II
d) Èvêchè de Toul ' .
La trouvaille faite en 1887 à Thionville a fait connaître les plus anciennes monnaies touloises. Elles remontent à Tépispocat d'Etienne (994-995), dont elles portent l'effigie et le nom, STEPHANV PS; au revers, une croix pattée, cantonnée de globules ou ceinte du nom d'Otton III, OTTO REX. Lç règne éphémère de Robert (995) ne nous donne encore aucune monnaie frappée à Toul, mais nous verrons plus loin un denier de Saint-Dié qui lui appartient.
Berthold (995-1019) eut pour ses monnaies le même type qu'Etienne ; elles portent soit le nom d'Otton III, soit celui d'Henri II, mais la mention royale se trouve du côté de la tête, et celle de l'évêque, BERTOLDVS ou BERT0LFV5. du côté de la croix. Berthold ne prend presque jamais son titre d'évêque. Le règne d'Herman (994-
Fig. 985
Fig. 98e
1026) n'est pas encore représenté dans les collections. Les deniers de Brunon (1026- 1048) sont connus depuis la découverte de Trschebougne décrite par Lelewel ; leur type se compose d'un édifice maçonné que P.-Ch. Robert compare avec autant d'exactitude que de sens pittoresque à une ruche à miel ; le revers est uniformément occupé par une croix pattée ; TateHer est indiqué par les mots LEVCHA CIVITAS (fig. 985). En 1048, Brunon devint pape sous le nom de Léon IX, et le siège épiscopal de Toul resta vacant pendant trois années.
Sous Udon (1051-1069), l'édifice toulois reçoit deux étages, et la gravure en est plus recherchée (fig. 98e), mais sous Pibon (1069-1107), les monnayeurs en reviennent à leur « ruche » et la ville abandonne l'appellation de cité des Leuques pour reprendre son nom de TVLLVM. La série monétaire présente un vide pour l'épiscopat de Riquin de Commercy (1107-1126), bien qu'au dire des historiens locaux cet évêque ait obtenu d'Henri V la confirmation de ses droits monétaires.
I. P.-Ch. Robert. Recherchss sur les monnaies des évéques de Toul. Paris, 1844, in-4. — R. Serrure, Monnaies de Berthold, évéqiie de Toul, dans V Annuaire de la Soc. fr. de num. 1888, p. 230. — L. duintard, Le Trésor de Thionville, dans les Mm. de la Soc. d'arch. lorraine. 1888,
l'allemagne 547
Henri de Lorraine (1127-1168) frappa des deniers et des oboles ; l'avers représente une église à deux tours latérales et à trois portes cintrées. P. Ch. Robert observe à ce propos que l'artiste aura voulu reproduire Timage de la cathédrale de Toul, dont les tours venaient d'être construites. La ville est indiquée par la légende VRBS TVLLI. Avec Pierre de Brixei (1168-1191) apparaît l'effigie épiscopale à micorps. Les deniers les plus anciens de cet évêque conservent au revers la croix pattée et ont le flan encore large des monnaies antérieures ; puis, l'évêque opère un affaiblissement et le module de ses pièces tombe de 18 à 15 millim. de diamètre. Les types restent, d'un côté l'effigie à mi-corps à gauche, crossée et parfois mitrée, de l!autre, l'église à deux tours ou une dextre tenant une crosse en pal. En 11 68, Pierre de Brixei s'était fait accorder par Frédéric Barberousse le droit d'établir un atelier à Liverdun, qu'il venait de reconstruire : « Noverint itaque fidèles et amici imperii, dit le diplôme impérial, quod cum praedictus episcopus Petrus casirum ecclesiae suae quondam dirutum reedificavit, quod Liberdunum dicitur, laude et assensu nostro hoc fecit, et nos libère faciendi ibidem momtatn suant et etiatn successoribus suis assensum praebuimus... ». Les deniers frappés à Liverdun ont une empreinte très originale, d'un côté un édifice maçonné à deux tours crénelées et le nom PETRVS, de l'autre un poisson et LIBDVN ou LVVIRDVN (fig. 987). Fig. 987
On n'a pas encore de monnaies d'Eudes de Vaudémont (i 193-1 198). Celles de Mathieu de Bitche (i 198-1207) se trouvaient en assez grand nombre dans la trouvaille de Diarville. Le. type de celles de ces pièces qui ont été frappées à Toul est le buste crosse et mitre, et l'église. Dans un autre atelier, qui doit être Liverdun, le droit des pièces porte un donjon et le revers une croix ancrée. Le nom de Mathieu est MAHE EP ou MAHIVS. Renaud de Senlis (1210-1217). ne fut nommé au siège de Toul que trois ans après la déposition de son prédécesseur ; il conserva d'abord les coins de celui-ci, en y inscrivant seulement son nom RINALD', puis, un peu plus tard, il se fit dessiner bénissant et remplaça au revers l'église par une dextre tenant la crosse. L'atelier de Liverdun paraît avoir été supprimé.
