‹ Traité de numismatique du moyen âge (volume 5)Chapitre 30 sur 85 · II · texte numérisé non relu

II

é:0 TROISIEME PARTIE

i). Abbaye de Kornelimurisier .

Cette abbaye, fondée sous les Carolingiens, reçut le 29 août 985 d'Otton III la confirmation des droits de marché et de monnaie qui lui avaient été concédés par Otton II. De Coster a attribué à Kornelimunster un denier de la trouvaille faite en 1856 à Maestricht, mais sa lecture a été contestée par M. Dannenberg.

j). Abbaye de Werden K

En 796, saint Ludger, l'apôtre des Frisons, fonda l'abbaye de Werden sur les frontières des pays qui formèrent plus tard le duché de Berg et le comté de la Mark. En 974, Otton II accorda à l'abbé Folcmar le droit de battre monnaie à Werden et à Ludinghausen. Vers le milieu du xii^ siècle, les abbés firent usage de cette prérogative régalienne et frappèrent des deniers anonymes. Ceux qui sont sortis de l'atelier de Werden portent à l'avers le buste de saint Ludger, la tête tournée à gauche, avec une crosse et un livre : + S LIVDGE/////; au revers est reproduit l'édifice à trois tours des monnaies de Cologne, ainsi que la légende + SANCTA COLON I A. Les deniers de Ludinghause.n sont imités de ceux de Munster: + LVDIGHV/////. Bâtiment à trois tours; revers: ODDO DIDIIIIV. Croix cantonnée de quatre globules.

En 1291, Rodolphe de Habsbourg confirma les droits monétaires de Werden, et peu d'années après les abbés recommencèrent leurs émissions. En 1317, l'abbé Guillaume II de Hardenberg (1310-1330) passa avec Engelbert, comte de la Mark et avoué du monastère, un contrat dans lequel il affirme ses droits sur la monnaie : « Moneta cum omnibus suis jurihus pertinet ad ahbatem, ita quod ahbas habeat potestatem fabricandi et cudendi denarios in pondère gravi vel levi, quotiens et quando sibi visum fuerit expedire... » Les deniers retrouvés pour Guillaume II portent son buste mitre sous une arcade gothique flanquée de deux tours, avec cette légende: WILb^LM ÀBBÂS W6RDIN. Au revers nous avons l'image de l'empereur assis, le glaive et le globe crucigère aux mains ; l'inscription circulaire indique l'atelier de Werden. Ce monnayage abbatial n'eut jamais grande importance.

I. H. Grote, Die Mihtien der Abtei IVerden, dans les Mïmistudien, t. III, p. 411 et suiv. — Le même, Mi~in:(en der Stadt Ludinghausen, dans le même recueil, t. II, p. 911.

L*ALLEMAGNE é I I

k), Ahhaye d'Essen '.

L'abbaye des bénédictines d'Essen fut fondée vers 877 par un évêque d'Hildesheim. Jusqu'en 1225, elle fut placée sous l'avouerie des comtes de Berg et d'Altena. A la fin du xiii^ siècle, les abbesses d'Essen frappèrent des deniers, imités des pièces impériales de Dortmund. En voici la description: H- REX-ROMANORVM. Empereur assis de face, tenant un sceptre fleuri et le globe crucigère. Rev. : 4- ESSEND CIVIT, ou légende analogue. Édifice avec tour et deux drapeaux ; sous le portail, buste de face de l'abbesse.

Pour Catherine de la Mark (1336-1360), Grote signale un denier dont les légendes sont malheureusement rognées, mais dont l'attribution paraît cependant certaine. L'avers reproduit l'efiBgie impériale; le revers représente l'abbesse sous une arcade gothique, voilée, tenant un globe et un livre, et portant une tunique aux armes à la fasce échiquetée de la Mark. L'existence de ce monnayage est, au surplus, confirmée par un texte de 1352.

1). Ahhaye de Sieghourg.

L'abbaye bénédictine de Siegbourg, fondée en 1056, reçut en 11 22, de l'empereur Henri V, le droit d'exploiter les mines de son territoire et de battre monnaie; en 1173, Frédéric Barberousse confirma cette concession. On n'a pas retrouvé, jusqu'à présent, de pièces frappées par cette abbaye.

m). Archevêché de Trêves^.

