’autre sous-g loUique. Nous indiquerons plus loin quelles sont les différences qui existent entre ces deux espèces , sous le point de vue des symptômes et du pronostic.

Sous le nom générique d'œdème de la glotte ou sous celui d'angine œdémateuse, Bayle est le premier qui, en i8o8,se soit occupé, d’une manière spéciale, de la maladie qui nous occupe. Toutefois, quoi qu’en dise Bayle, il est dil fi-

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cile de ne pas trouver de frappants rapports entre la maladie, qu'il a désignée sous le nom d’angine laryngée œdémateuse, et l 'angine aqueuse de Boerrhaave. Bayle convient, d’ailleurs, que si, jusqu’à lui, les auteurs n'avaient pas signalé les symptômes de l’angine laryngée œdémateuse, ses effets étaient bien indiqués dans divers ouvrages , et que l’état du larynx à la suite de cette maladie se trouve assez exactement décrit dans Morgagni et dans Bicliat. En effet, le dernier a parlé de la maladie que nous étudions dans le tome second de son anatomie descriptive , où il dit quelle suffoque souvent les malades en très peu de temps, et il cite aussi le cas d’un chien qui mourut d’une angine œdémateuse , provoquée artificiellement. Quant à Morgagni, dans divers passages de son immortel ouvrage, il a lait assez clairement mention de la maladie décrite par Bavle sous le nom d 'angine laryngée œdémateuse. Dans sa quatrième letire, par exemple, il parle de deux sujets, morts à l’improviste, chez lesquels la membrane qui tapisse le larynx était très gonflée, en même temps que les bords de la glotte , épaissis et blancs , étaient plus rapprochés l’un de l’autre gu à l’ordinaire : magis guàm soleanl connivebant.

Il est vraisemblable que c’est à l’espèce d’angine que nous signalons, ainsi qu’au croup, qu’il faut rapporter le passage suivant du livre des pronostics d’Hippocrate : Angina gravissima quidem est et celerrime in ter i mit , quee neque in faucibus , neque in cervice quidquam conspicuum facit, plurimumque dolorem ex label , et erectâ cervice spirationem inducit. Jlœc enim eodemetiam die, et secundo, et tertio, et quarto strangulat.

Ce serait une erreur grave que de confondre les uns avec les autres, et les cas dans lesquels il existe un œdème pur et simple de la glotte, et ceux dans lesquels il existe une véritable inflammation du tissu cellulaire du larynx en général, et. de la glotte en particulier. J’ai insisté sur

fl'2'2 PIILEGMASIES ET IRRITATIONS IN PARTICULIER, l iinportance de cette distinction dans un mémoire que je publiai en 1825 sur l’angine œdémateuse ( archives génér. de médecine ), et plus récemment dans l’article œdème du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique. s

En examinant avec soin et en analysant, avec une saine logique , les faits particuliers rapportés par Bayle, et la description générale qu’il a donnée de la maladie qu’il appelle œdème de la glotte , on ne tarde pas à rester convaincu que sous ce nom ii a désigné une maladie qui n’était qu’une véritable inflammation, soit aiguë, soit chronique, du tissu cellulaire du larynx. Telle est aussi l’opinion émise par M. Cruveilhier, dans son article laryngite du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Selon lui, la maladie décrite par Bayle, sous le nom vicieux d’œdème de la glotte , n’est autre chose que la laryngite sus-glottique.

La laryngite phlegrnoneuse coexiste le plus ordinairement avec la laryngite muqueuse, dont elle n est alors qu’une sorte d’extension. Toutefois, elle peut exister indé- ! pendammentde cette dernière, et, d’après les observations que j’ai recueillies moi-même, elle coïncide souvent alors avec une amygdalite et une inflammation phlegrnoneuse j du pharynx; l’épiglotte participe aussi souvent à la phlegmasie (1).

§ Ier. Caractères anatomiques.

I. État aigu. — Injection, rougeur plus ou moins prononcées, selon que la maladie a été plus ou moins intense, et s’est prolongéependant un temps plus ou moins considérable. Dans le premier degré delà maladie, le tissu cellulaire est épaissi, engorgé, infiltré d’une sérosité transparente, un peu plus épaisse qu’à l’état normal, difficile à exprimer par la pression , légèrement gélatiniiorme , infiltration qui donne aux parties qui en sont le siège un volume beau-

(1) Voy. plus bas le résume (les observations que j’ai consignées dans les Archives générales de médecine. Paris, i8:>5, t. VII, p. 174.

