CHAPITRE NEUVIÈME
LA POLOGNE ET LA SILÉSIE JUSaU'AU COMMENCEMENT DU XIV« SIÈCLE
Sources : J. Lelewel, Notice sur la monnaie de Pologne. Bruxelles, 1842, gr. in-8. t- K. Stroncz>'nsid, Dawne monety polskie dynastyi Piastow i JagieUonow, Piotrkow, 1883-85, ] vol. gr. in-8. — J. Polkowskii Découverte à Glebokie des tnonnaies polonaises du moyen dge. Gnesen, 1876, in-8. — Max Kirmis, Handbucb der polnischen Mùni" kunde, Posen, 1892, in-8. — F. Friedensburg, Schlesiens Mûn^escfncbte im MitteUdter. Breslau, 1887-88, 2 vol. in-4. — H. von Saurma-Jeltsch, Scblesische Mûn^en und Medaillen, Breslau, 1883, in-4.
§ I. — Le duché de Pologne.
Au commencement du règne de Miecislas ou Mieskol (964- 992), quelques missionnaires vinrent en Pologne et persuadèrent au prince d'embrasser le christianisme. L'introduction de la religion nouvelle, bien accueillie par le peuple, établit entre la Pologne et l'Europe latine des relations plus fréquentes, que Miecislas I favorisa en commençant rémission d'une monnaie nationale.
Les deniers de Miecislas I, que les trouvailles deRzewinsk, de Leczycka et de Plock sont venues répandre à l'état de rares spécimens dans les collections polonaises, sont d'une gravure et d'une frappe des plus rudimentaires. L'avers porte en légende le nom MISICO autour de l'image très altérée d'un temple ou d'une couronne ; au revers, une croix cantonnée de globules occupe le champ ; le pourtour, habituellement réservé à l'inscription, ne porte que quatre caractères, croix gammées ou lettres E, posées aux extrémités de la croix centrale (fig. 1347).
Boleslas I, dit Chrobri ou l'Intrépide (992-1025), se fit donner, s'il faut en croire la tradition, le titre de roi par l'empereur Otton III lorsque celui-ci vint à Gnesen, en l'an 1000, pour visiter le tombeau de saint Adalbert. Trois souverains de Bohême et un souverain de Pologne portent le nom de Boleslas. Cette homonymie provoque
Googl(
862 TROISlàlCB PARTIE
quelques difficultés quant au partage entre ces quatre princes des monnaies qui leur appartiennent. M. Stronczynski a fait ressortir longuement les différences qui permettent de reconnaître les datiers de Boleslas Chrobri. D'abord, sur une des pièces polonaises on lit le titre de roi qui n*a jamais été porté par les Boleslas de Bohême ; [ensuite.
Fig. IJ47 F»g. 134*
une monnaie porte le nom de la ville de Gnesen, capitale de la Pologne à cette époque; enfin un denier a des légendes cyriliennes et se rapporte évidemment à la conquête de Kiew et de la petite Russie, en 1018. Outre ces monnaies, il en est d'autres que l'on peut revendiquer pour la Pologne en raison de leur aspect, sensiblement différent de celui des pièces incontestablement bohémiennes. Les types monétaires de Boleslas I procèdent à la fois des empreintes anglo-saxonnes, allemandes, bohémiennes et byzantines. Voici la description détaillée de leurs variétés principales; l'ordre dans lequel nous les rangeons n'implique nullement un classement chronologique :
1. PRMCEPS POLONIE. Oiscau à droite. Rev, : + Même légende. Croix à. triples tondes, brochant sur un carré et cantonnée de globules (fig. 1348).
2. BOLiZLAVS Dvx. Tétc diadémée à gauche ou tête nue à droite. Rev, : incutvs. Croix pattée cantonnée de quatre globules.
3. Même légende. Tète à gauche. Rev. : Sans légende. Grande croix recroisetéc occupant tout le champ.
Fig. 1)49 Fig. i3$o
4. BoiZLiAS DVX. Tête barbare de face. Rev,: scs*iohns. Tôte barbare de face. Saint Jean-Baptiste était le patron de la cathédrale de Brcslau.
5. Même avers. Rtv.: Imitation servile de la bol^kircfjc et du nom de l'impératrice Adélaïde (fig. 1 349).
6. H- BOLIZLAVS. Tête barbare de profil à gauche ou à droite. Môme revers.
7. H- BOLEZLAVS. Croix cantonnée de quatre annelets. Même revers.
8. BOLiZAVS. Tête diadémée à gauche. Rev, : gnezdvn civitas, les trois premières lettres de la légende en monogramme. Croix cantonnée de quatre annelets.
Googl(
9. + REX BOUSLAVS. Croix cantonnée de quatre ànnelcts. Rev, : Même légende. Croix pattée.
10. Nom du roi très dégénéré. Type altéré ditBcilement déterminable, sorte de crinière hérissée, copie des imitations Scandinaves des deniers d*Aethelred II. Rtv. : SCS'PBTRVS. Croix à branches évidées. Saint Pierre était le patron de Posen.
11. BOJI-E!CJI-AB-1> écrit dans le champ en caractères cyril liens aux côtés d'un buste de face. Rev, : Même légende. Croix recroisetée cantonnée de globules (fîg. 1350).
