II93-I
Herford,
Henri de Molcnark,
Munster,
Ludolphe,
Schwalenberg,
Bolkwin III,
Lippe,
Bernard III,
Gueldre,
Anonymes vers Otton II,
Cunre,
Anonymes,
xiiie siècle.
Certains ateliers, comme celui d'Osnabruck et ceux de Bernard III de Lippe, préfèrent au type anglais celui des esterîins irlandais de Jean (1199-1216), où l'effigie royale est placée dans un triangle. L'usage de ce triangle resta très répandu, même lorsque la tète qu'il encadrait eut fait place à une image de saint ou à un emblème héraldique.
e). Paléographie et légendes.
La forme des lettres sur les monnaies frappées en Allemagne par les rois et empereurs delà maison de Saxe diffère peu de celle des lettres caro-
lingiennes.Cest toujours Talphabet romain entremêlé de quelques lettres minuscules ou rondes, le d, Ve, Vîn, le g^ mais d'un tracé plus grossier et généralement sans régularité ni proportion (fîg. 960). Lelewel remarque une influence anglo-saxonne dans le g carré et Va « chargé d'un toit ».
Fig. 960
Quelques lettres dont Temploi était rarissime ou sans exemple sous les Carolingiens : k, :(, w, deviennent d'un usage fréquent par suite de l'influence exercée sur le latin des légendes parles langues germaniques.
Fig. 961
Le nombre des lettres liées augmente dans une grande proportion; quelques ateliers des bords du Rhin et du bassin de la Moselle y ont continuellement recours. Nous donnons ici les principales de ces ligatures, qui comprennent les groupes suivants : ar, au, et, he, hr, ma, me, imp ou mp, nd, nr, or, îr, th, va, vir, uo ; souvent deux ou plusieurs ligatures apparaissent dans une même légende (fig. 961). Les abréviations comportent aussi quatre lettres barrées, e, l, p, s; cette dernière est la plus
Fig. 962 Fig. 963
fréquente. L'inscription dans laquelle nous avons constaté le plus de lettres liées et le plus d'abréviations (fig. 962), figure sur un denier de Raimbert, évêque de Verdun (1024-1039). Nous avons dit en parlant du type des monnaies que l'emploi du monogramme carolingien est exceptionnel en Allemagne ; celui de monogrammes de création propre
Fig. 965
est tout aussi rare. Dans toutes les pièces réunies par M. Dannenberg on trouve à peine deux exemples de monogrammes, l'un à Maestricht sous Otton II, l'autre à Celles sous Henri III (fig. 963 et 964).
Vers le dernier quart du xii* siècle, et surtout dans la première moitié du xiii% l'alphabet « prit, dit Lelewel, une tournure aplatie,
(f rampante. Dans des étroits et bas alignements, la stature-nain des
« lettres roule et jette loin en avant les ventres, les bosses, les bras et
« autres membres étendus et prolongés. On y remarque quelquefois
« des formes extraordinaires des m et des d, des c, e, u, qui sont la
« suite de mélanges des lettres semi-gothiques ». Nous reproduisons ici,
Or. >^ ^ 2^- @^ ^ X^ (B (S^b hSlHH
Fig. 966 Fig. 967
d'après Lelewel, l'alphabet des lettres aplaties (fig. 965), quelques « formes extraordinaires » (fig. 966) et quelques caractères semi-gothiques du XIII* siècle (fig. 967).
Sur les bractéates l'aplatissement des caractères ne fut jamais aussi grand que sur les deniers émis dans les régions occidentales ; disposant de plus d'espace, le graveur était tenu à moins d'économie. A cette différence près, l'alphabet employé est identique ; c'est toujours un mélange de lettres latines, belles et bien formées, et de lettres semi-gothiques.
Pendant la première époque du monnayage allemand, les deniers portent habituellement une inscription au droit et au revers; on trouve toutefois un certain nombre de revers sans légende et, exceptionnellement, quelques pièces complètement muettes. Pendant la seconde époque, la monnaie à doubles légendes reste de règle dans la région occidentale ; par contre, dans le Brandebourg et dans certains pays à petits deniers ou à bractéactes, tels que les Pays-Bas, l'Alsace, la Souabe, les monnaies anépigraphes sont d'un usage courant.
