P MU MUNI K
effectivement d’une pneumonie chronique et non d une pneumonie aiguë dans le cas en question.
Broussais, comme on peut le voir, dans son bel ouvrage sur les phlegmasies chroniques , ne professe pas tout à-fait l’opinion des précédents auteurs sur la rareté delà pneumonie chronique , et l’on doit regretter que les faits contenus dans l’ouvrage indiqué n’aient pas été soumis à une discussion approfondie par les observateurs, cpii assurent n’eu avoir presque jamais rencontré de semblables.
V. M. Alex. Raymond, interne des hôpitaux, a présenté, en février 184^, à l’école de médecine de Paris, une thèse qui a pour sujet la pneumonie chronique simple (il l’appelle simple pour la distinguer de celle qui peut se former autour des tubercules ou d’autres productions organiques).
Voici l’analyse succincte de ce travail : la pneumonie chronique est primitive ou consécutive à la pneumonie aiguë, et cette dernière espèce arrive, selon l’auteur, lorsque la pneumonie aiguë ne s’est pas encore terminée par résolution au trente-cinquième jour, soit que les symptômes généraux persistent encore , soit qu’ils soient tombés déjà depuis longtemps.
Aux cas qu il a empruntés à ses prédécesseurs, M. Raymond en ajoute quatre, dont deux recueillis par lui (les deux autres lui ont été communiqués, l’un par M. Seguin, interne des hôpitaux, l’autre par M. Fauvel, chef de clinique de M. Choinel). Dans les deux cas recueillis par l’auteur, la maladie s’est terminée par la guérison. Dans le premier, la pneumonie semble avoir affecté dès le début la forme subaiguë, puisque le malade ne vint réclamer les secours de la médecine que le quinzième jour après l’invasion présumée. Après deux jours d’un traitement actif, les phénomènes généraux cèdent pour ne plus reparaître ; mais les symptômes locaux persistent encore quarante-neuf jours. A la sortie, rien 11e pouvait faire craindre Ja présence
51 U PHLEGMASIES I.T IRRITATIONS EN PARTIGtJLlEll. de tubercules pulmonaires. Dans le second cas, il s’agit d’une pneumonie chronique succédant à une pneumonie aiguë. Le malade fut admis à l’hôpital le troisième jour après le début. Sous l’influence d’un traitement qui ne fut pas assez énergique , la maladie parcourut les phases suivantes : « i° une période d’acuité de huit jours; 2° un » amendement notable, peut-être un commencement de » résolution dont la durée est de quatre jours; 3° une » recrudescence qui commence le treizième jour et se » soutient jusqu’au vingt-cinquième; 4° à ce moment la » résolution commence de nouveau, et. marche sans inter- » ruption, mais lentement, vers la terminaison définitive, » qui n’a lieu que quarante-quatre jours plus tard, au » soixante-dixième de la maladie. Pendant cette dernière » période, les phénomènes générauxdiminuent rapidement » d’intensité, ne durent que sept jours, et disparaissent » complètement à la suite de sueurs qui paraissent avoir » eu un caractère critique. Malgré l’absence de phénomènes » généraux, la toux, le souffle et le râle crépitant sont » encore entendus jusqu’au cinquante-quatrième jour; du » cinquante-quatrième au soixante et unième, le râle crépi- » tant est seul entendu; du soixante et unième au soixante- » dixième, il ne peut l’étre que dans les inspirations qui » suivent la toux provoquée à dessein. Un ne peut plus » trouver aucune trace physique de la maladie le soixanle- » dixième jour, et la guérison est confirmée par deux se- » maines de séjour à l’hôpital. »
Les deux cas communiqués à M. Raymond se sont terminés par la mort, l’un six semaines , l’autre quatre mois, après le début. Chez les deux malades on trouva une induration pulmonaire, sans trace aucune de tubercules.
VI. Les quatre faits nouveaux rapportés par M. Raymond sont intéressants, mais ils ne sauraient fournir une base assez large et assez solide pour une histoire générale de la pneumonie chronique. Je terminerai mes remarques sur le
IWI.L .M OMI'..
travail intéressant île Al. lia y moud, en ajoutant que, s il la ni regarder comme chroniques toutes les pneumonies qui durent plus de trente-cinq jours, cette maladie n’est pas très rare dans les services des médecins qui ne traitent pas la maladiepar la nouvelle formule des émissions sanguines, et je suis étonné que l’auteur n’ait pu se procurer que deux observations de l’espèce de celles qu’il a recueillies luimérne.
En effet, il n’est point très rare de rencontrer dans les services où l’on emploie les saignées insuffisantes , des pneumonies qui durent plus de trente-cinq jours. Alais en donnant ainsi le nom de chroniques aux péri pneumonies qui comptent plus de trente-cinq jours de durée, l’auteur se constitue en désaccord avec l’opinion généralement reçue. Si l’on appliquait cette doctrine à la fièvre typhoïde , qui, selon cette même opinion , ne se présente jamais ou presque jamais sous la forme chronique, il s’ensuivrait, au contraire, que dans les conditions de traitement généralement adoptées jusqu ici , cette maladie bien caractérisée deviendrait chronique dans [dus de la moitié des cas.
Vil . D après les résultats que j’at fait connaître plus haut, on ne sera point surpris que, depuis douze ans passés, aucun cas de pneumonie chronique simple ou non tuberculeuse ne se soit présenté dans mou service.
Avant que je n’eusse traité la pneumonie par la nouvelle formule des émissions sanguines, comme les auteurs cités plus haut , je n avais d’ailleurs rencontré que bien peu d’exemples dune véritable pneumonie chronique simple, ou sa us complication de tubercules.
Quanta Y induration chronique du poumon avec tubercules, on sait combien elle est fréquente. Mais il est certain que dans la maladie chronique connue sous le nom de phthisie pulmonaire, ou mieux de tuberculisation, presque constamment plusieurs des éléments constituants du poumon participent à la phlegmnsie, et ce serait tomber dans
516 P1ILK0M AS1ICS ET IHUITATIONS EN PAUTICtlLlEK. une grave erreur i[ue de confondre cet état complexe avec X induration pure et simple que la pneumonie chronique, proprement dite, a pour caractère anatomique
C’est cette forme de pneumonie chronique qu’au commencement de cet article nous avions désignée sous le nom de froide , pour faire ressortir ses rapports avec les phlegmons ou abcès froids des chirurgiens; rapprochement d’autant plus légitime, que de nos jours ces abcès portent le nom de tuberculeux, comme la pneumonie que nous leur comparions est appelée tuberculeuse.
Plus loin, nous tâcherons de démontrer (pie la tuberculisation pulmonaire, considérée en elle-même et abstraction faite de toute complication, est la suite d’une inflammation de l’appareil lymphatique qui entre dans la composition anatomique du poumon.
