DE SAINT LOUIS
Sources: F. Poey d'Avant, Monnaies féodales de France. Paris, 1858-62, 3 voL in-40 avec 163 planches. — E. Caron, Monnaies féodales françaises. Paris, 1882-84, in-40 avec 27 planches. — L. Blancard, Les Monnaies des barons et prélats de France d'' après l'ordonnance de J^iS- Marseille, 1883, in-80, planches. — Les autres sources sont indiquées dans le cours du chapitre.
§ I. — Généralités; origine et déclin du monnayage féodal ; types; paléographie.
Nous réunissons dans ce chapitre la numismatique des fiefs français, c'est-à-dire de toutes les seigneuries situées dans les limites des anciens royaumes carolingiens de France et d'Aquitaine. Ces seigneuries eurent des destirtées diverses. La plupart d'entre elles furent annexées successivement au domaine de la couronne ou continuèrent à reconnaître la suzeraineté du roi de France. Dans le Midi, les fiefs formés par les anciennes marches d'Espagne restèrent sous l'influence française jusqu'à leur réunion au royaume d'Aragon.
C'est après la mort du dernier Carolingien, à l'avènement de la dynastie capétienne, que la numismatique féodale prend son essor définitif. Hugues Capet ne fut que le premier des barons et son autorité ne s'étendait que sur une région restreinte du centre et du nord; dans toute une partie de la France, le pouvoir du premier Capétien était complètement méconnu. « A peine au sud de la Loire a-t-on constaté que le vicomte de Châtellerault, la vicomtesse de Narbonne dans son testament, les vicomtes de Béziers et de Carcassonne, le comte de Barcelone, dataient leurs actes de l'avènement de Hugues Capet. Encore ce dernier ne qualifiait-il d'abord Hugues que de roi ou duc : Hugone magno rcge vel duce, dans une charte de 990. Si plus tard il le reconnut plus complètement, cet hommage ne fut pas désintéressé et n'eut d'autre but que de réclamer contre les Arabes le secours que tout suzerain devait à son vassal. Au contraire, les autres seigneurs du Midi protestaient contre l'élection de Hugues Capet qui, en réalité, n'avait été faite que
par les vassaux, parents ou alliés des ducs de France, et par les évêques du Nord. Ils signaient leurs chartes régnante Domino nostro Jesu Christo, rege sperante, ou absente rege terreno, ou plus violemment encore Francis autem contra jus regnum usurpante Ugone rege^. » Il n*est pas étonnant de voir dans une telle anarchie surgir, partout où le seigneur se croyait assez fort, des monnayages complètement autonomes.
L'exploitation des ateliers royaux situés dans une région avait, suivant toute apparence, fait partie des avantages accordés par les Carolingiens aux personnages auxquels ils déléguaient leur pouvoir; le bénéfice résultant de la fabrication de la monnaie royale constituait de sérieux émoluments pour les ducs et les comtes placés depuis Charles le Chauve à la tête des provinces. L'usurpation des feudataires laïques ne consista que dans l'ouverture d'ateHers nouveaux et dans la substitution d'un type et de légendes autonomes au type et aux légendes des pièces royales. Une fois l'usurpation accomplie, les démembrements territoriaux des anciens comtés carolingiens, au xi* et au xii* siècle, multiplièrent les ateUers féodaux.
Les souverainetés ecclésiastiques, évêchés et monastères, appuyaient presque toutes la possession du droit monétaire d'un titre datant des Carolingiens; mais les diplômes des rois en faveur des égHses n'accor-. daient jamais autre chose que les profits de l'exploitation d'un atelier royal en activité au moment de la concession ou à créer en suite de cette concession. Nous avons donné la liste de ces diplômes, p. 268. Pour les prélats, comme pour les barons, le monnayage à types autonomes est donc le résultat d'une usurpation.
