‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 26 sur 85 · GO IDVS et 4- LOVANI ; remarquons en passant l'absence du · texte numérisé non relu

GO IDVS et 4- LOVANI ; remarquons en passant l'absence du

titre de dux qui permet de placer la date d'émission aussi bien avant qu'après l'année 11 06.

I. R. Serrure, Dictionnaire géographique de l'histoire monétaire helge, 1880, in-8, p. 208.

e). Ditché de Bràbant ' .

En 1139, Godefroid le Barbu, comte de Louvain, fut rétabli par Tempereur dans le duché de Basse-Lorraine et le marquisat duSaint- Empire, qui dès lors devinrent héréditaires ; il s'intitula duc de Louvain, titre que ses successeurs échangèrent bientôt pour celui de duc de Bràbant. Godefroid II ne régna que trois ans, de 1140 à 1143, laissant ses états à Godefroid III (1143-1190) qui associa, en 1185, son fils Henri au gouvernement. A l'époque des Godefroid appartiennent une série assez nombreuse de deniers et de rares oholes, portant tous l'image du duc, à mi-corps, revêtu de son armure et tenant, soit une épée,soit la bannière au lion ; au revers des pièces, les graveurs ont mis des édifices, représentations réduites de villes avec leur enceinte ; sur des deniers, évidemment de Godefroid III, nous trouvons un lion placé dans un écu ou posé devant un arbre (fig. 1017) et accompagné de LEO; une autre pièce porte au revers une croix ornée d'annelets et de lis et entourée des mots 0-SCA-CRVX. Lorsque Godefroid III se fut associé son fils, les monnaies brabançonnes portèrent les noms des deux princes; sur une série de deniers, on voit GODEFRIDVS DVX L(ovaniae) autour d'une tête, et HAINRICVS autour de la croix; d'autres pièces ont à l'avers le nom de GODEFRID et son buste, au revers, l'écu au lion d'Henri: HENRIC-SCVT.

Fig. IO17

Fig. 1018

Henri I le Guerroyeur (i 190-1235) soutint contre les souverains alliés de Hollande et de Gueldre une lutte à la suite de laquelle il occupa la ville d'Arnhem. Le duc de Brabant se hâta d'y faire acte d'autorité en y forgeant un denier qui 'porte l'étendard brabançon déployé, B AH • DW C ■LOW,hand um ducis Lovaniae, et le nom de la cité conquise, HARNVMI. Cette pièce, véritable monument historique, est une des plus intéressantes de la série brabançonne du moyen âge (fig. 1018).

] . Van dcr Chvs, Dr viunlcn dcr vooruiaJi'^c Jh-rloi^doinuicn BrahanJ en Liiii'l'iin^. Ilnarlcm, iS^i, in-.], — R. Serrure, Mchiii;;i's iiinniniKiiiijucs, àan^ h Rcz'iic Ih'ît^^tult' mntihm. de 1879 et de i8"^(). — A. De Wiitc, NnnrisiHitfique bniKniçonne, dans le même recueil, iiSSy.

En 1204, l'empereur Philippe céda à Henri I la partie de la ville de Maestricht qui appartenait encore à l'Empire. C'est sur ce territoire que le duc de Brabant frappa les deniers, d'excellente gravure, marqués de Técu au lion, et, au revers, de l'image de l'église Saint-Servais de Maestricht, édifice roman à trois tours, accompagné du mot S'VA (Servatius). Le même édifice se retrouve, mais sans légende, sur de jolis deniers au droit desquels le duc figure en pied, tenant sa bannière et son écu (fig. 1019).

La fin du règne du Guerroyeur ou le commencement de celui d'Henri H (1235-1248) nous donne des deniers de très petit module frappés à Maestricht en vertu d'une convention passée avec Jean d'Aps, évoque de Liège, puis des pièces de semblable facture, portant au droit le duc à mi-corps, armé de toutes pièces, et au revers un édifice et un arbre. Le type ordinaire des monnaies de Henri II se compose d'un lion et d'une croix. L'atelier d'Anvers ... NVERPS, donne alors pour la première fois le coin aux trois tourelles, qu'il conserva sur ses monnaies semi-municipales jusqu'à la fin du xiii* siècle.

Fig. 1019 à 1021

Sous le duc Henri III (1248-1261), on vit un certain nombre de ces empreintes locales apparaître sur de petites pièces muettes, que les numismates belges sont parvenus à classer en les comparant avec les types des sceaux. Vilvorde et Anvers (fig. 1022) marquèrent leurs deniers d'un édifice; Tirlemont y grava un agneau pascal (fig. 102 1) ; Halen, une aigle à deux têtes; Maestricht, une plante (fig. 1023); Bruxelles, un pont (fig. 1024). A Louvain, nous trouvons d'abord le duc à cheval (fig. 1025), puis le Uon brabançon (fig. 1026) vient exclusivement occuper le droit des petites pièces. Quelques types, tels que celui

Ma- 1022 a I02>

du navire (fig. 1020) n'ont pas encore pu être identifiés. On remarquera au revers de toutes ces monnaies une croix identique à laquelle les numismates belges ont donné avec raison le nom de croix brabançonne.

l'allemagne 569

Henri III afferma l'exploitation de ses monnayeries à plusieurs entrepreneurs, dont les noms figurent en entier ou en abrégé sur le numéraire. On a reconnu ainsi les monétaires suivants : BASTou BASTINVS, GOTI(nwi), GER^(rdus), FRAH^co), TENI(^rw5), BOLlO^w^), etc. Ce système d'exploitation fut continué sans doute pendant la minorité de Jean I (1268-1294). Devenu majeur, ce duc inscrivit son initiale et son titre I • DVX sur les deniers, qui portèrent le plus souvent un lion (fig. 1027); voulant compléter son système monétaire, il introduisit également dans ses états la fabrication des esterlins. Une ordonnance de Philippe III, roi de France, donnée en juillet 1273, fixe la date à laquelle Vesterlin parut en Brabant et dans les autres seigneuries des Pays-Bas méridionaux : « Et voulons et commandons, dit le roi, que les deniers de Namur, don Breban, de Liège, de Cambrai, de Falenciennes, novellement fai^, chacun pour trois parisis, ne soient prins ne mis en tout notre roiaume que pour deux deniers et maylle de parisis^, » Les esterlins brabançons de Jean I portent à l'avers un écu au lion et au revers une croix à doubles bandes, cantonnée soit d'un nom de monétaire, WALT(^rw^) ou \0HHQ ohannes^^ soit d'un nom d'atelier, LOVA, Louvain, BRVX, Bruxelles, DALE, Daelhem, TRIT, Maestricht. En 1283, une convention fut conclue entre Jean I et l'évèque de Liège, Jean de Flandre, au sujet de Tatelier de Maestricht. En 1287, le duc « traita une étroite confédération » avec Thierry VII, comte de Clèves ; on possède de curieux esterlins à l'écu au Hon portant les doubles mentions DIDERICVS COMES et I • DEI GRATIA^. Une troisième convention

Fig. 1026 * Fig. 1027

monétaire, faite avec Arnould VII, comte de Looz, concorde vraisemblablement avec la guerre pour la succession du Limbourg qui amena, en 1288, après la bataille de Woeringen, l'annexion de ce duché au Brabant. Les esterlins frappés par Jean I après la conquête ont à l'avers un écu parti aux lions de Brabant et de Limbourg ; le revers présente une croix pattée et les signatures de monétaires disparaissent des cantons.

