II
Conrad II, 1024-1039. — Liège, Huy, Thuin, Maestricht. Henri III, 1039-1056. — Dinant, Celles.
Ces différentes localités se répartissent en cinq groupes au point de vue des pouvoirs auxquels elles appartinrent dans la suite : Anvers et Bruxelles passèrent aux ducs de Brabant ; à Cambrai, la monnaie concédée aux évêques fut rendue autonome par eux ; à Celles, l'atelier devint abbatial ; à Namur et à Dinant, ce furent les comtes de Namur qui se chargèrent de mettre fin à l'intervention impériale; Liège, Huy, Thuin, Visé et une partie de Maestricht passèrent aux évêques de Liège ; enfin, l'autre partie de Maestricht resta aux empereurs jusqu'en 1204. Nous examinerons rapidement les types qui furent en usage dans ces diverses localités.
Fig. 1012
Fig. 1013
Anvers. — Cet atelier commença ses émissions sous Henri II, sans doute après la création du marquisat du Saint-Empire. Les deniers portent une représentation dérivée du temps caroHngien : le mot CIVITAS placé entre deux frontons (fig. 1012).
Bruxelles, — Suivant quelques numismates belges, il faudrait rendre à Bruxelles des deniers d'Otton III, empereur, que d'autres, et avec eux M. Dannenberg, attribuent à Munsterbilsen. Le type de ces pièces est une adaptation de celui de Cologne; il se compose des mots S — BlIIO- SEII-A-E, sanctae Bruosellae? posés en croix.
Fig. :oi4
Fig. loi)
Cambrai. — P.-Ch. Robert a pubUé un denier de Cambrai, d'Otton I, roi. Le type de cette pièce, restée inconnue à M. Dannenberg, est copié de celui de Cologne. Au droit, ODDO REX est écrit en une ligne horizontale accompagnée, au-dessus, d'un S barré et au-dessous, d'un grand A ; le nom de l'ateHer, 4- CAMARAC... entoure la croix pattée (fig. 1013).
Celles. — Cet atelier n'apparaît que sous Henri III. Les deniers qui en proviennent portent à l'avers l'effigie impériale avec sceptre et globe
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crucigère ; au revers figure soit le monogramme d'Henri, soit un navire qui reproduit, peut-être par une coïncidence fortuite, le type carolingien de Quentovic et de Dorestad (fig. 1014 et 1015).
Namur. — M. Ch. Piot attribue à cette ville un denier d'Otton III au type imité de Cologne, que M. Dannenberg laisse prudemment parmi les incertaines. Sous Henri II, empereur, l'existence d'un monnayage à Namur paraît hors de doute ; le seul denier connu porte la tête impériale à gauche, et, au revers, deux croisettes entourées du nom de Namur très altéré par suite d'un tréflage.
Dinant. — Otton III, roi, imite à Dinant le dispositif de Cologne ; le nom de l'atelier devient de la sorte S-DEON-A. Sous Henri II, empereur, les deniers de Dinant portent sa tête couronnée, de face, et au revers, DEONANT autour d'une croix. Les monnaies d'Henri III ne donnent aucun titre à la suite du nom + HEINRICVS ; la tête posée de face n'est pas couronnée ; la croix du revers porte un annelet au centre et quatre losanges dans les cantons.
Liège, — Sous Otton III, roi, OTTO GRA Dl REX, les deniers frappés à Liège représentent le buste diadème à gauche ; de l'autre côté, nous avons le type imité de Cologne : S-LEDGI-A dans le champ. Ces coins ne subissent pas de modification pendant les premiers temps de la royauté d'Henri II; puis, nous assistons aux débuts de l'ingérence épiscopale. La tête du roi subsiste, mais, au revers, figuré la crosse, entourée de la légende LEDGIA SCA PAX. Après le couronnement impérial d'Henri II, le nom de la ville fait place, au revers, à celui du patron, SCS LAMBERTVS, ou S LANBRT PATRON, inscrit autourd'une croix. Nous trouvons ce même dispositif sous Conrad II,- pendant le règne duquel les évêques de Liège se libèrent de la signature impériale.
