III. Épiglottite, ou Inflammation «le l’épiglotte
L’inflammation de l’épiglotte n’a pas encore été décrite par les auteurs. Elle existe bien rarement séparée de l’inflammation du larynx lui-même, et surtout de l’inflammation du tissu cellulaire qui entoure cet organe, et qui se trouve en abondance dans les replis épiglottiques. Les développements dans lesquels nous sommes entrés, à l’occasion de cette dernière inflammation, nous dispensent d’un article détaillé sur celle de l’épiglotte elle-même.
Les caractères anatomiques de l’épiglottite aiguë étaient les suivants, dans les cas que nous avons publiés en i 820, et que nous avons résumés plus haut :
Premier sujet. Épiglotte rouge, épaisse de plus de trois lignes; même épaississement des ligaments de l’épiglotte.
Deuxième sujet. Epiglotte et ses ligaments considérablement épaissis, épaississement qui avait eu pour effet un rétrécissement très prononcé de la glotte, laquelle se présentait sous la forme d’un trou très étroit.
Ces cas sont relatifs à l’épiglottite aiguë.
L’épiglottite chronique amène à sa suite l’ ulcération, l’induration, les dégénérescences de l’épiglotte.
Les symptômes propres à l’inflammation de l’épiglotte
(1) Voy. Trousseau et Belloc, Traité pratique de la phthisie laryngée , de la laryngite chronique, etc. Paris, 1837, in-8, fig.
I\h1 PHLEGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER.
ne sauraient être rigoureusement indiqués : ils se confondent avec ceux du phlegmon du tissu cellulaire extérieur et intérieur du larynx. Il est évident que la tuméfaction de l’épiglotte et celle de ses ligaments, en déterminant un rétrécissement plus ou moins considérable de l’ouverture supérieure du larynx, constituent une puissante cause de dyspnée et de suffocation.
Quelles sont les modifications que peut éprouver la voix, par suite des diverses altérations que détermine l’épiglottite, soit aiguë, soit chronique? On l’ignore encore.
Pour les causes et le traitement de cette maladie, nous renvoyons à notre précédent article.
Nous ajouterons seulement, avant de terminer, que les altérations caractéristiques de l’épiglottite ont été assez fréquemment rencontrées chez les sujets qui ont succombé à la maladie dite fièvre typhoïde. Toutefois il ne faut pas, à l’exemple de certains auteurs, attacher à cette circonstance une importance qu elle ne mérite pas.
ARTICLE III
TRACHÉITE OU INFLAMMATION T)E LA MEMBRANE MUQUEUSE DE LA TRACHÉE (l).
I. La trachéite existe bien rarement isolée; presque toujours elle est un accompagnement, soit de la laryngite, soit delà bronchite , et se présente sous les mêmes formes que ces dernières.
II. Elle offre les mêmes caractères anatomiques, reconnaît les mêmes causes , et réclame les mêmes moyens quelles.
A l’état chronique, quand il existe des ulcérations, etc., elle a été désignée sous le nom de phthisie trachéale, comme la laryngite chronique, ulcéreuse et désorgàhisatrice, a reçu de quelques auteurs le nom de phthisie laryngée. Celte espèce de trachéite chronique est bien rarement
(i) Angine trachéale de tlivers pathologistes , phthisie iracheale , etc.
trachéite. 443
isolée; elle coïncide le plus souvent avec la maladie dite phthisie pulmonanv.
Les ulcérations qüe l’on rencontre dans la trachée, chez les phthisiques, sont de dimensions très variables. Quoique peu profondes, elles semblent faites comme par un emporte-pièce, et leur fond est constitué par le tissu cellulaire soüs-nmqueux. Suivant M. Louis, les petites ulcérations se trouvent ordinairement réparties d'une manière uniforme dans tout le pourtour de la trachée-artère. Plus considérables (toujours d’après le même auteur), elles sont inégalement distribuées, de telle sorte néanmoins que les plus larges correspondent à la portion charnue ou postérieure de la trachée. M. Louis ajoute que « la préfé- » rence que les grandes ulcérations affectaient presque » constamment pour la partie postérieure de la trachée- » artère , semble pouvoir s’expliquer par le passage habi- >/ tuel et le séjour plus ou moins prolongé des crachats « sur cette partie. Car, poursuit-il, si des boissons trop exci- » tantes causent l'inflammation , puis f ulcération de là mem- » brane muqueuse de l’estomac > il doit en être de meme pour » celle de la trachée-artère par suite de l’action d’un fluide ex- » créaient itiel sans doute très irritant (i). »
J'ignore jusqu’à quel point est fondée la preuve par analogie que donne ici M. Louis. J’ignore aussi dans combien de cas cet auteur s’est assuré que des boissons trop excitantes avaient causé l’ inflammation , puis l’ulcération de la membrane muqueuse de l’estomac, et quelles étaient précisément ces boissons trop excitantes. Toutefois , il se peut que la circonstance de la déclivité delà partie postérieurede la trachée dans le décubitus ordinaire, ne soit pas étrangère à la préférence qu’affectent les ulcérations pour cette partie. Mais ilimportedene pas exagérer l’influence de cette cause. M. Louis avoue d’ailleurs, lui-même , qu’on doit reconnaître que ces ulcérations ont encore une ault'e cause. A
(i) Recherches sur la phthisie , 2' édit., Paris, i 84 3 , |>. ^8.
PIILKGMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, l'appui île cette dernière assertion, il rapporte, entre autres preuves, que les bronches sur lesquelles la matière de l’expectoration passe et séjourne plus ou moins, sont plus rarement que la trachée-artère le siège de quelque ulcération. Il est vrai que M. Louis déclare n’avoir pas toujours examiné les bronches avec la même exactitude que la trachée-artère. Ceux qui, depuis M. Louis, ont attentivement examiné les bronches chez les phthisiques, ont constaté que des ulcérations y étaient bien plus fréquentes qu’on n’aurait pu le croire d’après les faits consignés dans l’ouvrage de cet auteur sur la phthisie pulmonaire.
Parmi les altérations que la trachéite intense et prolongée détermine dans les parties voisines de la trachée, il ne faut pas oublier la tuberculisation des ganglions lymphatiques qui l’environnent.
II 1. Quant au diagnostic de la trachéite, soit aiguë, soit chronique, il sera très facile à établir en appliquant à l’examen de la trachée et de ses fonctions les procédés dont nous avons parlé à l’occasion de la laryngite. Nous ferons seulement remarquer que la largeur du calibre de la trachée empêche que des accidents de suffocation se manifestent aussi souvent dans la trachéite que dans la laryngite : aussi, toutes choses égales d’ailleurs, cette dernière est-elle infiniment plus grave que la première. L’auscultation fournit-elle quelques signes propres à faire reconnaître la forme pseudo-membraneuse? c’est une question qui mérite de nouvelles recherches. I ne seule fois, M. E. Boudet a entendu une rudesse très marquée du bruit respiratoire dans la trachée-artère d’un enfant qui, probablement, avait déjà cette partie tapissée par une pseudo-membrane.
ARTICLE IV
BRONCHITE OU INFLAMMATION PE LA MEMBRANE MUQUEUSE I)ES BRONCHES ET DE LEURS RAMIFICATIONS (i).
§ I", Division de la bronchite selon ses degrés , son siège et son
étendue.
L'inflammation qui va nous occuper, considérée seulement sous le point de vue de ses degrés divers et de son étendue, offre des variétés fort importantes à connaître. Elle peut être légère, très superficielle, ou, au contraire, intense, profonde, ou bien enfin d’une intensité moyenne. Dans certains cas, l’élément folliculeux de la membrane malade semble rester complètement ou presque complètement étranger à l’inflammation, tandis que dans d’autres cas il y prend une part plus ou moins active, la principale même, et cette distinction qui se reproduitpour toutes les phlegmasies des membranes dites muqueuses, est bien loin d’être oiseuse.
Comme la trachéite et la laryngite, mais moins fréquemment, la bronchite peut revêtir la forme pseudo-membraneuse. A cette occasion , je rappellerai que dans l’épidémie de grippe qui sévit à Paris, en 1 837,chezquelques malades emportés par des pneumonies, on rencontra des pseudomembranes dans les bronches.
La bronchite peut affecter les bronches des deux poumons ou celles d’un seul de ces organes; elle peut n’affecter qu’une partie des bronches et de leurs ramifications, et on a dit que la bronchite partielle est plus fréquente dans les bronches des lobes supérieurs que dans celles des lobes moyen et inférieur (2).
Tantôt la bronchite n’occupe que les bronches elles-
(1) Catarrhe, catarrhe pulmonaire ou bronchique, rhume de poitrine, an;;ine ou enclilfrènemcnt bronchique, fièvre catarrhale, etc.
(a) « Ce sont les bronches du lobe supérieur, dit M. Andral, qui paraissent être plus particulièrement disposées à s'enflammer. » (Clin, médic.
2* édit., t. I, p. 17/p)
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mêmes et leu rs plus grosses divisions, tantôt elle envahit jusqu aux dernières ramifications de ces canaux aérifères, et on la désigne alors sous le nom de bronchite, capillaire. Cette dernière espèce de bronchite, quand elle est générale, est une maladie dont on n’avait pas jusqu’ici suffisamment étudié tous les détails. Lille est, à mon avis , une de celles qu’il importe le plus de bien connaître, tant sous le rapport de l’inflammation considérée en elle-même que sous celui des suites variées auxquelles elle peut donner lieu (i).
Dans un ouvrage élémentaire tel que celui-ci, il n’est pas possible de décrire à part toutes les variétés de bronchite que présente l’observation clinique. Mais daus l’histoire du genre ou de la bronchite en général, nous aurons soin de faire ressortir les particularités propres à chaque espèce.
§ II. Caractères anatomiques.
1. Etal aigu. Rougeur, injection, tuméfaction, turgescence ou boursouflement plus ou moins considérables de la membrane muqueuse, et le plus ordinairement aussi du tissu cellulaire sous-jacent. A une période plus avancée, ramollissement de la membrane muqueuse, ulcération, soit de cette membrane elle-même, soit surtout des follicules dont elle est fournie. Le calibre des bronches et de leurs ramifications est diminué en proportion du boursouflement de la membrane qui les tapisse (2).