1. R. Serrure, Quelques mots sur l'introduction de la réforme monétaire de saint Louis dans les Pays-Bas méridionaux, dans le Bull. mens, de numism., t. III, 1883-84, p. 96 et suiv.

2. B. de Jonghe, Un estcrlin de convention de Jean I, duc de Brabant, et de Thierry VII, comte de Clives, dans la Revue belge de numism., 1891, p. 236.

Ces pièces portent les noms des ateliers de Louvain, Anvers, Rolduc et Bonn, ville de l'archevêché de Cologne que le duc de Brabant occupa pendant la guerre. Dans les dernières années de son règne, Jean I commença l'émission des gros, copiant \ts gros tournois de France.

f). Chapitre de Bruxelles.

En 1057, Lambert II, comte de Louvain, fonda a Bruxelles une église collégiale en l'honneur de sainte Gudule et assigna probablement, comme revenus, au chapitre, une part des bénéfices qu'il tirait de l'ateHer monétaire local. On possède en effet des deniers du xi^ siècle, dans l'émission desquels le chapitre de Bruxelles paraît être intervenu. Leur type purement épigraphique est une adaptation de celui de Cologne ; les lé2:endes donnent à la fois le nom de la ville et celui de la sainte : BRVOCSELLA écrit en croix, avec les initiales S G E P, sancta Gudula eccJesiae patrona, dans les cantons ; au revers, la croix pattée est entourée d'un nom sur l'identité duquel on n'est pas fixé, mais qui est probablement celui d'un monétaire : +OTGERVS M S P'T, monctariiis sanctae patronat. Cette monnaie fut sans doute frappée jusqu'à la fin du xi*^ siècle; dans une charte de Lietbert, évêque de Cambrai, donnée en 107 1 en faveur de la collégiale de sainte Gudule, on trouve encore une stipulation en hrucseUensis moneta.

g). Abbaye de Nivelles.

En 1040, l'abbaye de femmes de Nivelles obtint d'Henri III un diplôme lui restituant le jus monetae dont elle avait autrefois joui. C'est vers cette époque que furent frappés les deniers de grand module portant le nom de sainte Gertrude, fondatrice du monastère, S. GERTRVDIS VIRGO, et les mots PRVDENS NIVIELLA.

En 1209, l'abbaye reçut d'Otton IV une confirmation de son droit. De nouveaux c?^;7/Vr5, mais du module réduit des monnaies brabançonnes contemporaines, correspondent au temps de ce diplôme. Ces pièces ont pour type, à l'avers, un buste nimbé de face et la légende S. GER- TRVDS, au revers un portail d'église avec une crosse à l'entrée.

Il est probable que les ducs de Brabant dépouillèrent les abbesses de leurs droits régaliens. Les dernières monnaies que l'on puisse leur attribuer sont anonymes ; elles portent d'un côté le portail et de l'autre une croix brabançonne. Ces pièces se rencontrent, dans les trouvailles, toujours mêlées à des deniers du duc Henri III (1248-126 1).

h). Abbaye de Gembloux.

En 948, Otton le Grand accorda le droit de monnaie à l'abbaye de Saint-Guibert de Gembloux. En 1224, Frédéric II confirma la charte de son prédécesseur. On attribue à Gembloux des deniers muets du xiii* siècle portant un buste crosse et mitre, et au revers la croix qui se trouve sur les monnaies brabançonnes de cette époque (fig. 1028). f's- ^°^^

i). Avouer ie de Malines.

La terre de Malines, située au nord du Brabant, appartenait aux évêques de Liège qui en laissèrent l'avouerie à la maison de Berthout. Les avoués s'emparèrent successivement de tous les pouvoirs et au commencement du xiv^ siècle, l'évêque Thibaut de Bar dut leur accorder la possession souveraine d'une partie de la ville.

Dans un article inséré en 1879 ^^^^^ ^^ Revue belge de numismatique, M. R. Serrure a signalé la possibilité d'attribuer aux avoués de Malines une série de deniers de la seconde moitié du xii^ siècle trouvés à Dutîel et à Louvain. Les types de ces pièces sont variés; on y trouve un dragon, une aigle à une ou à deux têtes, un bâtiment à trois tours, un cygne, une sorte de plan de donjon carré, une figure mitrée à mi-corps sous un portique, un buste de guerrier avec épée. Les légendes sont MADM, MAMA, MAM ou MOM; elles paraissent dépourvues de sens. Le dragon, représenté sur quelques-unes de ces pièces, était un des emblèmes de la maison de Berthout ; il servait de cimier et de support à leurs armes.

j). Comté, puis duché de Livibourg.

On n'a pas encore retrouvé les monnaies ào-s premiers comtes de Limbourg, Waleran I (ioéi-8i) et ses successeurs. Cette lacune se comblera sans doute un jour, car il est peu probable qu'une maison dans laquelle les empereurs choisirent à plusieurs reprises des ducs de Basse-Lorraine ait négligé un droit dont usaient, dès le xi^ siècle, des feudataires moins puissants. Nous donnerons donc la chronologie des comtes et ducs de Limbourg :

Henri I, 1081-1118. Waleran III, 1221-1226.

Waleran II, 1118-1139. ?* Henri IV, 1226-46.

Henri II, 11 39-1 170. ?* Waleran IV, 12^-1279. H;;nri III, 11 70-1 221.

Van der Chys attribue aux ducs de Limbourg quelques deniers d'argent, analogues aux deniers au lion d'Henri II, duc de Brab mt, et aux pièces anonymes du monétaire Bastinus, mais sur lesquels le lion a la queue fourchue. Cette attribution est très peu certaine, carie lion limbourgeois a la queue non seulement fourchue, mais passée en sautoir ^

En 1279, Waleran IV mourut, laissant ses états à sa fille Ermengarde, qui avait épousé Renaud I, comte de Gueldre ; elle suivit en 1283 son père au tombeau. Renaud voulut rete^ t le Limbourg au détriment d'Adolphe de Berg, le plus proche héritier de la» princesse. Adolphe c'éda ses droits au duc de Brabant, Jean I, qui, à la suite de la victoire de Woeringen (1288), annexa le Limbourg à ses états. Au début des hostiUtés, en 1284, Renaud de Gueldre s'entendit avec un autre prétendant, Waleran de Luxembourg, et lui abandonna le gouvernement du Limbourg à ses frais, risques et périls. On possède un ester lin à l'écu au lion limbourgeois, portant WALRAMVS et RODE, indication de l'atelier de Rolduc ou Rode-le-duc, en allemand, Herxpgenrath, en néerlandais, 's Hertogenrode. Cette pièce était attribuée à Waleran IV de Limbourg par tous les numismates belges, lorsque M. Hooft van Iddekinge la revendiqua pour Waleran de Luxembourg. La question reste douteuse, mais les probabilités sont en faveur de ce dernier. En effet, Vesîerlin ne porte pas le titre de duc, et l'on sait qu'en 1282, Renaud de Gueldre obtint de l'empereur Rodolphe le droit de transférer à Rolduc l'atelier limbourgeois, placé jusqu'à cette époque à Limbourg.

k). Comté de Loo^.