Peu de monnayages seigneuriaux français ont leur source ailleurs que dans l'usurpation des droits régaliens accomplie pendant la période anarchique qui commence au temps de Charles le Simple et se termine vers le règne du quatrième Capétien. Nous ne pouvons guère citer que deux cas où le jus monetae ait manifestement une autre origine :
1° Les apanages des fils de France. Le plus ancien fief détaché de la couronne pour être donné à un fils cadet du roi, est le comté de Dreux donné par Louis le Gros à son second fils, Robert. Louis IX détacha également du domaine royal, pour en doter ses frères, l'Artois, le Poitou et l'Auvergne, le Maine et l'Anjou.
2° Les concessions des rois d'Angleterre, Les rois anglais, maîtres de l'Aquitaine et du Poitou, concédèrent le droit de battre monnaie à quelques-uns de leurs vassaux; nous rappellerons une concession de
I. Voyez une note très intéressante de M. E. Caron dans les Procès-verbaux dis séances de la Soc. franc, de numism,, séance du 7 mars 1890, p. 11.
Jean sans-Terre, du 27 mai 1215, faite à Savary deMauléon, puis une charte de Henri III, du 18 décembre 1226, en faveur de Hugues I, vicomte de Thouars.
A mesure que l'autorité des rois de France s'affermit, nous voyons se manifester chez ces souverains le désir de concentrer entre leurs mains le monnayage français. De très bonne heure, la suppression des ateliers féodaux marche de front, dans les préoccupations de la couronne, avec l'agrandissement du territoire. Nous avons vu dans le précédent chapitre la tentative d'unification monétaire faite par PhiHppe- Auguste.
Les moyens employés par les rois pour enlever aux vassaux le lucratif privilège de l'émission des espèces varient, suivant les nécessités de la politique et tiennent tour à tour de la douceur et de la violence. Les rois essayent de s'immiscer dans l'administration intérieure d'un atelier en rachetant, comme Philippe-Auguste à Tournai, comme PhiHppe III le Hardi à Albi, la part d'un ayant droit. Ils font l'acquisition de la Monnaie elle-même : en 1328, Philippe VI, beau-frère de Gui I de Châtillon,' acheta à celui-ci l'atelier comtal de Blois; quelques années auparavant Phihppe V avait acheté à Charles d'Anjou les Monnaies de Chartres et d'Angers.
La première intervention violente de la royauté dans le droit monétaire des vassaux date du règne de Louis ÎX. En 1262 le roi, se trouvant à Chartres, rendit une ordonnance interdisant aux barons l'imitation des types des espèces royales; nul ne put faire dorénavant « monnoie semblant à la monnoie le Roy, que il n'y ait dissemblance aperte et devers croix et devers pilles ». L'année suivante il envoya auprès d'Alphonse, comte de Poitou, le doyen de Saint-Aignan d'Orléans pour lui signifier la défense formelle de continuer la fabrication des deniers poitevins au type tournois.
Les rois eurent dès lors cette doctrine qu'il était interdit aux vassaux de frapper d'autres espèces que l'unité denariale et sa subdivision, l'obole ou la maille. Pour les feudataires, la réforme de Louis IX, c'està-dire la frappe de l'or et du gros d'argent, devait rester entourée d'une interdiction formelle. Ce fut à la suite "de circonstances particulières que les ducs de Bretagne émirent de la grosse monnaie; quant aux comtes de Flandre et aux ducs de Bourgogne, nous verrons qu'ils commencèrent leurs premières émissions de gros d'argent sur terre d'Empire, hors de portée des réclamations des monarques français.
Pour venir à bout des monnayages féodaux, les rois les entourèrent de toutes sortes d'entraves. Ils exigèrent que les espèces royales circulassent partout et resserrèrent le cours dé chaque monnaie particulière dans les
étroites limites de son pays d'émission. En 1305, par un mandement adressé le 19 mai au prévôt de Paris, Philippe le Bel porta un coup décisif aux droits des vassaux en décidant que leurs espèces devaient toujours être fabriquées au même prix et au même aloi. L'ordonnance de Louis le Hutin en 13 15 est conçue dans un même esprit, mais elle va plus loin encore en fixant le typ^ des deniers : le monnayage féodal ne survécut pas dix ans à l'établissement de ce régime. L'ordonnance de 13 15 fut son arrêt de mort^ Désormais, les fils de France apanages furent privés eux-mêmes de la prérogative monétaire, jadis si enviée: lorsqu'eux 1360 le roi Jean donna le comté du Maine à son second fils, il stipula la réserve absolue du droit de battre monnaie.