En règle générale, les légendes comprennent, d'un côté, le nom du souverain monnayant; de l'autre, celui de l'atelier: c'est la tradition caroHngienne. Le nom de l'atelier est toutefois fréquemment remplacé par celui du saint patron. On trouve ainsi, sur les pièces centemporaines des empereurs saxons et franconiens: S.Lebuinà Deventer, S. Ludger à Helmstad, S. Domitien à Huy , S. Lambert à Liège, S. Servais ou S** Marie à Maestricht, S" Marie à Verdun, S. Kilian à Wurzbourg, S. Etienne à Metz, etc. Cette manière d'indiquer l'atelier est souvent gênante pour les^ attributions, car plusieurs localités d'une môme région peuvent être placées sous un même vocable. Parfois, dans les ateliers ecclésiastiques, le nom du prince est omis au profit du nom du saint qu'accompagne le nom de la localité; parfois aussi, dans la première période surtout, le nom de lieu est remplacé par celui d'un feudataire, et la légende comprend l'indication de l'empereur et celle de son vassal.
L'empereur est exceptionnellement désigné par son nom seul, sans titre; le plus souvent, le titre de rcx ou d'tmperator accompagne le nom;
hnperator est presque toujours abrégé. Souvent il y a imp. aug., mais jamais rex aug. M. Dannenberg s'en étonne, car cette rédaction du titre royal n'est pas rare dans les documents écrits. Conrad II, le premier en Allemagne, et sur des deniers de Mersebourg, ajoute Romanorum. Les deux titres REX IMP sont souvent réunis dans une même légende, notamment à Huy, Spire, Dortmund, Worms, Deventer. Quelquefois le titre est précédé de Dei gratia, Dl GRA ou GRA Dl; cette rédaction, qui ne paraît pas dépasser Otton III, se rencontre sur les deniers si nombreux aux noms d'Otton III et Adélaïde et sur ceux qui ont été frappés, comme eux, dans la région de Magdebourg, Hildesheim, Quedlinbourg ; on la trouve aussi sur quelques pièces strasbourgeoises, et enfin dans les ateliers du bassin moyen de la Meuse, Liège, Huy, Maestricht et Visé. Très rarement, les empereurs prirent le titre àtcaesar, et Ton trouve une seule fois caesar invictus sur un denier dont l'attribution géographique n'est pas encore certaine. Dans les ateliers de l'Alsace et de la Souabe, les c^noyi^ic^nûïs pius,^magnusQ\i pacificus accompagnent parfois le nom des souverains de la dynastie saxonne.
Il est à remarquer que les rois d'Allemagne continuèrent sur leurs monnaies allemandes à s'intituler rex, bien qu'ils fussent déjà couronnés empereurs par le pape. M. Dannenberg cite plusieurs exemples de ce fait ; le plus concluant est tiré de la série messine : sur un denier de l'évêque Etienne de Bar (1120-1163) on trouve le buste impérial avec HEINRICVS REX ; or le seul Henri contemporain d'Etienne est Henri V, déjà empereur depuis iiii.
Les feudataires laïques omettent souvent leur titre pendant la première époque du monnayage allemand; ainsi font les comtes deHainaut, de Namur et de Frise. Adolphe II, comte de Berg, fait suivre son nom de celui de sa terre : ADOLFVS DE MONTE. Les ducs de Saxe, de Haute-Lorraine et de Bavière, usent dès le début du mot DVX. Henri, comte palatin (1045-106 1), se fait honneur de cette dignité en la mentionnant sur ses espèces ; enfin vers la fin du xi'' siècle, Thierry, avoué de Goslar, ajoute à son nom les premières lettres du mot advocatus.
C'est surtout à la fin du xii^ siècle que la titulature se développe et prend de l'extension, principalement sur les bractéates. Nous noterons, dans le cours de ce chapitre, les légendes les plus intéressantes sous ce rapport ; bornons-nous à signaler ici quelques titres exceptionnels, comme ceux de SIMON NOBILIS. DOMICELLVS SIMON. SIMON IVVENE, pour juvcnis, SIMON VIR NOBILIS, qui se hsent sur les deniers de Lippe pendant la minorité de Simon I (1275 -13 44) ; remarquons aussi cette particularité essentiellement allemande que le titre précède souvent le nom du souverain.
Les princes ecclésiastiques joignent généralement leur titre à leur nom dès le début de leur monnayage autonome. Les évêques se nomment à peu d'exceptions près episcopus. Le mot praesul ne se rencontre à l'époque saxonne et franconienne qu'à Metz, Toul et Verdun ; dans l'est de l'Allemagne, il ne paraît qu'une fois chez Burchard, évêque d'Haïberstadt. Les archevêques se contentent très souvent du titre d'' episcopus. Conrad, archevêque de Cologne, s'intitule minister. Les qualificatifs honorifiques sont rares sur les monnaies ecclésiastiques ; on peut citer le mot pius sur quelques deniers de Cologne. A partir de la seconde moitié du xii* siècle, dans quelques évêchés, on trouve sur des monnaies le titre d'electus; c'est ainsi que s'intitulent les évêques élus par le chapitre, investis par l'empereur, mais non encore consacrés par le Souverain Pontife.
