C. — Pays rhénans
a). Ateliers impériaux.
Dans la région rhénane proprement dite, neuf ateUers ont frappé la monnaie au nom des rois et empereurs : Cologne, Bonn, Andernach, Remagen, Trêves, Prûm, Duisbourg, Aix-la-Chapelle et Boppard. Les quatre premiers furent absorbés par les archevêques de Cologne ; celui de Trêves eut un sort analogue et passa aux archevêques ; à Prùm, l'abbaye était déjà maîtresse du monnayage ; à Duisbourg, les émissions impériales cessent au xii^ pour reprendre incidemment sous Adolphe de Nassau ; à Aix-la-Chapelle, où le monnayage avait commencé tard, il dura pendant toute la période dont nous nous occupons; enfin, à Boppard, l'atelier ne paraît avoir ouvré qu'accidentellement sous Rodolphe de Habsbourg et son successeur.
Cologne. — L'atelier de Cologne n'est représenté jusqu'à ce jour, dans les collections, par aucun denier du fondateur de la maison de Saxe, mais son activité sous les Carolingiens rend improbable un chômage complet sous Henri l'Oiseleur. A partir d'Otton I, la Monnaie impériale et royale de Cologne travailla d'une manière très active jusqu'au milieu du xi' siècle. Il est extrêmement difficile de répartir entre les trois Ottons les pièces portant leur nom suivi de rex ou d'iuipcrator. La difficulté est encore augmentée par l'existence d'un grand nombre de contrefaçons clandestines, à types et à légendes plus ou moins alté-
I. Luxembourg portait : d'argent à cinq fasces d^a^ur au lion de gueules, couronne d'or brochant sur le tout.
rés, qu'il faut pouvoir distinguer des immobilisations locales. Nous nous bornerons à résumer le classement adopté par M. Dannenberg après un mûr examen des trouvailles :
Otton I (936-73) n'employa qu'un seul type, celui que l'on peut appeler par excellence le type de Cologne: d'un côté l'inscription s-colonia-ac^'ou s-coloniaa, disposée en croix dans le champ, et de l'autre, otto rex autour d'une croix cantonnée (fig. 1071).
Otton II, empereur (973-83) conserve le même type en substituant au titre de roi celui d'empereur, otto imperator ou oddo imp avg. Le non. 2St écrit indifféremment O//0 ou Oddo.
Otton III, roi (983-996) nous donne quatre types différents : 1° le type précédemment décrit, avec oddo rex. — 2° otto rex. Croix cantonnée. Rev. : xpistiana RELiGio. Édifice à deux pignons sur lequel est écrit agri-pina ; les légendes sont souvent incorrectes (fig. 1072). — 3° Tête diadémée à droite. Rev. : xpistiana religio. Dans le champ, en trois lignes : + ag-ripp-ina. — 4° Tête diadémée à gauche. Rev. : Le type de Cologne : s-colonia-a en croix.
Devenu err îe^eur (996-1002), Otton III en revient complètement au type primitif. Ses émissior f rent roi)jet d'un grand nombre d'imitations dans les ateliers du Rhin et de la W.-^tp alie ; les pièces imitées ou immobilisées portent souvent au lieu de ODDO imp avg is légendes telles que oddo ivip avg, oddo ivping, etc.
Fig. 1071 Fig. 1072
Henri II, roi (1002-24) continue le type de Cologne. L'autre côté des deniers porte la croix pattée, une tête de profil à droite, ou une tète couronnée de face. Après son couronnement impérial (1014-24), il fait usage des cinq dispositifs suivants : 1° sca- COLO-NIA en trois lignes. Rev. : Croix cantonnée. — 2° sancta colonia. Temple carolingien à cinq colonnes. Rev. : Croix cantonnée. — 3° Buste couronné de face. Rev. : type de Cologne. — 4° Tête diadémée à droite. Rev. : type de Cologne. — 50 Buste couronné de face. Rev.: colonia. Croix cantonnée de deux globules et d'alpha-oméga.
