Voyez une note de M. Mary, Rev. nutnism., 1890, p
2. Bigot, Essai sur les monnaies du royaume et du duché de Bretagne. Paris, 1857,
de travaux et à autant d'erreurs que la Bretagne. Aujourd'hui encore il s'en faut que tous les points aient été éclaircis. La responsabilité de ces obscurités doit quelque peu remonter aux savants bretons qui, entraînés par leur vieil esprit de nationalité, ont toujours voulu reculer l'antiquité de leurs monuments historiques.
Dans son remarquable catalogue de la collection Rousseau, Benjamin Fillon a essayé d'apporter quelque lumière au milieu du savant désordre où ses devanciers avaient laissé la série bretonne. Nous résumerons son travail en tenant compte des amendements que M. Caron y a apportés, grâce aux trouvailles, en somme peu nombreuses, faites pendant ces trente dernières années. Nous présenterons aussi quelques attributions nouvelles.
<( La première chose à constater, dit Fillon, en mettant le pied dans ce prétendu dédale de la numismatique bretonne, est le point de départ du monnayage féodal de la province. Ce point de départ fut le type de Charles le Chauve immobilisé aussitôt après le triomphe de la révolte d'Erispoë en 852. A dater de ce moment, il fut seul employé jusqu'au commencement du xi'^ siècle, et les monogrammes des espèces fabriquées pendant cette longue suite d'années ne furent que les reproductions de celui du roi franco »
« L'empreinte de Charles le Chauve subit, on le conçoit, en un pareil laps de temps, de nombreuses modifications. Jusqu'à la seconde moitié du x*" siècle, elle se conserva néanmoins presque pure ; mais elle éprouva alors des changements essentiels tout en gardant- ses éléments constitutifs. » La plus ancienne altération porte sur les légendes des deniers carolingiens ; leGRATIA D-l REX devient GRATIA D- RIX. GIATAI D-
RIX, etc.; le REDONIS CIVIS devient 1;^^,^)^;;^^'^^ /;^^:- )f^\y^;)\^ RIDONIS CIVIS. RIDOIIISC, puis enfin VRBIS RIDONS (fig. 691). Sur des pièces un peu plus récentes, la formule carolingienne est remplacée par + MON ETA '^' ^' CIVI ; selon B. Fillon, ces pièces auraient été frappées à la suite de l'une de ces tentatives d'affranchissement municipal qui ont précédé de long-
in-80. — A. de Barthélémy, Notes sur l'histoire tnonèt. de Vanc. province de Bretagne ■ dans la Rev. numism., 1856 et 1859. — B. Fillon, Collection]. Rousseau. Monnaies féod. françaises. Paris, 1860, in-80, p. 177 et suiv. — J. Aussant, Etude de numismatique bretonne, dans les Mcm. de la Soc. archéol. du départem. d'Ille-et- Vilaine, 1863, p. 134. — L. Blancard, Nouveau classement des monn. bretonnes antérieures au monnayage de Philippe- Auguste, dans les Mém. de VAcad. de Marseille, 1888-89,
1. L'historien de la Bretagne Dom Morice rapporte un acte très curieux dont les
temps la grande révolution des communes. Nous doutons qu'il faille leur accorder une importance historique^
Dans la seconde moitié du x"" siècle, nous assistons à la création
Fig. 692
d'un numéraire autonome. Le monogramme carolin complètement barbare est entouré du titre ducal ; au revers, la légende désigne l'atelier de Rennes (fig. 692 et 693).
« Nous voici, continue B. Fillon, arrivé au moment où comtes et ducs signent leur numéraire. Nous ignorons si Geoffroi, fils de Conan le Tors, qui régna de 992 à 1008, introduisit sur le sien cette .innovation; nous ne le pensons pas. » Le premier souverain breton dont on ait une pièce signée certaine est Alain III (1008-1040); ses monnayeurs conservent encore le monogramme carolin et la légende l'appelle ALEN RIX. Ce prince, dit M. Blancard, a très bien pu prendre la qualification de roi, car il était fils de Geoffroi que plusieurs appelaient roi, Alanus, Gaufredi Jilius qui etiam rex a nonnullis vocahatur (D. Morice, a° 1027, p. 363), et on disait de lui-même qu'il gouvernait vaillamment la monarchie, de Bretagne : Alano'totius Britanniac monarchiam strenue gubernaiite (Ibid., l. cit.). Pour un grand nombre de numismates, la légende ALEN RIX n'a cependant pas cette portée: elle serait une simple imitation de l'ancienne légende carolingienne. Nous croyons que les deux opinions sont très bien conciliables.