Les monnaies de Gérard de Vaudémont (1217-1218), d'Eudes de Sorcy (1218-1229), de Garin (1229-1230), n'ont pas été retrouvées ou, tout au moins, n'ont pu être déterminées avec certitude. Sous Roger de Marcey (1230-125 2), le buste de l'évêque est posé de face et son nom indiqué par une simple initiale; au revers nous trouvons la crosse en pal. Gilles de Sorcy (1253-1271) conserva le même type et introduisit
548 TKOISiÈME PARTIE
des dispositifs nouveaux copiés des pièces messines de Bertram, ou des
deniers lorrains de Ferry III : la main bénissant posée sur une croix et le cavalier armé. Les légendes sont écrites soit en latin, soit en français, GILES-TVLLENSIS, GILES AVES- Fig. 988 KES-TOVL (fig. 988).
Sous Conrad (1271-1296), les deniers toulois, souvent anon3'mes, diffèrent seulement par les légendes, CONRAVS. TVLLV, TVLLVS, des pièces messines avec lesquelles elles se sont rencontrées dans le trésor de Saint-Vith. Sous Jean de Sierck (1296-1305), les plus anciens petits deniers portent encore le buste épiscopal de face, la crosse, ou une mitre dans le champ ; puis nous assistons à l'apparition des armoiries, l'écu de l'évêque : d'or à une bande de gueules, chargée de trois coquilles d'argent, avec une crosse en pal sur le tout. On n'a pas encore de pièces de Guy de Perncs (1305-1306), d'Otton de Granson (1306-1308) et d'Eudes Colonna (1308-1309). Avec Jean d'Arzillières (1309-1320) commence à Toul l'époque du gros,
e) Comté de Toul.
La trouvaille de Tronville décrite par Saulcy^ renfermait en même temps que des deniers de Pibon, évéque de Toul (1069-1107), une pièce portant à l'avers la légende + S PETRVS autour d'une tête à droite, et au revers, PETRVS autour d'une croix pattée, cantonnée de quatre globules. Saulcy et Robert attribuent cette monnaie à Pierre, comte de Toul, mentionné dans une charte de 11 18 et qui s'illustra dans la première croisade avec son frère Renard ; elle aurait été frappée dans quelque monastère placé sous le vocable du prince des apôtres, et dont le comte de Toul aurait été l'avoué. Cette attribution est loin d'être certaine. Le monnayage des comtes de Toul reste très problématique.
f) Abbaye de Saint-Dié^.
En 974, Otton II accorda à Gérard, évêque de Toul, le monastère de Saint-Dié avec la monnaie, le tonlieu et le marché. L'histoire de Saint- Dié est très embrouillée et il est difficile de définir la limite exacte des
i . De Saulcy. Note sur quelques monnaies inédites du moyen âge trouvées à Tronville, dans les Mém. de la Soc. des antiquaires de Normandie, t. VI, 1851-1833, p. 246.
2. L. Maxe-Werly. Numismatique de Remiremont et de Saint-Dié, dans les Mém. de la Soc. d'arch. lorraine. 1879. — Hildebrand. Une monnaie inédite de Robert, évéque de Toul, dans V Annuaire de la Soc. fr. de numism. 1888, p. 573.