(1) Les recherches dont la bronchite capillaire a e'té l'objet dans mon service clinique, ont etc consignées dans la thèse remarquable de M, le docteur A. Foucart. Nous recommandons la lecture de cette dissertation.
(2) Dans l’état actuel de la science , on n’a pas examiné avec assez de soin, et dans un nombre suffisant de cas, la membrane muqueuse des bronches, pour que nous sachions au juste à quoi nous en tenir sur les lésions qu’elle présente, lorsque l’inflammation dont elle a été le siège était encore à sa période d’acuité, Mais j’ai rencontré, dans quelques cas de ce genre, les altérations ci-dessus indiquées. La turgescence ou le boursouflement de la membrane diminue, sans doute, après la mort, tant
îmuNCiiiTE. M7
Une quantité plus ou moins considérable d’un mucus semblable à celui qui a été expectoré pendant la vie, tapisse la membrane muqueuse, et détermine quelquefois une sorte d’engouement dans divers tuyaux bronchiques. Dans quelques cas, ces tuyaux peuvent être oblitérés par un mucus dense, tenace et concret. M. le professeur Andra! en a rapporté deux exemples dans sa clinique médicale.
La bronchite peut affecter la forme pseudo-membraneuse ou croupale, et l’on trouve alors les mêmes lésions que dans la laryngite du même genre. Les fausses membranes se moulent sur les bronches. On ne rencontre guère le croup bronchique qu’en compagnie du croup laryngé. Dans l’épidémie de grippe de t 8 3 7 , on a, comme je le rappelais plus haut, rencontré quelquefois une petite quantité de pseudo-membranes dans les bronches.
IL Etat chronique. Les principales altérations que I on rencontre chez les individus qui ont succombé à une bronchite chronique , sont des ulcérations plus ou moins profondes, plus ou moins nombreuses , l’épaississement, plus rarement l’amincissement de la membrane muqueuse. L’épaississement ou l’hypertrophie se rencontre souvent dans les tissus sous-jac.ents, à peu près comme dans les autres organes creux chroniquement enflammés, et les cerceaux cartilagineux peuvent s’incruster de sels calcaires, ou, comme 011 dit, s’ossifier.
parce qu’il n’existe plus alors la fluxion dont \' irritation était la cause, que par le refroidissement des parties. Le boursouflement qu'on observe très bien à l’entrée des narines dans le coryza , que l’on sent parfaitement quand on est atteint de cette maladie, nous donne l’idée de celui qui doit accompagner la bronchite, véritable coryza des bronches. Il en résulte pour ces dernières un état de rétrécissement plus ou moins marqué, que j’ai coutume de désigner sous le nom d’enchifrènement des bronches, pour mieux faire comprendre la cau-e île certains phénomènes, de certains râles surtout que l’on observe dans les premiers temps de la bronchite aiguë.
/| /| 8 l'HLEGMASlES liT IH1UTAT10NS EN PAIITIGULIER.
L’épaississement, soit purement hypertrophie/ ue , soit hélérotrophique des parois des tuyaux bronchiques , est ordinairement accompagné d’un rétrécissement plus ou moins considérable de ces derniers dans le point qu’il occupe et de dilatation au-dessus de ce point. M. Reynaud a publié un excellent travail sur ces rétrécissements et ces dilatations des bronches, dont le mécanisme ne diffère pas essentiellement de celui des rétrécissements et des dilatations qu’on observe dans les autres organes creux, tels que le cœur, les vaisseaux, le canal de l’urètre, les intestins, etc., etc.
Au reste, ce n’est pas seulement dans les tuyaux bronchiques, mais encore dans les vésicules bronchiques elles-mêmes, que les bronchites chroniques, avec obstacle au libre passage de l’air, déterminent un état de dilatation. Ces bronchites, j’en ai acquis la preuve par un grand nombre de faits, sont une des causes les plus puissantes et les plus fréquentes de ce que nous appelons assez improprement l’emphysème pulmonaire.
Le rétrécissement des canaux bronchiques peut se transformer en une oblitération complète , surtout dans ceux de ces tuyaux qui ont un petit calibre. Rien n’est plus commun, par exemple, que de rencontrer des tuyaux de ce calibre oblitérés et transformés en cordons fibreux ou fibro-cartilagineux dans l’épaisseur des parois des cavernes tuberculeuses, ainsi qu’au milieu de simples masses tuberculeuses avec induration du parenchyme pulmonaire.
Divei’s auteurs, et, entre autres, M. le professeur Andral , ont expressément noté que la membrane muqueuse des bronches n’est pas toujours rouge, qu’elle peut même être pâle à la suite de certaines bronchites chroniques. Selon Bayle, cet état blanc de la muqueuse n’est pas rare dans le catarrhe pulmonaire chronique, (pliant a M. le professeur Andral, après avoir rapproché cette pâleur de celle qu on