Le monnayage des comtes de Looz, feudataires du duché de Limbourg, débute, si l'on s'en tient aux pièces découvertes jusqu'à ce jour, au règne de Jean (1256-1280). On attribue à ce comte de petits deniers muets chargés à l'avers de l'écu de Looz et au revers d'une croix brabançonne^. Vers la fin de son règne, Jean frappa des esterlins à l'écu de Looz qui portent au revers, sur les bras de la croix, les noms des monétaires PETR(us) ou OEOR(gius). Arnould VII (1280-1328), l'allié fidèle du duc de Brabant pendant la guerre pour la succession du Limbourg, frappa en commun avec lui des esterlins où l'écu est parti de Brabant et de Looz. Nous reprendrons l'examen de son monnayage dans notre quatrième partie.

1. Le duché de Limbourg portait : d'argent nu lion de gueules, la queue fourchue et passée en sautoir, armé et lanipasse d'azur.

2. Le comté de Lozo portait : fascé d'or et de gueules de huit pièces.

1). Seigneuries d'Herstal et de Rus son.

En 1235, Herstal et Russon furent donnés en apanage à Godefroid de Louvain, fils puîné d'Henri le Guerroyeur, duc de Brabant. Henri I de Louvain (1253-1285) émit dans les deux seigneuries des deniers et des ester lins imités des pièces brabançonnes de Jean I (fig. 1029). Les légendes desesterlins sont, a Herstal, HENRICVS DNS — DE-HAR-SST- AL ou MON-ETA-ARS-TAL, à Russon, HRS DE LOVANIO — MON- ETA-RVT-TEN ; ceux qui ont été frappés dans le premier atelier portent, de plus, dans les cantons delà croix un nom de monétaire : OH\S(bertus) ou 0\SE(^bertus), PETR(w^) et BALD(wmw5). Fig- 1029

m). Èvêché de Liège ' .

Les évêques de Liège jouirent de bonne heure de la prérogative régalienne du monnayage dans les villes où des ateliers impériaux avaient été établis. Les premières usurpations sont timides : une crosse se montre sur une monnaie du roi Henri II; mais bientôt nous avançons d'un pas dans la voie de l'autonomie : le buste du suzerain s'efface en même temps que son nom, pour faire place à un saint personnage quelconque, saint Domitien, saint Lambert ou la Vierge. Cette période du mon-

Fig. 1030

Fig. 1031

nayage liégeois nous donne des deniers frappés à Liège, LEGIA, à Maestricht, TRAIECTVM, à Visé, VIOZ/E. VIOSZA, à Huy, HOIVM, à Léau, LEWE. Les types se composent de bustes de saints (fig. 103 1 et 1032), de temples, d'églises, de crosses, de croix. Sur des deniers de Visé, nous trouvons représenté un cerf (fig. 10.30), allusion au commerce de pelleteries qui se faisait dans cette ville. •'

Le premier denier signé par un évêque de Liège appartient à Regi-

nard (1025-38) 6NIRRDVS EP et est frappé précisément à Visé,

dont il reproduit le type particulier. On ne possède aucune monnaie de

I. J. de Chestret de Haneffe, Numismatique delà principauté de Liège et de ses dépendances (Bouillon, Looi) depuis leurs annexions. Bruxelles, 1890, in-4.

574 TROISIEME PARTIi:

Nithard (1039-42), ni de Wazon (1042-48), mais à partir de l'épiscopat deThéoduin de Bavière (1048-75) la numismatique liégeoise devient particulièrement intéressante et fournie. Cet évêque, DI6TVIN'- EPS, DI6VVINVS, DEODVIN. nionnaya à Liège, à Huy, à Ciney, CEVNVS, et à Thuin, TVIN'. TVINVS. A l'avers de ses deniers ûgure généralement une tête nue et tonsurée de face et de profil ; le revers est tour à tour occupé par une croix brève ou pointillée, une église, une main ouverte, une croix fleuronnée portant en sautoir une croix trifoliée

Fig. 1032

Fig. 103;

(fig. 1033), le nom de l'atelier de Huy en inscription horizontale, etc. La plupart des variétés monétaires de Théoduin se trouvaient réunies dans l'important trésor exhumé à Maestricht et décrit par L. De Coster dans la Revue belge de numismatique de 1856. C'est la même trouvaille qui a fait connaître les rares deniers d'Henri I de Toul (1075-1092). L'évêque s'y fait représenter debout et de face, la crosse et le livre des Évangiles aux mains ; un édifice à quatre tours, précédé d'une enceinte crénelée, occupe tout le revers.

Sous l'épiscopat d'Otbert (1092-1119), les modifications de type sont fréquentes. La chronique de Saint-Hubert raconte que, sur la plainte du clergé, l'évêque de Liège fut cité à comparaître au palais d'Aix-la-Chapelle, devant le métropolitain de Cologne, pendant le carême de l'année 1104 (v. st.), et réprimandé publiquement pour avoir changé trop souvent la monnaie légale et en avoir permis l'altération : Quod... légitimas moneîas totiens mutaverit, vel quod est deterius, corrumpi consenserit. Certains deniers d'Otbert présentent effectivement un poids très affaibli et marquent une première étape dans la voie des diminu-

Fig. 1035

tions successives du module. Les monnaies, deniers et oboles, portent rarement le nom de l'atelier, sauf à Thuin, à Huy et peut-être à Bouillon. Leur type se compose du buste d'Otbert de face (fig. 1034), rarement de profil (fig. 1035), et parfois de l'image de l'évêque en pied et tenant la

crosse. Au revers, les coins portent une croix, un édifice, un édifice et deux oiseaux, un oiseau, un personnage en pied ou un buste non épiscopal accompagné du nom HENRICVS. On sait qu'Otbert resta fidèlement attaché à la fortune de l'empereur Henri IV dans sa lutte contre la, papauté. Il semblerait donc que le personnage du nom d'Henri représenté sur les monnaies liégeoises dût êtrje ce malheureux prince. Tel était l'avis de M. R. Chalon. M. C.-A. Serrure, se faisant un argument du costume sous lequel cet Henri est représenté, a émis l'hypothèse qu'il s'agirait plutôt du comte Henri de Limbourg, l'allié d'Otbert dans son opposition à Henri V. C'est cette dernière opinion que M. de Chestret a faite sienne dans son récent livre.