droits qu'exercèrent sur Tabbaye les évêques de Toul et les ducs bénéficiaires de Haute-Lorraine qui en avaient l'avouerie. On doit à M. Hildebrand la connaissance d'un denier frappé à Saint-Dié par l'évêque Robert (995); son type se compose d'un S barré avec R[OBElRTVS EPS en légende circulaire, et au revers SCI DE[0]DATI en trois lignes. Cette pièce offre la plus grande analogie avec celles que forgea vers la même époque à Saint-Dié, Thierry I, duc bénéficiaire de Haute-Lorraine (984-1028) et sur lesquelles la lettre S est répétée au revers, ou est associée à une croix pattée. Les légendes sont DEODERICO et SCS DEODA. Lorsque le duché de Lorraine fut devenu héréditaire entre les mains de Gérard d'Alsace (1048-1070), celui-ci garda l'avouerie de l'abbaye de Saint-Dié, qui fut aff"ranchie en 1049^ par le pape Léon IX, de toute l'autorité jadis exercée par les évêques de Toul. Gérard frappa comme avoué des deniers qu'on trouve cités dans une donation de 105 1 ; leur
Fig. 989
Fig. 990
type se compose d'un côté d'une tête informe de profil à gauche, de l'autre d'un temple avec ces légendes : + S DEODATVS ou VS DEODATVS et 4- GERAR DVX placé à rebours (fig, 989). Ces monnaies sont d'une extrême barbarie. Le monnayage de Saint-Dié continua au même type sous Thierry H (1070-1115), mais le nom du duc est complètement altéré par l'ignorance et la négligence des tailleurs de coins (fig. 990). Une grande lacune existe entre ces monnaies et les deniers de petit module révélés par la trouvaille de Charmes et frappés, par conséquent, dans les dernières années du xii* siècle. Un document de 1188, où il est question d'un payement en moneta deodatensis, prouve du reste qu'à cette époque un atelier actif aHmentait régulièrement la circulation. Ces deniers 'portent à l'avers le nom DEODATVS et le buste de face du
Fig. 991
Fig. 992
saint, tenant la crosse et le livre des Évangiles; au revers le mot SAN- CTVS prend place autour d'une croix à branches tulipées (fig. 991). En 1243, Mathieu II, duc de Lorraine, échangea l'avouerie de Saint-
Dié contre la seigneurie de Lunéville, mais il la racheta trois ans plus tard. Le dernier monnayage de Saint-Dié remonte au règne de Ferry III (1251-1303); le type des monnaies de cette époque est absolument semblable à celui des deniers ducaux ordinaires : un cavalier à droite et une épée en pal entourée des mots SAIN DIEI (fig. 992).
g) Abbaye de Remiremont ' .
L'histoire du monnayage de l'abbaye de Remiremont peut être résumée dans les indications chronologiques suivantes :
Sous Otton I (936-973), charte de concession, aujourd'hui perdue, en vertu de laquelle les abbesses frappent des deniers au nom du roi de Germanie et au monogramme carolingien, empreinte longtemps popularisée, sur les confins de la Lotharingie et de la France, par les émissions messines au type de Charles le Gros, auxquelles Henri l'Oiseleur avait mis fin.
Vers 984, Thierry, duc de Mosellane, que nous avons vu monnayer à Saint-Dié comme avoué, signe dans des conditions analogues des deniers au type du monogramme carolingien immobilisé. Son nom est accompagné de celui d'Otton III.
Au commencement du xi' siècle, l'abbaye fi'appe des deniers autonomes, toujours au type du monogramme, mais portant ROM A RI CVS et le nom de saint Pierre. Ces pièces sont connues depuis la trouvaille de Thionville.
1048- 1070. Gérard d'Alsace, duc héréditaire de Lorraine, avoué de Remiremont, signe des deniers et des oboles dont le type est copié sur
Fig. 993
Fig. 994
les pièces de Brunon, évêque de Toul. On y retrouve en efiet l'édifice en forme de ruche. Les légendes sont GERARDVS DVX — h SCS PE- TRVS (fig. 993).
Octobre 1070. L'abbesse Gisèle obtient d'Henri IV la confirmation de ses privilèges. Dans cette charte, il n'est point fait mention du droit de battre monnaie, mais il est dit que les monnayeurs de Remiremont
I. R. Serrure. Les premières monnaies de Remiremont, dans le Bulletin de numismatique , t. I, 1891-1892, p. 113.
devront payer sept livres de poivre, et ceux de Fenestrange, bourg dépendant de Tabbaye, les cinq autres livres qui devaient être fournies à Tempereur : « Monetarii de burgo Romariensi debent vij libras piper is, monetarii de Filistingis v libras^ » Les monnaies de Fenestrange n'ont pas été retrouvées.