En 902, Louis l'Enfant accorda à Radbode, archevêque de Trêves, la moneta de cette ville ; en 974, Otton II fit une concession analogue pour Ivoy et Longuyon ; les monnaies de ces dernières localités, si elles existent, n'ont pas encore été retrouvées. Pour Trêves même, le monnayage archiépiscopal commence sous Adal'béron de Luxembourg

1. H. Grote, Die Mïin:(en der Ahtei Essen, dans les Mun^studien, t. III, p. 446 et suiv.

2. J.-J. Bohl, Die trier ischen Mun:(en, chronologisch geordnet und beschrieben . Coblence, 1823, et Hanovre, 1837, in-8. — Ladner et Settegast, Nachtrâge ^u Bohl's Trierischen Mïui:^en, dans le Jahresbericht der Gesellschaft fiïr NiU:(liche Forschungen :^u Trier, de 1856 et suiv. — H. Dannenberg, Nachtrâge :^ti Bohî's Bûche ûber die Trierschen Mùn:^en, dans la Numismatiche Zeitschrift, 1871, p. 546 et suiv. — H. Grote, Trierische Mûn^en, dans les Mïinistiidien, t. VII, 1868, p. 90. — Lamprecht, Deutsches Wirtschaftskbenim Mittelalter, t. II, p. 351 à 480.

(ioo8-ioié). Ses deniers portent ADALBE/////, autour d'un édifice à deux tours que nous avons signalé sur les pièces impériales d'Henri II auxquelles ils succèdent ; le revers a une croix ornée d'annelets et cantonnée d'étoiles, avec cette légende, CRVX XPICTS. Adalbéron, prévôt de saint Paulin, sut, après la mort de l'archevêque Ludolphe, se faire élire au siège de Trêves, mais il ne put obtenir l'investiture d'Henri II, qui lui opposa Méningaud, prévôt de la cathédrale de Mayence. Le favori de l'empereur ne put jamais arriver à la possession du temporel, mais, après sa mort, arrivée en ici 6, la volonté unanime du souverain, du clergé et du peuple, donna le siège à Poppon d'Autriche.

Poppon (1016-1047) obtint en 1018, d'Henri II, la ville de Coblence avec le droit d'y battre monnaie. Ce droit fut confirmé en 1045 par Henri III. On n'a pas retrouvé de pièces frappées par Poppon en vertu de cette concession, mais son monnayage fut très abondant dans l'atelier de la métropole. On peut y distinguer trois périodes. Pendant la première, les deniers portent les noms réunis de l'archevêque et d'Henri II;

Fig. 1096

Fig. 1097

elle prend naturellement fin en 1024 avec la mort de cet empereur. Les types, très simples, se composent de l'initiale d'arcbiepiscopus et d'une croix (fig. 1096). Sur les monnaies de la seconde période, le nom de Conrad II le Salique remplace celui d'Henri IL On ne connaît qu'un seul denier remplissant ces conditions ; il représente le buste couronné, de face, de l'empereur, CHVONRADVS IMP. et donne au revers POPPO ARCHIEPS autour d'une croix cantonnée de PAX. La troisième période comprend les huit années de Poppon qui suivirent la mort de Conrad II; le monnayage devient autonome. M. Dannenberg signale quatre variétés de deniers au nom de l'archevêque seul :

i). Porte flanquée de deux tourelles; sous la voûte une tête; au-dessus un a. Rev, : roppo ARCHi. Croix cantonnée de globules.

2). POPPO iLi'C. Buste de profil à gauche précédé d'une crosse. Rev. : Même type qu'à l'avers du n" i.

3). Même buste. Rev, : Édifice à trois étages (fig. 1097).

4). POPPO ARCHIEPS TREV. Buste de profil à droite, précédé d'une crosse. Rev. : La main de saint Pierre tenant deux clefs dont les pannetons sont formés par les lettres E R de la légende s.petrvs.