Alain mourut en 1040, laissant pour héritier un enfant de quelques mois, Conan II. Le jeune prince fut placé sous la tutelle de son oncle, Eudon de Penthièvre, qui essaya de se rendre maître de toute la Bretagne. On n'attribue à Eudon (1040-105 7) pas moins de trois types différents :
dispositions rappellent les monnaies frappées dans ce pays à l'empreinte carolingienne : Hacc carta imUcat atquc conservât qiiod pignoravit Duil filius Rivclcn et ejiis bonio nomine Catlovuen salinain quae vocatur Permet sitam in plèbe IVeran in villa Alln pro viginti carolicis solidis. — Histoire de Bretagne, t. I, col. 298.
I. Poey d'Avant et Fillon estiment que le type carolingien rennois immobilisé fut employé non seulement à Rennes, mais dans les autres ateliers bretons. M. Caron s'est élevé, avec raison, contre cette théorie. — Mann, fc'od. françaises, p. 20.
1° Imitation du temple carolingien. Les légendes sont rétrogrades et incorrectes; EDO DVX BRITANIE — + EDONIS CIVITAS.
2° Imitation du monoi^ramme d'Herbert du Mans. Les lé^rendes sont également rétrogrades et incorrectes,+ EDO DVX BRITANE — REDONS CIVITA^ .
3° Tète à droite. Au revers, une croix pattée, cantonnée de deux étoiles dans les cantons supérieurs. Les légendes sont
+ DVX BRITANNE h QVEMPERLL ^'=-^94
Cette pièce anonyme est classée parmi celles d'Eudon, parce qu'elle servit de prototype aux pièces du comté de Penthièvre. C'est le seul produit connu de l'atelier de Quimperlé pour cette époque du monnayage breton (fig. 694).
Au sortir de sa minorité Conan II (1057-1066) trouva en usage dans Tatelier de Rennes les coins reproduisant le monogramme d'Herbert du Mans. Il en continua l'emploi pendant tout son règne et en émit 'des quantit. : considérables. Conan II se contente du titre de ornes; ses pièces portent: CONANVS COMES — REDONIS CIVIT
A Conan II succéda en 1066 son beau-frère Hoël II de Cor-
Fig. 695
Fig. 696
nou ailles. Une trouvaille faite à Bain (lUe-et-Vilaine) a révélé les monnaies de ce prince. Leur type se compose des lettres HL surmontées d'un trait abréviatif; les coins, mal trempés et sans cesse regravés, s'altéraient rapidement au moyen âge, aussi trouve-t-on un grand nombre d'exemplaires du denier d'Hoël II sur lesquels les deux lettres de son nom sont remplacées par trois jambages (fig. 69e).
Alain IV, dit Fergent ou le Roux, succéda à son père en 1084. Il commença son règne par une expédition contre Geoffroi le Bâtard, comte de Rennes, qui fut fait prisonnier et mourut la même année. Bigot a attribué à ce Geoffroi des deniers que nous croyons devoir rendre à Geoffroi Plantagenet; nous en parlerons plus loin.
Le monnayage d'Alain Fergent comprend deux types. Sur ses pièces les piUS anciennes, le duc, ALANVS. copie l'étoile qui marque les monnaies si répandues des seigneurs de Déols. Sur les plus récentes, il
Él
grave une croix ancrée formant une sorte de rosace (fig. 697). Il n'est pas hors de propos de rappeler qu'en 1096 Alain se croisa et fit le voyage de Terre-Sainte, où il passa cinq ans. En 11 12, il se retira dans le monastère de Redon.
F'g- 697 Fig. 693
Conan III le Gros (1112-1148) frappa, selon nous, ce denier à tête, copie des monnaies de Guingamp, que les .lumismates bretons font remonter à Conan I (fig. 698). On est généralement d'accord pour classer également à son rcgne les deniers qui portent dans le champ, rangées en triangle, les trois lettres IVS. Toutes ces pièces sont frappées à Rennes; une charte de l'abbaye de Sainte-Croix en Talmond mentionne cependant, sous le règne de Conan III, la monnaie de Nantes.