1115-1139. Simon I, duc de Lorraine, avoué de Remiremont, signe des deniers dont le type, saint Pierre agenouillé et tenant ses clefs, est copié des pièces messines d'Adalbéron IV. Ces pièces ont pour légendes : + SCS PETRVS — SIMON DVX.
Au milieu du xii* siècle, Tabbaye reprend un monnayage complètement autonome, en conservant le type de saint Pierre agenouillé (iig. 994). Les légendes sont : PETRVS ROMARICVS ; parfois à ces deux noms s'ajoute celui de SCS AMATVS, second patron du monastère. Il y eut de ces monnaies plusieurs émissions successives de poids sans cesse plus affaibli. Ce monnayage dura jusqu'à la fin du xii* siècle.
Au XIII* siècle, Tabbayeémet de petits deniers au buste de saint Pierre. Ce sont lés derniers produits de l'atelier abbatial qui cesse de fonctionner, sans doute sous la pression exercée par les ducs de Lorraine.
h) Évêché de Verdun.
L'histoire monétaire de l'évèché de Verdun, comme celle de Metz et de Toul, a été étudiée avec le plus grand soin, avec une compétence indiscutable, par P.-Ch. Robert ^ Nous emprunterons les éléments de notre résumé succinct à la monographie de ce savant. Le monnayage des évêques de Verdun commence à la fin du xi* siècle, après la donation du comté et de la moneta faite en 997 par le comte Frédéric à l'évêque Heymon (990-1024). Les plus anciens deniers et oboles de ce prélat portent son nom associé à celui de l'empereur Otton III (996-1002) ;
Fig. 99 s Fig. 996
leur type se compose des trois lettres AVG, abréviation du titre d'augustus, qui complète l'inscription OTTO IMP du pourtour; ce dispositif rappelait celui des pièces verdunoises d'Henri l'Oiseleur. Après la mort
I . Monnaies et jetons des cvèqucs de Verdun, dans ï Annuaire de la Soc. franc, de numism., 1885, p. 370 et suiv. — F. Liénard, Note sur une trouvaille de monnaies faite dans les environs de Verdun, dans la Revue numism., 1891, p. 203 et suiv.
d'Otton III, Heymon changea les coins des deniers qui portèrent désormais sa tête et son nom, HA^IMO, tandis que le nom d'Henri II (1002- 1024) se trouva rejeté autour de la croix du revers.
L'atelier de Verdun resta assez longtemps soumis à la double signature du roi et de Tévcque ; il n'en fut pas de même de ceux que les évêques créèrent dans leurs domaines ruraux, à Dieulouard et à Hattonchâtel. Là nous avons, dès le début, des espèces exclusivement féodales. Le type de Dieulouard est une main qui bénit et une croix pattée; les légendes sont : DS- LOVVART — HA€imO PSL (fig. 995). Les deniers d'Hattonchàtel classés par P. Ch. Robert au temps d'Heymon sont anonymes; ils portent CASTRVM autour d'un édifice, et HATTONIS autour de la croix. Une obole, sans indication d'atelier, présente à l'avers une tête précédée d'une crosse, sans légende, au revers HA6IM0 et la croix pattée.
Le successeur d'Heymon, Raimbert (1025-1039), fut dépouillé de la plus grande partie de ses états par Gothelon, duc de Basse-Lorraine, mais il rentra en possession de ses domaines par l'influence de Conrad le Salique. Cet évêque monnaya à Verdun et à Hattonchâtel. Dans le premier de ces ateliers, les deniers portent le buste impérial barbu et couronné, avec la légende CONRAD- IMP- AVG; le nom de Raimbert, + RAB'T' PSL- VRDVNI, ceint la croix (fig. 996). A Hattonchâtel, nous trouvons la tête de l'évêque; les légendes sont + RA5PBT PRESL et HADONIS CÀSTRV ; sur les oboles, la tête de Raimbert occupe tout le champ du droit et les pièces taisent son nom.
Nous avons de Richard (1039-1046) des deniers verdunois portant la double signature de l'évêque et d'Henri III. Le type est, à l'avers, une tête, au revers, une main qui bénit. L'évêque abandonne le titre de presul pour prendre celui d'episcopus. Dans l'atelier d'Hattonchàtel les émissions complètement féodales se poursuivent ; les deniers reçoivent sur l'une de leurs faces la dextre bénissant, sur l'autre un temple qui tend parfois à rappeler le temple tétrastyle carolingien.