ARTICLE VI
PLEURESIE, PLEURITE OU INFLAMMATION DE LA PLEVRE.
§ Ier. Fréquence, étendue, intensité, etc.
La pleurésie est au nombre des inflammations les plus communes. Elle offre un grand nombre de variétés relatives à son étendue, à son intensité, aux diverses conditions au milieu desquelles elle se développe, à ses complications , à sa marche , etc.
Relativement à son étendue, la pleurésie est simple ou double. La pleurésie simple ou unilatérale peut elle-même être plus ou moins étendue, être générale ou partielle. Les pleurésies partielles qui ont reçu des noms tirés de leur siège sont la pleurésie diaphragmatique , la pleurésie péricardique et la pleurésie interlobaire. On pourrait appeler pleurésie pariétale celle qui n’affecterait que le feuillet pariétal de la plèvre, et pleurésie viscérale ou pulmonaire celle qui siégerait seulement sur le feuillet pulmonaire, etc., etc.
L intensité de la pleurésie offre un très grand nombre
PLF.UIIÉSIK, PLKUniTE. !» 1 /
de degrés, depuis celui qui constitue la pleurésie lu plus latente jusqu’à celui qui caractérise la pleurésie la plus aiguë. Toutefois, on peut ramener tous les cas à trois catégories principales: les deux extrêmes comprennent les cas de pleurésie faible, légère, et ceux de pleurésie forte, intense; dans une autre catégorie se rangent les cas de pleurésie d’une intensité moyenne.
Nous signalerons plus loin les principales différences que présente la pleurésie sous les divers autres rapports que nous devons étudier (i).
§ II. Caractères anatomiques.
I. Période d'acuité. i°La plèvre et le tissu cellulaire sousjacent sont rouges et injectés. La rougeur de la plèvre n’est souvent que le reflet de celle du tissu cellulaire sousjacent; mais il est cependant des cas où la rougeur qu’elle présente lui appartient en propre, et alors elle n’est pas due à 1 injection capillaire, non plus que ces rougeurs qu’on rencontre à la suite des inflammations de la membrane interne des artères , et auxquelles elle est comparai»! e. La plèvre est rarement épaissie d’une manière bien notable, et elle conserve sa transparence normale, ou ne présente du moins qu’une légère opalinitc.
Nous savons peu de chose encore sur le ramollissement de cette membrane. Dans certains cas de perforation du poumon et des parois costales ou du diaphragme, etc., la plèvre finit par prendre part au travail ulcératif ou bien au travail de mortification (gangrène) qui préside à ces perforations.
2° On trouve dans la cavité de la plèvre enflammée un épanchement d’un liquide plus ou moins trouble et purulent, au milieu duquel nagentdes flocons ou des masses
(i) En attendu >t, les expressions suivantes donneront 1 idée des divisions auxquelles nous faisons allusion ici : pleurésies traumatitjue ou spontanée , primitive ou consécutive , simple ou compliquée , puerpérale , rhumatismale , bilieuse, maligne , vraie, fausse , latente , etc.
*> I 8 l'IlLr.OMASItlS HT IRRITATIONS KN PARTICULIER.
de matière plastique ou pseudo-membraneuse, et A la surface des feuillets de la plèvre, des couches plus ou moins épaisses de celle pseudo-membrane ou lymphe plastique (dans la première période, il peut n’exister que des pseudo-membranes, ce qui constitue la pleurésie dite sèche ) .
La (juantité du liquide épanché est plus ou moins considérable, selon une foule de circonstances. La quantité moyenne pour une pleurésie d’un seul côté est d’environ un litre. Il reste beaucoup de recherches exactes à faire pour préciser ce point de l’anatomie pathologique de la pleurésie.
Lorsque l’épanchement est considérable, le côté correspondant de la poitrine est dilaté, le diaphragme est refoulé en bas, et avec lui !e foie à droite et la rate à gauche, organes qui offrent souvent des traces d’inflammation de leur enveloppe séreuse; le cœur est cléjeté du côté droit, et le péricarde, ainsi que l’endocarde, présente aussi souvent des traces d’inflammation quand la pleurésie est à gauche et qu’elle a donné lieu à un énorme épanchement. ' Le poumon du côté où existe l’épanchement est comprimé en proportion de la quantité de ce dernier: quand celui-ci est à son maximum, le poumon, refoulé en haut et en dedans, s’atrophie, et forme une espèce de moignon, du volume du poing, dans lequel on ne rencontre aucune bulle d’air.
La qualité de l’épanchement n’est guère moins variable que sa quantité. Quelquefois il consiste en un pus bien lié, homogène: c’est la pleurésie purulente, le véritable empyème ; le plus souvent c’est un liquide séreux, mêlé de flocons albumineux , ou mieux de flocons pseudomembraneux amorphes, de consistance molle, friable, crémeuse.
Dans certains cas , la matière de l’épanchement est rougie par une quantité plus ou moins considérable de sang:
PLEURÉSIE, PLECJHITE.
c’est à cette forme que Broussais et Laënnec ont donné le nom de pleurésie hémorrhagique. Mais la présence du sang est un accident, unecomplication réelle ; la pleurésie simple ne donne point lieu à un épanchement de sang dans la plèvre, etdans les cas même où l’on trouve un liquide rouge, ce n’est pas du sang pur, comme pourrait le faire croire le mot pleurésie hémorrhagique, mais delà sérosité ensanglantée (il n’y a pas de caillot).
L’élément plastique de l’épanchement déposé à la surface de la plèvre ne tarde pas à contracter des adhérences avec cette membrane, et à passer de l’état amorphe à l’état organisé ou de véritable membrane séreuse et de tissu cellulaire. Tantque lépanchement existe, les couches pseudomembraneuses viscérales et pariétales ne peuvent contracter d'adhérence entre elles; mais aussitôt cpie l’épanchement a été résorbé, et quelles se touchent par leurs faces opposées, cette adhérence s’opère, soit dans toute l’étendue de la plèvre, soit dans quelques uns de ses points seulement. Il se passe ici entre les feuillets opposés de la plèvre le même phénomène qui s’opère entre les lèvres d’une plaie mises en contact. Dans l’un et l’autre cas, il-s’établit une adhésion, et de là le nom d’inflammation adhésive que Hunter a donné à l’état morbide dont nous exposons les effets caractéristiques.
Lorsqu’une première couche pseudo-membraneuses’est organisée sur la plèvre, cette couche devient comme une seconde plèvre sur laquelle peut se déposer une nouvelle couche plastique qui s’organise à son tour, et ainsi de suite. On peut trouver plusieurs de ces couches superposées, et on observe constamment que celle où les rudiments de 1 organisation ne se montrent pas encore, est en contact immédiat avec l’épanchement qui en fournit les matériaux, tandis que la couche la mieux organisée est en contact avec la plèvre, ce qui prouve bien qu’elle est la plus ancienne, la première formée.