Après la mort de ce prince, son gendre, Eudon de Porhoet, fut proclamé à Rennes. Les habitants de Nantes et de Quimper choisirent comme duc Hoël III, fils de Conan III, qui avait été désavoué par son père. En 11 5 6, Hoël fut chassé par les Nantais qui se donnèrent à Geoffroi Plantagenet, frère d'Henri II, roi d'Angleterre; Geoffroi mourut en 1158.
On attribue à Eudon de Porhoet des deniers de très bonne gravure portant + BRITANNIE autour d'une croix ancrée, cantonnée de quatre points, et + DVX EVDO autour d'une croix pattée.
Hoël III est laissé sans monnaies par les numismates, mais nous classerons à Geoffroi Plantagenet (1156-1158) les deniers avec IVS en triangle et les légendes -f GÂVFRIDVS — + BRITANNI6. Ce monnayage est la continuation de celui de Conan III le Gros (fig. 699).
Fig. 699
Fig. 700
Conan IV le Petit (1156-1171), comte de Richemont et petit-fils, par sa mère, du duc Conan III, s'empara en 1156 de Rennes et déposséda Eudon de Porhoet. En 1158, à la mort de Geoffroi Plantagenet, il réunit à ses possessions le pays de Nantes, mais cette ville lui fut II. 25
3S6 troisiLmi; partie
cnicvcc Li mcme année par Henri II, roi d'Angleterre. Les deniers de Conan IV portent dans le champ, rangées en triangle, les trois lettres du mot DVX ; c'est une transformation du type de Conan III.
En 11^7, Conan IV, en guerre contre les seigneurs bretons, appela à son secours le roi d'Angleterre. Comme prix de cette intervention, le ùible duc de Bretagne dut fiancer à Geotiroi, iils du monarque anglais, sa tille et héritière Constance. Henri II fit couronner solennellement son fils à Rennes, en 1169, et à la mort de Conan IV, arrivée en 1171, Geotiroi devint duc de Bretagne, bien que son mariage avec Constance n'ait été célébré qu'en 1181.
Nous attribuons à Geoffroi II (1171-1186) deux types de deniers. Les plus anciens, frappés peut-être dès son couronnement en 11 69, reproduisent exactement les coins de Conan IV; la seule différence consiste dans le changement du nom et dans le cantonnement de la croix. Nous classons également au fils d'Henri II d'Angleterre les deniers portant une sorte de lleur de lis (tig. 700) que Poey d'Avant attribue à Geotiroi Plantagenet, comte de Nantes (1156-58).
Geotiroi II mourut en 1186, laissant sa femme enceinte d'un fils qui fut nommé Arthur. Constance se remaria en 11 99 avec Gui de Thouars, dont elle eut deux tilles, Alix et Catherine. Arthur fut reconnu comte de Bretagne à Rennes en 1196; il devint duc en 1201, après la mort de ;;a mère. En 1203, il fut assassiné par Jean sans Terre qui retint prisonnière Lleonore, la tille unique du malheureux prince. C'est dans ces circonstances que Gui de Thouars prit le titre de duc comme baillistre de sa fille Alix ; mais en 1206 Philippe-Auguste intervint dans les aiîaircs de la Bretagne, et ceignit la couronne ducale, en laissant toutefois la régence du pays à Gui de Thouars.
Pour la période de vingt ans qui va de la mort de Geoffroi II à l'intervention de Philippe-Auguste (i 186-1206), on ne frappa en Bretagne aucune monnaie signée. Les ateliers de Rennes et de Nantes mirent en circulation un nombre immense^ de deniers portant une croix ancrée (tig. 701) et les légendes DVX BRITÀNE — REDONIS CIVI ou NANTIS CIVI.
Nous avons passé en revue, dans le § VIII du chapitre!, les iiKHinaies frappées en Bretagne par le roi de France. « Il conserva d'abord le type du pa3s, dit .\L Caron. C'est l'intérêt de tout possesseur leCLiit de ne pas froisser les habitudes de ses nouveaux sujets, et
I. I.a'culc tu;uvaille' de- Marcuil comprenait 8 à 10,000 de ces deniers présentant tic. v.uicKs lie coins infinies.
nous voyons le même fait se produire en Poitou et en Aquitaine. La légende porte d'un côté PHILIPVS REX et de l'autre DVX BRITANIE. Comme type, il conserva à Rennes et à Nantes la croix ancrée. Cette concession faite aux habitudes du pays, Philippe-Auguste introduisit insensiblement et par transition le type tournois. » Sur les dernières pièces le titre de DVX est omis; les pièces sont purement royales.