Après Richard, l'influence impériale cesse de se manifester dans l'atelier de Verdun, qui est désormais assimilé aux ateUers ruraux. L'épiscopat du Thierry (1047-1089) est marqué, au surplus, par une réforme de système monétaire ; si, au début, ses monnaies conservent le flan large qu'elles avaient sous ses prédécesseurs, à une certaine époque, correspondant à la fin du troisième quart du xi* siècle, il taille SCS deniers en flans plus petits et un peu plus épais. Un progrès technique concorde avec cette modification de la taille : les pièces sont d'une gravure plus fine et d'une frappe plus soignée. Les coins employés par les monnayeurs de Thierry portent, pendant la première partie de
son'épiscopat, un buste de face et un édifice vu en perspective d'un point élevé (fig. 997); le nom de Verdun est, soit VIRDVNVIVr. soit VRBS CLA- VORVM, dénomination qui se retrouve dans les écrits de Sigebert
Fig. 997 Fig. 998 Fig. 999
de Gembloux et de Laurent de Liège, mais dont l'origine n'est pas clairement établie. Après l'affaiblissement monétaire, les types se multiplient; nous trouvons cinq combinaisons différentes : Buste épiscopal, avec crosse, à droite. Rev.: Édifice à pignon et à deux tours. — Tète épiscopale de face. Rev.: Croix cantonnée des lettres S-M-RI-A. — Le nom de la Vierge, S-MARI-A, écrit en trois lignes. Rev.: Croix à branches globulées (fig. 998). — Le nom de l'évêque en trois lignes. Rev.: Les mots MARIA VIRGO disposés en croix. Ces types, purement épigraphiques, occupent tout le champ qui n'a pas de légende circulaire (fig. 999). — Tête voilée et nimbée à droite, d'une gravure remarquable. La légende circulaire est SCA MARIA. Rev.: Croix pattée ou globulée (fig. 1000).
Fig. 1001
Fig. 1002
Les monnaies de Thierry ne portent pas d'autre indication locale que celle de Verdun. Sous Richer (1089-1107), des ateliers furent en activité, non seulement dans cette ville, m.ais dans les châteaux de Dieulouard, DSLOWART. d'Hattonchâtel, HATTON CASTEL. HAT- TONIS. de Dun-sur-Meuse, DVNVM. et de Sampigny, SAMPINIACVM. On sait en outre qu'en 1099 Richer chargea l'abbé Adalric de battre monnaie pour lui à Saint-Mihiel, avec les coins de Verdun. Les deniers et oboles de cet épiscopat présentent des types aussi variés que ceux de Tépiscopat précédent : Tête précédée d'une crosse à gauche. Rev. : Édifice à deux tours (fig. looi). — RICHERVS EP en quatre lignes. Rev.: MARIA VIRGO en quatre lignes. — Le nom de l'évêque écrit sur les branches d'une grande croix pointillée. Rev.: Tête voilée de la Vierge, de face. — Tête voilée de la Vierge, de profil, à gauche. Rev: Croix globulée. — Édifice à trois tours. Rev.: Croix pattée ou globulée (fig. 1002).
On n'a pas, jusqu'à ce jour, retrouvé de monnaies de Richard II (1108-1114), mais on lui attribue des deniers et oboles anonymes reproduisant le dernier type que nous avons indiqué pour Richer avec les légendes SALVS MVNDI — VIRDVNVM.
Henri I de Winchester (1118-1130) renouvela en 11241a convention passée en 1099 par Richer avec l'abbaye de Saint-Mihiel. Ses monnaies, deniers et oboles, portent le profil voilé de la Vierge ou son buste de face avec la crosse; au revers nous trouvons la croix ou un oiseau prenant son vol. Albéron de Chiny (1131-1156) conserva la tête de la Vierge sur ses pièces les plus anciennes, mais les plus récentes ont sa propre effigie. Le monnayage, très peu actif au temps de son épiscopat, cesse complètement sous ses successeurs, pour ne recommencer qu^au XIV* siècle, après l'époque dénariale.
i) Conité de Verdun.
