I. Revue niini, 1898, p. 507 (article d'AJr. Blanchet
LES FIEFS FRANÇAIS
pied en cap, et domptant le léopard anglais. Les armes franco-anglaises, lis et léopard, remplissent le champ et reparaissent au revers, comme du temps de la domination des Edouard et des Henri. Même le vaisseau des Nobles d'or n'y est pas oublié; il précède la légende /ortitudo mea et laux (sic. pour laus) mea tu es domine deus meus, détachée du même livre des psaumes (CXVIl, 14), où les rois d'Angleterre puisaient leurs devises monétaires. Le franc-à-cheval, le hardi d'or et le demi-hardi (unique), sont d'une exécution parfaite. Quant au choix des types, et cette remarque s'applique aussi au gros d'argent, au hardi de billon et aux menues espèces, il conviendrait mieux à un prince anglais qu'à un frère du roi de France. Mais on était accoutumé, dans le pays, à voir des léopards sur la monnaie courante, et il fallait du temps et des ménagements pour rappeler à la Guienne qu'elle était une province française.
§ VIL — Seigneurie de Bragerac (Bergerac).
Le 24 août 1 345, jour de la Saint-Barthélémy, la ville de Bergerac fut prise par les Anglais, et le roi Edouard III en fit don à un de ses généraux, Henri, comte de Lancastre. Peu après, contrairement aux usages anglais, Henri de Lancastre obtint la permission d'y frapper monnaie (jcr juin 1347), et les pièces qui portent son nom, HEN-COMES LAN- C(a5^n)E,lui donnent le titre de seigneur de Bergerac, DNS BRAGAIRACI- 11 y en a de plusieurs espèces : gros au châtel tournois avec DNS ENOV- RICOS (fig- 1^62; contrefaçon?), gros et demi-gros à la couronne,
Fig. 1562
blancs au lis. L'an 1351, Henri fut élevé à la dignité de duc de Lancastre et c'est après cette date qu'il faut placer ses gros et demi-gros au léopard ou au châtel surmonté d'un léopard, et ses esterlins à la tête barbue de face qui, au lieu de comes, l'appellent Lanca(str)ie diix. On ignore l'année précise de sa mort (entre 1 360 et 1 562). Toutes ses pièces, en billon de bas aloi, sont rares.
§ VIII. — Vicomte de Lectoure.
Deux deniers de Jean I^r, comte d'Armagnac et de Rodez (i 319-1 n?). ont été publiés par Duhy: l'un avec lOHANNI COMI. ^L LATO Cl. l'autre avec COMITIS ARMANIA. I^ LACTORA CIVITAS MIB. Us n'ont pas encore été retrouvés.
§ IX. — Vicomte de Béarn^.
Depuis 1 290, le Béarn appartenait à la maison de Foix. Nous croyons que c'est à Gaston VIII (1315-1 343) qu'il faut attribuer les Ta.resJlorins d'or au lis qui ont pour légende G DNS ■ B-EARNI ou DNS BE+ARNI G et pour différent une tour ou une épée ; car le florin d'or, plus rare encore, de Gaston IX Phébus (1 343-1 391) porte en toutes lettres + FEBVS COMES. et son différent est un heaume. Cette monnaie ayant été introduite dans le Midi de la France, dès 1322, par le pape d'Avignon, et adoptée par le Dauphin, le comte de Valentinois, l'archevêque d'Arles, le prince d'Orange, etc., il n'est pas probable que le vicomte souverain du Béarn (qui prenait le titre de comte depuis l'époque des Centulle) ait attendu longtemps pour en frapper aussi. Si la paléographie des deux légendes est identique, les coins peuvent avoir été gravés par un seul et même ouvrier.
Une série numismatique très attachante commence avec Jean I<= de Grailly (141 2- 14 36), dont le nom et le titre sont écrits en langue vulgaire: lOAN ou lOHAN : LO CONS. Son denier, le morlàas blanc, et sa maille (obole) conservent le revers des vieilles monnaies béarnaises : PAX au centre, et autour : ON OR FORÇAS, seigneurie de la Fourche ; son quart de denier, la pougeoise ou, comme on disait plus tard, la baguette, a pour types une croix à long pied et une vache (fig. 1563). Le château de Morlàas, où l'atelier monétaire était installé, s'appelait la Hourquie.