L'indication d'un numéro d'ordre placé à la suite du nom d'un seigneur pour le distinguer d'un homonyme, est exceptionnelle. On trouve HEINRICVS SECVND' sur un denier d'Henri II de Limbourg, évêque de Liège (1145-1165), mais M. Dannenberg ne connaît pas d'autres exemples de ce fait pour la période dont il s'est occupé.
Les saints sont parfois mentionnés sur les monnaies sans le titre de sanctus ; d'autres fois, sandus est remplacé par un titre différent. On trouve ainsi : Petrus apostoîus à Worms et à Herford, Lehuinus confessor à Devenfer, Stephanus et Lamhertus martyr à Huy, Stephanus protomartyr à Halberstadt, Sixtus papa dans la même ville, Gertrudis virgo à Nivelles, Maria Virgo à Verdun, Martinus archiepiscopus à Utrecht, Hilîigardis regiîia k Kempten, etc. D'autres fois encore, on lit sur les pièces un nom de saitit précédé de sanctus et suivi d'une autre épithète, comme sanctus Paulus apostoîus à Munster au xiii* siècle, sanctus Martinus Moguncie dominus sur les bractéates des archevêques de Mayence frappées à Erfurt.
Les noms de villes sont écrits seuls ou accompagnés d'un mot tel que civitas et urhs. Ces dénominations ne sont nullement réservées aux grandes villes ; de très petites localités s'en décorent dès le xi* siècle. Au XIII* siècle, il n'est pas de chef-lieu de seigneurie qui ne se pare du titre de civitas. Les autres qualificatifs ethniques sont rares ; par contre, un certain nombre de villes se décernent de pompeuses épithètes : Cologne et Bamberg s'appellent j^nr^^. Les villes qui copient sur leurs deniers le type de Cologne copient aussi le moi sancta en se l'appliquant. Deventer et Thiel se proclament l'une et l'autre hona, et Trêves, beata. Au xiii= siècle, Dortmund s'intitule regia. Il est intéressant aussi . de noter certaines réminiscences classiques, certains souvenirs glorieux d'histoire locale qui ont leur écho dans les légendes des monnaies. C'est
ainsi que Xanten est désignée par sancta Troja, Trêves par Belgica civitas ou secunda Roma, Toul par Ltucha civitas, Spire par Nemetis, Cologne par Agrippina, Metz par Mi^J/(?m^/na^ Verdun par urbs Clavorum, Strasbourg par Argentina, Bonn par Verona, etc.
Les monétaires, entrepreneurs ou fermiers de la monnaie, à Texception de ceux de Bavière et d'Augsbourg, ne se font pas souvent connaître pendant le règne des rois franconiens et saxons. Plus tard, les mentions qu'on en trouve en Brabant, par exemple, sont également anormales. Nous les signalerons à mesure que nous les rencontrerons dans le cours de ce chapitre.
Les légendes constituant une dénomination de la monnaie elle-même ou une indication de sa valeur sont rares pendant la première période: on trouve DENARIS pour denarius sur un denier d'Albéron I, évêque de Liège (1120-1128), GEFRI DENARII sur des pièces de Bernard II, duc de Saxe (1011-1059), MONETA sur des deniers frappés à Bruxelles, Celles, Huy, Namur et Visé; NOTA, abréviation de moneta, sur de nombreuses monnaies d'Egbert I comte de Frise, etc. Pendant la seconde période, le mot moneta apparaît constamment suivi du nom de Tatelier; le mot denarius prend place sur des deniers d'Henri duc de Mecklembourg (1178-1228) et sur un assez grand nombre de bractéates parmi lesquelles nous rappellerons celles de Frédéric Barberousse.
Une place à part dans l'épigraphie monétaire de l'Allemagne appartient aux deniers frappés au xi' siècle à Gittelde par les archevêques de Magdebourg ; sur cts pièces, les légendes, écrites en langue vulgaire, sont, si Ton prend la variante la plus correcte : 1 ELI THES PEH\HC, denier de Gittelde, et HIRSTEIDTE BISCOP, ici est représenté Vévêque. C'est, croyons-nous, le seul exemple du mot penning, pfennig, sur une monnaie allemande de cette époque.
La formule HIR STEID TE BISCOP, qui entoure, sur la plupart des deniers de Gittelde, une effigie épiscopale, trouve son pendant sur un grand nombre de bractéates où on Ht, par exemple, EGO SVM BERNHARDVS. DVX HENRICVS EST, MARIIO EST OTTO. SCS MAVRICIVS DVX EST. C'est à la fois une affirmation de droits acquis et une explication naïve du type.