Au point de vue du type, la numismatique féodale comprend deux périodes entre lesquelles il est difficile de placer une limite. Pendant la première, les coins portent presque exclusivement des empreintes dégénérées de certains dispositifs carolingiens; pendant la seconde, nous voyons apparaître les armoiries. Nos lecteurs reconnaîtront facilement ces deux périodes en comparant entre eux les différents paragraphes de ce chapitre.
Il nous reste à dire quelques mots de la paléographie monétaire de la France. Les observations que nous plaçons ici s'appliquent autant aux monnaies royales qu'à celles des seigneurs, mais c'est surtout pour l'intelligence et l'attribution de ces dernières qu'elles peuvent présenter un réel intérêt.
A mesure qu'on s'éloigne des temps carolingiens, certaines façons de faire les lettres ou de graver les poinçons qui serviront à empreindre les légendes dans les coins, se régionalisent ou même se localisent. Dans la France méridionale et les Marches d'Espagne, les lettres sont, ainsi que le constate Lelewel, « robustes, corpulentes et gigantesques ; « fortement constituées, elles étalent leur massive construction. On y « remarque toujours un A presque ouvert à sa tête, semblable à un H, « et un V dont les troncs se touchent à peine en bas. » Nous ajouterons que les S sont fréquemment couchés et que pour les C et les G. les graveurs font souvent usage de la forme carrée. Voici, choisie parmi les nombreuses légendes monétaires du Languedoc, une de celles qui feront le mieux sentir ces particularités paléographiques (fig. 672); elle
I. Trente monnayages féodaux sont nommés dans cette ordonnance : Nevers, Bretagne, Souvigny, la Marche, Brosse, Huriel et Sainte-Sevère, Chateaumeillant, Mchun-sur-Ycvre, Maguclonne, Clermont, Le Mans, Limoges, Rethel, Laon, Angers, Poitiers, Blois, Vendôme, Châteaudun, Chartres, Meaux, Sancerre, Vierzon, Châteauroux, Cahors, Fauquemberg, Saint-Pol, Bourgogne.
est empruntée à un denier d'Alphonse II, comte de Toulouse (1148). Au delà des Pyrénées, les tendances qui s'observent dans cette manière de faire les lettres sont encore plus accentuées.
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Fig. 672
Dans la paléographie languedocienne, celle des deniers de Maguelonne tient une place à part ; mais il s'agit ici plutôt d'une dégénérescence, d'une déformation de légende, que d'inscriptions destinées à être lues (fig. 673). Comment en effet retrouver le mot RAMVNDS dans cet assemblage de caractères bizarres ?
Fig. 673
Dans le centre de la France, et surtout en Champagne et dans le groupe des monnaies au type chinonais, l'alphabet a une tendance à devenir cunéiforme. Le nombre de poinçons dont le graveur fiiit usage est très restreint, et c'est presque toujours du même, en forme de coin, qu'il se sert pour les jambages droits des lettres. Les deniers de Saint- Aignan peuvent être cités comme l'exemple le plus caractéristique de ce groupe paléographique (fig. 674).
Fig. 674
Dans la région du nord nous trouvons de bonne heure un alphabet qui envahira plus tard le centre et s'y mêlera à l'alphabet cunéiforme. La lettre en usage en Picardie, en Boulonais, en Artois, en Vermandois, a été définie comme suit par Lelewel : « Son corps fut composé d'une large et solide colonne, égale de haut en bas, terminée par des filets pointus horizontalement tirés qui furent quelquefois ténus et prolongés, et rejoignant ses pointes réciproquement, donnaient une espèce d'alignement aux légendes. » Cette dernière particularité est surtout apparente sur les deniers de Philippe-Auguste frappés à Arras, Montreuil, Péronne, etc. La définition de Lelewel est parfaitement exacte, malgré l'incorrection de la forme dans laquelle elle est exprimée. Comme spécimen moyen de la paléographie du nord de la France au xii'^ siècle, nous donnerons la légende qui suit (fig. 675), empruntée à un denier de Raoul, comte de Soissons.