Pierre Mauclerc, fils de Robert II, comte de Dreux, fut choisi par Philippe-Auguste en 12 12 pour épouser Alix, fille aînée de Gui de Thouars et de la duchesse Constance. Avant le mariage, Philippe exigea de Pierre qu'il lui fît hommage lige et qu'il reçût les hommages des Bretons avec cette clause : « sauf la fidélité due au roi de France, notre sire. )> Pierre fit cet hommage le 27 janvier 1213 et fut dès lors regardé comme duc de Bretagne.
Le monnayage de Pierre Mauclerc est anonyme. On en revint, dans les ateliers de Rennes et de Nantes, aux types employés avant Philippe-Auguste. Après l'annexion à la Bretagne d'une partie du Penthièvre, Pierre introduisit le type de la croix ancrée dans l'atcHcr de Guingamp, qui devint un des plus actifs du duché de Bretagne.
En 1237, Pierre Mauclerc remit son duché à Jean, son fils aîné, qui fut reconnu duc de Bretagne par les états et couronné à Rennes dans le mois de novembre.
Fis. 70;
lig. 703
La série de Jean I le Roux (1237-1286) nous fait entrer dans l.i période où Théraldique fournit la plupart des types monétaires brctt^n'^. Des deniers anonymes frappés à Guingamp, -|- CÂ5TRI C\cTA\\r\, montrent à l'avers un champ échiqueté de Dreux au Ir.iiK" (]iiartier tie Bretagne^; rémission de ces mounaies avait peut-être comnuiieé dès la fin du règne de Pierre Mauclerc; ille se continua sous K;; sueeessenrs de Jean, jusque sous Arthur II. jligot a établi une classilîcation as,-,e;' rationnelle decespièce^; tlontla quantité labiiquée lut énorme (lî;;. jn?.).
Le monnavage si::;ih' de Jean I comprend des lieiiins et des e/('/(-\ sur lesquels nous retrouvons ses armes, dans le cham[), dans un ecu triangulaire ou dan.; un écu carié, dit en bannière (lig. 70^ et 70 |). Les ateliers de Nantes et de Keimes ne sont indiqués que par leurs
I. Dreux portait : cchiquctv d'azur et il'or, I.cs iiriues lic l'rct.ii^nc étaient : i/'/vr;?/.w;i'
initiales, mais un remarquable monument donne en légende bien explicite le nom d'une ville nouvelle comme atelier, VRBS VENETENSIS, Vannes. C'est un double denier reproduisant l'ancien type de la croix ancrée. Un passage de la chronique de Rhuis semble faire allusion à ce monnayage : « MCCLIX. Nova inoneta recepta fuit in Vendis in vigilia Beaiae M. V., tempore ejusdem comitis. »
Les types monétaires de Jean II (1286-1305) sont également em-
,- — ^ pruntés à l'héraldique. On ne connaît de son règne que des
u|ftS/ deniers et des oboles; sur quelques pièces Jean II emploie un
^^ écu d'hermine (fig. 705) au lieu de l'échiqueté de Dreux au
Fig. 70; franc canton de Bretagne. Les monnaies portent souvent,
dans un des cantons de la croix, une lettre isolée, telle que R, b, I, B;
c'est à tort que Bigot a voulu voir dans cts initiales des lettres d'ate-
Hers monétaires. Aucun texte n'est venu confirmer cette hypothèse.
Arthur II (1305-13 12) conserva les traditions de monnayage à types héraldiques, mais, possesseur de la vicomte de Limoges, il fit souvent entrer les armes de cette terre dans la composition de ses armoiries. Son numéraire. comprend des deniers et des oboles; les pièces frappées à Guingamp sont anonymes ; celles où l'atelier n'est pas mentionné portent généralement + Â-DVX-BRITÀNI6 — COODES Rl- Ch€œVD.
Nous étudierons dans la quatrième partie de ce livre le monnayage des successeurs d'Arthur IL
§ VI. — Comté de Penthièvre.