Frédéric de Namur (1119-1121) n'a laissé qu'un seul type monétaire comme témoignage de son court épiscopat. Ses deniers portent son buste avec la palme et le livre et son nom, FREDERI. Au revers est représentée l'image de la Vierge .tenant une longue croix. Après sa mort, le siège épiscopal resta vacant pendant deux ans, à cause de la guerre des investitures ; le temporel fut administré par André de Cuy^ck (112 1-23), prévôt du chapitre métropolitain de Saint-Lambert. Une trouvaille, faite à Maestricht, comme celle dont nous avons parlé plus haut, est venue jeter la lumière sur le monnayage de la principauté pendant la première moitié du xii'' siècle ; elle renfermait des deniers d'André de Cuyck et de ses successeurs. Les pièces du prévôt de Saint- Lambert portent son buste, son nom, et au revers un édifice. Le même type se retrouve sous Albéron I de Louvain (1123-29), mais sur quelques deniers du même évêque le revers est occupé par un arbre et le mot DENARIS.

Les successeurs d'Otbert mentionnent rarement leur titre, et sous Alexandre I de Juliers (1129-35) le numéraire est parfois entièrement anépigraphe. Les types habituels restent le buste crosse et bénissant, de face, et la représentation, nullement conventionnelle, de divers édifices. Une pièce d'une gravure charmante, frappée à Huy, HOI, montre l'effigie de l'évêque dans un élégant encadrement. Sur d'autres deniers dont l'attribution à Alexandre I est assez conjecturale, se trouve gravé l'agneau pascal, AGNVS PATIENS.

Les monnaies données par M. de Chestret à Albéron II de Chiny (1136-45) sont presque toutes muettes et, par conséquent, d'un classement sujet à caution ; nous y remarquons, comme particularité saillante, la première apparition d'un buste mitre. Henri II de Limbourg (1145-65) s'intitule HENRICVS SECVNDVS sur une de ses pièces ; sur une autre, le revers représente le perron, croix haussée sur trois degrés au pied de laquelle se publiaient les ordonnances épiscopales, et que les

Liégeois considéraient comme le symbole de leurs franchises ; la légende transversale est SIGNV SALVTIS. Un denier anonyme rapporté, sans grande certitude, au même épiscopat par M. de Chestret, célèbre les victoires de l'aigle impériale : VICTRIX A. Les autres types portent des représentations architecturales.

Le successeur d'Henri II, Alexandre II d'Orey (1165-67), exerça d'abord l'administration du temporel comme prévôt de Saint-Lambert. L'atelier de Visé, VIESEZ, est mentionné sur q-elques pièces dont le type est composé, au revers, de deux têtes en regard séparé«s par une croix. Le même revers se retrouve à Visé sur des pièces d'un prévôt de Saint-Lambert, PPOSITS, dont le style est un peu plus récent. Peutêtre faut-il les attribuer à Philippe de Heinsberg, prévôt du chapitre pendant la courte vacance qui suivit la mort d'Alexandre d'Orey.

La numismatique de Raoul de Zaeringen (i 167-91) est d'une richesse exceptionnelle et témoigne d'un incontestable effort artistique. On ne compte pas moins de douze types différents, charmants de gra-

Fig. 1036 à 1038

vure et de composition. L'avers porte toujours l'effigie de l'évêque, de profil ou de face, généralement mitrée, accompagnée parfois de celle d'un second personnage, peut-être le prévôt du chapitre. Au revers, nous trouvons : un oiseau sur une branche; un faucon, FACVN, sous une arcade (fig. 1036); le perron, PERV VOC, entre deux figures (fig. 1037); un lion dans une enceinte circulaire (fig. 1038); une église romane vue de côté, avec un profil humain sous le portail (fig. 1039); une église dédiée à la Vierge, S. MAR., à dôme accosté de deux clochers (fig. 1040) ; une troisième église flanquée d'un dôme et d'une tour crénelée ; l'effigie couronnée de l'empereur, accostée du mot ÏPATOR

Fiç

(fig. 1041); un£ cassette, sa clef, le profil du gardien et le mot CLAVIS ; enfin le mot DI-VS-BV-RG disposé dans quatre grénctis circulaires. Aucun atelier liégeois n'est indiqué sur les dejîiers et les rares oboles de Raoul de Zaeringen ; on peut affirmer toutefois que les pièces représen-

tant l'église de S^^ Marie appartiennent à Maestricht et que les deniers au buste impérial et à la clef sont frappés dans cette même ville. En 1174, Frédéric Barberousse engagea à Raoul tous ses biens au delà delà Meuse, notamment le burgus de Maestricht. C'est sans doute dans ces circonstances que furent émises les monnaies où un type épiscopal et un type impérial sont associés. Les deniers qui portent le nom de Duisbourg ont préoccupé vivement les numismates belges ; M. Piot admet l'hypothèse que cette ville fut momentanément engagée par Frédéric Barberousse à l'évêque. Nous verrons plus loin une engagère analogue en faveur du chapitre de Maestricht.

La plupart des deniers de Raoul de Zaeringen aujourd'hui répandus dans les médailliers proviennent de deux trouvailles faites à Ny, en 1849, et à Tillet, en 1855 ; c'est à ces découvertes qu'on doit également les monnaies d'Albert de Rethel, le prévôt de saint Lambert auquel Raoul confia l'administration du diocèse à son départ pour la croisade. Les deniers d'Albert de Rethel (119 1-94) présentent deux types : son buste de face ou de profil, ALB'PPOSITV, ALBERT'P'OSIT, et au revers un cheval mis à l'encan, EIVVS VENAIS (fig. 1042) ou un mouton, MVTV, passant sur un pont (fig. 1043).

La succession de Raoul de Zaeringen fut très disputée. La lutte se concentra entre Albert de Louvain, l'élu du chapitre, et Lothaire de Hochstadt (1192-93) auquel l'empereur donna l'investiture. Le type des deniers de Lothaire, qui usurpe le titre d'élu, LOTHER-ELE, se compose, au revers, d'une égHse vue de côté ; au-dessus du toit, un

Fig. 1042 à 1044

ouvrier est représenté un marteau à la main. En 1185, un vaste incendie avait détruit à Liège la cathédrale de Saint-Lambert ; Raoul de Zaeringen la fit reconstruire et la consacra en 11 89. Il est probable que l'adièvement complet du nouveau temple n'eut lieu qu'un peu plus tard et que les deniers de Lothaire ont la valeur de véritables médailles commémoratives (fig. 1044).