Ebcrhard (1047-1066) conserva ce dernier type, mais en ajoutant

parfoisàS-PETRVS les mots BELG-CIV, Belgica civitas ou SCDA ROMA,

secunda Roma, réminiscences classiques, la ville de Trêves ayant été la capitale de la Belgique romaine et le centre de la civilisation latine dans le nord des Gaules (fig. 1098). Un second atelier ouvert à Coblence,

Fig. 1098

Fig. 1099

CONFLVENTIA, frappa pour Eberhard des deniers portant son buste de face, avec la crosse et le livre; le revers est occupé par un édifice à coupole, flanqué de deux tours et précédé. de deux lignes ondulées. Bohl a vu dans cette représentation Timage de Téglise Saint-Castor, qui s'élève à Coblence, au confluent du Rhin et de la Moselle.

Après Eberhard, en 1066, Conon de Pfulingen fut nommé par Henri IV à l'archevêché, mais il périt assassiné par les habitants de Trêves avant d'avoir pris possession du temporel. Il n'est pas probable qu'il ait battu monnaie. Le siège resta vacant jusqu'en 1068. On attribue à cette époque des deniers portant les noms des deux patrons de la ville de Trêves, S. EVCHARIVS et S. PETRVS.

Fig. IIOO

Fig. iioi

Sous Udon de Nellenbourg (1068-1078) et Egilbert d'Ortenbourg (1079-1101) deux types sont employés concurremment dans T'atelier de Trêves : le quatrième type de Poppon d'Autriche et un autre où une dextre bénissant broche sur une croix (fig. 1099). A Coblence, le revers des monnaies d'Udon porte un temple à fronton triangulaire. Aucune pièce de cet ateUer n'a été retrouvée pour Egilbert.

La série monétaire de Bru non de Lauffen (1102-1124) est très variée. Outre les types en usage sous ses prédécesseurs, il créa des dispositifs nouveaux, tels qu'un buste d'ange ailé (fig. iioo), le buste de face de saint Pierre, tenant les clefs et bénissant, le même saint agcnouillc (fig. iioi). Ce dernier type n'est connu que par une épreuve en or, fantaisie monétaire plutôt que monnaie réelle, dont le seul exemplaire aujourd'hui connu fliit partie de la collection royale de Prusse. A

la fin de son épiscopat, Brunon en revint à la représentation des deux mains tenant les clefs de saint Pierre (fig. 1102), mais le poids et le module des espèces ont subi un notable affaiblissement. L'atelier de Coblence, beaucoup moins fécond que celui de la métropole, subit à un haut degré l'influence artistique de Cologne. Ses produits portent le buste de face et l'édifice à trois tours de certains dcnkrs frappés à Cologne par Hermann de Nordheim.

Fig. 1103

Aucune monnaie n*a été retrouvée pour Godefroid (i 124- 1 127) et Méginaire (11 27-1 130), maison possède quelques Jf;nV.fd'Adalbéron deMontreuil(ii3i-ii52). Leur frappe est très négligée et l'empreinte souvent mal venue. Les coins reproduisent l'effigie de face de saint Pierre, créée sous Brunon de Lauffen.

Avec la seconde moitié du xii^ siècle, nous entrons à Trêves dans la série des pièces de petit module ; par leur poids affaibli % leur titre, le rebord de leur flan et leur aspect général, les deniers et les rares oboles que nous possédons pour cette époque se rapprochent beaucoup du numéraire lorrain, messin, toulois et luxembourgeois. Les pièces frappées à Coblence échappent toutefois à la portée de cette remarque et continuent, tant pour le type que pour la forme, à rester tributaires de la monnaie de Cologne, dont elles forment une coupure : un denier de Cologne valant deux deniers de Coblence. Le rapport entre les deux espèces est donc ici le même qu'il était à Liège, à Maestricht et à Aix-la-Chapelle, après l'ordonnance de 11 66.

Le règne d'Hillin de Falmagne (11 52-1 169) forme la transition entre les deniers encore larges de ses prédécesseurs et les piécettes qui vont suivre. Sous Adalbéron de Montreuil, le diamètre moyen des. flans est de 17 mm. ; sous Hillin, il tombe à 15 mm. ; plus tard, il ne dépassera plus 14 mm. Le type des deniers d'Hillin, HILINVS, se compose du buste de face, avec crosse, et au revers du nom TREVER et de l'édifice à deux tours (fig. 1103).