« Personne ne frappa monnaie en Bretagne, excepté les comtes des Bretons; la branche de Penthièvre, qui fit forger des monnaies portant le nom de la ville de Guingamp, n'agit ainsi que parce qu'elle ne reconnaissait pas la suprématie de ses aînés et que ses membres portaient, comme les ducs, le titre de comtes des Bretons ^ »
C'est à la mort de Geoffroi I, duc de Bretagne, en 1008, que commence l'histoire de la branche de Penthièvre. Les deux fils du duc, Alain et Eudon, se partagèrent son héritage, et le second obtint les diocèses de Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol. Voici la chronologie d'Eudon et de ses successeurs :
Eudon, 1008-1079. Etienne I, seul, 1093-1136.
Geoffroi et Etienne I, fils d'Eudon, Geoflfroi Boterel II, fils d'Etienne, 11 36. 1079-1093. Rivallon.
I. A. de Barthélémy, Manuel de numism. du moyen âge. Paris, 1851, p. 165.
Etienne II.
Geoffroi III.
Alain le Noir, comte de Richemont.
Henri I, seigneur de Goello.
Alain fils d'Henri, 1205-1212.
Henri II d'Avaugour, 121 2-1235
Le prototype des monnaies de Penthièvre est un denier qu'Eudon frappa à Quimperlé, comme baillistre du duché de Bretagne et tuteur de son neveu Conan. Le type de cette pièce, une tête à droite, fut copié à Guingamp sous Etienne I (1093-1136), qui inscrivit sur ses pièces son nom, + ST€PbAN COCD, et celui de son atelier monétaire, + 6'VIN(D'ANP(fig. 706).
Les coins d'Etienne s'immobilisèrent et furent conservés, en s'altérant et devenant toujours plus barbares, sous les successeurs de ce comte. Alain de Goello, qui en 1205 réunit tout le Penthièvre sous sa puissance, remplaça le nom d'Etienne par le sien: + ALEN CONES. Ce monnayage fut de courte durée, car bientôt Philippe-Auguste se fit '°' ^°
reconnaître en Bretagne et frappa à Guingamp des deniers sur lesquels son nom, + PblLIPVS R6, accompagne l'ancien type. Nous avons déjà parlé de ces pièces dans notre chap. I.
L'atelier de Guingamp fut annexé au duché de Bretagne sous Pierre Mauclerc.
§ VIL — Comté d'Anjou.
Dans les dernières années du 'x^ siècle ou les premières du xi*, Foulques Nerra (987-1040), comte d'Anjou, affranchit le monnayage d'Angers de l'empreinte royale. Ses deniers, conçus dans le goût carolingien, portent son monogramme arrangé à la façon de celui de Caroîus. On y retrouve facilement toutes les lettres du nom
Fig. 707
FVLCO ; la légende circulaire est empruntée aux légendes carolingiennes : GRACIA DEI COIVES. Le nom de l'atelier, écrit autour de la
croix pattée du revers, est ANDECAVIS suivi du qualificatif aW/^j^ civis, civ, etc. (fig. 707).
Le monogramme de Foulques s'immobilisa sur les monnaies angevines et s'y conserva, presque sans partage, jusqu'à la seconde moitié du XIII* siècle. Geoffroi II (1040-1060) le reproduit sur ses deniers et ses oboles, où le nom de l'atelier est écrit VRBS ANDECAVIS, et le nom du prince (TOSF RI DVS COS. GOSIDVS COS. GOSEDVS COS. Suivant M. Caron, ce titre de COS est l'abréviation de consul plutôt que de cornes ; en effet, une chronique contemporaine des souverains d'Anjou s'appelle Gesta consulum Andccavensium. La croix qui figure au revers des deniers de Geoffroi II porte, suspendus aux branches latérales, un alpha et un oméga, dispositif qui reste jusqu'au xiii^ siècle une des particularités caractéristiques de la monnaie angevine (fig. 708).
Les successeurs de Geoffroi II semblent avoir attaché peu d'importance à la signature des espèces. Quel que soit le nom du prince régnant, les deniers portent le nom, soit de Foulques, soit de Geoffroi, et ces
Fig. 708 Fig. 709
noms sont maintenus simultanément sur les coins, ainsi que Fillon l'a observé. Un fait remarquable vient fournir la preuve évidente de cette persistance du nom d'un prince depuis longtemps décédé : il existe une obole au type tournois, évidemment frappée au commencement du xiii^ siècle, qui a comme légende FVLCO COMES (fig. 709).