•Nous avons vu plus haut qu'en 997 Frédéric, comte de Verdun, voulant renoncer au monde, fit donation de son comté et de ses droits régaliens à Téglise de Verdun. Herman, frère de Frédéric, fut créé vicomte par l'évêque et se contenta de ces fonctions, mais son frère Gothelon, duc de Basse-Lorraine, lui ayant succédé, voulut revenir sur la donation de 997 et se pourvut au conseil impérial pour la faire casser. Le jugement de ce tribunal ne lui ayant pas été favorable, il prit Verdun. Les renseignements font presque totalement défaut pour cette époque; Y Art de vérifier les dates fissure que Gothelon conserva le comté
jusqu'à sa mort arrivée en 1043. Cette affirmation est contredite par la numismatique puisqu'il existe un denier verdunois de l'évêque Raimbert au nom de Conrad II, empereur. Il semble néanmoins que l'ocf's- '°°3 cupation de Verdun par Gothelon fut assez
longue pour qu'il pût dans cette ville exercer les droits régaliens. Nous lui attribuons les deniers au buste de la Vierge, patronne de Verdun, accompagné de la légende se MARIA, qui portent au revers GOZELO DVX et l'image du duc de Basse-Lorraine, debout, à droite, avec le globe et la bannière; puis encore ceux où sont représentées la tête diadémée de Gothelon et deux figures debout tenant ensemble une colonne ou un arbre. L'évêque Richard semble avoir joui paisiblement des domaines de son église, mais le 25 août 1047, Godefroid le Grand, fils de Gothelon I et duc de Basse-Lorraine comme son père, s'empara de nouveau de Verdun, dont la cathédrale fut incendiée. La ville fut probablement
rendue à l'évêque Thierry Tannée suivante, lorsque l'empereur dépouilla Godefroid de ses fonctions ducales ; il n'en est pas moins certain que Godefroid eut le temps d'ouvrer dans l'atelier de Verdun des deniers à son coin. Avec P.-Ch. Robert, nous classerons à cette époque les pièces portant un buste à droite avec les mots GOTDEFRIDVS DVX, et ayant au revers le mot VIRGO en trois lignes, avec SCA MARIA en légende (fig. 1003). Ce type de revers se retrouve avec de légères variantes sous l'évêque Thierry.
j) Comté de Bar '.
M. Monnier attribuait aux comtes de Bar l'émission de deniers au type immobilisé des monnaies verdunoises d'Henri l'Oiseleur. Ces pièces, dont la fabrication fut arrêtée, à Verdun même, lorsqu'Heymon commença le monnayage épiscopal, furent frappées, jusqu'au milieu du xii^ siècle, dans la région comprise entre la Champagne et la Meuse. La trouvaille de Dieulouard, qui comprenait des espèces d'Adalbéron de Chiny, évêque de Verdun (1131-1156), et d'Henri, évêque de Toul
Fig. 1004
(1127-1186), n'en contenait pas moins de 130 exemplaires, ce qui témoigne jusqu'à l'évidence d'une circulation contemporaine très active. Sur les plus récentes de ces monnaies immobilisées, le type primitif a subi une altération profonde (fig. 1004); le mot REX de Tavers est devenu CIX, XIP. CIX ; les légendes sont remplacées par des traits informes, les globules du grènetis intérieur reçoivent des proportions démesurées. L'aloi est aussi altéré que le type : on trouve des exemplaires saucés, d'autres de cuivre pur.
Les premières monnaies signées par un comte de Bar appartiennent au règne d'Henri III (1297-1302), c'est-à-dire à la fin de la période dénariale. Leur type se compose de deux bars adossés et d'une croix pattée cantonnée de deux lis; les légendes sont + HENRICV COME — BARRI DVCIS (fig. 1005). Ces monnaies se rapprochent par leur
I. F. de Saulcy, Recherches sur les monnaies des comtes et ducs de Bar. Paris, 1843, in-4. — Maxe Werly, Études sur les monnaies au type aîtcréde Henri l' Oiseleur, dans lç5 Mémoires de la Soc. des lettres de Bar-le-Duc, t. IX, 1879.
aloi, leur module et leur aspect général, des espèces frappées en Champagne par les feudataires français; il est bon de rappeler ou'en 1297, à la suite d'une guerre malheureuse contre le roi de France, le comte de Bar fut obligé de lui rendre hommage pour tous ses domaines allodiaux situés sur la rive gauche de la Meuse.
k) Duché de Lorraine ' .