Certaines lettres, de forme toute spéciale, restent souvent, au xi*' et
au xii^ siècle, Tapanage d'une région très restreinte ou même d'un atelier. Nous rappellerons ainsi Vo triangulaire de certains deniers de
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Rennes, Vn de Nevers^ Vm de Reims, Vr de Dijon, Chalon-sur-Saône et Mâcon, le i et le ^ également propres à la Bourgogne, Vo en forme de rosace en usage à Mâcon et au midi de l'Artois, à Montreuil, Boulogne, Lens et Saint-Pol, 1'/ inscrit dans VI, groupe propre à Orléans et à Nogent, etc. (fig. 67e).
Fig. 676
Vers la fin du xii*^ et au commencement du xiii^ siècle, les grands groupes géographiques de la paléographie monétaire commencent à perdre leur caractère. Les communications sont devenues plus faciles, les échanges plus nombreux, le commerce plus étendu. Nous assistons à une fusion des alphabets et à la formation lente de l'alphabet gothique. La paléographie monétaire fut en général très en retard sur celle des manuscrits ^ Les premiers caractères qui montrent la transformation sont Vm, Vn, Vh ronds, V?n et Vu perlés, le / minuscule ousaxon, Vx a traverse courbe. Ce n'est qu'au xiV siècle que nous aurons à constater l'emploi d'un alphabet gothique complet. Voici deux spécimens de l'alphabet de transition (fig. 677 et 678), l'un emprunté aux monnaies de Charles II d'Anjou (1285-1290), l'autre à celles de Robert duc de Bourgogne (1272-1305).
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Fig. 677
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Fig. 678
Les légendes commencent généralement par une croisette pattée, mais l'usage de ce signe initial n'est pas absolu ; il manque d'ordinaire
I. On consultera utilement les points de comparaison offerts par la paléographie des sceaux. Voyez Y Introduction placée par Demay en tête de son Inventaire des sceaux de la Normandie, Paris, 1881, in-4.
quand une figure, débordant le champ, prend la place qu'il doit occuper. La ponctuation n'existe pas avant le milieu du xii'^ siècle ; depuis lors, des points ou une apostrophe marquent les abréviations et quelques lettres barrées se montrent. On ne perdra jamais de vue que les points placés dans les légendes ne sont pas forcément l'indice de la fin d'un mot : souvent ils sont un simple différent monétaire, la caractéristique d'une émission, et n'ont aucun rôle paléographique à remplir.
§ II. — Comté de Corheil.
Bouchard I, fils puîné de Foulques le Bon, comte d'Anjou, épousa ÉHsabeth, veuve d'Aymon, premier comte de Corbeil. Il mourut vers 1012.
B. Fillon et M. Caron attribuent à Bouchard un denier portant à
l'avers + BVCHARDVS Co autour d'un monogramme immobilisé de Raoul, et au revers + GRATIA D-l REX autour d'une croix pattée (fig. 679).
Cette pièce ne portant aucune indication géographique, l'attribution à Corbeil '°' '^ reste très douteuse; elle peut avoir été
frappée dans quelque autre possession de Bouchard, qui fut également comte de Vendôme et de Melun.
§ III. — Comtés de Dreux et de Nogent.
Dreux, après avoir appartenu à des comtes particuliers, passa entre les mains de Richard I, duc de Normandie (943-996). Celui-ci donna comme dot à sa fille Mahaut, en la mariant à Eudes II, comte de Chartres, de Blois et de Tours, la moitié de Dreux. Mécontent de la part faite à sa femme, Eudes II s'empara du comté entier. Aussitôt qu'il se fut mis en possession de Dreux, Eudes II y ouvrit un atelier dans lequel il frappa des deniers au type chinonais en usage, comme nous le verrons plus loin, dans ses comtés de Chartres et de Blois (fig. 680).
