I. Papadopoli, la ^ccca di Nasso. Milan
L ORIENT LATIN 14x9
Chio frappe des sequins d'or au type vénitien, si inconsciemment que même les noms des doges de Venise (Antoine Venier et Thomas Mocenigo) y sont reproduits, et que la contrefaçon ne se distingue de l'original que par une exécution plus grossière, un métal moins pur et une
Fig. 1963
orthographe fautive. Mais bientôt, les copies serviles disparaissent ; saint Marc est remplacé par saint Laurent, patron de Gênes, plus tard par saint Pierre, en même temps que les noms du doge Thomas Campofregoso (1415-21) et le titre du duc de Milan (D. MEDIOLANI) Philippe-Marie Visconti, alors seigneur de Gênes (1421-36), viennent se substituer aux noms vénitiens.
A partir de 1437, la lettre S. initiale de Sius, est toujours gravée sous la hampe de la bannière que saint Laurent remet au prince, et le vers sit tibi Christe etc., est remplacé par: gloria in excelsis etc. Ces pièces, frappées dans Icspace de vingt ans, appartiennent à :
Thomas Campofregoso (1437-43). T D CAMPO FRE. Raphaël Adorno (1443-47). RAFAËL ADV.
Janus Campofregoso (1447-48). lANVS DCF. Louis Campofregoso (1448-50). LODVIC DCF. Pierre Campofregoso (1450-58). PETRVS DCF.
Un seul ducat vient à leur suite, celui qu'à bon droit on classe aux années 1458-61, pendant lesquelles Charles VII, roi de France, était
le seigneur de la République de Gênes. On y voit le roi agenouillé et recevant la bannière des mains de saint Laurent; les inscriptions sont : COMV(n)E lANVE et, le long de la hampe, CLI {Carolus liberator).
Sur les gigliatt de cette période et leurs subdivisions, le château à trois tours, le nom de Conrad et les mots CI VIT AS SI, SU. SIY sont de règle. Quelques rarissimes variétés portent les nomsdeGaléaz-MarieSforce (1466-77). Nous avons fait reproduire la pièce, encore unique, qui représente Galéaz à mi-corps et la forteresse de Chio (CIVITAS CHI) surmontée de l'aigle impériale naissante. Cette même forteresse, avec ses trois tours et l'aigle, est devenue le blason de la famille Giustiniani (fig. 1964) '.
§ IX. — Les Génois seigneurs de Lesbos (Méttlin) et de Phocée.
Jean V Paléologue donna la seigneurie de l'île de Lesbos à un riche patricien génois, François Gattilusi (1355-76), qui l'avait aidé à remonter sur le trône. Une pièce de cuivre, imitée des soldini de Venise, est la monnaie la plus intéressante de François; on y voit le seigneur à genoux, tenant une bannière (fig. 1965), et au revers l'agneau pascal avec l'invocation : agnus dei adiuva nos. Sur d'autres pièces, il n'y a que des types héraldiques: récusson des Gattilusi et celui des Paléologues, la croix cantonnée des quatre B encore inexpli- ^^«^^^5 qués. FRANCISCVS GATILVXIVS DOMINVS
METELINI 7 D en est la légende. Jacques Gattilusi (1376-96), fils et successeur du précédent, a fait frapper des ducats d'or au type vénitien et un très grand nombre de monnaies d'argent, toutes à l'agneau pascal portant l'oriflamme. Il s'appelle lABOBVS GATELVXIVS et prend le même titre que son père: DÇpniinus) METELINI. De Dorino Gattilusi (1400-1449), nous avons une série plus riche, car deux ateliers monétaires, Mételin et Phocée, travaillaient pour lui. Sur ses ducats d'or de Mételin, on lit DORINVS GTA ; Vagnus dei et le blason des Paléologues sont ses types usuels; il y ajoute l'aigle bicéphale aux armes des Gattilusi et introduit les petites pièces de cuivre qui portent à l'avers une lettre gothique (b), initiale de son prénom. Souvent, ses légendes sont incompréhensibles. De sa seigneurie de Phocée, nous possédons le ducat (avec D. FOLIE derrière le saint) et des cuivres au b gothique, dont le revers (DOMINVS FOLIE) est orné du blason impérial. Dominique Gattilusi (1449-59) continue la frappe des pièces d'argent aux armes des Paléologues et à l'agneau (D. DOMINICVS. G. D. M.), et ses cuivres portent aussi un b gothique; Vu gothique se rapporte à Nicolas Gattilusi (1459-62), le dernier prince de cette dynastie.