Voici la liste des comtes d'Anjou pendant la période d'immobiUsation monétaire :
Foulques IV le Rechin, 1060-1109.
Foulques V le Jeune, 1109-1129.
Geoffroi V Plantagenet, 1129-iiSi.
Henri II d'Angleterre, 1151-1168.
Henri Court-Mantel, 1168-1189.
Richard Cœur de Lion, 11 89-1 190.
Jean sans-Terre et Arthur, 1199.
Pendant la première partie de son règne, Charles I (1246-1285) continua à se servir de l'ancienne empreinte immobilisée; mais il abandonna cet usage et mit son nom, CAROLVS COMES, sur les espèces, tout en conservant d'abord le monogramme de Foulques (fig. 710). « Quelque temps après, il le remplaça par une clef dont il trouvait, dit très justement Fillon, la configuration dans le monogramme, et par
des fleurs de lis, placés de façon à rappeler l'ancienne disposition du type (fig. 711). Cette remarque permet de classer chronologiquement les monnaies de Charles I, qui sont d'autant plus anciennes que leur em-
Fig. 710
Fig. 711
Fig. 712
preinte se rapproche davantage de la primitive. » Outre les types que nous venons de citer, Charles I émit des deniers à deux clefs adossées
Charles I, devenu roi de Sicile, s'intitule sur les plus récentes de ses monnaies KREX SICILIE. C: ANDEGAVIE (fig. 713).
Sous Charles II (1285-1290), qui en revient au nom écrit en toutes lettres KAROLVS COm€S — AnDEcTAVERSIS, le type se compose de la clef placée entre deux lis (fig. 714 et 715) ou entre un lis et une rosace.
Fig. 714
Fig. 71 s
En 1315, sous le règne de Charles III de Valois (1290-1325),
qui continua les types de son prédécesseur, la monnaie d'Angers est mentionnée dans l'ordonnance qui règle le monnayage des barons :
« Ittm, la monnoie d'Angiers : les deniers doivent estre a iij d. x grains de loy, argent le Roy, et de xix s.vj d.de pois, au marc de Paris, et les maailles doivent estre de ij d. xxj grains de loy, argent le Roy, et xvijs. iiij d. maailles doubles au marc de Paris ; et ne pourront faire que le x^ de maailles, c'est a dire ix. c l. de deniers et c l. de maailles doubles, et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué Vun parmi Vautre à peti'^ tournois et à maailles tournoises iij s. iiij d. moins la libvre que peti:^ tournois, c'est à dire que les xiiij d. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xij petix tournois. »
Le 14 mai 13 19 le roi Philippe V acheta à Charles III les monnaies de Chartres et d'Anjou, mettant fin de la sorte à la fabrication du numéraire féodal.
§ Vni. — Abbaye de Saumur..
Vers le commencement du xi^ siècle, l'abbaye de Saint-Florent-lès- Saumur exerça le droit de battre monnaie. On a retrouvé un denier d'argent dont voici la description: + BEATI FLOR€NTII. Croix pattée. ^. CASTRV SALMVRV. Clef dans le champ (fig. 716).
§ IX. — Comté du Maine.
Le monnayage féodal du Mans commença au x* siècle par des deniers sans nom royal, au type du temple ou des quatre petits temples posés en croix. La légende conserve le + GRACIA Dl REX. mais elle n'a assurément ici que la valeur d'une simple copie.
'^' '' Au commencement du xi*^ siècle,
Herbert I Eveille-chien, comte du Mans (1015-1036), crée un type monétaire qui reste à l'état d'immobilisation jusqu'au miheu du xiii^ siècle sur les coins de l'atelier mançois. En voici la description: + COIVES CENOMANNIS. Au centre le monogramme d'Herbert. ^. + SIC^'NVM DEI VIVI. Au centre une croix pattée, cantonnée dans les cantons inférieurs d'un À et d'un GO attachés aux bras transversaux
(fig- 717)-
Fig. 717
Fig. 718
En 1246, Charles d'Anjou (1246-1285) devint comte du Maine et modifia le monnayage. On distingue nettement trois étapes dans la transformation subie par les types.
1° Le monogramme d'Herbert est conservé, mais les légendes deviennent K. COMES PROVINCIE-FILI REGIS FRANCÎE. ou plus simplement K. FIL. REGIS. FRANCIE, lorsqu'au revers le nom français ANIEVNS DOVBLES remplace la devise religieuse.