Au lieu d’adhérences universelles ou partielles et sous forme de brides , et le plus souvent en même temps qu elles, on trouve dans quelques cas de véritables kystes, remplis d’un liquide séreux. Tout récemment encore j’en ai observé un exemple. La formation de ces kystes, qui, au fond, ne sont autre chose qu’une vaste cellule de tissu cellulaire ou une petite poche séreuse, a été bien signalée par M. Cruveilhier ( i ).
Les productions celluleuses et séreuses dont nous venons de parler peuvent éprouver diverses métamorphoses ou transformations, quenous décrirons ci-dessous.
IL Période de chronicité, i ° L’épanchement est le caractereanatomique essentiel de la pleurésie chronique comme de l’aiguë. Mais lorsque la maladie a revêtu la forme chronique, le liquide ne présente pas exactement le même aspect que dans la forme aiguë; il arrive même une époque où la matière plastique étant déposée complètement sur les feuillets de la plèvre, et organisée en tissu cellulaire, séreux, séro-fibreux, il ne reste plus qu’un liquide séreux, transparent, à peine mêlé de quelques flocons, et quelquefois rougi par une certaine quantité de sang.
On trouve assez souvent un nombre considérable de petites granulations à la surface de la plèvre , et quelquefois à la surface des fausses membranes organisées (c’est la pleurésie tuberculeuse ou miliaire de quelques auteurs modernes).
Quant aux pseudo-membranes, elles se présentent souvent sous forme de tissu fibreux , fibro-cartilagineux , cartilagineux ou même osseux. Il est des cas où le poumon est plus ou moins complètement enveloppé d’une sorte de coque cartilagineuse ou osseuse de plusieurs lignes d’épaisseur, au-dessous de laquelle la plèvre conserve quelquefois son épaisseur normale.
(i) Dictionnaire de médecine cl de chirurgie pratiques , art, Pi.EimÉsiK, t. XIII, p. a8t et Huiv,
PÏ.RL’RIvSIK, PLKOMTR. 521
Dans certains cas, la cavité de la plèvre communique avec l’extérieur, au moyen d’une perforation des parois par laquelle l’épanchement s’est fait jour (j’en ai , pour ma part, recueilli deux exemples remarquables, l’un à l’hôpital Cochin, en 1822, l’autre à ma clinique, en uS/fi). Dans d’autres cas, c’est avec les bronches que communique la cavité pleurale, par suite d’un travail ulcératif de la plèvre pulmonaire et du parenchyme pulmonaire luiinëine, lequel travail a marché dans le sens opposé à celui qui a produit la perforation des parois pectorales ; à la faveur de cette communication , une partie de l’épanchement s’est quelquefois fait jour dans les bronches...
En 1 83g, M. A. Foucart me présenta des pièces anatomiques relatives à un cas d’épanchement pleurétique qui s’était ouvert dans la cavité du péricarde.
Les diverses colorations que la plèvre peut offrir à la suite d’une pleurésie chronique sont soumises à diverses circonstances éventuelles, que nous avons signalées dans nos généralités sur l’inflammation (i).
2° Dans la pleurésie chronique plus encore que dans In pleurésie aiguë, le poumon correspondant à l’épanchement, par suite de la compression qu’il a éprouvée, est atrophié à un point tel que des observateurs peu attentifs ont pu croire qu’il avait entièrement disparu. C’est aussi dans des cas de pleurésie chronique, avec épanchement très abondant, que l’on rencontre les refoulements du foie, de la rate et du cœur dont il a été question plus haut, et que l'on trouve les traces indélébiles d’une coïncidence de l’inflam-
(i) J’ai dit plus haut que l’on pouvait trouver la plèvre non épaissie au-dessous des couches organisées dont nous avons parlé. M. Cruveilhicr et quelques autres professent que dans lu pleurésie chronique , la plèvre ne s’épaissit nullement. Cette proposition est trop absolue. J’ai vu des cas où la plèvre avait perdu sa transparence, et avait augmenté d’épaisseur. Celte hypertrophie de la plèvre est, d’ailleurs , un fait particulier qui cou firme une loi générale que nous avons formulée précédemment.
522 PHLEGM ASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, mation de la membrane séreuse de ces organes avec la pleurésie.
On trouve chez quelques sujets un foyer de suppuration dans le tissu cellulaire sous-pleural, et c’est dans des cas de ce genre que, par suite de la marche du travail suppuratif et ulcératif vers l’extérieur, surviennent ces perforations, ces fistules pleurales que nous avons indiquées plus haut ( il va sans dire que le foyer purulent du tissu cellulaire sous-pleural s’est fait jour aussi dans la cavité de la plèvre).
Le pus qui s’échappe à l’extérieur, dans les cas que nous signalons , exhale, en général, une odeur des plus fétides.
Je ne crois pas devoir insister ici sur les altérations que l’on rencontre dans les organes voisins du foyer de la pleurésie; je répéterai seulement que dans les cas de pleurésie gauche, j’ai rencontré le plus souvent des traces indubitables d’inflammation de la rate, et surtout de son enveloppe séro-fibreuse.
§ III. Signe; , symptômes et diagnostic.
Symptômes locaux ou idiopathiques,
I. Forme aiguë a. Douleur connue sous le nom de point de côté (i), plus ou moins aiguë, augmentant pendant la toux et les inspirations, dont elle diminue souvent l’étendue normale, empêchant certains malades de se coucher sur le côté où elle siège(a),et devenant plus vive à la percussion ; gêne, accélération de la respiration proportionnée à 1 intensité de la
(1) Dans la pleurésie générale, c’est presque constamment au-dessous et un peu en dehors du sein que répond la douleur. Mais dans la pleurésie partielle , la douleur varie selon le siège de celle-ci.
(2) Dans le cas où la douleur est légère, et n’augmente pas par le décubitus sur le coté qu’elle occupe, pour peu que répanchementsoit considérable, c’est de ce côté que le décubitus a lieu, ce qui permet au côté sain de se dilater en toute liberté. Le décubitus a lieu sur le dos, et non sur le côté sain , dans les cas où la douleur ne permet pas de se coucher sur le côté malade.
PLEURESIE , PLEÜRITE.
douleur et à l’abondance de l’épanchement ( 24, 32 , 3G, 48 inspirations par minute, et quelquefois même plus); toux nulle ou toux sèche, à petites quintes, retenue par la douleur de côté (plusieurs malades appliquent alors la main sur ce côté, comme pour empêcher le retentissement et l’ébranlement qui résultent de la toux). Dans les cas de pleurésie très intense, surtout si elle est double, la respiration, la voix et la parole sont entrecoupées, et il y a souvent imminence de suffocation.
b. Phénomènes physiques proprement dits. Pour exposer exactementlessignes de cet ordre, il faut diviser la marche de la maladie en trois périodes principales.