Pour Conrad II, roi (1024-27) aucune pièce n'a encore été signalée. On en revint peut-être au type impérial d'Otton III ou on continua à se servir des coins d'Henri II. Conrad II, empereur (1027-39) "'^'^^ donne cinq variétés monétaires : 1° Tête diadémée à droite. Rev. : Type de Cologne. — 2° Tête couronnée à gauche. Rev. : Type de Cologne. — 3° Croix cantonnée. Rev. : sca-colo-nia en trois lignes. — 4° Croix cantonnée. Rev. : sancta colonia. Temple carolingien à cinq colonnes. — 5° Croix cantonnée. Rev. : Temple où les colonnes sont remplacées par quatre lettres écrites en deux lignes.
M. Dannenberg signale trois types pour Henri III, roi (1039-56) : 1° Croix cantonnée. Rev. : Temple carolingien à cinq colonnes. — 2° Tête de face. Rev. : Même temple. — 3° Tête de face. Rev. : Temple dont les colonnes sont remplacées par quatre lettres en deux lignes.
Après Henri lîl, le monnayage royal et impérial de Cologne subit une éclipse jusqu'au règne de Frédéric Barberousse (i 152-90) ^ Les deniers de ce prince le représentent assis, de face, tenant le globe crucigère est un sceptre fleurdelisé ; au revers prend place un édifice à trois tours ou à une tour accostée de deux drapeaux. La légende est SA COLON I A PAIC MAT, Sancta Colonia pacis mater, mais les lettres sont fréquemment interverties, et par suite, le sens de l'inscription est rendu inintelligible. Le rétablissement de l'atelier impérial par Frédéric. Barberousse ne fut pas du goût des archevêques de Cologne, habitués, pendant près d'un siècle, à profiter seuls des bénéfices résultant, dans leur ville, de la fabrication des espèces. Aussi, à l'avènement d'Henri VI, en 1190, l'archevêque PhiHppe de Heinsberg fit promettre à l'empereur que dorénavant il n'y aurait plus dans tout le diocèse de Cologne que deux ateliers impériaux, l'un à Duisbourg, l'autre à Dortmund : « Concedimus ei et ecclesie coloniensi, dit ce diplôme, ut de cetera in diocesi coloniensis archiepiscopatus nullas monetas haheamus, nisi duas, scilicet apud Duisburg et apud Tremoniam, easque de cetera cudi non permittimus, nisi secundum antiquam consuetudinem, inhibentes etiam ne tant in archiepiscopatu colaniensi, quant extra eundem archiepiscopatum aliqua mcneta fiât secundum valentiam, et formam et imaginem coloniensis monete. » Cette promesse parait avoir été aussitôt révoquée, car on possède des deniers et des oholes d'Henri VI et de ses successeurs immédiats. Sous Henri VI (1190-97) et Philippe (1198-1208), les types restèrent à peu près ce qu'ils étaient sous Frédéric Barberousse ; mais la production fut peu active. Dans les premières années du xiii' siècle, les empereurs suspendirent à Cologne l'exercice de leui^s droits, cédant évidemment aux sollicitations réitérées des archevêques.
Bonn. — Une trouvaille faite à Bonn en 1890 et décrite par M. P. Joseph 2 a fait connaître des deniers frappés dans cette ville et portant le nom, légèrement altéré, d'Henri II (1002-24). Ces pièces ont à l'avers VI-ERO-NA en trois lignes, et au revers une croix pattée cantonnée de globules.
Andernach. — Nous avons des monnaies d'Andernach, ANDERNAKA, pour Otton III roi (983-1002) de deux types diff"érents : une aigle ou
1. Dannenberg, Die aachener und kôlner Denare der Hohenstaufischen Zeit dans les Berliner BlàtterfOr Mun:(-, Siegeî-und Wappenkiinde, t. III, 1866, p. 41 et suiv. — Le même, Die aachener und kôlner Mïinien der Hohenstaufen-Kaiser dans la Zcitschr. fur Kumism., l. I, p. 69.