Sur un assez grand nombre de deniers, des mots placés dans le champ ou en légende circulaire expliquent de la sorte le sujet représenté. On trouve ainsi: BASILE ou CVRA, auprès d'une église; CLAVIS auprès d'une clef; SCVT IPRAT scutum imperatoris, autour de l'écu impérial; BACVLVS à côté de la crosse de l'évêque d'Utrecht ; CRVX. O SCA CRVX. CRVX XRISTI. SCRVCDEI autour d'une croix; MVTV. AGNVS PATIENS. EQVVS VENAL. PERV VOC. kquila
VICTRIX, sur des deniers liégeois, auprès d'un mouton, d'un agneau pascal, d'un cheval mis à l'encan, du perron liégeois ou de l'aigle impériale; BAN-DVC-LOV. bandum ducis Lovante, à côté de la bannière brabançonne du duc Henri I (i 190-123 5), CAPVT autour de la tête des Albert, comtes de Namur, VICTORIA à côté de l'épée victorieuse deGodefroid II, duc de Basse-Lorraine (1065-1070), CASTRVM ADEIBERTI comitis autour d'un château sur une bractéate attribuée au comte Adalbert de Wernigerode (i 187-1207), CAPVT DE LIPPIA autour d'une tête, sous Bernard III de Lippe (1229-1265). Nous pourrions, sans grand profit, étendre encore cette liste.
Lorsqu'on examine les monnaies allemandes de la fin du xii* siècle et du commencement du xiii% deniers bifaces ou bractéates, on est frappé de l'incorrection de certaines légendes, qui contraste si étrangement avec la régularité des caractères employés. Cette incorrection est parfois telle qu'il faut renoncer à lire l'inscription et « ne voir dans cette foule de lettres jetées pêle-mêle que de véritables pseudo-légendes, substituées aux légendes ayant un sens déterminé, par l'ignorance grossière des ouvriers monétaires. » On sait en effet que « les lettres étaient mobiles et qu'on les disposait sur le coin une à une, de sorte qu'il suffisait d'un ouvrier peu lettré pour faire ces légendes sans sens ; il faisait une série de lettres pour l'œil, sans s'occuper de savoir si cela donnait
des mots Dans les cas les plus nombreux, dit M. Schlumberger,
auquel nous empruntons cette citation, la pseudo-légende remplissait simplement le rôle d'un ornement, d'une sorte de décoration obligée. »
§ IL — Lotharingie.
Après la mort du dernier Carolingien d'Allemagne, les seigneurs de la Lotharingie embrassèrent le parti de Charles le Simple, roi de France. Celui-ci établit dans le pays, comme duc bénéficiaire. Renier au Long Col, comte de Mons, auquel succéda en 91e, du consentement du roi, son fils Gislebert. Le nouveau duc de Lotharingie refusa de se soumettre au roi Raoul, successeur de Charles le Simple, parce qu'il n'était pas de sang carolingien, et reconnut la suzeraineté d'Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, dont il épousa plus tard la fille. Après la mort d'Henri, Gislebert, voulant s'affranchir de toute hégémonie, s'unit au duc de Franconie pour renverser Otton I, mais les ducs furent vaincus et Gislebert périt vers 940, noyé dans le Rhin.
On possède de Gislebert des deniers au temple et à la légende chré-
tienne, portant autour delà croix du revers la légende + GISLEBERTVS^ Ces monnaies sont remarquables par l'omission de toute mention
royale ; nous estimons qu'elles ont été P^'V'^J^A A^ 5^C^\ émises pendant la révolte du duc de
Lotharingie contre Otton I (fig. 968). Ce
qui vient à l'appui de cette opinion, c'est
l'absence de toute monnaie frappée par
Fig- 968 les successeurs im' ^édiats de Gislebert :
Henri I, frère d'Otton I (940- . • .)> Henri, fils de Giselbert (mort en
944) et Conrad le Roux (944-953).
En 953, le roi Otton I, après avoir destitué Conrad qui s'était révolté contre lui, donna le duché de Lotharingie à son frère Brunon, archevêque de Cologne. Brunon, pour faciliter le gouvernement du pays et en assurer la sage administration, le partagea en deux provinces. Il y eut, dès lors, un duché de Haute-Lorraine ou de Mosellane, étendant sa juridiction sur Metz, Toul, Verdun et le Luxembourg, et un duché de Basse-Lorraine ou de Lothier, comprenant les Pays-Bas et les régions rhénanes. Brunon se réserva le titre d'archiduc. Cette division administrative ne lui survécut pas ; après sa mort, les duchés et les grandes principautés ecclésiastiques ne reconnurent plus dans l'ordre féodal d'autre supérieur que le chef de l'empire.
Comme l'ont fait MM. Grote et Dannenberg, nous diviserons la Lotharingie en trois régions qui forment des groupes numismatiques assez bien déterminés : la Mosellane, les Pays-Bas, les pays Rhénans.
A. — Mosellane.
a). Ateliers inipcriaux^.