Première période , ou pleurésie à l'état naissant , au premier degré. A ce degré, il n’existe pas encore d’épanchement notable , et il commence à se former des pseudo-membranes. La résonnance est à peine diminuée, et l’on entend pendant les mouvements d’inspiration et d’expiration un bruit de frottement particulier, produit par le glissement des feuillets de la plèvre l’un contre l’autre, et que pour cela je désignerai sous le nom de bruit de frottement pleural; bruit dont la force ou l 'intensité et le caractère, la nature , le timbre , varient selon que les fausses membranes sont plus ou moins abondantes, plus ou moins denses, plus ou moins rugueuses, que les mouvements respiratoires sont plus ou moins brusques et étendus, etc., mais que nous avons distinctement entendu chez tous les nombreux malades que nous avons eu occasion d’ausculter dans la période qui nous occupe (1). Ce bruit, ce frottement, coïncident avec un frémissement vibratoire sur lequel nous reviendrons plus bas.
Deuxième période , ou pleurésie avec épanchement bien formé , au deuxième degré. La percussion rend, un son mat
(1) Pour toute-; les nuances ou variétés <iu bruit de frottement pleural, nous renvoyons aux faits particuliers publiés dans notre Clinique médicale. »
fi 2 A PHEKOMASIES ET IRRITATIONS EN PARTICULIER, clans toute l’étendue correspondante à l’épanchement, et le siège, le niveau de la matité, varient selon la position que l’on fait prendre aux malades; à moins, toutefois, que l'épanchement ne remplisse tout le côté, ou que, par certaines causes exceptionnelles, le liquide ne puisse pas se déplacer conformément aux lois de la pesanteur.
La respiration vésiculaire ne se fait plus entendre dans les points où existe la matité; on entend dans les mêmes points du souffle bronchique , et un retentissement de la voix dont l'intensité varie : ce retentissement de la voix est tantôt simple et tantôt accompagné de brisement ou de chevrotement, d’où le nom à' égophonie proposé par Laënnec (i). D'après les observations qui nous sont propres, l 'égophonie correspond à un épanchement médiocre cpii n’empêche pas complètement d’entendre le murmure respiratoire, en même temps qu’on entend le souffle bronchique, tandis que la bronchophonie pure et simple, ou sans brisement de la voix et de la parole, coïncide avec un épanchement considérable (2).
Si lion applique la main sur la région de la poitrine correspondante à l’épanchement , et qu’on fasse parler le malade, la voix n 'y frémit plus , n’y vibre plus comme à l’état normal, et comme dans les points où il n’existe pas d’épanchement.
L 'inspection de la poitrine montre une dilatation plus ou
( 1) Dans beaucoup de cas alors, la voix et la parole sont réellement les mêmes que celles produites au moyen de ce jouet d’enfants connu sous le nom de mirliton , ou par ce personnage de foire , célèbre sous le nom de polichinelle.
(2) Nous ne voulons pas affirmer que l’égophonie ne «oit pas soumise à d’autres conditions que celle indiquée ici, telle qu’elle l’avait déjà été par Laënnec; mais celte dernière est très importante , et ce qui lui donne une valeur nouvelle, c’est que la bronchophonie simple dégénère en éqophonie quand un épanchement considérable diminue (égophonie de retour'), et que l’égophonie se change en bronchophonie simple quand l’épanchement augmente.
l'UX liKSli; , l'Ll.llUTK. j '23
ou moins considérable du côté dans lequel existe l'épanchement, et I on obtient d’une manière précise le degré de cette dilatation par la mensuration (i) : le degré de la saillie ou de la voussure des parois de la poitrine a été déjà plusieurs fois déterminé par nous au moyen du cyrtomètre (2). Par suite de cette dilatation , les espaces intercosiaux sent élargis et plus saillants qu’il l’état normal.
Troisième période, ou période (le résorption de f épanchement et d’organisation des pseudo-membranes , etc. Dans le cours de cette période, on voit graduellement disparaître presque tous les phénomènes ci-avant exposés , mais avec des circonstances qu’il importe de connaître, et que voici:
Lorsque l’épanchement, d’abord très considérable, est réduit à une quantité médiocre , 011 voit 1 égophonie succéder auretentissement simple delà v oix {égophonie de retour) , comme celui-ci avait succédé à ['égophonie primitive , celle de la période oùle liquide épanché était encore en quantité médiocre. Cette égophonie disparaît ensuite elle-même ainsique le souffle bronchique, etc., et quand la résorption s'est faite rapidement , que de simples adhérences celluleuses restent entre les feuillets opposés de la plèvre, la résonnance et la respiration vésiculaire reviennent sensiblementà l’état normal, et les dimensions du côté malade restent telles qu elles étaient avant la maladie. A l’époque où, par suite de la résorption du liquide épanché, les feuillets de la plèvre se trouvent de nouveau en contact, séparés seulement parles pseudo-membranes organisées à leur surface, on entend presque constamment un
(1) Pour obtenir ce degré, nous mesurons la circonférence de chaque côté delà poitrine au moyen d’une bande en soie ou en maroquin, divisée en pouces et en lignes 'c’est cette Lande ou ruban en soie que l’on adapte aujourd'hui au stéthoscope, d’après l’idée qu’en a eue notre ancien chef de clinique , \I. le docteur Montaull).
(2) C’est le nom d’un instrument imaginé par M. Félix Andry pour mesurer les voussures de la région prceordiale eu particulier, mais dont l’usage est applicable ii l’appréciation de toutes les voussures en général.
526 PHLEGMASIES ET IBltlTATlONS EN PARTICULIER, bruit de frottement que j’appellerai de retour. Les degrés et les caractères de ce bruit varient beaucoup. Tantôt il consiste en un simple froissement analogue à celui du taffetas ou du parchemin ; tantôt il imite le bruit de raclementque l’on produirait en faisant glisser 1 une sur l’autre fieux plaques dures à surfaces un peu inégales; tantôt c’est un craquement ou cri de cuir neuf, etc.
J’ai constate un grand nombre de fois et fait constater aux élèves de la clinique un frémissement vibratoire très prononcé des parois pectorales dans les points correspondant aux bruits de frottement pleural ci-dessus indiqués; et tel est le rapport qui existe entre ces deux phénomènes, que la présence de l’un suffit pour faire annoncer celle de l’autre.
Lorsque l'épanchement ne s’est dissipé que très lentement, que d’épaisses couches pseudo-membraneuses sont interposées entre les feuillets de la plèvre, alors la résonnance reste faible ou même presque nulle dans les points correspondants, et le murmure respiratoire est faible et lointain. Alors aussi le côté dilaté, après avoir repris ses dimensions normales , continue à revenir sur lui-même, et il s’établit d’une manière permanente un rétrécissement, un aplatissement du côté malade, avec incurvation de la portion correspondante de la colonne vertébrale, et inclinaison légère du tronc de ce côté (on mesure les degrés de ce rétrécissement par les méthodes indiquées ci-avant).