2. Der honner Denarfund von iSço, dans \t Jahrhuh des Vcrcins von Aller thitmsfr. im Rheinl., t. XC, p. 103.
un nœud à trois boucles dans un enclos ; le revers porte une croix pattée. Après Otton III, l'exercice du monnayage passe à Thierry, duc de Mosellane, puis aux archevêques de Cologne ^
Remagen. — On ne possède de pièces impériales de cette ville que pour Otton III. Leur type se compose d'une tête couronnée à gauche et d'une croix cantonnée de globules posés dans des croissants. Le nom de l'atelier est écrit RIGEMAGO.
Trêves. — Le monnayage au nom de rois ' u d'empereurs commence à Trêves avec Otton I (936-73); ses deniers royaux, OTTO REX, d'un aspect encore tout carolingien, sont marqués d'un petit temple accosté des lettres du mot TREVERIS, exactement comme sur les pièces de Louis l'Enfant dont nous avons donné le dessin à la p. 263. M. Dannenberg attribue à Otton II, empereur (973-83), plutôt qu'à son père, un denier au temple tétrastyle ; puis sous Otton III, roi (983- 996), les coins sont une adaptation de ceux qui étaient en usage à Cologne (fig. 1073). Henri II (1002-14) met sur ses deniers son buste couronné à droite, et au revers un édifice avec deux tours latérales. La monnaie devient ensuite semi-archiépiscopale. On a. bien encore un denier d'Henri V (1106-25), mais cette pièce est certainement sortie de l'atelier des archevêques : c'est à la suite de l'avènement d'Henri V ou d'une visite qu'il fit à Trêves, que son effigie y a été représentée. Ce denier porte HEINRICVS CESAR autour d'un buste couronné, avec sceptre, à gauche, et PAX PETRVS autour du buste de saint Pierre tenant les clefs.
Pri'im. — M. Ménadier a récemment attribué à l'atelier de l'abbaye de Prïim des deniers au nom d'Henri II (1002-14) HENRICVS REX ou HEINRICVS CAESAR, portant au revers le buste du Christ (fig. 1074). Après Henri II, ce monnayage devint purement abbatial.
I. M. Dannenberg attribue encore à Andernach un âcnicr de Conrad II, empereur, portant le buste couronne de face, avec globe et sceptre, et reproduisant au revers un temple identique à celui des pièces frappées dans cet atelier par Piligrim, archevêque de Cologne. Aux côtes du temple est écrit odi-kgi. Le nom d'Andernach n'étant pas écrit sur la pièce, l'attribution de M. Dannenberg n'est pas incontestable ; odingi est peut-être un nom de lieu non encore identifié.
LALLEMAGNE
Duisbourg, — La création de l'atelier de Duisbourg ne paraît pas antérieure à Télévation de Conrad II à l'empire (1027-39). Nous avons vu, p. 528, que cette ville devint, sous le rapport du type et du style,
Fig. 107
Fig. 1076
Fig. 1077
le foyer principal de l'influence anglo-saxonne sur le continent. Les deniers de Conrad II portent tous son buste couronné de face et au revers le mot + DIVSBVRG écrit en croix, au milieu du champ, et cantonné de croissants ou d'arcs qui encadrent parfois des têtes de face ou des profils d'oiseaux (fig. 1075). Henri III, roi (1039-46) écrit le nom de l'atelier dans les cantons d'une grande croix à doubles ' bandes (fig. 1076). Devenu empereur (1046-56), il met au revers de ses pièces un dispositif dont une croix, des arcs et les huit lettres de DIVSBVRG continuent à faire les frais (fig. 1077). Il n'est pas facile de distinguer le monnayage d'Henri IV de celui de son prédécesseur. M. Dannenberg n'hésite cependant pas à reconnaître à la période royale d'Henri IV (1056-84) huit types pour la succession desquels nous proposerons un ordre difierent de celui qu'il admet:
10 Tête couronnée de face. Revers : le mot divsbvrg écrit dans quatre cercles, les lettres groupées deux par deux (fig. 1078). Ce type est évidemment le plus ancien, car la tête de face le rapproche de ceux appartenant à Henri III.