I. Voir la suite dans notre Traité de num, moderne^ 1. 1, 483.
L ORIENT LATIN I42I
§ X. — Colonie génoise de Caffa,
La ville de Caffa, rancienne Théodosie, en Crimée, était au xiv« siècle une colonie génoise très peuplée et très importante. A côté du consul génois, renouvelé chaque année, y résidait un lieutenant du khan tatare, qui percevait le tribut et autres redevances. En 1420, Tatelier monétaire de Caffa était déjà en pleine activité, et l'on croit qu'il fonctionnait dès 1381. On y frappait principalement des aspres d'argent, ayant d'un côté le portail génois et la légende C. A. F. A précédée de quelques lettres isolées (M. D. D. V etc.) ; de l'autre, le chiffre du khan tatare, le tamga, cerclé de points. Les lettres isolées sont les initiales des consuls génois, et Ton est parvenu à en identifier un grand nombre. Le tamga se présente sous deux formes: tantôt il ressemble à un TT grec, surmonté d'un pal; tantôt à une ^H gothique. La première forme est celle des khans de la Horde d'or, et sa légende marginale donne le nom, écrit en arabe, de Deulet Birdi-khan (1427). La seconde appartient aukhanat particulier de la Crimée ; on y lit presque toujours le nom et les titres de Hadgi-Ghéraï-khan (mort en 1475), et celui de la villey est orthographié: C. A. F. F. A. Mal frappées et mal conservées, ces pièces bilingues, aussi bien les aspres que les folleri de cuivre, n'ont pu être classées, jusqu'ici, qu'avec une certitude approximative, car leurs légendes arabes sont presque illisibles.
§ XL — Les émirs turcomans d'Asie mineure.
Les princes musulmans établis en Lydie, en lonie et en Carie, ont frappé quelques monnaies pseudo-chrétiennes pour faciliter le commerce avec les Francs d'Orient. Ce sont des pièces d'argent, des gigliati, aux types du prince assis de face et de la croix fieuronnée. Elles doivent avoir été fabriquées par des ouvriers italiens, car elles portent de longues inscriptions latines.
Sur les gigliati de Saroukhan (1299-1345), qui résidait à Magnésie du Sipyle, on lit : MONETA QVE FIT IN MANGLASIA (Magnésie) DE VOLVNTATE SARCANI D{omi)m DICC^O LOCI.avec les variantes QVE FIT MANGLASIE et DE VOLVNTATE DNI EIVSDEM.
Les monnaies de l'émir Omar-Beg (1341-48), résidant à Éphèse, ont la légende: MONETA QVE FIT IN THEOLOGOS DE MANDATO DNI EIUSDE (jn) LOCI (fig. 1966). Éphèse, célèbre par son église de Saint-
Jean Théologue, s'appelait alors Hagios Theologos, en turc Aïasolouk. D'un troisième émir, celui de Balâth (Palacià) en Carie, nous avons
Fig. 1966
un gigliato de lecture plus difficile: MANDAVIT DOMINVS PALATIE HANC MONETAM FIERI TVRCNIE. M. Karabacek l'attribue à Orkhan-Beg (1333), Sauvaire lisait : i(n) t(erra) Vrcanie, mais ni Tune ni l'autre de ces interprétations n'est satisfaisante.
En dehors de ces pièces, dont l'intérêt n'échappe à personne, beaucoup de lis d'argent, frappés dans les mêmes régions, circulèrent alors sur les côtes d'Asie mineure. Leur module dépasse souvent les dimensions du g^/g^/Z^/o ordinaire, et leurs légendes sont toujours fictives; on a de la peine à distinguer au revers la devise lionor régis iudicium diligit.