Les rois et empereurs de la maison de Saxe eurent des monnaies à leur nom pour quatre villes de la Mosellane, mais ces ateliers, successivement concédés à des pouvoirs ecclésiastiques, s'affranchirent de bonne heure et s'attribuèrent des coins autonomes.
Metz^. — Henri l'Oiseleur (923-936) frappa à Metz des Jf;n>r^ d'excellent style. Leur type se compose du temple transformé, que M. Dannen-
1. A. De Witte. Trois deniers de Gislchcrt, duc de Lotharingie, dans V Annuaire de la Soc. franc, demimisni., 1889, p. 177 et suiv.
2. P. Ch. Robert. Etudes numismatiques sur une partie du nord-est de la France. Metz, 1852, in-4, p. 225 et suiv.
berg appelle « holzkirche )>, et de la croix pattée cantonnée de quatre globules. Le temple porte au centre l'initiale de la ville et est entouré de la légende +METTIS CIVITAS; du côté de la croix figure le nom du roi, + HEINRICVS REX. On n'a pas encore retrouvé de monnaies messines d'Otton I, et, dès Otton II, l'évéque de Metz associe son nom à celui de l'empereur. Apres Henri II, les cvêques s'affranchissent complètement de la signature impériale, qui ne reprendra plus sa place sur les pièces épiscopales qu'exceptionnellement, au xii^ siècle, sous Poppon et Etienne de Bar.
TouL — On possède des deniers purement royaux et impériaux frappés à Toul sous Otton I (936-973). Leur type se compose du mot TVLLO, écrit transversalement dans le champ, et de la croix cantonnée de quatre globules et entourée du nom du souverain (ûg. 969). Sous l'épiscopat d'Etienne, le nom de l'évêque de Toul est associé à celui d'Otton III, et sous l'épiscopat de Brunon (1026-105 1), les deniers toulois deviennent complètement autonomes.
Verdun. — Henri TOiseleur conserva à Verdun le type employé dans cet atelier par ses prédécesseurs caroUngiens : à l'avers, les deniers et les
Fig. 969
Fig. 970
ohoks portent REX dans le champ, avec 4- HEINRICVS en légende circulaire ; au revers, 4-VIRDVNI entoure une croix pattée (fig. 970). Les coins de Henri l'Oiseleur, après lui, s'immobiUsèrent à Verdun, ce qui prouve déjà une intervention féodale dans le monnayage. A partir d'Otton III, la mention de l'évcque paraît généralement associée à celle du roi. On possède toutefois quelques deniers aux noms seuls d'Henri II et d'Henri IIL Peut-être ont-ils été frappés aussitôt après l'avènement de ces rois; nous attribuons, dans tous les cas, l'émission de ces pièces à l'atelier épiscopal, dont la plupart reproduisent les types usuels. Ces deniers portent, à l'avers, la tête du* roi de profil à droite ou à gauche ; le revers sous Henri II est occupé par les lettres S + A ou le chrisme, sous Henri III par une main que nous retrouverons sur les pièces de l'évêque Richard. Le nom de l'atelier est indiqué soit par VIRDVNVM soit par SCA MARIA. L'autonomie épiscopalc complète ne s'est afiirmée à Verdun qu'au milieu du xi^ siècle.
Remircrwnt. — Nous attribuons à Remiremont hs deniers d'Otton I où son nom, placé autour de la croix pattée, est associé au type caroUngien
du monogramme avec la légende : GRATIA D-IIIX. Les premières monnaies autonomes de Tabbaye de-Remiremont conservent ce monogramme sur des pièces où l'atelier est explicitement indiqué.
b). Évêchê de Met^ ' .
Le premier évêque de Metz dont le nom figure sur les monnaies est Thierry I (963-984). Le type de ses J^«î>rj est une continuation de celui d'Henri l'Oiseleur : à l'avers un temple entouré de la légende SCA METTIS DEODERICVS; au revers, une croix pattée cantonnée de OTTO, nom d'Otton II, et, en légende circulaire, le titre impérial + IM-PRT AVG. (fig. 971). Les exemplaires les plus anciens sont bien gravés et frappés avec soin, mais bientôt le travail se néglige, les tailleurs de coins intervertissent les lettres des légendes, les empreintes des flans dénotent une très grande mollesse.
Fig. 971
Fig. 972
Adalbéron II (984-1004) continua à faire usage du type de son prédécesseur. Le nom d'Otton II cantonne toujours la croix des deniers. L'évoque s'intitule indifféremment episcopus et praesul.