2° Tête couronnée de profil à droite. Au revers, le coin de l'émission précédente est conservé.
30 Tête couronnée de profil à gauche. Rev. : les huit lettres du nom de lieu disposées dans les intervalles d'une sorte de roue à huit rais dont le centre est occupé par une croix (fig. 1079).
Fig. 1079
Fig. loSo
Fi?. 1081
40 Tête de profil à droite. Rev. : Le roi assis de face, couronné, la main gauche étendue et tenant de la droite le globe crucigcre (fig. 1080).
50 à 70. Tête couronnée de profil à droite. Rev. : Un édifice présentant, suivant les exemplaires, trois formes très difTérentcs. Nous donnons la variété la plus curieuse sous
notre fig. 1081
8° Buste couronné de profil à gauche, le bras droit tenant une épée nue devant le visage. Rev. : Une église vue de profil.
Ces monnaies de Duisbourg sont d'une gravure si soignée qu'elles constituent de véritables petites œuvres d'art. Les effigies royales témoignent d'un effort réel tenté par le tailleur de coins pour abandonner la tête conventionnelle et se rapprocher du portrait. M. Dannenberg fait remarquer, l'analogie du type d'Henri IV assis avec celui de certains deniers de Celles et de Stavelot, et déclare au surplus qu'il est copié du sceau royal.
En 1065, Henri IV donna Duisbourg avec toutes ses dépendances, y compris la monnaie, à Adalbert, évoque de Hambourg, mais, plus tard, la ville fit retour au domaine royal. Nous voyons, en effet, qu'en 1204, le roi Philippe l'engagea à Henri duc de Brabant, qu'en 1290 le roi Rodolphe l'engagea à Thierry, comte de Clèves, qu'en 1347 le roi Louis de Bavière l'engagea de nouveau à Jean, comte de Clèves, aux successeurs duquel elle resta désormais. Ces engagères, dont le souvenir a été conservé par les historiens, ne furent certainement pas les seules ; Duisbourg semble avoir reçu plus d'une fois encore la mission de venir en aide aux finances des empereurs en servant de gage à leurs créanciers. Nous avons décrit, p. 578, une série de deniers frappés vers la fin du xi^ siècle, pendant que la souveraineté était exercée dans la ville rhénane par le chapitre de Saint-Servais de Maestricht. Nous avons également parlé, p. 576, des deniers émis à Duisbourg par Raoul de Zaeringen, évoque de Liège, aux subsides duquel Frédéric Barberousse dut avoir recours.
L'activité de la Monnaie de Duisbourg est confirmée au xii^ siècle par un certain nombre de documents écrits. En 1144 une charte mentionne les solidi dusburgensis monetae. En 1173, Frédéric Barberousse fit un traité avec Philippe d'Alsace, comte de Flandre, qui promit de donner cours dans ses Etats aux deniers et oboles de l'empereur qui seraient expressément fabriqués à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle pour la facilité des transactions ^ En 1 190, Duisbourg est l'une des deux villes du diocèse de Cologne dans lesquelles Henri VI déclare vouloir fabriquer ses espèces. La plupart des pièces de cette époque sont encore à retrouver si toutefois le nom de l'atelier figure dans leurs légendes. On possède un denier d'Otton IV (1198-1218) imité des petinies anglais
I. Warnkoenig, Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et politiques. Bruxelles, 1836, t. II, p. 423. — R. Serrure, Dictionnaire géo^^raphiqiie de l'histoire monétaire belge. Bruxelles, 1880, in-8, sub vcrb : Occident. — Nous avons donné, p. 507, un extrait de ce diplôme.
l' ALLEMAGNE 595
d'Henri II,- et Cappe cite d'après le Catalogue de Reichel un denier d'Adolphe de Habsbourg (1292-98) reproduisant les types contemporains de l'atelier d'Aix-la-Chapelle, avec ces légendes : ADOLFVS ROM REX — DVSBVRG REGALIS CIVITAS.
