‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 4)Chapitre 143 sur 183 · III · texte numérisé non relu

III

137^ aUATRlÈME PARTIE

fonse I^'^, mari de Lucrèce Borgia, préfère les scènes bibliques: l'adoration des rois mages, la fuite en Egypte, le Christ au milieu des Pharisiens, Madeleine aux pieds de Jésus, la croix sur le calvaire, etc. Beaucoup d'autres types monétaires des ducs de Ferrare ne sont pas expliqués encore.

Florence. — Les Guelfes de Florence confèrent à Charles d'Anjou (1267-78) la seigneurie pour dix ans. Un denier àQ billon atteste le fait: on y voit la fleur de lis florentine, et au revers les mots REX SICILIE sont inscrits autour de la croix. Dès la seconde moitié du xni" siècle, les maîtres de la Monnaie étaient désignés par les deux corporations des changeurs et des marchands de drap français.

Lq florin d'or au lis (1252) est une des pièces les plus célèbres de la numismatique; il a été imité dans tous les pays. Il a toujours conservé son vieux type: saint Jean debout et la fleur de lis, mais les diff"érents monétaires et les écussons qu'on y relève sont innombrables. La figure de saint Jean debout se retrouve aussi sur \q florin d'argent, le gros de 80 deniers, le quart de gros et \e popolino (1307), où le saint est accosté de deux lis ou de deux branchettes. Le gros de 20 soldi (1316) le représente à mi-corps et relègue les lis dans les cantons de la croix. Sur le gros de 1403, le Précurseur est assis de face, bénissant et tenant un sceptre terminé en croix; la légende du revers forme l'hexamètre léonin : det tibi florere xps Florentia vere. Assis, il figure encore sur le cotale (de 4 gros). Le carlin montre le Baptême du Christ. Un sequin d'or exceptionnel est celui qu'on appelle Ze;zoô/wo. Imité des pièces de Venise et destiné au commerce avec l'Orient (1442), il a pour type saint Zénobe évéque agenouillé devant le Christ (D- ZEN* EP- F — S- M- FLOR) et saint Jean dans une bordure ovale de perles et d'étoiles (S* lOAN* BAPT* — F/7/i/s ZACHAR/ae).

Aucun des membres de la famille Médicis, qui tenait la seigneurie depuis 1434, n'a monnayé à son nom avant l'élévation d'Alexandre de Médicis à la dignité de duc (1532).

Forli. — Cette seigneurie, un des fiefs du pape, appartenait successivement à Jérôme Riario (1480-88), seigneur d'Imola et neveu de Sixte IV, à sa veuve Catherine Sforce (1488-99) et à leur fils Ottaviano Riario (1495).

Vécu d'or et le g-ro5 d'argent de Jérôme ne doivent pas avoir été frappés à Forli môme.

Fuligno. — Depuis 1305, la seigneurie était aux mains de la famille

L ITALIE 1379

Trinci. Conrad Tri nci (1438) seul nous a laissé un gros (COAD* TARINCI) au nom de saint Félicien. L'an suivant (1439), Fuligno fut annexé aux états du saint-siège. La série des monnaies papales commence avec Eugène IV. Le sequin et\e carlin de Pie II (1458-64) représentent le pape debout dans un navire et tenant un étendard.

Gubbio. — La ville appartenait aux Montefeltro, d'abord seigneurs, puis ducsd'Urbin :

*Guidantonio de Montefeltro (1404-42). *Guidobaldo I (1482-1508). *Oddantonio (1442-44). * François-Marie I" délia Rovere, duc d'Ur-

*Frédéric II, duc d'Urbin (1444-82). bin (1508-27).

Tous ont frappé monnaie à leurs armes (EVGVBIVM ou DE EVGV- BIA)et à l'image de saint Ubald. On possède Vécu d'or de François- Marie.

Lorelo. — Une seule pièce autonome est connue. C'est un denier du xive siècle: + DE LAVRETVM. Revers: SCA- MARIA autour d'une croix.

Lucques. — Déjà vers le milieu du xiii^ siècle, Lucques frappait des gros d'argent sur le modèle du matapan de. Venise. Nous avons parlé (p. 801) du type de cette pièce: la sainte face couronnée, la relique la plus vénérée de la ville. EUe^ se maintint longtemps et se transforma peu à peu en un buste couronné, de face, de trois quarts ou de profil. Le double gros est frappé sous Frédéric II; plus tard, d'autres espèces sont créées : le florin d'or (à la tête de profil) et un autre, dont le revers figure tantôt saint Martin à cheval, tantôt saint Pierre debout.