Eudes II semble avoir donné ensuite le comté de Dreux en fief à son frère Roger, évêque de Beauvais. Ce prélat était également seigneur de Nogent S terre dont le sort fut lié à celui de Dreux pendant les trois
I. Nogent, aujourd'hui Nogent-Ie-Roi, est un chef-lieu de cairton de l'arrondissement de Dreux (Eure-et-Loir).
premiers tiers du xi^ siècle. Voici la liste des successeurs de Roger, qui mourut en 1022.
Odolric, évêque d'Orléans (1022-103 5).
Isambard de Broyés (103 5-. . . ,).
* Hugues Bardoul ( -1055).
Simon de Montfort (105 5-1087).
*Amaury III le Fort (1087-1089).
Les historiens rapportent qu'après la mort d'Isambard, Hugues Bardoul, ayant fortifié le château de Pithiviers, malgré la défense du roi Henri, fut dépossédé de tous ses fiefs. C'est dans ces circonstances que Dreux fut annexé à la couronne; quant à la terre de Nogent, le roi la rendit à Hugues Bardoul.
Le type monétaire créé par Roger de Blois, ROGERIVS EPIS, dans ses ateliers de Dreux, DRVCAS CASTA. et de Nogent, NVIGENTI CA ou NVICETE CAS, est une égUse à trois portails vue de face (fig. 681).
Fig. 680
Fig. é8i
Ce type fut conservé à Dreux et à Nogent par Hugues Bardoul, et à Nogent par Amaury le Fort (fig. 683). Hugues fut mis en possession de cette seigneurie du vivant même de son père, car sur le plus ancien de ses deniers (fig. 682), il prend le titre de tuiles au lieu de cornes; cette pièce a longtemps été attribuée à Meulan, à la suite d'une mauvaise lecture récemment relevée par M. R. Serrure ^
Le monnayage nogentais s'arrête après Amaury IIL A Dreux les rois
Fig. 682
Fig. 683
Philippe I et Louis VI frappèrent des deniers à l'ancien type seigneurial de l'église, dont nous avons parlé dans notre premier chapitre. En 1132
I . La numismatique fcodale de Dreux et Notent au xi^ sikh, dans le Bulletin de numismatique, mars 1891, p.. 21.
OU II 3 7, Louis VI donna le comté de Dreux à son second fils Robert, qui fut la souche d'une nouvelle maison comtale :
Robert!, 1132 ou 1137-1184. Jean I, 1234-1249.
Robert II, 1184-1218. Robert IV, 1249-1282.
Robert III, 1218-1 234. Jean II, 1282-1309.
On possède des deniers appartenant à cette maison de sang royal. En voici une courte description: + M- ROBERTVS ; dans le champ" ACONES en boustrophédon. Au revers : DRVCAS CASTA autour d'une croix épaisse cantonnée de deux V. Ces monnaies sont copiées des deniers parisis du roi Louis VIL II y a donc lieu d'établir, dit Poey d'Avant, qu'elles ont été frappées d'abord par Robert I, contemporain de ce roi, et que la fabrication en a été continuée pendant tout le xii^ .et une partie du xiii^ siècle.
§ rV. — Duché de Normandie^.
Rollon, maître de la Normandie par conquête, en fut solennellement investi par Charles le Simple en 911. Depuis cette époque l'unité de pouvoir se conserva dans la province entre les mains des ducs qui jouirent du droit de monnayage. « L'en doit savoir, dit l'ancienne coutume normande, que toute la poste et jurisdiction des monnoyes appartient en Normandie au duc » .
Il semblerait qu'en présence de ce droit incontesté, la numismatique de ce duché dût offrir une série nombreuse et bien suivie. Il n'en est rien. A partir du xii^ siècle, le monnayage cesse complètement et les monnaies étrangères circulent seules en Normandie. L'explication de ce fait bizarre se trouve dans un accord conclu entre les Normands et leur prince, ainsi que M. Lecointre-Dupont l'a fort bien expliqué.