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coup plus considérable qu’à l’état normal. On voit, par exemple, les replis épiglotti-arvthénoïdiens , former des bourrelets de la grosseur d’une grosse plume ou même du petit doigt , et offrant un aspect tremblotant , comme le tissu cellulaire sous-cutané ou inter-musculaire examiné dans la première période du phlegmon.

Bayle a noté que ces bourrelets sont disposés de telle manière, que toute impulsion venant du larynx les renverse dans l’ouverture de la glotte qu'ils bouchent plus ou moins complètement, et que toute impulsion venant du côté de la trachée-artère repousse ces bourrelets sur les côtés de l’ouverture de la glotte, dont l’orifice devient très libre. Cette remarque a quelque chose de vrai, mais elle n’est pas exempte d’une certaine exagération.

Dans un degré plus avancé de la maladie, le liquide qui infiltre le tissu cellulaire est plus épais et même séropurulent; dans un troisième degré enfin , le liquide consiste en un véritable pus, ou en une matière plastique analogue à celle qui se développe à la surface des membranes séreuses enflammées. Ce pus est quelquefois rassemblé en petits foyers et forme des abcès.

Dans quelques cas , suivant M. Cruveilhier , « les cartilages arythénoïdes sont privés de leur périoste : la membrane muqueuse présente des escarres blanches, plus ou moins irrégulières et circonscrites par un cercle de vaisseaux. La formation de ces escarres est le résultat consécutif du décollement qu’a subi la muqueuse, par suite de l’infiltration du pus : il y a laryngite gangréneuse. »

Par suite du gonflement du tissu cellulaire du larynx en général, et spécialement de celui qu’on rencontre en si grande abondance dans les replis de l’ouverture supérieure de la glotte, cette ouverture est rétrécie, au point quelle ressemble quelquefois à un véritable trou plutÔL qu à une fente (i).

(i) Comme les exemples sont plus précis cpie les desci iptions générales ,

424 P1ILKG.MASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.

II. Éiat chronique. Les altérations qui caractérisent cet état sont essentiellement les mêmes que celles déjà indiquées par nous à l’article laryngite chronique , avec extension de l’inflammation de la membrane muqueuse au tissu

et que la maladie dont nous traitons est encore assez peu connue, je consignerai ici les résultats de l'examen anatomique dans les trois cas que j’ai publiés en 1825.

1 ' 1 malade. L'épiglotte , enflammée , est épaisse de plus île trois lignes ; il en est de même de ses ligaments ; le tissu cellulaire environnant est considérablement épaissi, infiltré, engorgé, et la glotte est tellement rétrécie, qu'elle ressemble à un véritable trou plutôt qu'à une fente.

La cavité' du larynx est remplie d’une mucosité écumeuse et filante ; au côté gauche de cet organe existe une ulcération à fond grisâtre, à bords rouges et relevés, et tout-à-fait semblable à un aphthc ou à un chancre. D’ailleurs, la membrane muqueuse offre généralement une rougeur vive et une belle injection , qui se prolongent dans la trachée-artère. Les muscles intrinsèques du larynx paraissent sains.

La membrane muqueuse du pharynx présente une belle injection et une rougeur vive qui s’arrête brusquement vers l’œsophage. Les amygdales sont rouges et enflammées : la gauche est extrêmement tuméfiée et superficiellement ulcérée ; la droite, plus profondément ulcérée, est aussi infiltrée d’un pus qui donne à son parenchyme une couleur grisâtre.

Toute la partie antérieure du cou est tuméfiée, et le tissu cellulaire intermusculaire de cette région est infiltré d’un pus dont la quantité augmente à mesure qu’on s’approche de l’os hyoïde.

2' malade. L'épiglotte et ses ligaments sont considérablement épaissis. La glotte se présente sous la forme d’un trou très étroit , ce qui provient à la fois et du gonflement de toutes les parties environnantes et des mucosités amassées entre les lèvres de celte ouverture. Le tissu cellulaire du larynx, celui du cou , de la face et surtout des paupières sont gonflés, injectés , rouges, œdémateux et infiltrés de pus en certains points.

La membrane muqueuse du pharynx , du larynx et des bronches est rouge et injectée.