II. Forme chronique. Les symptômes que nous avons décrits plus haut appartiennent spécialement à la pleurésie aiguë , mais ils se rencontrent aussi pour la plupart dans la pleurésie chronique , celle-ci n’étant, le plus souvent, que la pleurésie aiguë continuée , sous une forme moins prononcée (i). Or, dans ce cas, l’épanchement persiste et se reconnaît aux divers signes physiques indiqués précédemment.
(i La pleurésie peut, il esl vrai, comme les autres phlefjmasies île la même famille, affecter primitivement une marche lente, obscure, clno-
PLEURESIE, PL EU 1U T F..
Il arrive , toutefois , un moment oii l'épanchement ayant complètement atrophié le poumon et effacé la cavité des bronches, on n’entend plus ni respiration vésiculaire, ni respiration bronchique, ni bronchophonie, et le côté reste immobile (i). La douleur manque entièrement, ou bien est tellement obscure eL sourde tpte les malades ne s’en plaignent pas , et ne la ressentent qu’en y prêtant toute leur attention. C’est surtout de l’absence de ce signe que cette pleurésie a reçu le nom de latente. Avant l’emploi des méthodes exactes de diagnostic , elle était presque toujours méconnue et confondue avec diverses autres maladies. Aujourd’hui même, comme je le dirai plus bas, cette erreur n’est que trop commune , soit parce que les praticiens qui la commettent ont négligé de soumettre les malades à l’emploi des méthodes exactes d exploration , soit qu’ils u aient pas su profiter des lumières qu elles fournissent aux observateurs qui se sont longtemps familiarisés avec elles.
III. Il ne nous reste plus qu’à signaler quelques phénomènes provenant du siège de la pleurésie, et de quelques uns de ses modes de terminaison.
i° Quand la pleurésie est diaphragmatique, elle est accompagnée de hoquet, de sanglots ; les traits sont grippés, contractés, et on observe ehezqueiques sujetsle rire sardonique; la douleur se fait sentir profondément vers la base de la poitrine, et la respiration est presque exclusivement
nique ; mais ce n’est pas là, à rigoureusement parler, une pleurësie chronique. Pour mériter réellement ce nom, il faut que la pleurésie ait persisté pendant un temps assez considérable, cinq à six semaines, par exemple.
(i) La transformation des fausses membranes en tissu cartilagineux ou même osseux, qui est un des effets de la pleurésie passée à l’état chronique avec résorption de l’épanchement, pourrait être soupçonnée plutôt que réellement diagnostiquée aux signes suivants : rétrécissement considérable du côté malade, matité complète, avec résistance extrême au doigt qui percute, respiration vésiculaire très faible, éloignée, chez un individu qui avait autrefois présenté les symptômes de pleuresie.
528 1M1LEG.UAS1ES ET UllUTATlONS EN i'AKTlCULlEU. costale, l’affection de la plèvre diaphragmatique encliainant en quelque sorte le jeu de cet organe.
2° Lorsqu’un épanchement considérabledanslecôté gauche a refoulé le cœur vers le côté droit, on reconnaît cette déviation par les méthodes ordinaires d’exploration du cœur, telles que l’inspection , la percussion, la palpation, l’auscultation (i). C’est par des médiodes semblables que l’on reconnaîtra le refoulement du foie, de la rate, etc.
3° La péricardite, l’endocardite, l’endo-péricardite, la propagation de l’inflammation de la plèvre au péritoine qui recouvre le foie et la rate, se reconnaissent aux signes que nous avons indiqués en traitant des inflammations dont il vient d’étre fait mention. Nous ajouterons seulement ici que c’est la pleurésie droite qui se propage plus spécialement vers le foie, comme c’est la pleurésie gauche qui s’étend plus particulièrement au cœur et à la rate. La forme bilieuse de certaines pleurésies est bien évidemment le résultat de 1 extension de l’inflammation de la plèvre sur le péritoine du foie , et par suite sur la couche superficielle du tissu de cet organe
4° S’il survient une de ces perforations des parois pectorales ou du poumon que nous avons indiquées précédemment, le liquide épanché s’écoule en tout ou en partie par la voie qui lui est ouverte avec l’extérieur. Quand l’écoulement s’est fait jour à travers les bronches, il peut amener des accidents de suffocation et la mort par asphyxie, ainsi que M. Cruveilhier en a consigné un exemple dans son article Pleuaésie. D’autres fois, cette évacuation est, au
( i) J’ai vu quelques cas où la présence du cœur sous la pai tie inférieure du sternum et les cartilages correspondants du côté droit, due à la cause que nous signalons, avait été' attribuée à une transposition congénialedu centre circulatoire. Avec un peu de réflexion et d’habitude clinique, il eût été bien facile d’éviter une pareille erreur, dont M Cruveilhier a rapporté aussi un exemple assez curieux dans son article Pleurésie déjà cité. ( M. Cruveilhier a soin de dire que le médecin qui commit celte erreur, forl instruit d'ailleurs , i<jnorait complètement la percussion cl l'auscultation.)
PLKI.KÉSIL, PLtlJKiTK. ">*29
bout (J un certain temps, suivie de guérison (i). L écoulement du liquide à travers une perforation ulcéreuse des parois pectorales, sorte d’opération de lempvèmc fuite parla nature elle-même, n’est pas une terminaison aussi heureuse qu’on pourrait le croire au premier abord. Dans les deux cas dont j’ai recueilli 1 observation , les malades ont fini par succomber, comme il n’arrive que trop souvent à ceux auxquels on a pratiqué 1 opération de Pempyèine proprement dite. Quoi qu’il en soit, dans ces cas de fistule pleurale, il s’établit à travers l’ouverture une sorte de respiration à l’intérieur de la cavité de la plèvre, 1 air extérieur y pénétrant pendant le mouvement d’inspiration , et s’en échappant pendant le mouvement d’expiration, ce qui donne lieu à un double bruit de gargouillement. La présence combinée de gaz et de liquide dans la cavité de la plèvre se reconnaît à d’autres signes que nous indiquerons à l’article de Y hydro-pneumothorax.
STiiiptôiiics réaclionneU. généraux , ou sympathique*.
Une réaction fébrile, d’une intensité variable , accompagne la pleurésie aiguë, bien caractérisée. Cette fièvre débute quelquefois par un frisson violent, d’autres fois par de légers frissons ou de simples frissonnements: dans quelques cas, les frissons manquent (en général, l’intensité des frissons est proportionnelle à celle de la pleurésie et à Y acuité de sa marche). La fièvre pleurétique offre, d’ailleurs, dans ses phénomènes des variétés que nous avons tant de fois signalées, à l’occasion d’autres pldegmasies, qu’il serait superflu d’y revenir ici (2). J’ajouterai néan-
(1) Les en s du mode de terminaison dont il s’a;;it ne sont nas as se'/ exactement observés , pour qu’il ne reste pas encore beaucoup à faire sur ce sujet.