Sous la domination des Pisans (1342-69) le nom de l'empereur Otton IV se lit souvent sur les monnaies, qui portent toutes l'aigle de Pise. L'an 1369, Lucques recouvra sa liberté et reprit son monnayage d'autrefois. L'inscription la plus fréquente sur les pièces de cette époque est: CAROLVS* IMPERATOR. Les monnaies d'or sont d'une rareté extrême.

Maceraia. — La ville frappe successivement des monnaies d'argent au nom du pape Boniface IX (1392-1404), des pièces autonomes, dont le coin principal est la figure de saint Julien tenant Tépée et la bannière, puis d'autres espèces, marquées des deux clefs en sautoir. A partir de Sixte IV (1471), on y replace le nom du pape.

13^0 dUATRlÈME PARTIE

Massa di Maremma. — De 13 17 à 1335, cette ville a frappé des gros

(fig. 1907) et oboles d'argent, représentant saint Cerbon de Vérone en pied ou en buste.

Modène. — La ville se soumet en 1288 à Obizzo d'Esté, marquis de Ferrare, dont le fils Azzo VII (1294-1 306) commence à battre monnaie à son propre nom (AZO MARCHIO DE MVTINA). Après l'expulsion d'Azzo, on rétablit l'ancienne République (1306-36). Le gros de cette époque porte COMVNITATIS MVTINE. et le type choisi est un type local: la figure de saint Géminien. Revenue au pouvoir en 1336, la famille d'Esté ne monnaye plus avant la fin du xv' siècle. Nous avons des pièces du duc Hercule I*^'" (1471-1501), surtout son écu d'or au saint Géminien; puis celles d'Alfonse I^'" (1505-10, 1527-34) avec son portrait. L'an 15 13, le pape Jules II, dont les troupes avaient pris possession de Modène, céda la ville à l'empereur Maxi m ilien I"-''" (15 13), qui la revendit (15 14) à Léon X, après y avoir émis des ducats d'or.

Orvieto. — De 1 341 à 1355, la ville a frappé des pièces autonomes (VRBS VETVS). L'an 1355, elle fut annexée définitivement aux états du saint-siège.

Parme. — L'an 1326, pendant la vacance du trône impérial, Parme se donne au pape Jean XXI I (1326-29), dont on a quelques pièces de billon. De 13 31 à 1335, \qs deniers de Parme portent le nom ou l'effigie de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, puis, jusqu'en 1346, il y a un dernier monnayage autonome et une émission de me^^ani faite par Gui et Azzo Corrègc. Les pièces parmesanes des seigneurs de Milan commencent avec Bern a bôVisconti (135 5-85) et finissent, après une longue interruption, avec François I^i^Sforce. Types: buste de saint Hilaire, château fort, etc. La République éphémère de 1448, qui précède l'avènement de François Sforce, fait frapper un ducat d'or représentant d'un côté le Christ qui couronne la Madone, de l'autre, les saints Hilaire et Jean tenant une bannière. Le pape Jules II prit possession de la ville en 1512.

L*1TALIE I381

Pérouse. — Les émissions républicaines, au buste ou simplement au nom de saint Herculan, durent jusqu'en 1 506, année dans laquelle commence le monnayage au nom du pape.

Pesaro. — A partir de 1355, les Malalesta, reconnus seigneurs de Pesaro par Innocent VI, frappent des billons qui portent leur nom de famille, et ce n'est que sous le gouvernement de Pandulfe, Charles et Galéaz Malatesta (1429-38), puis de Pandulfe et Galéaz (1438-41), qu'on apprend leurs noms de baptême. Le type adopté est saint Térence en pied ou en buste. Le fief étant échu à Constance Varano, celle-ci l'apporta en dot à son mari Alexandre Sforce (1447- 73), dont on possède un gros à décor purement épigraphique. — Voir la suite dans notre Traité de num. moderne, t. I, 459.

Pise. — Jusqu'en 1494, les Pisans continuent de placer sur leur numéraire le nom de l'empereur Barberousse, sauf une courte interruption (1312-13), pendant laquelle ils frappent de jolies pièces au nom de l'empereur Henri VII (fig. 1908).