31' malade. La glotte présente environ la moitié de son étendue naturelle. Son rétrécissement est produit par le gonflement œdémateux de ses lèvres , qui sont énormément infiltrées et épaissies. {Le muscle arythenoidicn luiméme est sensiblement infiltré). Le tissu cellulaire qui environne le larynx et le pharynx est œdémateux , et présente en même temps quelqtf.es gouttes de pus infiltrées dans ses aréoles Le tissu cellulaire qui entoure immédiatement les amygdales est rouge ei en suppuration.

A l’endroit qu’occupent les amygdales, on 11e trouve qu une surface ulcérée, grisâtre; il ne reste de ces glandes que leur partie externe, qui est

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cellulaire subjacent. Ce n'est pas seulement dans le tissu cellulaire, mais encore dans les muscles, les cartilages et leurs articulations, les nerfs, etc., cpie l’on trouve des altérations, 1 inflammation ayant alors envahi successivement tous, ou presque tous les éléments constitutifs du larynx. Ces altérations sont : des ulcérations, des perforations, des suppurations, des épaississements, des indurations, des transformations et par suite des modifications plus ou moins profondes dans la forme, la disposition physique, en un mot, dans toute la structure mécanique de l’organe, etc. Faisons connaître, par quelques exemples, les détails, les circonstances des altérations ci-dessus indiquées.

Pr.EMlEit cas ( je l'ai recueilli en 1822 , et je l'ai publié en 1 82.5 dans le l. XIX du journal complémentaire des sciences médicales). Abcès qui fait en quelque sorte le tour du cartilage cricoïde, lequel est dénudé, et pour ainsi dire disséqué. Après avoir donné issue au pus, on a vu de charpie côté de la cavité du larynx une excavation pouvant loger une aveline, et dont la surface est lisse et muqueuse. Lps muscles ericn-arythénoïdiens, disséqués comme le cartilage cricoïde, avaient une couleur verdâtre. Ces muscles,

r.imollie, infiltrée île sang et de pus, et presque semblable à une portion de cerveau ramollie.

La membrane muqueuse du larynx, recouverte d’un mucus purulent , est rouge, injectée, mais à un moindre degré que celle de la trachée-arlere, des bronches et de leurs ramifications.

En même temps que les trois exemples qui viennent d'être rapportés donnent une idée de l’état des parties dont nous étudions spécialement l’inflammation, ils nous montrent aussi quel est l’état des parties environnantes, et prouvent bien que , comme je l’ai dit, la laryngite sous-muqueuse, ou mieux le phlegmon du larynx, peut avoir et a effectivement pour accompagnement ordinaire une inflammation du pharynx, des amygdales, et peut envahir le tissu cellulaire de la partie antérieure du cou , de la face, etc. M. Cruveilhier dit avoir rencontré les ganglions lymphatiques qui longent la veine jugulaire interne souvent volumineux, infiltrès desérosité, de sang, depus lie de vin , altération limitée aux ganglions situés au niveau du larynx.

/|2() PIILEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, ainsi que le tissu cellulaire sous-muqueux et inter-musculaire, étaient épaissis, lardacés, et je ne pus y découvrir aucune trace de nerfs. Le muscle arythénoïdien et ses lîlets nerveux étaient, au contraire, bien conservés : ces derniers s’épanouissaient dans le muscle thyro-arythénoïdien et les lèvres de la glotte. Les articulations des cartilages arythénoïdes avec les cricoïdes étaient entièrement détruites par le travail d’érosion, de carie et de suppuration (i).

Deuxième cas {recueilli par M. le professeur Cruveilhier). Le larynx , examiné à sa face postérieure , présente une saillie au niveau du cartilage cricoïde, lequel est dénudé dans les deux tiers environ de sa circonférence , libre dans une gaine très lâche et remplie de pus, gaine formée par la muqueuse épaissie. Le cartilage indiqué est d’ailleurs comme corrodé, perforé, réduit dans quelques points à une lame très mince. Plus de trace de périchondre. Les cartilages arythénoïdes , environnés d’un tissu cellulaire et d’une muqueuse un peu épaissis, ne s’articulaient plus avec le cartilage cricoïde qui n’existait qu’en débris, et pouvaient se déplacer dans tous les sens. Les muscles arythénoïdien, crico- arythénoïdien et thyro-arythénoïdien étaient infiltrés.