(2) Un certain nombre d’auteurs, et entre autres, M. le professeur Cruveilliier, prétendent avoir vu la lièvre précéder de deux ou trois jours l’invasion de la pleurésie. Je n’ai jamais observé celte particulai ité. En ad-
.*>3 0 PHLIiGM ASIliS liT IKItlTA l'ION.S EN PARTICULIER,
moins que rien n’est plus inexact que ce qùi a été dit par une Coule d’auteurs sur le pouls considéré sur les points de vue de son ampleur, de sa force, de sa dureté, etc. ( voy . les observai de noire Clinique médicale). L’état du potds est subordonné à une foule de circonstances que les auteurs avaient jusqu’ici complètement ignorées (i). La chaleur de la peau , que j’ai souvent rigoureusement déterminée par l’emploi du thermomètre (elle s’élève à 38, 3y, 4° centigr. sur l’abdomen), est tantôt sèche, tantôt humide. Dans les cas de sueurs abondantes et prolongées, j’ai rencontré des myriades de sudamina avec ou sans accompagnement d éruption miliaire, et je les ai fait constater par une foule d’élèves.
Le sang que l’on retire chez les sujets atteints d’une pleurésie bien caractérisée offre, au suprême degré, les caractères inflammatoires , et se couvre rapidement de la couenne de ce nom {couenne pleurétique).
L’urine est assez souvent albumineuse pendant la résorption de l’épanchement.
Lorsque la pleurésie affecte la forme chronique , la réaction fébrile est, dans certains cas , peu prononcée, et elle peut même manquer presque complètement. Aussi
mettant ce phénomène, il s’ensuivrait que la fièvre dont il est question serait indépendante de la pleurésie, et il resterait à en chercher la cause. Quant à nous, comme l’indique le titre de cet article , nous ne nous occupons ici que de la fièvre symptomatique de la pleurésie bien déclarée.
Des faits très nombreux et observés avec le plus grand soin ne me permettent pas d’admettre, avec M. Cruv.eilhier, que la fièvre très aiguë pendant un , deux , trois, quatre jours , tombe presque entièrement , sans diminution correspondante des phénomènes locaux de la pleurésie , et que la jièvre affecte quelquefois le type rémittent et même intermittent. ( Aivr. CITÉ.)
(i) Par exemple, après avoir rappelé, sans la discuter, cette sentence de Baglivi , que la dureté du pouls est un siqne presque infaillible des pleurésies , M. Cruveilhier ajoute que la dureté se joint ordinairement h la concentration dans la pleurésie aiguë. Combien de pleurésies aiguës dans lesquelles le pouls est loin d’être concentré!
PLKIItKftlK, PLKUIU ÏT..
voit-on certains individus se lever, se promener, manger à peu près comme à l’ordinaire et vacpier même à une partie de leurs occupations, bien qu'ils soient porteurs d’un épanchement vraiment pleurétique dnnsun des côlés de la poitrine. Néanmoins , après les repas, à la suite de quelque exercice un peu pénible, il est alors très commun de constater un mouvement fébrile bien caractérisé.
Dans d’autres cas de pleurésie chronique (et ces eus sont particulièrement ceux dans lesquels la matière épanchée est du véritable pus ou un liquide purulent), la fièvre est continuelle et très marquée. Elle finit par revêtir la forme hectique, et les malades succombent dans un état de marasme et d’épuisement.
Parmi les effets que la pleurésie chronique entraîne assez souvent à sa suite, nous devons mentionner finfiltration des membres inférieurs , la bouffissure du visage, l étal violacé des lèvres, etc., circonstances qui. réunies à une oppression qui va jusqu’il l’orthopnée, ont conduit des praticiens, trop peu attentifs ou trop peu exercés, à confondre des cas de ce genre avec ceux relatifs à ce qu’ils appellent un anévrisme du cœur ou de l’aorte (i). La cause principale, sinon unique, de cette hydroplsie passive, consiste , si je ne me trompe , dans l’obstacle que I epanehement, devenu énorme, apporte au cours du sang veineux , soit par Iti compression de la veine cave, soit autrement.
(i)J’ai, depuis quelques années , été témoin d’erreurs de culte espèce. M.Cruveilliieren cite d’autres dans son article Pleurésie , et il ajoute « qu’un grand nombre de faits l’autorisent à établir positivement que la pleure'sie chronique peut s’accompayijer d’infiltration générale, en un mot, de tous les symptômes (les maladies du cœur. » La dernière partie de cette proposition manque d’exactitude. En effet, dans les cas de pleurésie avec infiltration , oppression, étouffement, tous les symptômes fournis par l’exploration du cteur au moyen des méthodes exactes foin défaut, en même temps que l’on constate ceux dus à la présence tic l’épauchenirut.
Diagnostic.
Le diagnostic de la pleurésie repose aujourd’hui sur des signes tellement positifs pour quiconque est habitué aux méthodes exactes d’exploration, (pion a peine à concevoir comment cette maladie peut être méconnue ou confondue avec une autre maladie. Si celte erreur de diagnostic n’est malheureusement que trop commune encore aujourd’hui , c’est qu’en effet, ceux qui la commettentont négligé l’emploi des méthodes exactes d’exploration ,' ou bien en ont fait une mauvaise application , pour ne s’être pas suffisamment familiarisés avec leur étude clinique (i).
Lorsque l’épanchement est formé, on le reconnaîtra donc aux signes physiques précédemment exposés, et la douleur de côté , la fièvre , etc., apprendront que cet épanchement est bien de nature inflammatoire. Dans les premiers temps de la pleurésie, lorsqu’il n’existe que peu ou point d épanchement, le bruit de frottement pleural, la réaction fébrile ne permettront pas de prendre cette maladie pour une simple pleurodynie , ainsi que cela paraît être arrivé à Stoll lui-même.
Dans la pleurésie avec épanchement, il est des signes que l’on retrouve aussi dans la pneumonie au second ou au troisième degré , tels que la matité , le souffle bronchique, le retentissement delà voix , 1 absence de la respiration vésiculaire. Mais la pneumonie donne lieu à des crachats caractéristiques(2), et dans la pleurésie, si l’épanchement n’est pas trop considérable, le retentissement delà voix est brisé,
(1) Depuis sept à huit ans , j’ai été appelé une quinzaine de foisauprès de malades chez lesquelson avaitméconnu l'existence d’une pleurésie avec épanchement considérable, et devenue chronique par défaut d’un traitement convenable. Dans les derniers temps de la maladie, on avait cru à l’existence d'une affection organique du cœur chez les uns, d’un asthme nerveux , chez d’autres. Je suis véritablement affligé d’ajouter que cinq ou six de ces ma'ades étaient des médecins, et qu’un autre était pharmacien.
