‹ Traité de nosographie médicaleChapitre 75 sur 119 · Mode ou état aigu · texte numérisé non relu

Mode ou état aigu

Ainsi que nous l’avons dit, le phlegmon de la glotte n’est le plus souvent qu’un funeste accompagnement de la laryngite ordinaire ou d’une pharyngite, d’une amygdalite. Nous n’avons pas à exposer ici 'les symptômes propres à ces maladies. Nous ne devons nous occuper que de ceux qui appartiennent spécialement et essentiellement à l’inflammation même du tissu cellulaire du larynx, ou à l’a?-

dont il est ici question aient pu survêniraussi rapidement. Il est probable que la maladie avait duré plus de huit jours, et qu’elle n’avait pas fixé l’attention de l’observateur, dès le moment de son début. En admettant qu’elle ne datât réellement que de huit jours, il faudrait alors rapporter les altérations à relies de lV/at niiju.

LAHYXGITK.

ilbnc inflammatoire do la glotte. Nous les diviserons en ceux qui sont fournis par l’examen de la fonction propre au larynx, et en ceux (pie fournit l’exploration directe de l'état matériel ou physique des parties malades.

i° Il résulte de la description que nous avons donnée de l’état du larynx, qu’il existe au moins un double obstacle mécanique au passage de l’air à travers cetorgane, puisque, d’une part, l’ouverture de la glotte est rétrécie par le fait même du gonflement des parties malades, et que, d’un autre côté, pendant l’inspiration , les bourrelets formés par les replis qui constituent les ligaments supérieurs de la glotte, viennent en quelque sorte s’engager dans la cavité de cette dernière. Or, les symptômes dûs à ce double obstacle caractérisent spécialement la maladie qui nous occupe, et sont, d’après Bayle, les suivants : gêne constante de la respiration avec inspiration difficile etsifflante, tandis que l’expiration est facile; et de loin en loin, accès de suffocation, pendant lesquels l’inspiration , très sonore et très bruyante, est presque impossible, quoique l’expiration soit toujours facile.

Plaçons maintenant sous les yeux du lecteur les symptômes observés dans les trois casque nous avons analysés plus haut sous le rapport auatoinico-pathologique.

Observation première. Une cuisinière de trente-quatre ans, fortement constituée, était malade depuis quatre jours, lorsqu’elle fut admise à l’hôpital Cochin, le 29 décembre 1822. Après s'être exposée à un froid très vif pendant qu elle était en sueur, elle fut prise d un violent mal de gorge.

Malgré l’application de 5o sangsues en deux fois, la maladie n avait cessé de faire des progrès.

29. Orthopnée, sentiment de suffocation , impossibilité d’ouvrir la bouche et d’avaler , râle guttural, voix rauque, éteinte, parole entrecoupée; visage d’un pâle bleuâtre, terne, exprimant la frayeur et l’anxiété; œil abattu, livide

/|3Ü PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, et comme inanimé; résolution des forces; pouls petit, enfoncé , médiocrement fréquent ( 1 5 sangs. pari. ant. du cou; pot . calm.).

30. Soulagement suivi d’un redoublement des accidents : jactitation; de temps en temps, léger assoupissement que la violence de la dyspnée ne tardait pas à faire cesser; sentiment d’une chaleur brûlante, coïncidant avec un refroidissement marqué de la peau; la malade exinre , pour ainsi dire , plutôt qu elle n’expectore des matières purulentes, mêlées de sang; râle plus bruyant, étouffement imminent; pouls filiforme; visage décoloré, presque cadavérique.

3 1 , à sept heures du matin. Perte de connaissance , peau couverte de sueur froide; agonie... Mort quelques minutes après.

Observation deuxième. Couturière, âgée de trente-quatre ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin, convalescente d’une maladie du cœur. Le 23 février 1822, frissons suivis de vomissements. Le 24, érysipèle du visage (eau de , gomme édulcorée ).

26, 26 et 27. Progrès de l’érysipèle qui envahit le cou et le cuir chevelu , en affectant la forme phlegmoneuse.

Le 27, douleur vive à la gorge, déglutition difficile, respiration gênée, haute et précipitée (on veut appliquer des sangsues , mais la malade s’y refuse avec une opiniâtreté invincible).

28. Le gonflement inflammatoire très considérable de la région antérieure du cou étrangle , pour ainsi dire, la malade. La respiration ,da parole et la déglutition, sont de plus en plus difficiles; alternatives d’agitation et d’assoupissement; la malade porte continuellement les doigts dans le fond de sa bouche, comme pour arracher l’obstacle qui l’empêche de respirer.

icr mars. Tuméfaction énorme du cou; suffocation im. minente, aphonie presque complète. Effrayée de la gravité

LAIlYNlil'l E.

des accidents quelle éprouve, la malade se décide enfin à l’application des sangsues , mais il n’était plus temps. En effet , elle mourut dans un état d’asphyxie deux heures après l’application.