I. Les pesées moyennes suivantes, empruntées au livre de M. Lamprecht, montreront la décroissance successive du denier trcvirois : Otton I, i gr. 47 ; Poppon, i gr. 18 ; Udon, I gr. 05 ; Brunon, o gr. 75 ; Hillin, o gr. 61 ; Thierry II, ogr. 59; Boémondl, ogr. 45.

Les monnaies d*Arnould I (1169-1183) nous sont encore inconnues. Toutes celles que Bohl lui attribue appartiennent incontestablement à son homonyme et successeur. Après sa mort, l'archevêché se trouva Hvré à la guerre civile; une partie des chanoines élurent Rodolphe de Wied, prévôt de Saint-Pierre, qui fut investi par l'empereur ; un autre groupe se déclara pour l'archidiacre Folmar, qui fut consacré par le pape, mais n'entra jamais en possession du temporel. Les deniers de Rodolphe de Wied (1183-1189) portent son buste, la tête encore nue, avec crosse, de profil à gauche ; l'édifice à deux tours latérales du revers représente, comme l'assure la légende, la porte blanche, PORTA ALBA, qui ouvrait l'enceinte romaine au sud et qui faisait pendant à la porte noire, la porta nigra encore debout aujourd'hui (fig. 1104).

Fig. 1104

Fig. iio;

Jean I (1189-1212) est le premier archevêque de Trêves qui se soit fait représenter sur ses monnaies coiffé de la mitre, tantôt de face (fig. 11Q5), tantôt de profil. Le revers de ses deniers porte, soit le buste de profil de saint Pierre, PETRVS, soit un lion passant à droite ou à gauche. Son successeur, Thierry II de Wied (12x2-1242) se représente mitre et crosse, de profil à droite, et reprend au revers l'édifice à deux ou plusieurs toyrs. En- 122 1, la Monnaie de Trêves fut affermée pour huit ans, moyennant 400 Uvres tréviroises, à deux bourgeois de Metz : « Conservahunt autem dicii viri vel sut heredes dictant vwnetam cum

Fig. II06

Fig. 1107

tali honore quod a puritate marce non nisi 11 cadent den. » L'atelier de Coblence, qui paraît avoir chômé depuis Brunon de Lauffen, fut remis en activité sous Thierry II ; nous avons dit plus haut ce qui en caractérise les produits.

Arnould II d'Isenbourg (1242-1259) a conservé à Trêves, à part certains détails, le type des monnaies de Thierry II ; l'édifice du revers n'est plus la porte blanche, mais une arcade surmontée de cinq clochetons, ou une église avec dôme et coupoles. Henri II de Féné-

trange (1260-1286) reproduit d^abord cette église, puis la remplace par une clef mise en pal entre les initiales S-P.

AvecBoémond I de Warnensberg (1286-1299), nous voyons le premier exemple à Trêves de l'emploi des armoiries. L'archevêque se fait dessiner de face, à mi-corps, mitre, tenant la crosse et le livre, et réserve le revers des petits deniers à l'écusson de Trêves : d'argent à la croix de gueules ; une molette ou une croisette occupe parfois le premier canton.

Le règne de Dyther de Nassau (1300-1308), très troublé par des guerres civiles, laisse une lacune dans la série tréviroise, mais celui de son successeur Baudouin de Luxembourg (1307-1354), vient clore d'une façon remarquable la période dénariale. Les pièces sont d'une gravure exquise, d'une frappe extrêmement soignée, et plusieurs monnaies nouvelles font leur apparition. Dans l'atelier de Trêves, nous trouvons les espèces suivantes :

1. Denier. Il y a cinq types différents: a) Ecu de Trêves. Rev. : Porte rectangulaire sans tours latérales. — b). Mi-corps de face avec crosse et livre. Rev. : Aigle et clef. — c). Même buste. Rev. : deux clefs. — d). Mi-corps à gauche. Rev. : Ecu de Luxembourg. — e). Mi-corps de face, bénissant et tenant le livre. Rev. : Ecu de Luxembourg.

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