Nous distinguons cinq émissions différentes pour le longépiscopat de Thierry II (1004-46). Cet évêque abandonna au début de son règne le
temple d'Henri l'Oiseleur pour reprendre l'ancien temple carolingien resté en vogue dans un grand nombre d'ateliers allemands. Le nom d'Henri II et celui de l'atelier, HINRICV5 REX MET, sont écrits au droit; le revers porte DEODERICVS PRESV (fig. 972). La seconde émission est au même type, mais l'évêque s'est débarrassé de toute tutelle ; la mention d'Henri II est omise, et DEODERICVS PRESV se trouve répété des deux côtés. Ces monnaies de Thierry II composaient la plus grande partie du trésor exhumé en 1887 à Thionville ; leur taille et leur
I. F. de Saulcy. Recherches sur les monnaies des êvêqucs de Mii^, dans les Ment, de VJcad. de Mel-, t. XIV, 1832-183 5 ; Supplcufcnt, dans le même recueil, t. XVI, 1834- 1855. — P. Cil. Robert, Monnaies, jeUms et vudaiUes des èvcques de Met:(, mémoire achevé par R. Serrure, dans V Annuaire de la Soc. franc, de numismatique, 1887 a 1890.
frappe témoignent d'une négligence qui dépasse l'imagination : les flans, mal arrondis, parfois carrés, mal aplanis, sont à peine empreints sur leurs parties les plus saillantes. La troisième émission correspond à un affaiblissement du poids et à une réduction du module des deniers ou des oboles, qui portent un temple à fronton cintré (fig. 973), dont nous retrouverons l'image sur les pièces contemporaines de Luxembourg et de Cologne. A l'ancien atelier de Metz, MEDIOMATRICVM, viennent se joindre deux forges nouvelles, Marsal et Épinal. La quatrième émission de Thierry II comprend les deniers sur lesquels le nom de l'atelier est placé en deux lignes dans le champ: MET-TIS, MAR-SAL. SPI-NAL. SPE-TRVS ; la localité désignée par le vocable de saint Pierre n'a pas encore été déterminée avec certitude. Le cinquième et dernier monnayage de Thierry II se compose de pièces portant à l'avers une tête nue à gauche, et au revers une croix pattée. Le module des deniers, qui était de 2 1 millimètres au commencement de son épiscopat, est descendu à 18 millimètres.
Adalbéron III (1047-72) a commencé, suivant nous, son monnayage par les deniers portant à l'avers une tête à gauche, et au revers un temple, que P. Ch. Robert range à Adalbéron II (fig. 974). L'évêque y prend parfois le titre de ADELBERO PRESVL, la ville y reçoit parfois l'épi-
Fig. 974 Fig. 975
thète de sainte, SANCTA M ETTIS. Nous considérons comme appartenant à une seconde émission hs deniers où saint Etienne, SCS STEPHANVS, patron du diocèse, est représenté à genoux, les mains jointes ; au revers, une petite croix pattée est ceinte d'une double légende donnant le nom de Metz et celui d'ADELBERO EPS (fig. 975). Sur les pièces de la troisième émission, enfin, saint Etienne est agenouillé, les bras étendus dans l'attitude de l'adoration ; la croix du revers est cantonnée des lettres de M-ET-T-IS ou de S-PI-N-AL, et entourée du nom et du titre de l'évêque. Le module des deniers messins a encore décru ; le diamètre est maintenant de 17 millimètres.
Le dernier type que nous venons de signaler fut conservé par Hériman (1073-90) au début de son épiscopat, dans les ateUers de Metz, de Marsal et d'Épinal. Puis, le buste de saint Etienne remplace son image agenouillée; au revers, la croix pattée, simple ou cantonnée, continue à occuper le champ (fig. 976). Hériman fut activement mêlé aux luttes
du pape et de Henri IV ; deux fois il fut chassé de son siège par l'empereur et remplacé d'office. On possède un certain nombre de deniers synonymes aux types d'Hériman, qui furent probablement frappés pendant ses exils ; ils portent l'indication des ateliers de Metz, de Marsal et de RVOMILINGIS, localité encore indéterminée, mais pour laquelle on a proposé des identifications avec Rcmilly, Rcmelange et Rimling.
Poppon (1093-1103) fît usage de deux types très dissemblables, auxquels il est difficile d'assigner un rang chronolof'que. Le premier se compose, d'un côté, de saint Etienne agenouillé, S STEPHANI, de l'autre, du mot POPPO écrit sur une bande horizontale limitée par un ojrenetis, qui coupe la légende circulaire HINRICVS, nom de l'empereur Henri IV. Le second donne à l'avers une éghse à deux clochers, + POPPO NGTN-S EP-S, et aii revers, le buste de face de saint Etienne (fig. 977).