Le monnayage des deux fils d'Ugolino Ghera.rdesca trouvera sa place p. 1391; pourceluiduroideFrance,Charles VIII Fig, 1908

(1494-95), nous renvoyons à la p. 985, et

les colonies pisanes du Levant seront ënumérées plus loin, au chapitre xvni. A la fin du xv<= siècle, la ville s'affranchit de la seigneurie des Visconti et proclama la République. UnJIorin d'or au type de la Madone (^L POPVLI PI SAN I, croix) date de cette époque.

Plaisance. — Legouvernement républicain se maintient jusqu'en 13 13, c'est-à-dire jusqu'à l'élection deGaléazIci'Visconti(i3i 3-22), seigneur de Milan. Les pièces d'argent de Galéaz portent un grand G gothique dans le champ. Après un long intervalle, nous trouvons les monnaies de Jean de Vignate (1410-13), seigneur de Plaisance et de Lodi, sa ville natale (PLAC'* LAVDE 3 C), un gros^ entre autres, qui représente les saints Basien et Antonin tenant une bannière. Après Jean, il n'y a plus que des billons autonomes (PLACENTIA AVGVSTA). Le monnayage papal commence en 15 13.

Ravenne. — L'an 1440, les Vénitiens occupèrent la ville et, bientôt, firent frapper à la Monnaie de Venise des bagattini dQsXÀnds spécialement à Ravenne (1442 et 145 1). Ces pièces portent le buste de saint Apollinaire,

1302 dUATRlEME PARTIE

Après le rétablissement du saint-siège, Léon X (1317-21) y émit des sequins d'or et des gros d'argent; de même, le cardinal-archevêque Nicolas Fieschi (FLISCVS, 1517) et le pape Paul III (1534-39).

Recanati. — Une bulle de Boniface IX (1393) accorde à la ville la licence monétaire, même pour l'or; mais on ne connaît pas de pièce antérieure à 1450. Sur le gros d'argent, on lit : 5. Maria de Recaneto; sur \espiccoli de billon : tantôt S. Maria de Loreta, tantôt 5. Flavianus, etc. D'autres pièces portent le nom du pape Nicolas V (1447-55), ou elles sont anonymes et, seules, les deux clefs en sautoir indiquent qu'il s'agit de monnaies papales.

Reggio d'Emilie. — Trois marquis de Ferrare ont monnayé comme seigneurs de Reggio :

•Azzo VII d'Esté (1293-1506). 'Alfonse 1*^ (1305-12. 1523-34).

'Hercule I^r (1471-1505).

Ils prennent pour types les figures des saints Prosper et Darie. Alfonse est le premier qui place son effigie sur les monnaies. Les émissions papales (J u 1 e s 1 1 et Lé o n X) ne sont que temporaires.

Rimini. — La République (1250-1355) continue la frappe des pièces au type de saint Gaudence. Trois seigneurs de la famille Malatesta ont monnayé ensuite:

*Charles Malatesta (1389-1429). *Sigismond-Pandulfe (1432-63; mort en

*Galeotto- Robert (1429-32). 1468).

Type principal : saint Julien en pied ou en buste, plus rarement saint Gaudence en prière. — L'an 1463, une bulle de Pie II défend le monnayage aux feudataires de l'Église qui n'y sont pas expressément autorises.

Sienne (voir p. 804). — A la fin du xiii" siècle, on rencontre déjà la légende SENA VETVS CIVITAS VIRGINIS. et les mots ALPHA ET O se complètent par PRINCIPIV(w) ET FINIS, comme sur \esJîorins d'or, qui, cependant, ne sont mentionnés dans les délibérations du Grand conseil qu'en 1333. On les appelait alors sanesi d'oro (fig. 1909), plus tard (i486) ducati. Le type de l'S ornée reste immuable, aussi bien sur \e quatirino, créé en 1351, que sur les pièces postérieures; mais celles qui ont été frappées entre 1397 et i.|02. pendant que le duc de Milan, Jean-Galéa^, était seigneur de Sienne, ont pour différent la guivrc de Milan, et l'S est encadrée dans une bordure gothique. Sur le bolognino, du commencement du XV" siècle, les quatre lettres de SENA sont disposées en croi-

L ITALIE

sette, et un grand A occupe le champ du revers. L'écriture romaine se substitue à celle du moyen âge vers l'an 1500.