Huy. — Il est difficile de dire si le plus ancien denier ottonien connu pour Huy appartient à Otton le Grand ou à son fils ; en voici le type : OTTO REX IMPER. Tête à droite. Rev.:+ HOlO MOh£TA +. Sorte de nœud à trois boucles. Sous Otton III, roi, nous trouvons, non plus la tête, mais le buste à droite ; au revers, le nom de lieu HOIVM coupe trans-. versalement le champ et SCS LANDBERTVS en forme la bordure. Les deniers qu'on a retrouvés pour la période impériale du règne d'Otton III reproduisent le buste; mais tourné à gauche ; le nom de Huy est arrangé en monogramme cruciforme. Sous Henri II et Conrad II, le vocable de saint Domitien remplace le plus souvent celui de saint Lambert; les coins continuent à porter l'effigie du souverain et un dispositif purement épigraphique.
Thuin. — Les deniers d'Henri II ont sa tête nue et une croix pointillée cantonnée de TV-IN-VM-... Sous Conrad II, l'effigie royale cou-
ronnée accompagne un revers où figure un édifice à deux tours, avec TVNDI- à l'exergue. L'atelier de Thuin fut beaucoup moins actif que ceux de Liège et de Huy.
Fisc. — Les seules monnaies royales connues de Visé appartiennent à Otton III, OTTO GRA Dl REX. Le type comprend une tête diadémée à gauche et une croix pattée entourée de + VIOSAS MON ETA.
Maestricht (portion concédée aux évêques de Liège). — Les droits concédés par Louis IV et confirmés par Otton III aux évêques de Liège ne s'étendaient que sur la paroisse de Sainte-Marie, leur cathédrale. On possède pour cette partie de Maestricht des deniers d'Otton III, roi. Leur type est le buste diadème à gauche et, au revers, soit le monogramme de Trajectum avec SCA MARIA en légende, soit SCA MARIA placé en trois lignes. Sous Henri II, roi, ce dernier dispositif est conservé sur quelques pièces ; sur d'autres, le nom de la Vierge est abrégé en SM : sur d'autres encore, on trouve une sorte de chrisme dont les extrémités supportent six lettres de la légende circulaire TRAIECTVM PX. Nous n'hésitons pas à ranger cette dernière pièce parmi les produits de l'atelier de Sainte-Marie, les évêques de Liège ayant mis, à Liège même, le mot pax sur les deniers royaux dont l'émission leur était confiée. Les dernières monnaies signées par un roi de Germanie dans l'atelier épiscopal de Maestricht appartiennent à Conrad II ; quelques-unes ont au revers une crosse et le nom de saint Lambert, patron de l'évêché.
Maestricht (portion réservée par les empereurs). — En 889, la collégiale de Saint-Servais avait été donnée, avec son territoire, à l'église de Trêves; c'est pourquoi elle ne put être comprise dans la concession faite à l'église de Liège par Louis IV, roi de Germanie. Les droits régaliens continuèrent à être exercés, sur le territoire appartenant à Trêves, par les rois et les empereurs. Les premières pièces retrouvées sont d'Otton II, OTTO INPRT AVG. ; elles ont à l'avers une croix à doubles bandes ; au revers, le monogramme de Trajectum avec les mots + SCS SERVA- TIVS EPS en légende. Sous Otton II, OTTO GRA Dl REX, le type est un emprunt fait à celui de Cologne : le nom de saint Servais disposé en croix. Dès le règne de Conrad II, les empereurs paraissent avoir laissé l'administration de leur atelier au chapitre de Saint-Servais, qui fut soustrait en 1087 à l'autorité de l'église de Trêves et élevé au rang de chapitre impérial. Nous reprendrons plus loin, sous une rubrique spéciale, la numismatique de cet intéressant territoire.
b). Duché de Basse-Lorraine.
En 976, Otton II donna le gouvernement de la Basse-Lorraine à
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Charles de France, frère du roi de France Lothaire. Voici la chronologie de ses successeurs :
Otton, fils de Charles, 991-1012.
* Godefroid I, fils de Godefi-oid d'Ardennes, comte de Verdun, 1012-1023.
* Gothelon, frère du précédent, 1023-1044.
* Godefroid II le Grand, fils du précédent, 1044-1048. Frédéric, fils de Frédéric, comte de Luxembourg, 1048-1065. Godefroid II le Grand, rétabli, 1065-1070.