L'altération successive des monnaies causant au peuple un grand dommage, si les seigneurs en tiraient grand profit, les Normands, désirant remédier définitivement au mal, jugèrent à propos de transiger avec leur duc. Ils lui accordèrent un droit appelé fouage ou monnéage, consistant en un impôt triennal de douze deniers par feu, sous la condition que les monnaies ne seraient plus altérées. Dès lors la fabrication
I. Lecointre-Dupont, Lettres sur l'histoire monétaire delà Normandie et du Perche. Paris, 1846, in-80. — L. Delisle, Des revenus publics en Normandie au xii^ siale, dans la Bibliothèque de V École des chartes, 1849, p. 173 et suiv. — R. Serrure, Les monétaires normands au xi« sicchy dans le Bulletin de numismatique^ janvier 1891, p. i.
des espèces devenant pour le souverain plutôt onéreuse que profitable les ducs de Normandie cessèrent de fabriquer à leur ce* i et toute une région de la France resta sans monnaies nationales.
Le premier duc de Normandie qui semble avoir inscrit son nom sur les deniers est Guillaume Longue-Epée (927-943). On est d'accord aujourd'hui pour lui donner une curieuse pièce empreinte au droit et au revers d'une croix cantonnée et portant comme légendes WILEL- MVS-ROTOMACS. Guillaume fut l'un des Seigi: 1rs qui, à la mort du roi Raoul, avaient aidé au retour en France de Louis d'Outremer, réfugié en Angleterre. Ce prince profita de la minorité de Richard I, fils de Guillaume, pour installer à Rouen des gouverneurs de son choix et y battre monnaie à son nom.
Fig. 684
Les pièces de Louis d'Outremer, dont nous avons déjà parlé en traitant de la numismatique carolingienne, ont été révélées par un trésor exhumé en 1869 à Saint-Taurin d'Évreux, et renfermant une quarantaine de deniers et d'oboles.
Fig. 6S5 Fig. 686
Richard I (943-996) mit sur ses monnaies les types carolingiens du temple ou du monogramme. Les légendes se composent comme sous son père du nom ducal et de celui de l'ateHer, RICHARDVS-ROTO- MAGVS (ng. 684).
Fig. 687
Fi?. 6SS
Sous Richard II (996-1026) les types se multiplient, bien qu'ils soient dans leur ensemble d'une conception très uniforme. Il y a toute-
fois une exception à faire pour les pièces où le nom de Rouen est accompagné de celui de saint Romain, patron de la cité : le centre du champ y est occupé par le mot EPS entre quatre besants, mot qui complète la légende ROTOMA : ROMANS. A l'avers de cette pièce Richard prend le titre de marquis: RCARD MARCHIS (fig. 685).
Fig. 689 Fig. 690
Dès le règne de Richard II le monnayage rouennais s'immobilisa, et sous ses successeurs les émissions devinrent absolument barbares. Les coins portent des entrelacs, des croix, des frontons de temple diversement disposés (fig. 686 à 689). Un certain nombre de deniers, révélés par une trouvaille récente % portent, en deux lignes, un nom de monétaire (fig. 690). Voici les noms relevés jusqu'à présent:
AND-RO Andréas GA-FI Gaufridus GO-DE Godericus GO-FA Gofardus lO-VER Gofredus HE-NR Henricus HV-GO HVI-GV
Nigolfus
Hu^o
NI-GEL' Nigellus
NI-GO NI-IO RA-BO Radbodus RA-DVL Radulfus RO-GE Rogerius RO-SA Rotsardus RO-L/M Rolandus RI-NI Rinierus STE-FAN Stefanus
Toutes ces pièces sont d'une frappe et d'une gravure déplorables. L'aloi des espèces dégénéra en même temps que les types, jusqu'au moment où le droit de fouage, dont nous avons parlé au début de cet article, vint arrêter le monnayage des ducs de Normandie, au milieu du xii*" siècle.
§ V. — Duché de Bretagne^.
Il y a peu de provinces dont la numismatique ait donné lieu à autant