En 1193, Lothaire de Hochstade dut abandonner son siège épiscopal, devant l'indignation populaire, accusé qu'il était d'avoir trempé dans l'assassinat de son compétiteur. La majorité du chapitre de Saint-Lambert se prononça pour Simon de Limbourg (1193-95), auquel l'empereur donna l'investiture, mais qui ne put se faire reconnaître par le

pape. Simon se qualifie de SIMO • ELÇectus) sur ses deniers frappés dans deux ateliers ; à Liège le type est le perron placé entre deux tours crénelées ; à Huy, c'est un sonneur de trompe dans une enceinte (fig. 1045 et 1046).

Fig. 104;

Fig. 1046

Albert de Cuyck (1194-1200) frappa à Liège, à Huy et à Sainte- Marie de Maestricht. Ses types sont tous empruntés à l'architecture. Un annaliste liégeois nous apprend qu'en 1 198, Albert fit une monnaie nouvelle ; cette émission concorde probablement avec un afl^aiblissement.

Hugues de Pierrepont (1200-29) se trouvait prévôt de Saint- Lambert à la mort d'Albert de Cuyck. Il frappa à ce titre, HVGO PPO, à Visé, VIS6Z, des deniers ayant au revers une croix à long pied entre deux arbustes. Après son élection au siège épiscopal, Hugues s'intitule élu, HVGO ELECT', puis après sa consécration, HVGO EP. Ses types présentent une grande analogie avec ceux de Raoul de Zaeringen, mais la gravure des coins est moins fine, les lignes plus empâtées. Plusieurs afi'aiblissements eurent lieu sous son épiscopat ; le module des deniers tomba de 16 millim. à 13 millim. Les dernières pièces émises sont de style plus grossier et portent une aigle de profil ou aux ailes éployées.

Jean d'Aps (1229-38) monnaya conformément au dernier système admis par son prédécesseur. Les types se composent uniformément de son buste crosse et mitre. L'atelier de Liège marque les revers des deniers d'une aigle, celui de Huy, HOI6NS6S. d'un perron surmonté d'une grosse pomme de pin. A Maestricht, l'évéque s'entendit avec Henri I, duc de Brabant, pour une fabrication en commun ; l'un des côtés des pièces porte le buste mitre et crosse de l'évéque, avec son nom, lOb'S. l'autre, le duc à cheval, l'épée haute, et b'DVX. En 1236, au dire du chroniqueur Jean d'Outremeuse, Vesterlin d'Angleterre était compté pour deux deniers liégeois.

Sous Robert de Thourotte (1240-46), le revers des deniers est marqué d'une aigle, d'un lion passant, d'un donjon crénelé ou d'une double aigle. Ce dernier type est particulier à l'atelier de Saint-Trond, TRVD0N6N, qui appartenait depuis 1227 au temporel de l'évêché.

L'épiscopat d'Henri III de Gueldre (1247-74) ^'^^^ représenté jusqu'à présent dans les collections que par de petites oboles frappées à Dînant, dont le nom D-l-O-N est écrit au revers, entre les bras d'une

l'all'emagne 579

croix pattée. On sait toutefois que, dans les dernières années de son administration, Henri III commença à Liège l'émission d'esterlins, car ces pièces sont mentionnées comme « nouvellement faites » dans le document de 1273 auquel nous avons déjà eu recours p. 569. Si les esterlins d'Henri III sont encore inconnus, on possède en assez grand nombre ceux de son successeur Jeand'Enghien (1274-81) ; ces monnaies, frappées à Huy, sont copiées des esterlins à l'écu au lion forgés par Jean d'Avesnes à Valenciennes. L'épiscopat de Jean de Flandre (1282-92) appartient à une nouvelle période de l'histoire monétaire.

n). Chapitre de Saint-Servais à Maastricht.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les empereurs confièrent au chapitre de Saint-Servais l'administration de leur atelier de Maestricht, mais il n'y eut là qu'une simple délégation de pouvoirs, et non, comme ailleurs, une concession. Ce fait est démontré jusqu'à l'évidence par les

Fig. 1047 Fig. 1048

monnaies aujourd'hui retrouvées. Il semble au surplus qu'à la fin du XI* siècle, les empereurs aient engagé au chapitre de Saint-Servais leur atelier de Duisbourg, sur le Rhin. En effet, dans la trouvaille faite en 1856 à Maestricht, M. L. Decoster rencontra un certain nombre de deniers portant le nom de SERVATIVS autour d'un buste, et au revers le mot DIVSBVRG (fig. 1047 et 1048). Le type de ces pièces est celui des monnaies ordinaires de Duisbourg, mais la taille et la gravure sont celles des espèces circulant dans le bassin moyen de la Meuse.

Une autre trouvaille faite à Maestricht, etpubHéeen i853parM.Meyers a fourni un denier portant les effigies de face de saint Servais et du roi Henri ¥(1105-1125). Les légendes sont : SCS S6RVA,.. et H5NRICVS R5X (fig. 1049).

Les monnaies impériales frappées à Maestricht par Frédéric Barberousse (115 5-1 190) sont répandues dans les collections depuis la découverte du trésor de Ny en 1849^ L'avers porte l'effigie couronnée

I. De la Fontaine, Notice sur le trésor monétaire découvert à Ny, dans les Annales de la Soc. pour la conservation des monnm. histor, dans la province de Luxembourg, 1 847-1849, p. 82, pi. V.

de Tempereur, qui tient dans la main le sceptre et le globe crucigère ; le revers montre tantôt l'église (fig. 1050), tantôt la clef, CLAVIS, de Saint-Servais (fig. 105 1), tantôt encore l'écu à l'aigle de l'empire, SCVT IPRAT, scutum imperatoris. En 1174, Frédéric Barberousse engagea à Raoul de Zaeringen, évêque de Liège, ceux de ses biens qui étaient situés au delà de la Meuse ; nous avons aussitôt des deniers épiscopaux portant au revers le buste de l'empereur ou la clef de Saint- Servais.

Fig. 1049 à 10)1

En 1204, Philippe de Souabe céda définitivement à Henri I, duc de Brabant, tous ses droits sur la partie de Maestricht qui appartenait au domaine impérial.

o). Abbaye de Saint-Trond.

Le monastère érigé au vu'-' siècle par saint Trond dans son domaine de Sarchinium, en pays liégeois, fut donné par son fondateur à l'église de Metz. Les évoques de Metz ouvrirent au xi^ siècle un atelier monétaire à Saint-Trond. La trouvaille de Maestricht en 1856 a révélé un denier émis vers l'épiscopat de Poppon (1093-1 103) ; son type se compose d'un buste avec crosse et d'une église vue de trois quarts, avec toiture en angle et portail ; les légendes sont + SCS • TRVDO • I et S STE- PHAN' (fig. 1052). Une autre pièce, probablement contemporaine d'Etienne de Bar (1120-63), porte un buste analogue à celui du denier précédent et un édifice à trois tours avec mur d'enceinte (fig. 1053).