Fig. 976
Sous Adalbéron IV (1103-1115) les deniers portent toujours l'image agenouillée ou le buste de saint Etienne. Au revers, le coin représente une croix simple ou cantonnée, le mot METTIS écrit sur les bras d'une croix pointillée, une main tenant une crosse. Le nom de révoque est orthographié indifféremment ALBERO EPC ou ADELBERO EPS- Adalbéron IV avait été imposé aux Messins par l'empereur Henri IV ; son épiscopat fut très troublé, et le 28 mars 1115, le concile de Reims y mit lin par une déposition. Ces circonstances expliquent l'existence de deniers anonymes, de même type que les pièces signées; ces monnaies donnent l'indication de deux ateliers indéterminés, RVME- LINGIS. RIMVLIGIS, que nous avons déjà rencontré au temps d'Hériman, et SOCCHEIS. SOCCHENEIS.
La succession d'Adalbéron IV donna lieu à de longues querelles, jusqu'au jour où Etienne de Bar (1120-1163) ^^^ ^^^ reconnu, d'un commun accord, par Henri V et le clergé. Les premières monnaies frappées par Etienne portent le buste et le nom du roi de Germanie ; le nom de Tévêquç, STEPHANVS EPC, figure au revers autour de la croix. Les espèces autonomes qui succèdent à cette émission reproduisent les types en usage sous Adalbéron IV (fîg. 978) ; un assez grand nombre omettent le nom de l'évéque, mais on constate l'activité des ateHers de
Fig. 97 S
L*ALLHMAGNH 543
Metz, de Marsal et de Saverne. Etienne de Bar reconquit la ville d'Épinal, dont Simon I, duc de Lorraine, s'était emparé à la faveur des troubles, au temps d'Hériman ; il y conserva la forge monétaire existante et laissa aux deniers d'Épinal le type qu'ils avaient sous le gouvernement ducal : un édifice à double portail cintré et à toit aigu et crucigère. Sur plusieurs de ces monnaies le nom de l'évéque est omis et celui de la ville inscrit en double ; les deniers d'Épinal semblent au surplus être taillés suivant un autre pied que les pièces messines.
Sous Thierry III de Bar (ii 64-1 171), les deniers portent soit son effigie à mi-corps, tenant le livre des évangiles et la crosse, soit celle de saint Etienne tenant le livre et la palme du martyre. Le premier de CQS deux types est reproduit sur des pièces anonymes indubitablement contemporaines. Les monnaies de Thierry III, répandues dans les collections par la trouvaille de BidestrofF, ont encore lé millim. de diamètre environ et 75 centigr. de poids. Sous Frédéric de Pluvoise(i 171-73), le module ne dépasse plus guère 15 millim. Les deniers et oboles de cet évêque et de son successeur Thierry IV de Lorraine portent le buste épiscopal entouré du nom, et une croix pattée avec le mot METENSIS.
Sur les pièces si communes de Bertram (1179-1212), l'évéque est vu à mi-corps et bénissant, le revers est occupé par une dextre bénissant posée sur une large croix (fig. 979). Conrad de Scharphenneck (1212-1224) se conforme du type de son prédécesseur, sauf dans l'atelier d'Épinal qui continue à user d'une empreinte spéciale ; l'édifice roman est devenu un donjon crénelé (fig. 980) ; les pièces portent CONRADVS- ESPINAL, une double mention de la ville, et parfois encore le nom du patron, S GEVRIS, saint Gueuric. La trouvaille de Diarville, qui a fait connaître la plupart de ces monnaies, renfermait trois exemplaires d'un
Fig. 979 Fig. 980
denier portant à l'avers OTTO et une aigle, au revers O ESPINAL et deux poissons. M. J. Laurent^ voit dans ces poissons les armes du comte de Salm, partisan d'Otton IV, qui se serait emparé vers 12 12 d'Epinal sur Conrad de Scharphenneck, partisan déclaré de Frédéric II ; la ville aurait fait retour à l'évéque de Metz après la bataille de Bouvines, qui eut pour conséquence indirecte le triomphe de Frédéric II.
I. Notice sur une découverte de monnaies lorraines faite à Diarville (Meurthe)^ dans les Annales de la Soc. d'émulation des Vosges, t. XI, 1864, p. 138.
Soiis Jean I d'Apremont (1225-1239), nous voyons d'abord une continuation du type dé Bertram et de Conrad, puis, à la suite d'un nouvel affaiblissement, les coins reçoivent à l'avers l'effigie de l'évêque tenant la crosse et portant la mitre, qui apparaît ici pour la première fois ; au revers, une croix pattée cantonnée de globules, de croissants ou d'étoiles, est entourée du mot METENSIS. Jean d'Apremont fut chassé en 123 1 par ses sujets, et ne put rentrer qu'en 1235 dans sa ville épiscopale ; peut-être la restauration de l'évêque roncorde-t-elle avec la modification des espèces. Les monnaies messines du xiii* siècle présentent une particularité qui leur est commune avec celles de Toul, de Lorraine, de Luxembourg et de Trêves; le flan étant un peu plus large que les coins, les monnaies ont le bord plus épais que le centre.