Observation troisième. Un marbrier avait été traité à l’hôpital Cochin pour des douleurs rhumatismales, et était sur le point de sortir parfaitement guéri, lorsque les 10 et i i novembre 1822 , il se plaignit d’un mal de gorge , qui avait pour cause probable l’action d ’un courant d’air auquel ce malade était exposé. Le 1 1 , la fièvre était très forte. Le 12, les symptômes étaient très graves : l’air passait difficilement à travers le larynx ; le malade, oppressé, respirait la bouche ouverte et avec râle; sa parole était embarrassée, comme empâtée, ainsi qu’il arrive quand les amygdales sont considérablement gonflées, et la difficulté de la déglutition était extrême (18 sangsues à la gorge). — Dans la nuit du i3 au 14, le malade fut agité, et eut le transport , selon l expression de ses voisins.

1 4 , au matin. Assoupissement; visage terne, blême et livide; lèvres décolorées, un peu bleuâtres; respiration précipitée, avec râle semblable â celui des agonisants; nez effilé, dilatation et contraction alternatives des ailes de cet organe; bouche toujours fortement entrouverte; extrémités froides ; pouls accéléré, vil et comme convulsif (25 sangsues a la gorge). — Le soir, comme aussi le matin, bien que la suffocation fût imminente, le malade, au milieu des plus horribles angoisses, disait que sa respiration n’était point gênée. Ce malheureux ne pouvait ni expectorer ni même cracher, tant sa prostration était profonde; on entendait un râle sec et ronflant dans les deux côtés de la poitrine; visage livide el froid ; pouls misérable.

1 5. État de plus en plus désespéré; assoupissement ( large vésicat. à la partie antérieure du cou). — Le soir â cinq heures, le râle trachéal est plus bruyant; immobile dans son lit , le corps découvert et froid, le pouls filiforme,

/|32 I'IIUÏGMASIëS ET UUUÏATIÜNS EN l'AUTlCUUKlt. la parole si difficile que la plupart de ses expressions étaient inintelligibles, le malade, à l’agonie, nous dit cependant, avec un sourire qui donnait une singulière expression à son visage vraiment cadavérique ([ii’ilva demieux en mieux.

— A peine étions-nous sortis de la salle, que le malheureux n’existait plus (il s’éteignit a six heures du soir).

Ainsi, dans les casque j’ai eu occasion d’observer, la suffocation était incessamment imminente et l’expiration elle-même était laborieuse et bruyante.

Lorsque, chez un individu qui, après avoir offert les symptômes d’une laryngite simple ou d’une pharvngoamygdalite, il surviendra la grande dyspnée ci-dessus indiquée , avec sentiment de strangulation , absence d’expectoration de pseudo-membranes et de voix ou de toux croupale bien caractérisée (i), on sera fortement autorisé à diagnostiquer une inflammation du tissu cellulaire du larynx et spécialement de celui qui se trouve dans l’épaisseur des ligaments de la glotte.

2° L 'inspection directe , trop négligée , selon M. Cru- , vei I hier, fera reconnaître l’état d’une portion de l’épiglotte et de ses replis muqueux, « et cette lamelle mobile révélera par son infiltration, sa pâleur, sa rougeur, l’état de la région sus-glottique du larynx. »

Il ne me paraît guère possible d’appliquer le mode d’exploration doit il s’agit aux cas d’une véritable inflammation phlegmoneuse du larynx: l’anxiété des malades est telle, qu’ils le supporteraient bien difficilement.

V exploration avec le doûjt a été proposée par M. le docteur Thuillier, dans sa dissertation inaugurale , soutenue en 1 8 1 5. Quand, à l’aide de ce mode d’exploration, on s’est assuré de l’existence des bourrelets formés par le gonflement des ligaments supérieurs de la glotte, on possède

(i) Selon M. Cruveilliier, on observerait la voie çroupale dans la laryngite sus-ijlnttiijiie. S’il en était bien réellement ainsi, le diagnostic de la maladie qui nous occupe n’en deviendrait que plus difficile.

LARYNGITE

par là Je signe pathognomonique de la maladie. M. Cruveilhier déclare avoir pu constater une fois ce signe précieux, avec M. Thuillier. C’était chez une femme dont la maladie était sub-aiguë, et qui se prêtait parfaitement à l’exploration (les bourrelets étaient denses). « Mais, ajoutet-il , dans les cas de laryngite sous-muqueuse aiguë que j’ai eu occasion d’observer, les malades supportent impatiemment cette exploration qui provoque des accès de suffocation. » Il est fâcheux, en effet , que ce mode d’exploration soit d’une application si laborieuse, car il fournirait des données d’une grande exactitude. Je ne l’ai point encore essayé

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