Fig. 1052

Fig. 1053

En 1227, Jean I, évcque de Metz, céda tous ses droits sur Saint- Trond à Hugues de Pierrepont, évêque de Liège. L'année précédente les deniers et oboles de Saint-Trond étaient encore mentionnés dans les chartes.

p). Abbayes de Stavelot et de Malmédy.

Les abbayes de Stavelot et de Malmédy furent fondées, au vu* siècle, par saint Remacle, évêque de Liège, mais bien qu'elles fussent voisines, la première faisait partie du diocèse de Liège et la seconde du diocèse métropolitain de Cologne. Les deux monastères étaient gouvernés par le même abbé qui résidait à Stavelot. Les moines de Malmédy protestèrent à plusieurs reprises contre cette sorte de dépendance, et ils obtinrent par l'influence de l'archevêque Ahnon (1056-75) l'autorisation de choisir un abbé particuHer. Cette séparation fut toutefois de courte durée.

Dès le XI* siècle, les abbés monnayèrent. La collection Thomsen, aujourd'hui au musée de Copenhague, renferme plusieurs exemplaires d'un denier portant à l'avers le buste à droite de saint Remacle, S RE- MACLVS EPS, portant une crosse sur l'épaule, et au revers, une église à trois étages surmontée d'un clocher, avec la légende STABVLAVS. La trouvaille faite en 1856 à Maestricht a fourni deux monnaies de Stavelot, plus récentes que celles dont il vient d'être question. Le type se compose de la tête à gauche du saint patron de ^"^' *°^'^ l'abbaye et d'une croix à long pied sortant d'un fleuron (fig. 1054). Ces pièces sont les dernières connues pour Stavelot, bien que les droits monétaires de l'abbaye aient été confirmés en 1152 par Frédéric Barberousse.

q). Abbaye de Thorn.

L'abbaye de Notre-Dame de Thorn, sur la rive gauche de la Meuse, au nord de Maeseyck, exerça au xi* siècle le droit de battre monnaie. On possède un denier qui semble porter la fin du nom d'une abbesse

BERGA AB..., sans doute Gerberge, autour du nom de lieu

...-TOR-A disposé en croix. L'avers représente le buste de la Vierge accompagné, dans le champ, d'une fleur.

r). Abbaye de Munsterbtîsen.

Ce monastère, fondé vers 650 et dédié plus tard à saint Amour, battit monnaie à la fin du xi* siècle. Ses deniers portent un personnage debout, tenant une crosse

et un Hvre ; au revers la légende SCTI AMEVR f r-^yf^^A'^"^ nm\èj^^ entoure une croix pattée. C'est à la trouvaille faite à Maestricht de 1856 qu'on doit ces curieuses monnaies.

s). Comté de Hainaiit ' .

Le premier comte de Hainaut dont les monnaies aient été retrouvées

est Renier V (1013-30), dont les deniers et les oboles portent le nom, RAINNADVS ou RAINNERVS autour d'une épée nue ; au revers le nom de l'atelier de Mons, MONTES, entoure une croix cantonnée f's- 10)6 de globules (fig. 1056).

Sous Baudouin VII (1099-1120), un diplôme de Burchard, évêque de Cambrai, daté de 1119, nous fournit la première mention de monnaies frappées à Valenciennes. C'est à cette époque qu'apparaissent les petits deniers de Valenciennes et de Mons qui seront jusqu'au dernier quart du xiii* siècle l'unique numéraire de Hainaut. A Mons, le type de ces pièces est un édifice à portail, surmonté de trois tours. C'est par la comparaison avec le sceau communal qu'on en a fait l'attribution, car

Fig. 1037

Fig. 10)?

jamais ces petites monnaies ne se départissent de leur mutisme (fig. 1057). A Valenciennes, nous trouvons en usage une empreinte bizarre dans laquelle les historiens du Hainaut ont vu plus tard le monogramme de Hannonia, mais qui est en réalité, ainsi que Ch. Robert l'a prouvé à l'évidence, une dégénérescence du temple carolingien. Les premiers deniers de Valenciennes sont muets ; vers la fin du xii*^ siècle ou le commencement du xiii% le nom de l'atelier, VALECENE, se montre au droit (fig. 1058).

Une ordonnance de Philippe III, roi de France, datée de juillet 1273, et que nous avons déjà citée en parlant des monnaies brabançonnes, nous apprend qu'avant cette date on avait frappé à Valenciennes des esîerlins et des a valenciennois à l'eschelle qui sont contrefai:(^ à nos gros tournois d'argent ». Le Hainaut est ainsi la première des anciennes provinces belges dans laquelle ait pénétré la réforme monétaire de saint Louis.

I. R, Chalon, Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut. Bruxelles, 1848, in-4. Suppléments, 1852, 1854, 1857. — A. De Witte, Oboles de Rainier V, comte de Mons, dans la Rev. belge de îtumism., 1892, p. 142.

l'allemagne 583

■ t). Seigneurie des Chauffours.

Le quartier des Chaujfours, sur la rive gauche de l'Escaut, à Tournai, formait autrefois une terre indépendante appartenant à la maison d'Avesnes. A la fin du xiii* siècle, Gui III de Châtillon, comte deSaint- Pol, s'en trouvait possesseur ; il y ouvrit un atelier pour la fabrication d'esterlins à l'écu au lion et aux légendes : GVIDO -COMES — SANCTI PAVLI. Ces pièces, dont la fabrication aurait été interdite sur terre de France, où les feudataires ne pouvaient frapper d'espèces plus fortes que le denier, furent décriées par l'édit du roi Philippe HT, en juillet 1273.

En 1289, les magistrats de Tournai acquirent de Hugues de Ghâtillon, comte de Saint-Fol, la seigneurie de Chauffours ; incorporée dans la ville, elle devint la paroisse de Saint-Jean.

u). Évéché de Garnirais

La moneta fut concédée aux évêques de Cambrai par divers diplômes de Charles le Simple et des Ottons ; mais les émissions autonomes ne paraissent avoir commencé qu'à la fin du xi^ siècle. Les pièces de cette époque sont de petits deniers anonymes, d'une facture peu nette, sans relief, d'un métal parfois très allié, analogues aux monnaies contemporaines de Douai, de Mons et de Valenciennes. Le plus ancien denier de la série qu'on ait retrouvé jusqu'à ce jour est empreint d'une effigie épiscopale placée dans un double cercle de grosses perles; au revers, un encadrement" de même nature enveloppe une croix de forme peu commune, dont les branches sont à la fois pattées et terminées par

Fig. 10)9

des crochets (fig. 1059). Cette, croix sera longtemps la caractéristique des monnaies de Cambrai. On la retrouve dans le cours du xii* siècle sur un denier portant au droit un buste couronné, frappé suivant toute apparence à l'occasion de l'intervention d'un empereur dans les luttes qui divisèrent les évêques et les bourgeois (fig. 1060). D'autres mon-

I. R. Serrure, Les plus anciennes monnaies des évêques de Cambrai dans le Bull. mens, de nuniism. et d'archéoL, t. I, 1881-1882, p. 97 et suiv.

naies dans lesquelles se trahit peut-être une influence du pouvoir communal portent un A surmonté d'une sorte de fleur (fig. 1061).