En 1048, à la diète de Worms, Gérard d'Alsace fut créd duc héréditaire de Lorraine. Ce prince, pas plus que son fils et successeur Thierry (1070-1115), ne paraît avoir monnayé dans ses possessions ducales ; les seules monnaies qui rappellent leur souvenir ont été frappées dans les abbayes de Saint-Dié et de Remiremont, où les ducs de Lorraine exerçaient les droits d'avoués. Nous en avons parlé précédemment. Simon I (11 15-1 139) occupa la ville d'Épinal, SPINAL, dont il s'était emparé sur l'évèque de Metz; il y frappa des deniers portant son nom, SIMON DVX ; leur type est un temple à trois colonnes.
En 1165, Mathieu I (1139-1176) acquit à son do;naine la ville de Nancy. La trouvaille de Bidestroff^ a prouvé que le duc y ouvrit un atelier monétaire dont les premiers produits, marqués d'un temple dans le genre de celui d'Epinal, sont anonymes. Ces pièces sont très mal frappées. Notre fîg. 1006 en donne le type reconstitué d'après plusieurs exemplaires. Dans les dernières années de son règne, Mathieu I plaça sur ses deniers nancéens, mieux soignés, son nom MAHVS et son effigie ; l'indication de l'atelier, NANCEI, fut conservée autour de la croix du revers (fig. 1007).
Fig. 1006
Fig. 1007
Mathieu I avait épousé la sœur de Frédéric Barberousse, Berthe de Souabe. Cette princesse fut régente du duché de Lorraine, vraisemblablement pendant la croisade de son fils, le duc Simon II (i 176-1205). On ne possède aucune monnaie signée par Simon II, mais le nom de sa
1. F. de Saulcy, Recherches sur les monnaies des ducs héréditaires de Lorraine. Metz, 1841, in-4. — Description de la coîh-ction de M. P. -Charles Robert. Paris, 1886, in-8.
2. Maxe Werly, Trouvaille de Bidestrojf, dans les Mclaufj^es de numism., t. I, 1874- 187^, p. 442 et suiv.
mère Berthe, BERTA, figure sur un curieux denier frappé à Nancy. La régente est représentée à mi-corps et tenant une fleur de lis. Un autre denier, évidemment contemporain, car il s'est rencontré dans les mêmes trouvailles^, porte à l'avers un buste féminin couronné, tenant de la main droite une branche de chardon fleuri; la légende est A RI- CA ; on y a vu une allusion aux piquants du chardon et l'origine de la devise et des armes de Nancy. Ces pièces pèsent en moyenne o gr. 65; leur module est de 21 millimètres de diamètre. Nous assistons à l'aflaiblissement progressif du denier lorrain.
La trouvaille faite en 1863 à Diarville^ renfermait, en même temps que deux pièces de Berthe de Souabe, quelques exemplaires d'un deiiier, jusqu'alors inédit, appartenant probablement à Ferry II (1205-1213). L'avers de ces pièces porte une épée nue, posée en pal, et la légende circulaire FERR! ; le revers, une croix pattée, avec NANCEI.
On n'a pas encore de monnaies certainesde Thibaut 1(1213-1220)3. La fabrication des espèces devait être, du reste, très limitée dans le premier quart du xiii* siècle : le duché était ruiné lorsque Mathieu II (1220-125 1) en prit possession, et ce fut l'administration sage et prudente de ce prince qui y ramena quelque prospérité. Ce duc monnaya
Fig. 1009
dans cinq ateliers différents : à Nancy, NANCEI, au château de Prény, PRINEI (fig. 1008), à Mirecourt, MVRICORT, ville du Toulois dont il s'était emparé et qu'il garda quelque temps, à Lunéville, LINIVILE, acquise par échange en 1243, enfin, à Sierck, CIRKES, acquise de l'église de Metz en 1247. Le type des deniers se compose uniformément à l'avers d'un cavalier armé, et au revers, d'une aigle ; à Sierck, l'aigle est placée
1. G. Rolin, Méin. sur quelques monnaies lorraines inédites du xi« et du xii^ siècle. Nancy, 1841, in-8 (Trouvaille de Charmes). — Bretagne et Briard, Notice sur une trouvaille de monnaies lorraines faite à Saulxures-lcs-Vanncs , dans les Mcni. de la Soc. d'arch. lorraine. 1884, p. 385 et suiv.