Troisième cas [recueilli par M. Ripault). Le larynx et l’œsophage ayant été enlevés avec précaution, on trouva

(i) Le malade auquel se rapporte le cas ci-dessus, après avoir éprouve' ■ pendant plus d’un mois les symptômes d’une laryngite chronique, avait fini par succomber au milieu d’accidents de suffocation. Sans doute les altérations des cartilages , la présence du pus étaient des causes mécaniques qui contribuèrent pour beaucoup au développement des phénomènes asphyxiques. Mais il faut aussi accorder quelque valeur à l’altération des muscles crico-arythénoïdiens et de leurs nerfs, muscles dont la contraction donne lieu aux mouvements de dilatation de la glotte. Par suite de cette altération, l'individu ne se trouvait-il pas à peu près dans le même cas que les animaux auxquels on a coupé la huitième paire de nerfs au-dessous du nerf laryngé supérieur, et qui meurent asphyxiés?

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la paroi antérieure de ce dernier perforée. Un cartilage que l’on prit d’abord pour l’une des cornes inférieures du cartilage thyroïde s’était engagé dans l’ouverture; c’était une portion du cartilage cricoïde, lequel était dénudé dans la plus grande partie de sa circonférence avec amincissement considérable, et même solution de continuité dans un point.

Quatrième f.t cinquième cas. Dans les trois cas précédents , on avait observé les symptômes d’une inflammation bien caractérisée du larynx. Dans les deux dont il s’agit maintenant , et qui ont été consignés par M. Cruveilhier dans son article Laryngite àw Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , on a recueilli peu de renseignements sur les symptômes et la marche de la maladie. Les voici tels qu’ils ont été textuellement rapportés par M.Cruveilhier.

« Un jeune homme convalescent d’une entérite folliculeuse aiguë (i), est pris tout-à-coup de raucité dans la voix, sans gêne aucune de la respiration. Il meurt sans accès de suffocation , et comme par engouement des voies aériennes, huit jours après l’invasion des symptômes. A l’ouverture, je trouve un abcès dans l’ épaisseur du repli muqueux droit qui forme l’orifice supérieur du larynx. Le cartilage arythénoïde, dépouillé de son périchondre, nageait, pour ainsi dire, dans le pus (2).

« Un élève des hôpitaux m’apporte un beau cas, disait-

(1) Il est assez digne de remarque peut-être que le malade dont j’ai recueilli moi-même l’observation était égalementconvalescent de la maladie appelée par M. Cruveilhier entérite folliculeuse aiguë.

(2) «N’est-il pas évident, ajoute M. Cruveilhier, que l'inflammation du tissu cellulaire sous-muqueux a entraîné le décollement du périchondre, et que ce décollement a entraîné la mort du cartilage? L’usure rapide du cartilage arythénoïde, devenu corps étranger par sa dénudation complète, ne doit pas plus nous étonner que l'usure des cartilages articulaires dans l’inflammation des synoviales terminée par suppuration. »

Malgré l’autorité de M. Cruveilhier, je doute fort que les altérations

/i28 piii.egmasies irr irritations en particulier. il, de perforation de l'œsophage, Quel n'est pas mon étonnement de retrouver trait pour trait la nécrose du cartilage cricoïde, telle que je viens de la décrire, niais moins avancée. Le pus s’était fait jour en arrière et a droite, et avait pénétré dans l’oesophage par une ouverture assez large. Pour tout renseignement, je recueillis que ce malade avait succombé à un état de suffocation analogue au croup. »

Sixième cas. Une femme de quarante ans, que M. Cruveilhier traita d’une extinction de voix qui paraissait reconnaître pour cause une maladie vénérienne ancienne, succombe à des accès de suffocation, plusieurs nuis après le début de l’affection laryngée. « La cavité du cartilage cricoïde était presque entièrement remplie par un tissu induré, tout analogue au tissu des callosités. D’une part, ce tissu induré faisait corps avec la muqueuse ulcérée dans un point, et d’une autre part, il adhérait au cartilage. L’induration avait envahi les cordes vocales inférieures qui étaient méconnaissables. Les ventricules avaient subi également l’induration avec épaississement. La corde vocale supérieure était intacte. Un pertuis pour le passage de l’air peu considérable existait au centre des callosités. »

§11. Symptômes, signes et diagnostic.

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