Pendant la seconde moitié du xii* siècle et dans les premières années du siècle suivant, la tète de Tévêque continua à figurer sur le numéraire de petit module, d'abord représentée de profil (fig. 1062), puis de face et accompagnée d'une crosse. La croix du revers perd ses crochets, et

Fig. 1061

Fig. 1062

devient pattée, souvent avec un renflement à mi-branche ; dans les cantons, figurent, soit des globules, soit les lettres S-S-S-S- ou S-T-S-T-. Le double rang de perles qui enserrait le type de chaque face, sur le plus ancien denier épiscopal, est toujours conservé.

v). Comté de NamurK

Le premier comte héréditaire de Namur est Bérenger, qu'on trouve cité dans un diplôme de 908. On sait peu de chose de ses successeurs immédiats et les dates n'acquièrent de certitude qu'avec Albert II (1006-1037). C'est aussi sous ce prince que se montrent les plus, anciens deniers frappés à Namur et à Dinant, chargés au droit d'une tète de profil accompagnée parfois du mot naïvement explicatif CAPVT. Une croix plus ou moins ornée forme le type du revers.

Les deniers d'Albert III (1037-1105) se distinguent difficilement de ceux de son père. Ofl^rant un type parfois original, mais parfois aussi copié de ceux qui étaient en usage dans des ateliers voisins, ces pièces ont, tantôt un profil à droite ou à gauche, tantôt un buste posé de trois

Fig. 1065

Fig. 1064

quarts, tantôt encore une tète de face. Le nom ALBERTVS entoure l'effigie. Au revers, les plus anciennes portent en trois lignes le mot

I, Chalon, Recherches sur les vionnaics des comtes de Xamur. Bruxelles, in-4, 1S60. Supplément, 1870. ~ R. Serrure, A/t7a;/^vj numismatiques, dans la Rev. belge dentimism., 1879, p. 79.

l'allemagne 585

MONETA, dont le sens est complété par l'inscription circulaire : NAMV- CENSIS (fig. 1063); sur les autres, nous trouvons une croix simple ou ornée, ou un édifice (fig. 1064). Le nom de l'atelier de Dînant, DEO- NANT, figure sur plusieurs deniers d'Albert III, dont quelques-uns sont d'un poids déjà très aff"aibli.

Sous Gode froid (1105-1139) ce même hôtel resta en activité. Un denier sans indication locale attribué à ce prince par quelques numismates le représente à cheval et tenant une bannière.

Au long règne d'Henri l'Aveugle (1139-1196), on attribue un assez grand nombre de pièces ayant toujours à l'avers un profil casqué et armé. Le titre de COMES est la légende ordinaire du côté de la tète; le nom EINRIC ne se montre que sur un seul exemplaire. Le revers a une croix simple ou cantonnée de palmes et entourée des mots, NA-MV- CE-SO, C-R-V-X, etc. Sut quelques deniers on rencontre un agneau accompagné du mot AGNVS, ou l'abside circulaire d'une église flanquée de deux tours.

M. R. Serrure a classé à Baudouin V (11 89-1 195) les premiers deniers au type du château et aux légendes MARCIS — NAMVR. L'émission en fut continuée par Philippe le Noble (1196-1212) et par la plupart des princes de la maison de Hainaut qui lui succédèrent. On n'a donc pas de numéraire spécial à Yolande et Pierre de Courtenay (1212-1216), à Philippe II (1216-1226), à Henri II (1226-1229), et à Marguerite et Henri de Vianden (1229-1237). C'est encore aux princes de la maison de Hainaut qu'appartiennent les deniers au cavalier armé et aux légendes MARCIS-NAMV. dont la frappe fut continuée jusque sous Baudouin de Courtenay (1237-1265).

Le monogramme d'un personnage nommé Henri figure sur de jolis petits Jt'»/Vrj portant le nom de NAMV et deux tourelles. M. Chalcn, avec beaucoup de vraisemblance, attribue ces pièces à Henri le Blondel, comte de Luxembourg, qui fut maître du pays de Namur, de 1256 à 1265.

En 1264, Gui de Dampierre, fils et futur héritier de Marguerite de Constantinople, comtesse de Flandre, devint marquis de Namur par son mariage avec Isabelle, fille du comte de Luxembourg. Ses deniers portent la légende NAMV et ses armes : d'or au lion de sable armé et lamp.Tssé de gueules, au bâton péri en bande du même. Gui compléta de bonne heure son S3^stème monétaire par la frappe d'esterlins ; ces pièces sont mentionnées en juillet 1273 dans l'ordonnance du roi de France, Philippe III, à laquelle nous avons déjà plusieurs fois eu recours. Leur type est le même que celui des deniers; il se compose de l'écu du prince, mais les légendes, plus explicites, sor^ G-COMES FLADRE — MARCHIO NAMVRC. Gui

prenait ainsi le titre de comte de Flandre par anticipation, car il ne succéda à sa mère qu'en 1280.

w). Abbaye de Celles.

Sous Tépiscopat de saint Remacle à Tongres, saint Hadelin fonda, non loin de Dinant, le monastère de Celles dont il fut le premier abbé. L'abbaye exerça le droit de monnayage en vertu d'une concession de Tempereur Henri III (1039-1056). Le diplôme orirmal est perdu, mais

on lit la mention suivante dans l'obituaire

de Celles, au mois d'octobre : Commemoratio

Henrici imperatoris , qui dédit nohis monetam

cum foro et mensuris ville cellensis. » Nous

avons vu, p. 562, que les premières monnaies

'°' ^° ' de Celles portèrent le nom et l'effigie de

l'empereur; à la fin du xi*^ siècle, les coins devinrent complètement

autonomes et portèrent l'effigie de saint Hadelin (fig. 1065).

x). Comté de Bouillon.

Le comté de Bouillon faisait partie des possessions de la maison d'Ardennes dont plusieurs membres furent élevés, de par la faveur impériale, aux fonctions de ducs de Haute ou de Basse-Lorraine. En 1096, Godefroid de Bouillon, partant pour la croisade, vendit son comté de Bouillon à l'église de Liège. Voici la chronologie des comtes depuis la fin du X* siècle :

Godefroid l'ancien, comte de Verdun, 950-986.

*Godefroid, fils du précédent, duc de Basse-Lorraine, . . .-1023.

*Gothelon, frère du précédent, duc de Basse et de Haute-Lorraine, 1023-1043.

*Godefroid le Grand ou le Barbu, duc de Haute et de Basse-Lorraine, 1043-1070.

Ide, fille du précédent, épouse d'Eustache II, comte de Boulogne.