Jacques de Lorraine (1239-1260) conserva d'abord sans rien y changer le second type de son prédécesseur, puis il agrandit son buste, supprima la crosse et mit au revers, rendu anépigraphe, une grande croix à branches trifoliées, cantonnée de lis. Après Jacques, la monnaie messine devient complètement anonyme. Philippe de. Florange (1260- 1264), Guillaume de Traisnel (1264-1269), Laurent de Leisterberg (1269-1280) et Jean de Flandre (1280-1282), n'ont pas de numéraire signé ; les atehers, multipliés dans tous les domaines du temporel, frappent de petits deniers de 13 millim. et de 50 a 55 centigr., portant à l'avers l'effigie mitrée à gauche, et au revers un nom de Heu autour d'une croix. Ces noms sont tous écrits en fran- '^' ^^' çais; nous avons ainsi DE MES pour Metz,
CHAISTE pour Châtel-Saint-Germain, CONFANT, GONFLANT pour Conflans-en-Jarnisy, DE VI, DE VIS, C'EST VI pour Vic-sur-Seille, MCIINVI pour Moyenvic, (fig. 981), MARSAVT par Marsal, ESPI- NAVS pour Épinal, RANBERVIL' pour Rambervillers. Ces monnaies, qui se trouvaient réunies en grand nombre dans la trouvaille de Saint- Vith, sont d'une gravure charmante.
Bouchard d'Avesnes (1282-1296) reprit le monnayage signé. A Épinal, nous trouvons des deniers empreints à l'avers d'un écu au lion brisé d'une crosse en bande; au revers le buste de l'évêque est représenté bénissant comme sur les pièces anonymes ; la légende commence d'un côte par B • ESPI et se termine de l'autre par NAVS (fig. 982). Cet exemple d'un mot réparti par moitiés sur les deux côtés d'une pièce est loin d'être unique en épigraphie monétaire. A Marsal, l'écu de l'évêque est accosté des syllabes BOV-CAR-DVS ; au revers figure une croix pattée avec la légende + MARSALLENSIS. M. de Saulcy a publié un titre
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constatant que le 30 janvier 1292, Févêque vendit, pour cinq ans, sa monnaie de Metz à la ville. On n'a pas retrouvé jusqu'à ce jour de deniers frappés à Metz au nom de Bouchard d'Avesnes.
Fig. 982 Fig. 983 Fig. 984
Gérard de Rhelanges (1298-1302) reprit à Metz et à Conflans le. type des deniers anonymes du trésor de Saint-Vith, mais il écrit son nom lËRAD autour du buste mitre. A Épinal, il copia un dispositif créé par Ferry III, duc de Lorraine : son écu, billetté à la bande et brisé d'une crosse en pal, est placé dans une étoile à six pointes (fig. 983).
Renaud de Bar (1302-13 16) introduisit dans ses domaines la réforme dont le duc Ferry III avait pris Tinitiative ; il frappa dans son seul atelier d'Épinal des doubles deniers au type lorrain du cavalier et de l'épée en pal ; seulement il eut soin de remplacer par des bars les alérions des pièces qui lui servaient de modèles. Les deniers copient le type lorrain du guerrier debout, ou le modifient légèrement en remplaçant le guerrier tenant l'épée et l'écu par un évêque tenant la crosse et le livre (fig. 984). On ne connaît jusqu'à ce jour aucune monnaie d'Henri de Viennois (13 19-1324) ; son épiscopat appartient du reste à notre quatrième période.
c) Chapitre de Met:(, à Sarrehourg.
Le chapitre métropoUtain de Metz obtint en 1056 de l'empereur Henri III le droit de frapper monnaie à Sarrehourg. Les premières pièces qui semblent avoir été émises à la suite de cette concession remontent à la fin du xi* siècle; ce sont des deniers au buste de saint Etienne, analogues aux monnaies anonymes du temps de l'évoque Hériman (1073-1090). Plus tard, au xir siècle, les deniers sarrebourgeois portent non plus l'effigie du patron du diocèse, mais celle de saint Paul, sous le vocable duquel le chapitre de Metz se trouvait spécialement placé. Le revers a généralement une croix pattée, une main tenant une crosse. Les dernières monnaies sarrebourgeoises ont été retrouvées dans le trésor de Saint-Vith, ce qui prouve que leur émission remonte à la seconde moitié du xiii^ siècle. Le type, copié des petits deniers épiscopaux contemporains, est, à l'avers, un évêque bénissant de profil à gauche, au revers, un écu au dextrochère tenant une crosse et mouvant de senestre. Le nom de Sarrehourg paraît sous les formes suivantes: SAREBVRC, SAREBOC et SAREBOR.