Aix-la-Chapelle, — L'atelier impérial d'Aix-la-Chapelle commença à monnayer assez tard. Ses plus anciens produits connus faisaient partie de la trouvaille de Maestricht de 1856 publiée par M. Decoster, et remontent par conséquent à la seconde moitié du xi* siècle. Ces deniers sont de même taille, de même titre et de même module que les pièces liégeoises contemporaines; ils ne portent pas la mention de l'empereur régnant, mais une tête couronnée de face ou de profil, accompagnée du nom de Charlemagne, CAROLVS. On sait que ce grand prince fut enterré à Aix-la-Chapelle où sa mémoire est encore particulièrement vénérée aujourd'hui. Le revers porte un temple tétrastyle à toit cintré ou un oiseau de profil; le nom de lieu est écrit AQVIS GRA pour Aquis Granum.
A ces monnaies en succèdent d'autres représentant l'empereur légendaire en buste, parfois avec sceptre et globe crucigère, ou bien encore assis et tenant les mêmes insignes. La vue de l'église d'Aix-la-Chapelle
Fig. 1082 Fig. 1083
est reproduite au revers. Ces pièces portent parfois AQVIS GRAN et REX ROM, parfois AQVIS, mais souvent elles sont muettes. La trouvaille de Maestricht de 1853^ publiée par M. Meyers, en renfermait un certain nombre et notamment le spécimen que nous donnons fig. 1082.
Sous Frédéric Barberousse (1152-90), le monnayage d'Aix-la-Chapelle, jusqu'alors languissant, devint très actif. Les deniers portent à l'avers l'empereur assis de face tenant le globe crucigère et l'épée, soit à l'épaule, soit posée sur les genoux ; parfois l'épée est remplacée par une hallebarde. Au revers, la légende consacrée est ROMA CAPVT MVNDI souvent méconnaissable parla négligence de l'orthographe; le type est un édifice avec tours et arcades, vu de face (fig. 1083), ou le vaisseau d'une église dessinée de profil. Ces monnaies, dont les divisions ou oboles existent en très petit nombre, ont la taille et le titre des pièces de Cologne contemporaines.
Le 9 janvier 1166, Frédéric Barberousse ordonna la frappe de nou-
59^ Troisième partie
velles espèces destinées à faciliter les relations avec les pays mosans. Voici les principales dispositions de ce diplôme dont le texte est heureusement venu jusqu'à nous : « Preterea ne crebra mutatio monete, que aliquando gravior, aliquando levior esse solebat^ in dampnum tam gloriosi loci de cetera redundet, ex consilio curie noslre monetam inibi cudi fecimus in eadempuritate, gravitate, forma et numéro perpetuo duraturam. De marca cudentur viginti quatuor solidi, duodecim solidis coloniensium semper equipolentes , ita videlicet, ut ex bis viginti quatuor solidis duodecim solidi colonienses haberi possint, et de duodecim solidis coloniensium viginti quatuor solidi aquensium sine impedimento possint cambiri. Forma vero denariorum talis erit, quod ex una parte erit imago S. Karoli et eius superscriptio, ex altéra parte nostra imago cum nostri nominis super scriptione... » Les monnaies conformes à ces prescriptions ont été retrouvées par MM. J. et A. Erbstein ^ Elles portent, au droit, FREDERIC' et la tête couronnée de face de l'empereur accompagnée d'un sceptre crucigère ; au revers S CAROL' IP et la tête couronnée de face, avec grande moustache, de Charlemagne, qui venait d'être canonisé le 29 décembre 1165. Le « faire » de ces deniers est identique à celui des pièces contemporaines de Maestricht et du pays de Liège, avec lesquels ils étaient destinés à circuler. Ce fut une préoccupation constante de Frédéric Barberousse que d'assurer à l'Allemagne des débouchés commerciaux dans les Pays-Bas ; il obéissait à la même pensée qu'en née, lorsque six ans plus tard il conclut avec Philippe d'Alsace le traité dont nous avons parlé précédemment et par lequel il obtenait, pour ses monnaies frappées à Duisbourg et à Aix-la- Chapelle, un Hbre cours en Flandre. Ce traité de 1173, si précieux pour la numismatique rhénane du moyen âge semble resté inconnu à tous les numismates allemands. C'est à eux qu'il appartient cependant de nous dire quelle fut cette nouvelle monnaie frappée par Frédéric I apud Dusburch... in denariis et apud Aquisgrani in obolis. Bornons-nous à rappeler la découverte en Belgique de deux trésors, l'un à Huy 2, l'autre à Bcveren 3 où les deniers de Frédéric Barberousse avec ROMA CAPVT MVNDI et l'empereur assis tenant la hallebarde se trouvaient en très grand nombre.