2° Le monogramme d'Herbert, dont le sens s'était perdu, est défiguré par les graveurs des coins et devient une figure informe. Les
légendes sont CAROL-REXSICILIE et l'ancien SIGNVM DEI VIVI (fig. 718).
3° On fait faire une révolution semi-circulaire à la figure bizarre précédemment créée et cette figure produit une sorte de couronne.
Désormais, une couronne de mieux en mieux dessinée formera le type de la monnaie du Mans, sur laquelle Charles II (1285-1290) et Charles III de Valois (1290-13 17) omettentleur signature, que remplace l'indication ODOR^TA: CER05T? (fig. 719).
Dans toutes les pièces que nous venons d'énumérer il ne se trouve pas une obole. « Je ne crois pas, ditPoey d'Avant, qu'on en trouve jamais. En voici la raison. Les deniers du Maine avaient une valeur double de celle des autres provinces qui leur servaient d'obole. » Il n'est en effet question que de deniers dans la célèbre ordonnance de Louis le Hutin (13 15): « Item, la monnoie du Mans : les mansois doivent estre à vi d. de loy, argent le Roy et de xvj s. de pois^ au marc de Paris ; et ainsi vauldront les mansois dessus dicts xx d. mains la livre que peti:(^ tournoi:(^ c^est à dire que les xiij mansois ne vaudront que ij s. de peti:^ tournois. »
Philippe de Valois réunit le Maine à la couronne. Lorsqu'en 1356, le roi Jean donna le comté à son second fils Louis, il stipula formellement que le droit de battre monnaie n'était pas compris dans l'apanage : Salvis tamen et nobis retentis et reservatis juribus nosirae regaliae, monetis et exceptionibus ecclesiarum cathedralium.
§ X. — Abbaye de Saint-Martin de Tours.
L'abbaye de Saint-Martin, qui dès l'époque mérovingienne percevait les produits du monnayage, tenta de s'affranchir de tout contrôle royal
Fig. 720 Fig. 721 Fig. 722
dès le IX* siècle. Au x* siècle la tentative fut reprise et cette fois réussit pleinement. Les plus anciens deniers ont une tête de profil, le chef de saint Martin, qui devint le modèle du monnayage chinonais ; puis est adopté par l'atelier abbatial, à l'avers des deniers et des oboles, le temple tétrastyle carolingien entouré de SCS MARTINVS, tandis que, du côté de la croix, on écrit TVRONVS CIVITAS. Peu à peu, le temple primitif s'altère; la croisette centrale du temple disparaît; trois colonnes centrales, réduites dans la suite à trois globules, soutiennent le fronton, tandis que deux hautes tours accostent l'édifice. Un croquis permettra
mieux qu'une description de suivre ces transformations successives, d'où sortit le type tournois^ qui doit jouer un rôle si considérable dans la numismatique du xiv« siècle (fig. 720, 721 et 722).
L'abbaye de Saint-Martin avait été oubliée dans l'ordonnance de 13 15 ; aussi la voyons-nous réclamer auprès du roi Louis X qui, le 12 mai 13 16, prescrivit de ne point troubler les doyen, trésorier et chapitre de Saint- Martin dans l'exercice de leurs droits monétaires.
§ XL — Seigneurie de Loches.
M. Gariel a fait connaître un denier du xi*" siècle appartenant à cette localité. C'est une pièce anonyme portant au droit et au revers la légende + hOCAS CASTRO. Le type semble une dégénérescence d'un des types d'Eudes.
§ XIL — Comtés de Blois et de Chartres.
Le premier comte héréditaire de Blois et de Chartres fut Thibaut le Tricheur. Ses successeurs, dont voici la liste, conservèrent la possession des deux comtés réunis :
Eudes I, 978-995. Thibaut IV le Grand, 1102-1152.
Thibaut II, 995-1004. Thibaut V le Bon, 11 52-1 191.
Eudes II, 1004-T037. Louis, 1191-1205.
Thibaut III, 1037-1089. Thibaut VI, 1205-1218. Etienne, 1089-1 102.
Après la mort de Thibaut VI, les comtés de Blois et de Chartres furent momentanément séparés; mais ils se réunirent de nouveau en 1269, pour se séparer définitivement en 1292.