Boleslas Chrobri avait élevé la Pologne à un degré de puissance que son fils et successeur Miecislas II (1025-1034) ne parvint pas à maintenir. On ne possède qu'un seul denier portant son nom altéré : + MISICAEIVA. Le type comprend d'un côté une dextre divine, de l'autre une petite croix placée au milieu du champ. Miecislas II avait épousé Richense ou Rixa, nièce de l'empereur Otton III. Cette princesse gouverna la Pologne, comme tutrice de son fils Casimir; après la mort de son époux, mais sa mauvaise administration ayant soulevé les nobles, elle fut obligée en 1037 de quitter le pays avec son fils. La Pologne resta pendant quatre ans sans chef, déchirée par les guerres intestines des grands seigneurs, et exposée aqx incursions des peuples voisins. En 1039, Brétislas I, roi de Bohême, prit Gnesen, Posen et plusieurs autres villes ; M. Stronczynski attribue à cette occupation tchèque un denier au type de la main divine, mais cette attribution est assez incertaine (fig. 1351).
La circulation monétaire était surtout aUmentée en Pologne à cette époque par l'importation du numéraire étranger. Les pièces dites tuendenpfennige, dont certains ateliers de la Saxe, tek que ceux des évoques de Naumbourg-Zeitz, continuèrent longtemps l'émission, recevaient en Pologne un accueil particulièrement empressé. On a retrouvé à Chruszczna, à Grojec, a Skrwilno, à Wola Skromôwska, et ailleurs encore, en terre polonaise, des trésors composés en grande partie de ce genre de pièces. Il n'y a dès lors rien de surprenant à ce que l'on ait songé, dans le pays même, à les imiter. M. Stronczynski attribue à la reine Rixa, comme tutrice de son fils, un certain nombre de ces deniers sur lesquels il déchiffre les lettres R-l-X-A en légende. Si tentante que soit l'interprétation, nous partageons à son égard tous les doutes de M. Dannenberg; les lettres R-l-X-A nous semblent une simple altération du mot C-R-V-X ; au surplus, la contemporanéité absolue des pièces en question et de la minorité de Casimir I parait être mise en doute par la statistique des trouvailles. Il n'en est pas moins certain que ces soi-disant tuendenpfennige, dont le module allait toujours en décroissant avec les refontes successives, paraissent avoir été le seul
Googl(
numéraire de Casimir I le Pacifique. En 1041, ce prince, qui s*était fait moine et s'était retiré à Cluni, fut rappelé par les Polonais et placé sur le trône de son père avec la dispense du Saint-Siège. Son règne dura dix-huit ans.
Boleslas II le Hardi (1058-1081) innova quant aux types, mais ses deniers, de petit module, conservent l'épaisseur et le bord en saillie des tuendenpjennige. Sur les monnaies les plus anciennes, présentes dans les trouvailles de Koprzynica et de Goryczany, et probablement frappées à Cracovie, l'avers porte un buste couronné avec épée, de profil à
Fîg. iJSi
Fig. «JSa
gauche; le revers, un édifice à trois coupoles. Aucune légende ne vient aider à l'interprétation du type. Sur les deniers plus récents, nous trouvons une petite tête à gauche, un cavalier (fig. 1352), une petite tête de face, et une croix gammée ou cantonnée de globules. Les légendes sont : BOLEZLAVS et parfois S-IOHAN, le patron de Breslau. SousWladislas II Hermann(io8i-iio2), la production monétaire fut très faible. Les deniers frappés à Cracovie portent une tête à gauche et un édifice à trois tours. Les légendes sont : + VLADISLAYS et + CRACOV. Wladislas II prit le titre de duc pour ne pas déplaire au pape qui, à la suite du meurtre de l'évêque de Cracovie par Boleslas II, avait proscrit en Pologne le titre de roi.
Fig. IJÇJ
Les émissions deviennent nombreuses sous Boleslas III Krzywousty (1102-1139); les types gagnent en originalité, le dessin s'améliore et les flans des deniers s'aplanissent. Le duc de Pologne debout et tenant une épée, assis sur son trône (fig. 13 S 3), ou debout à côté d'un personnage qui tient un livre et lève la main (fig. 1354), un personnage perçant un dragon de sa lance (fig. 1355), tels sont les
Googl(
types qui se partagent l'avers des espèces. Les légendes sont : + DVCIS BOLEZLAI — + DENARIVS, BOLVSLAV - CSADALBIR. ou simplement le nom mal orthographié de saint Adalbert. En 11 19, Boleslas m ât à Gnesen, au tombeau de ce saint, un pèlerinage en expiation du meurtre de son frère naturel Zbigniew; c'est sans doute depuis lors que le vocable de saint Adalbert fut inscrit sur les espèces.
Boleslas m, avant sa mort, l'an 1138, partagea ses états entre les quatre premiers de ses âls, mais à la charge d'être soumis i l'ainé comme à leur suzerain. Ce partage, qu'il avait imaginé pour empêcher les compétitions et les querelles de famille, fut précisément ce qui les fit naître. Pendant un siècle, une sanglante guerre civile désola la Pologne, ruinant le pays et le mettant à la merci de l'étranger. Nous croyons utile de donner un tableau généalogique de la descendance de Boleslas UI :
* Boleslas III Krzywousti ii02«ii}9
Cracovie
Masovîe Grande Pologne
Wladblas II * Boleslas IV * Miedslas III