(2) Je sais que souvent chez les vieillards, et exceptionnellement chez
PLEURÉSIE, PLEUR1TK.
saccadé, éjophonique , ce qui n’arrive pas dans la pneumonie sans complication d’épanchement, quoi qu en disent certains observateurs; si l’on (ait parler le malade, la main étant appliquée sur le côté malade, on ne perçoit pas de frémissement vibratoire normal dans le cas d épanchement, tandis qu’on le perçoit encore si c’est une pneumonie; le niveau de la matité ne varie pas suivant la position dans la pneumonie, comme il le fait dans la pleurésie; d’un autre côté, toutes choses d’ailleurs égales, une pneumonie au deuxième ou troisième degré affectant la totalité ou la prèsquetotalité d’un poumon, offre des phénomènes généraux bien autrement graves que ceux qui accompagnent un simple épanchement pleurétique, même quand il remplit entièrement ou presqu’entièrement un des côtés de la poitrine.
§ IV. Causes.
I. Il est des causes prédisposâmes , une prédisposition à cette phlegmasie comme à toutes les autres. Qu’il nous suffise de cette déclaration , et occupons-nous seulement des causes déterminantes.
En tête de toutes ces causes, il faut placer les brusques refroidissements. C’est encore là, en effet, la seule cause réelle, incontestable, évidente, de la pleurésie commune, ordinaire, normale, quecertains observateurs ne craignent pas cependant, même aujourd’hui, de désigner sous le nom despontanée ou de pleurésie par cause interne, cachée, occulte ( i ).
les adultes, l’expectoration caractéristique peut manquer. Alors le diagnostic différentiel est plus difficile, mais avec de l’attention et de l’habitude, on finit par vaincre les difficultés.
(i) Aous avons, assez et trop souvent peut-être , relevé l’erreur dont il s’agit. Laissons à M. (Jruvcilhier le soin de la réfuter, à I occasion de la pleurésie. Après avoir indiqué la cause mentionnée ici , il ajoute : « Je ne » conçois pas, par rapport à la pleurésie, la nécessité d’admettre les causes » occultes qu’invoquent encore aujourd’hui quelques bons esprits, comme » causes principales des maladies, et de la pleurésie en particulier...
i I . Des inflammations accidentelles de la plèvre peuvent avoir lieu dans les circonstances suivantes : action des corps vuliiérants sur la poitrine , plaies pénétrantes de cette cavité, corps étrangers dans la cavité de la plèvre, rupture d’un foyer purulent, gangréneux, et surtout tuberculeux dans cette cavité ( l'inflammation , au milieu de laquelle s’opère sourdement la tuberculisation, peut, en se propageant lentement Vers la plèvre, y produire une inflammation, et de là ces adhérences que l’on trouve à peu près constamment au sommet de la poitrine, chez les individus qui succombent à une tuberculisation de la région correspondante des poumons ).
lli. Les pleurésies qui se développent malheureusement assez souvent chez les individus rhumatisés (pleurésie rhumatismale ), chez les femmes récemment accouchées (pleurésie puerpérale), chez les individus auxquels on a pratiqué de grandes opérations, etc. (pleurésie traumatique), reccm naissent ordinairement elles-mêmes pour cause le refroidissement signalé plus haut. Maison doit reconnaître hautement que les sujets dont nous parlons se trouvent dans des conditions prédisposantes sur lesquelles on ne saurait trop insister. Telle est, en effet, l’influence immense de ces conditions, que bien souvent la pleurésie semble s’être développée indépendamment de toute autre cause, et c’est alors surtout que triomphent les partisans de la spontanéité des maladies. Mais les observateurs attentifs et doués de perspicacité ne tardent pas à reconnaître que, même dans les cas dont il s’agit, il est intervenu des causes déterminantes, trop faibles , il est vrai , pour avoir pu produire la maladie chez des individus qui n’auraient pas été éminemment prédisposés.
Au reste, je ne confonds pas ici les pleurésies réelles, évidentes, avec les simples dépôts purulents qui ont lieu
» physica pltysicè demonstranda. » (Art. Pleurésie «lu Dic.liqnn. de méd' et ehir. pfriiit/ues, t. XIll* p. a 84-)
pr.KüiU'Sii:, pi.kumte.
dans la plèvre, comme dans les cavités des membranes synoviales , dans le tissu cellulaire, les poumons, la rate , le (oie, etc., A la suite de phlébite, de plaies, d’ulcérations récentes, etc., distinction (jui, d’ailleurs, n est pus toujours aussi facile que le pensent certains observateurs dont les travaux sur cette matière n’ont pas été suffisamment mûris.
IV. J e ne sais si je dois dire quelques mots de ces pleurésiesque Stoll appelait bilieuses, parce que, selon lui, ces
pleurésies, essentiellement différentes de celles qu’il appelle
inflammatoires, avec lesquelles il admet qu elles peuvent se combiner, provenaient d 'un amas bilieux qui est le produit ordinaire de la fin de l été et de /’ automne (i) , matière morbifique qui affecte peut-être , non seulement les parties qui en sont le siège , mais encore celles qui sont éloignées de celles-ci , et avec lesquelles elles communiquent par une certaine sympathie, dont le mode n’a pas été jusqu à présent suffisamment éclairci {si cette explication ne suffit pas , ajoute Stoll, on pourrait regarder comme vraisemblable que des particules de saburre résorbées irritent et rendent malade , de façon ou d’autre, f organe sur lequel elles se portent).
Comme nous l’avons dit à l’article de la pneumonie et de la pleuro-pneumonie, ces phlegmasies, ainsi que la pleurésie, n’affectent point, dans l’immense majorité des cas du moins, la forme bilieuse, parce qu elles dépendent
fi) Selon Stoll, quoique les maladies bilieuses naissent tous les ans aux époques indiquées, cependant il survient dans d’autres temps de l’année certaines constitutions qui favorisent la production de ces maladies Malheureusement, Stoll ne s'explique pointstirles caractères propres à nous faire connaître ces constitutions , et il dit plus loin que ce qui le porte à considérer comme bilieuses certaines pleurésies, c’est qu’elles s’aggravaient et se terminaient par la mort quand elles étaient traitées par les émissions sanguines d’une dose double de celle indiquée par Sydenham. On conviendra que c’est une bien triste chose que d’être obligé de fonder son opinion sur une semblable* donnée : attendre qu’une pleurésie ait été mortelle sons l’influence d’une certaine méthode pour en reconnaître la nature !