Fig. 1909

Spolète. — Pièces d'argent autonomes du xiv^ siècle, au nom de saint Pontien ou au buste de saint Jean archevêque. D'autres frappées par les papes Jean XXII (1316-34), Pie II (1458-64), Paul II (1464-71), ces dernières avec PROVINCIAE DVCATVS ou DVCATVS SPOLETANI.

Urbin. — Le 20 mars 1420, Martin V envoie à Gui-Antoine de Montefeltro (1420-42) le privilège monétaire. Un piccolo de billon porte le monogramme de Gui-Antoine et le buste de saint Crescentien. Otton-Antoine (1443-44) n'a pas laissé de traces dans la numismatique, mais de son successeur, Frédéric II (1444-82), nommé duc en 1474, nous possédons, entre autres, un beau teston au buste cuirassé, portant au revers son écusson avec la bannière de l'Eglise, dont il était le gonfaloniere (RE GE CAPI AC S RO EC CONFALON). — Voir la suite dans notre Traité de nutn. moderne, t. I, 458.

Viterbe. — Le Patrimoine de saint Pierre, dont Viterbe était la capitale, avait pour armes deux clefs droites adossées. Ces armes (quelquefois une seule clef droite et un lis) figurent sur plusieurs deniers et sur une obole de Charles I""" d'An j ou ; classées à Viterbe, ces pièces auront été frappées en Provence, avant la conquête du royaume de Naples qui était aussi un fief de l'Église. A l'exception du comte Pandulfe dell' Anguillara, podestat de la ville en 1275, et de François Vico, seigneur (1375-87), dont on possède un g^ros (au buste de saint Laurent au-dessus du gril), les papes seuls ont monnaye à Viterbe. Nous connaissons des pièces d'argent et de bi-llon frappées par:

*Nicolas IV (1288-94).

*BenoîtXI (1303-04).

*Jean XXII (13 16-31).

* Benoît XII (1534-42).

* Urbain V (1362-70).

*Clcnicnt VII, antipape (i 578-94).

*Sixtc IV (1474-76).

*Innoccnt VIII (1484-92).

Leur légende est : PATRIMONIVM ou S- PETRI PATRIM. plus tard:

VITERBIO VEIA. Types principaux: saint Laurent et les clefs droites.

Le demi-gros que nous avons fait dessiner (fig. 1910) est de Nicolas V.

Volterra. — Monnaies des évêques Ranieri (1301-20) et Ra nu ce io (1321-48). Sur une des pièces de Ranieri, on lit: crux est vitoria (sic) nostra.

§ IV. — Le royaume de Naples ^

Nous avons vu (p. 815) que le pape Urbain IV, originaire de Troyes en Champagne, décida Charles d'An jou (1266-85) à s'emparer des deux Siciles. Un autre pape français, Clément IV, né à Saint-Gilles sur le Rhône, signa la bulle d'investiture le 26 février 1265; mais le couronnement n'eut lieu que le 6 janvier 1266.

Un des premiers actes du roi angevin fut la réintégration à Brindes de l'atelier de Manfredonia; un autre atelier fut créé à Barletta, un troisième plus tard (1277) à Naples. Celui de Messine était toujours resté en pleine activité.

Les monnaies frappées par Charles en sa qualité de sénateur de Rome et de vicaire du pape ont été décrites p. 1373 et 1383. A Naples, la série numismatique des princes d'Anjou est extrêmement riche. S'inspirantde ïaugustale de l'empereur Frédéric II, Charles l" ordonna l'émission d'une pièce pareille (fig. 191 0> ^^ ^i^""^ ^^ ~ ^'^^ pur, et pesant le quart d'une once. Mais ce que l'empereur d'Allemagne avait appelé Augustale, courait maintenant sous le nom de réal d'or. Dès le 15 novembre 1266,

Fig. I911

Fig. 1912

on en entreprit la frappe à Barletta et à Messine, et la continua jusqu'à la création du carlin d'or en 1277. Le demi-réal, unique, vient d'être volé au Musée de Marseille. Une autre pièce d'or, fabriquée en même temps, était le tari avec ses multiples: le double, quintuple et décuple

Page 1