Godefroid de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, . . . .-1096.

On attribue généralement à Godefroid, fils de Godefroid l'ancien, des deniers portant à l'avers un buste à gauche, accompagné de GOD- FRIDVS DVX, et au revers, une épée dans le fourreau, accostée de la légende VICTO-RIA. L'interprétation de ce type nous paraît avoir été très bien donnée par M. C.-A. Serrure ^ « Cette victoire, si complète qu'elle permet au duc Godefroid de remettre l'épée dans le fourreau, nous semble être, dit cet auteur, une allusion à la bataille de Florennes

I. C.-A. Serrure, Notice sur le cabinet monétaire de S. A. le prince de Ligne, 2^ édition. Gand, 1880, in-8, p. 83. ' — Cette idée a été récemment reprise par M. Dannenberg. Cf. Die Siegemùn:^en Kônig Heinrichs II nnd Her:(og Gotfrieds I von Niederlothringen, dans les Procès -verbaux du congrès international de numismatique de Bruxelles, 1891, p. 20}.

qui fit triompher Godefroid de la coalition des seigneurs belges (1015).» Aucun indice, pouvant nous renseigner sur l'atelier d'émission, ne se montre sur ces pièces, mais comme Godefroid n'eut jamais Verdun, c'est naturellement dans ses possessions ardennaises, qu'il faut en cher-

cher l'origine.

Fig. 1066

Fig. 1067

Nous avons décrit p. 554, en parlant du comté de Verdun, quelques monnaies frappées en cette ville par Gothelon^ et Godefroid le Grand. Celui-ci monnaya également en Ardennes. Nous reproduisons, fig. 1066 et 1067, deux deniers de la trouvaille faite en 1856 à Maestricht, qui lui appartiennent; on y lit clairement BVLONVS. Suivant une conjecture heureuse à laquelle M. C.-A. Serrure a donné la sanction de son autorité, les lettres BEAT de la fig. io6é, désigneraient Béatrice, princesse de Toscane, que Godefroid le Grand épousa en 1053, après que l'empereur Teut dépouillé des fonctions ducales en Basse-Lorraine et Teut réduit à ses biens patrimoniaux.

y). Comté de Luxembourg^.

En 963, Sigefroid, comte en Mosellane, acquit de l'abbaye de Saint- Maximilien de Trêves, du consentement de Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lorraine, la propriété du château de Luxembourg, dont il fit sa résidence. Sigefroid mourut en 998. Voici quels furent ses successeurs jusqu'au xiii^ siècle :

*Frédéric, 998-1019.

Henri I, 1019-1047.

Gislebert, 1047-1056.

Conrad I, 1056- 1086.

Henri II, 1086- 1096.

Guillaume, 1096-1130.

Conrad II, 11 30-1 136.

*Henri III l'Aveugle, comte de Namur, 1136-1196.

1. Nous avons omis de parler p. 554, d'un denier de Gothelon, dont M. Dannenberg s'est occupé au Congrès international de Bruxelles. Cette pièce porte à l'avers un profil diadème et au revers une épèe coupant le mot goz-elo écrit horizontalement dans le champ. Suivant une hypothèse de M. Ménadier, cette épée rappellerait la victoire remportée le 15 novembre 1037, près de Bar-le-Duc, par Gothelon sur Eudes, comte de Champagne. Il est difficile de dire si ce denier fut frappé à Verdun ou en Ardennes.

2. N. van Werveke, Catalogue descriptif des monnaies luxembourgeoises conservées au Musée... à Luxembourg dans les Publications de la section histor. de V Institut grand-ducal de Luxembourg ^ 1880.

La numismatique du comté de Luxembourg est pauvre pour les temps antérieurs au xiii'' siècle. Des plus anciens comtes, un seul, Frédéric, est représenté aujourd'hui dans les collections par deux rarissimes deniers (iig. 1068 et 1069). L'un reproduit fidèlement le type de Thierry II, évcque de Metz et frère du comte de Luxembourg : à l'avers, un temple à fronton rond et LV[CElNBVRC, au revers, une croix cantonnée de globules et +.. EDIRICV.. L'autre pièce nous donne d'un côté le profil à gauche de Frédéric, accompagné d'une lance et de + FR6DERICVS, et au revers, un temple à cinq colonnes et à fronton aigu. Le nom de lieu, L[VCEBV]RT, est malvenu à la frappe; nous le rétablissons sans hésitation, persuadés qu'un exemplaire en meilleur état viendra tôt ou tard confirmer notre lecture.

Fig. loi'S Fig. 1069

A partir du règnede Henri IIU'Aveugle (i 136-96), lanumismatique luxembourgeoise présente une série chronologique sans lacunes. Ses petits deniers et ses oboles s'éloignent, par leur aspect général, des monnaies contemporaines des provinces belges pour se rapprocher de celles de Trêves et de Lorraine. Leur type se compose d'un cavalier et du nom de HANRI ; au revers, le champ est occupé par un châtel à donjon crénelé, au faîte duquel apparaît parfois une petite tête ; la légende, coupée par le type, est LVSENBOR.

Henri l'Aveugle ne laissaqu'unefilleappelée Ermesinde. Elle épousa d'abord Thibaut, comte de Bar (1196-1214), puis Waleran de Limbourg, marquis d'Arlon (1214-26). Les numismates luxembourgeois attribuent à Ermesinde des petits deniers anonymes portant un lion couronné au milieu du champ et au revers le châtel entouré de la légende LVSENBOR.

Pendant le long règne de Henri IV (1226-1280), il y eut plusieurs émissions. Les pièces les plus anciennes portent HANRI-LVCENBOR, un écu au lion et une figure debout à gauche, tenant une fleur de lis. Plus tard, par un emprunt évident au monnayage lorrain, les deniers luxembourgeois reçoivent l'image d'un cavalier, galopant à droite, et portent, au revers, COME LVCEB autour d'une croix brève et pattée.Un certain nombre de pièces ont au lieu de COME LVCEB, le nom de l'atelier de Thionville, TIONVILLE. Ces deniers avaient été attribués par

l'allemagne 589

Saulcy à Mathieu, duc de Lorraine (1220-51), donc la femme Catherine de Limbourg avait obtenu la seigneurie de Thionville en survivance de sa mère Ermesinde ; M. de la Fontaine a rendu ces pièces à Henri IV, comte de Luxembourg, qui, à la mort de sa mère, avait racheté les droits de sa sœur et exercé la souveraineté à Thionville.

Sous Henri V (1280-88), la gravure des coins, déjà très fine, devient d'une perfection remarquable. Les deniers sont d'une frappe bien accusée; le type est formé de v^^£fe\ ■■CkM& l'écusson comtal ^ et de la croix pattée (fig. 1070). y'^MB) ^^^^M&

On pressent la réforme monétaire qui marque la v|

fin du règne ou les premières années de celui

d'Henri VL ng- 1070

Page 1