Ce type fut conservé par Henri VI (1190-1197) et par Philippe de Sou a be. Le monnayage de ce dernier ne fut pas de longue durée et
1 . Der (illeste aachener Denar mit dem Bnislhilde Karîs des Grossen, dans Aus dresdener Savimlungen, icr fascicule. Dresde, 1881, iii-8.
2. R. Serrure, Lm, trouvaille de Hiiy dans le Bull. mens, de numisvi. et d'archéol., t. I, 1882, p. 145 et suiv.
3. A. De Witte, Trouvaille de Beveren, dans la Revue helge de numism., 1892, p. 211 et suiv.
les produits en sont restés rares. Au début de la guerre pour la succession d'Henri VI, Walerand de Limbourg défendait Aix-la-Chapelle, au nom de Philippe, contre son compétiteur Otton de Brunswick. Forcé au bout de six semaines de rendre la place dont il avait la garde, il se tourna du côté d'Otton et assista le 4 juillet 1198 au sacre de ce prince. Il semble que Walerand de Limbourg avait obtenu en engagère les profits de la Monnaie d'Aix-la-Chapelle. Un texte de 1202 dit en effet : uRexOttomonetam aquensem a domino Walramo de Limhurg expediet et tam rex quant Walramus illi monete renunciabit in perpetuum, et dominus legatus sub anathemate prohihehit monetam in Coloniensi scemate cudi^ ». Les premières monnaies d'Otton IV (1198-1214) sont la reproduction, avec quelques variantes légères, de celles frappées par ses prédécesseurs ; les dernières, émises sans doute après 1202, s'éloignent du type de Cologne pour se rapprocher de celui adopté par Frédéric I en 11 66: à l'avers le prince est toujours assis de face, mais au revers, les mots CAROLVS REX entourent la tète de face, avec grandes moustaches, de Charleniagne.
Sous Frédéric II (12 15-1250), le type le plus fréquent est, au revers, un édifice à trois tours ayant parfois sous le portail la face à moustaches du grand empereur : SANCTVS CAROLVS, comme dit l'inscription du pourtour. Les dernières monnaies frappées du vivant de Frédéric II ont, au revers, le nom, WILLELMVS REX, du roi des Romains, Guillaume de Hollande. A l'avers, le souverain régnant est toujours représenté dans sa posture traditionnelle, mais sur les deniers signés par Guillaume, comme sur ceux de Richard de Cornouailles (1257-1269), le personnage auguste tient un sceptre fleuri au lieu de la hallebarde ou de epee.
L'anarchie du Grand Interrègne provoqua un ralentissement d'activité, peut-être un chômage complet, dans les travaux de la Monnaie d'Aixla-Chapelle. Pour retrouver une série, il faut passer à Rodolphe de Habsbourg (1273-1291) qui réorganisa l'atelier, veilla à l'émission de pièces de belle empreinte, et adopta des coins nouveaux. D'un côté les deniers conservèrent l'empereur assis de face avec l'épée et le globe : RV- DOLPH' ROM' REX; de l'autre, la légende VRBS AQVENSIS VINCE ceint un édifice à trois tours et à arcade sous laquelle est placée une couronne. La gravure a fait des progrès notables depuis le miheu du XIII* siècle; ces deniers ont un mérite artistique réel. Nous retrouverons leur type dans l'ateUer de Boppard. Il est très probable que la réorganisation de la Monnaie d'Aix-la-Chapelle eut lieu après cette