Godefroid III le Bossu, fils du précédent, 1070-1076. Conrad de Franconie, fils de l'empereur Henri IV, 1076- 1088. Godefroid IV de Bouillon, petit-fils de Godefroid II, 1088-1100. Henri I, petit-fils de Frédéric de Luxembourg, 1101-1106.
* Godefroid V le Barbu, comte de Louvain, 1106-1128. Waleran III, fils d'Henri I, 1128-1139.
Godefroid V le Barbu, rétabli, 1139-1140.
Nous ne croyons pas qu'il y ait jamais eu un monnayage spécial aux ducs de Basse-Lorraine. Il est vrai que les personnages élevés par les empereurs à cette dignité, et qui possédaient un atelier dans leurs domaines héréditaires, inscrivirent sur leurs deniers le titre de duc, mais ces diverses monnaies ne constituent nullement une même série, puisqu'elles sont parfois originaires de pays situés hors des limites administratives de la Basse-Lorraine.
Nous avons parlé à propos du comté de Verdun, p. 554, des monnaies frappées à Verdun par Gothelon et Godefroid II ; nous nous occuperons plus loin de celles qui furent -émises dans le comté de Bouillon par Godefroid I et Godefroid II, et dans le comté 'de Louvain par Godefroid V.
c). Marquisat d' Anvers.
En 1008, Henri II érigea le district d'Anvers en marquisat du Saint- Empire et le donna à Gothelon, fils de Godefroid I, comte en Ardennes. Gothelon devint, en 1023, duc de Basse-Lorraine, et en 1034, duc de Haute-Lorraine.
jMous avons vu qu'Anvers fut sous Henri II le siège d'un atelier impérial. Après la mort de cet empereur, les marquis du Saint-Empire continuèrent les émissions aux mêmes coins, mais en remplaçant le nom d'Henri par une immobilisation de LVDOVICVS IMP. Sous Fleuri III, le nom Henricus reprit probablement sa place, pour être traditionnellement conservé jusqu'au xii*^ siècle. La trouvaille d'Erwctcghcm, enfouie vers II 20, renfermait un nombre considérable de deniers, très barbares, reproduisant l'ancien type complètement altéré.
d). Comté de Louvain. .
Le comté de Louvain, établi par Charles de France, duc de Basse- Lorraine, en faveur de Lambert, second fils de Rainier III comte de Hainaut, ne comprenait à l'origine qu'un territoire peu important ; mais ses possesseurs étendirent leur influence en devenant successivement avoués des abbayes de Gembloux et de Nivelles. En 1106, l'empereur Henri V, ayant dépouillé Henri I duc de Limbourg,du duché de Basse-Lorraine et du marquisat d'Anvers, en investit Godefroid le Barbu, comte de Louvain.
?*Lambert I, vers 994-1015.
?* Henri le Vieux, 1015-1038.
?*Otton, 1038-1040?
Lambert II dit Baldéric, 1040- 1062.
?*Henri II, 1062-1075.
Henri III le Jeune, 1075-1095.
"Godefroid le Barbu, 1095-1140.
Un denier, porte encore inédit^ au droit une tête diadémée avec l'inscription GODEFRIDIVS, et au revers une croix avec quatre globules et LAMBERTVSI. Suivant une conjecture admise en Belgique, nous serions en présence d'une monnaie frappée en commun par Lambert I, comte de Louvain, et Godefroid I, duc de Basse-Lorraine, avant la guerre qui se termina si tragiquement pour l'un d'eux en 1015 par la bataille de Florennes.
Vers les règnes d'Henri I le Vieux et d'Otton, l'atelier de Bruxelles frappe des deniers portant à l'avers BRVCOX-XCOELLE en légende et MON ETA écrit transversalement dans le champ entre deux croisettes ; le revers a en légende une immobilisation de Ludovicus imperatory analogue à celle que nous avons trouvée sur les monnaies d'Anvers. De
Coster donne à Henri II des deniers de la trouvaille faite en 1856 à Maestricht. Cette attribution a obtenu le suffrage de M. Dannenberg ; elle restera cependant incertaine jusqu'au jour où l'on retrouvera des exemplaires plus nombreux ou mieux frappés.
Nous reproduisons, dans notre fig. 1016, un magnifique denier dont le classement à Godefroid le Barbu est indubitable. Les légendes sont