2. J. Laurent, Notice sur une découverte de monnaies lorraines faite à Diarvillc, dans les Annales de la Soc. d' Émulation des Vosges, t. XI, 1864, p. 129 et suiv.
3. M. Bretagne attribue à Thibaut I un denier anonyme de la trouvaille de Sionviller, frappé à Neufchâteau. Cette pièce porte novo, une aigle et castello, une croix pattée. Nous croyons qu'elle appartient au temps de Mathieu II, mais la question reste douteuse. — Cf. Bretagne, Découverte de monnaies lorraines à Sionviller, dans les Mèm. de la Soc. d'archéologie lorraine, 1874, p. 366 et suiv.
dans un écusson triangulaire. Les monnaies de Mathieu II ne mentionnent jamais son nom ; quelques-unes ont cependant un Hî sous le cavalier, mais cette initiale peut n'être qu'un différent. Le poids, o gr. 55, et le module des pièces, 15 millim., témoignent d'un nouvel affaiblissement. On aura remarqué que les noms des ateliers inscrits sur les deniers de Mathieu II sont en langue vulgaire. Les historiens rapportent que ce duc ordonna que tous les actes publics fussent écrits en français dans la Lorraine française et en allemand dans la Lorraine allemande ; cette mesure équitable se reflète jusque sur les monnaies.
Le classement des pièces frappées pendant le long règne de Ferry III (1251-1303) a fait d'énormes progrès depuis la pubhcation de l'ouvrage de F. de Saulcy ^ On peut aujourd'hui distinguer deux périodes monétaires très tranchées. Pendant la première, la plus longue, les émissions se bornent à de petits deniers que six ateliers livrent à la circulation. Voici une énumération rapide des ateHers et des types de cette période :
Fig. loio
Fig. :oii
1. Nancy. Première variété : ferri. Écu de Lorraine, qui est d'or à la bande de gueules chargée de trois alcr ions d' argent . Rev.: nancei dans les cantons supérieurs d'une croix à la tête recroisetée ; deux lis occupent les cantons inférieurs (fig. 1009). — 2^ variété : Cavalier à droite ; parfois sous le cheval, feri, fer, fe ou un symbole. Rev.: nancei autour de Tépce de marquis posée en pal et souvent accostée de deux symboles, lis, croissants, roses, etc. — y variété: Même cavalier. Rev.: nancei. Dextrochère tenant une épée en pal (fig. loio). — 4^ variété : Même cavalier. Rev,: n.\ncei. Ecu de Lorraine. — 5c variété: Même cavalier. Rev.: -f-p-Dvx'LOT. Croix. Cette dernière variété ne mentionne pas l'atelier, mais il est certain, pour nous, qu'il s'agit de Nancy.
2. Sicrch. ire variété : F'd'lotoreg'. Le duc à mi-corps de face. Rev.: cirkes autour d'une aigle éployée. Ce type, qui se rapproche beaucoup de celui de Mathieu II, doit être des premières années de Ferry III. — 2^ variété: Cavalier à droite. Rev.: cirkes. Croix pattée.
3. Neufchdteau. v^ variété : Même type que la 2^ variété de Sierck, mais portant au revers : nvefch.\tel, novic.\stri, novocatri. — 2« variété : Même type que la 2e variété de Nancy. — y variété : Même type que la y variété de Nancy.
I. Cf. J. Hermerel, Numismatique lorraine. Essai de classification des monnaies de Ferri II et de Thibaut II, dans V Annuaire de la Soc.fr. de numism., 1891, p. 27 et p. 183. — M. Quintard a proposé de restituer à Mathieu II un certain nombre de deniers anonymes aux types de Ferry III ; son opinion mérite une sérieuse attention, mais ne nous paraît pas encore appuyée d'arguments suffisants pour pouvoir être définitivement acceptée. Cf. Menu de la Soc. d'arch. lorraine, 1876, p. 351 et suiv.
4. Mirecoiirt. Même type que la 2^ variété de Nancy, mais au revers: mvricort, MERICORT. La ville de Mirecourt, qui avait appartenu peu de temps à Mathieu II, fut réunie en 1284 au duché par Ferry III; cette circonstance fixe la date du type du cavalier et de l'épée en pal.
5. Lunèville. Même type que la 2^ variété de Nancy, sauf la légende du revers:
LINIVILLE.