53() IMII.KO.M ASIKS KT llIlilTATIÔNS KN PARTiCl'LIKli.
d’une cause ou constiuuiou spéciale , bilieuse , mais bien parce qu’elles sont accompagnées d’un état de pblogose, ordinairement peu intense, soit primitif, soit secondaire de l’appareil biliaire ou de l’appareil gastrique. En raison du voisinage du foie, ces phlegmasies réagissent sur lui par voie de propagation , d’extension , de diffusion , surtout quand elles siègent à droite.
§ V. Pronostic , mortalité et durée.
1. Considérée en elle-même, et abstraction laite des circonstances accidentelles qui peuvent lui imprimer un caractère particulier de gravité, la pleurésie est au nombre des phlegmasies qui , dans les conditions des traitements divers employés jusqu’ici, font périr, sinon à l’état aigu du moins à l’état chronique, un assez grand nombre des individus qu’elles atteignent (x). INI. Louis est, à ma connaissance, le seul observateur qui professe que la pleurésie n’entraîne jamais ou presque jamais la mort (2).
(1) Pour apprécier avec quelque exactitude la gravité de la pleurésie, il faut, ainsi que je l’ai établi par l’exemple comme par le précepte , dans ma Clinique medicale , catégoriser d’abord les cas de cette maladie , et indiquer les conditions précises du traitement.
(2) Dans ses Recherches sur les effets de la saignée , M. Louis a écrit : u J’ai traité, depuis cinq ans, à l’hôpital de la Pitié, cent quarante sujets atteints de pleurésie environ (je ne parle que de ceux qui étaient, au début de cette affection, dans un état de santé parfait , sans recourir, dans aucun cas, aux vésicatoires , et tous ont guéri. » M. Louis n’entre, d’ailleurs, dans aucun détail sur le traitement qu^l a mis en usage, non plus que sur les degrés de gravité des cas. Mais on sait qu’à l époque où les i4o cas qu’il indique furent observés, ce praticien faisait une médecine très peu énergique. Or, pour avoir guéri i/}o sujets atteints de pleurésie, sans recourir aux vésicatoires, et en saignant à sa manière , il faut que M. Louis ait été réellement bien heureux. Qu’on lise, en effet, les observateurs qui ont étudié la pleurésie , tels que Stoll , Broussais, Laënnec, MM. Amiral, Cruveilhier et tant d'autres, et l’on y trouvera des cas nombreux terminés d’une manière funeste. Ce qui vaut mieux encore, que l’on suive les cliniques, celle de M. Louis non exceptée, et l’on aura bientôt acquis la preuve île la giavilé de certains cas de pleurésie, même chez les sujets qui étaient, au début de cette affection , dans un état de santé parfait .
PLEUHÉSlE, l'LEUJUTE. 537
Il ii’«st pas besoin de dire que de très nombreuses circonstances, telles que luge, l’état constitutionnel, la force des sujets, les complications, etc., doivent être prises en grande considération quand il s’agit du pronostic de la pleurésie, quels que soient d’ailleurs et les degrés <1 intensité du mal et le traitement employé.
Les auteurs ne se sont point jusqu’ici sérieusement occupés des importants problèmes qui se rattachent au pronostic et à la mortalité de la pleurésie. U en est même qui, en traitant de cette maladie, n’ont pas dit un seul mot de cet objet. On trouvera dans maClinù/ue médicale quelques documents à cet égard.
Nous terminons en affirmant que, dans la pleurésie, traitée en temps opportun, par la méthode qui nous est propre, la guérison est la règle , et la mort une exception très rare. Les observations contenues dans notre Clinique médicale le démontrent de la manière la plus heureuse à la fois et la plus positive ( i).
IL La brièveté de la maladie, dans les cas où le traitement convenable a st appliqué dès les premiers jours, a quelque chose qui frappe de surprise, j oserai dire d’admiration , même les personnes qui ont été plusieurs lois témoins des résultats de ce genre. C’est , par exemple , ce qui arriva , il y a quelques années (juin i 839) , à l’occasion d’un malade couché au n° 17 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, et qui fut convalescent dès le troisième jour du traitement d’une pleurésie avec épanchement remplissant la majeure partie du côté droit, accompagnée d’une grande oppression
(1) Les cas que j’ai recueillis à la Clinique, depuis environ treize ans, s’élèvent à plus de cent cinquante. Or, aucun des malades atteints de pleurésie ai;;ué, traité par notre mélliode , n’a succombé. On verra, dans l’ouvrage indiqué, que, dans les cas où la maladie a été funeste, elle ne l’eut très probablement point été si les malades eussent été traités par notre mélliode. Dans la pratique de la ville, j’ai vu succomber, depuis six à sppt ans, une douzaine de personnes chez lesquelles une pleurésie méconuueet mal traitée avait fini par passer à l’état chronique.
5 ;> 8 PHLEGMASIES ET IHIUTATIONS EN l'AHTICULIEIl. et d’une fièvre violente (la maladie ne datait que de deux à trois jours au moment où l’on commença l’emploi des saignées coup sur coup). Les nombreux élèves et quelques confrères qui furent témoins de ce cas, le considérèrent tous comme un exemple incontestable de pleurésie bien confirmée que le traitement par la nouvelle formule avait fait avorter. Des faits de ce genre, qui se répètent journellement dans notre service à l’occasion des phlegmasies aiguës , paraissent incroyables aux praticiens imbus des préceptes et des pratiques de l ancienne école; mais ils portent une irrésistible conviction dans l’esprit de tous ceux qui, nés avec quelques dispositions pour l’étude de la médecine exacte, ne se lassent point de les observer.
On les trouvera rapportés en détail, ou en résumé dans notre Clinique médicale , et ils nous permettent de poser en loi , qui ne comporte que bien peu d exceptions, cette proposition, savoir, que la durée moyenne d’une pleurésie, traitée par notre méthode dans les premiers jours de son invasion, est enlevée dans l’espace d’un septénaire au plus, à dater du commencement du traitement.
III. Je sais bien que par les méthodes ordinaires de traitement, la mortalité de la pleurésie n’est pas très grande dans la période d’acuité; mais ce que jesais fort bien aussi, c’est que la maladie passe souvent à l’état chronique, et devient alors le plus ordinairement mortelle. Je pourrais citer un bon nombre d’exemples à l’appui de cette assertion. Il suffira pour s’en convaincre de fréquenter les divers hôpitaux, et d’examiner avec soin tous les malades, ou bien de lire les recueils d’observations sur la pleurésie, ceux , entr’autres, de Broussais et de M. le professeur Andral (i).
(i) Dans son Histoire des phlegmasies chroniques , Broussais a fait précéder île quinze observations de pleurésie chronique mortelle la description générale qu’il a tracée de cette maladie. Il avait, d’ailleurs, observé des cas dans lesquels la pleurésie s’était terminée d’une manière funeste