L'an 1419, le dauphin de France avait autorisé le vicomte à transporter son atelier dans un pays non soumis aux Anglais : Jean de Graillv choisit la ville de Ramiers, dans le comté de Foix, et y fit fabriquer, jusqu'à 1422, des monnaies blanches aux coins royaux.
I. A. Blandiet et G. Schlumbergcr, Numismatique du Bèarn. Paris, 1895.
LES FIEFS FRANÇAIS
De son successeur. Gaston X de Grailly (ou Gaston IX de Foix, 1436-1472), nous avons une suite de monnaies exceptionnellement riche : l'essai, encore unique, du cavalier d'or, pesant 19 grammes (fig. 1 564) ;
Fig. 1563
Fig. 1564
puis \q grand blanc (fig. 156s), dont l'écusson est chargé d'une main armée de l'épée haute et accostée de deux vaches. La légende de cette pièce : pax et honor Forqvie Morl(anis) reproduit les inscriptions des vieilles pièces béarnaises, en les combinant et en donnant aux moi?, pax et honor un sens nouveau ; elle se maintiendra ainsi jusqu'au milieu du xvi'= siècle. Du é/anc (fig. 1 566) de Gaston X, on possède plusieurs variétés.
Fig. 1565
Fig. 1566
On a aussi le demi-blanc, le denier à l'ancien type, avec Gasto la cons, et la baguette, où la vache est parfois surmontée d'une couronne.
L'an 1479, leBéarn échut au roi de Navarre, François-Phébus (1479- 1483), qui s'appelle sur son écu d'or béarnais, dont il existe de nom-
Fig 1)67
breuses variétés de coin, FRANCISCVS FEBVS. sur le demi-écu d'or FRANCISCVS F. et sur la baquette F : F. ou simplement FBS. La croix de reçu est cantonnée d'une épéc et d'une F, et sa légende : dominiis illu-
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minatio mea et salus a été empruntée au cavalier d'or de Gaston X. Demi-blanc et baquette sont de toute rareté. Le règne de la sœur de François-Phébus, Catherine {1485-1484I, antérieurement àson mariageavec Jean d'Albret, ne fournit pas non plus de types nouveaux. Elle prend le titre de domina Bearni sur 1 ecu d'or, où ses armes sont placées entre deux K couronnés. Le mot PAX dans le champ du denier (fig. 1 5671 reçoit son complément dans la légende circulaire : et honor, etc. La baquette (fig. 1568) ne porte que K DEI G, etc.
§ X. — Seigneurie de Lescun ^
Dans un traité conclu, l'an 1 574, entre le duc d'Anjou, lieutenant du roi en Languedoc, et le vicomte de Castelbon, il est question de monnaies blanches et noires « en la forme et manière que le sire de Lescuinh faisait faire au temps qu'il vivait •». Ces pièces étaient aux mêmes types que les monnaies du roi de France.
§ XL — Vicomte de Castelbon^.
Le vicomte de Castelbon reçut, en 1 374, du duc d'Anjou le droit de frapper des monnaies d'argent et de billon comme celles que « le sire de Lescuinh » avait fait faire précédemment, et, en 1 376, le droit de frapper de la monnaie d'or, c'est-à-dire des francs-à-pied. Ces pièces devaient être semblables à celles du roi, avec lequel il partagerait les bénéfices. On ne pourrait donc les reconnaître qu'à leur différent monétaire. La ville de Castelbon est située au delà des Pyrénées.
§ Xn. — Royaume de Navarre.
Après une interruption de plus de soixante ans, le monnayage des rois de Navarre reprend à l'avènement de la maison d'Évrcux. Pampclune, Monréal, Saint-Palais et Saint-Jean-Pied-du-Port étaient les ateliers de Charles II le Mau va is (1 549-87), qui nous a laissé une longue série de