BLOIS CHARTRES
Marguerite, 1218-1230. Isabelle, 1218-1249.
Marie et Hugues de Châtillon, 1230-1241. Mahaut, 1249-1269?
Jean de Châtillon, 1241-1269-1279.
Jeanne de Châtillon, 1279-1292.
Hugues de Châtillon, 1292- 1307? Charles I de Valois, 1 293-1 323.
Gui de Châtillon, 1307-1342. Charles II de Valois, 1325-1346.
Les monnaies de Blois et de Chartres sont presque toutes empreintes d'un type spécial, appelé par Cartier, qui l'étudia le premier S type
I. Cartier, Recherches sur les monnaies au type charirain, dans la Revue numismatique de 1844 et suiv.
chartrain, mais dénommé plus tard type chinonais. Il constitue, en effet, une dégénérescence de la tête couronnée, de profil, figurant sur les monnaies anonymes fi-appées dans les derniers temps carolingiens aux noms de Chinon et de Tours.
Fig. 723
Fig. 724
Fig. 72s Fig. 726 Fig. 727
Ce n'est toutefois qu'au xi^ siècle que se généralisa cette empreinte si curieuse conservée encore aujourd'hui dans les armes de la ville de Chartres. Les monnaies de Thibaut le Tricheur (922-978 ou environ), frappées à Chartres et à Beaugency, portèrent une immobilisation du monogramme du roi Raoul ^ Il faut descendre jusqu'au règne d'Eudes I pour rencontrer les plus anciens deniers frappés à Chartres à la tête chinonaise.
Jusqu'au milieu du xiii* siècle, les deniers et les oboles au type chinonais frappés à Blois et à Chartres sont anonymes. La figure dégénérée de la tête occupe seule le champ du droit, agrémenté de détails accessoires. Au revers, une croix pattée est entourée soit de BhESIANIS CATO ou de BhESIS CASTRO, soit de CARTIS CIVITAS.
Jean de Châtillon, comte de Blois (1241-1279), rompit un instant avec le type uniformément adopté par ses prédécesseurs. Il battit des deniers tournois, donnant il est vrai au châtel une forme qui pouvait à première vue le faire confondre avec l'empreinte blésoise ; mais en 1262 une ordonnance de saint Louis défendit formellement aux
I. Dans une brochure récemment publiée, M. R. Merlet essaie de démontrer que le type des deniers de Chartres (cf. nos fig. 723 à 727) est dérivé non de la tctc de Chinon, mais du monogramme de Raoul. Cette opinion ne nous paraît pas soutenable. — R. Merlet, Origine des monnaies féodales au type chartrain. Chartres, 189 1, impr. Garnier, in-S».
seigneurs rimitation des types royaux, et l'atelier de Blois en revint à son simulacre de tête.
Désormais, au droit des deniers et des oboles paraît le nom du comte ou de la comtesse, mais ce nom figure, non pas en bordure circulaire, mais dans l'espace laissé libre, sur le flan, devant l'angle du nez. C'est ainsi qu'à Blois, Jeanne de Châtillon (1279-1292), écrit I COI- TISSA. Hugues(i292-i307), b COMES, Gui (1307-1342), GVIDO COCDES ^ Sur un denier de ce dernier prince, l'indication de l'atelier de Blois est remplacée par + MONT-LADRIVIE ; Poey d'Avant considère ce nom comme se rapportant au village de Mont-Lavi en Blésois.
A Chartres, le type chinonais n'est jamais accompagné d'une inscription. C'est au revers, autour de la croix, que le comte Charles I met son nom et celui de sa capitale K. COM. CARTIS CIVIS.
La monnaie de Blois et celle de Chartres figurent toutes les deux dans l'ordonnance de 13 15. Voici les paragraphes qui les concernent:
« Item, la inonnoie de Chartres, qui est à monseigneur de Valois : les deniers doivent estre à iij d. x grains de loy, argent le Roy, et de xixs. vij d. de pois au marc de Paris ; et les luaailles doivent estre à ij d. xxj grains de loy, argent le Roy, et de xvij s, iiij d. maaiUes doubles, au marc de Paris ; et ne pourront faire que la x" partie de maailes c'est-à-dire ix. c. /. de deniers et c l. de înaailles doubles ; et ainssivauldront les deniers et les maailles dessus dictes avalué Vun Vautre a peti~ tournoi:^^ et a maailles tour noises iij s. iiij d. mains la livre que peti:(^ tournoi:^, c'est-à-dire que les xiiij d. de la monnaie dessus dicte ne vaudront que xij peti::^ tournois. »
« Item, la monnoie au conte de Bloi::^ : les deniers doivent estre à iij d, X grains de loy, argent k Roy, et de xix s. vij d. de pois, au marc de Paris; et les maailles doivent estre à ii d. xxj grains de loy, argent le Roy, et de xvij s. iiij d. maailles doubles au marc de Paris; et ne pourront faire que la x^ partie de maailles, c'est-à-dire ix. c. l. de deniers et c l. de maailles doubles, et ainsi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre a peti:;^ tournois et à maailles îournoiscs iij s. iiij d. mains la livre que peti^ t., c'est-à-dire que les xiiij d. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xij pcti:^t. ))
Les monnayages féodaux de Chartres et de Blois s'éteignirent par achat du roi de France. Le 14 mai 13 19, Philippe le Long acheta à son
I. En 1309, Gui de Châtillon donna à bail la fabrication monétaire du Blésois à Nicolas Branchcscchc. Les deniers frappés par ce maître portent un B dans un des cantons de la croix. — Cf. René d'Amécourt, Un denier de Gui de Chdtillon comte de Blois, dans Y Annuaire delà Soc. franc, de uuniisin., 1890, p. 337.
oncle Charles, comte de Valois, les monnaies de Chartres et d'Anjou au prix de 50,000 livres de bons petits tournois. Le 3 mai 13^8, Gui de Châtillon, comte de Blois, vendit son atelier à Philippe VI, pour 15,000 livres.
§ XIII. — Comté de Vendôme.
Le Vendômois faisait, à Torigine, partie de l'Anjou. En 958, Foulques II en forma un comté séparé en faveur de Bouchard, son fils, dont nous avons décrit une monnaie dans le § IL
Les monnaies de Vendôme se rattachent au groupe si considérable des dégénérescences de la tête chinonaise; mais elles sont caractérisées par la présence de quelques ornements locaux (fig. 728 et 729), tels que le croissant placé d'habitude devant le profil.
Les premières émissions vendômoises sont anonymes. Seule l'indication de l'atelier se montre du côté de la croix; on y lit + VINDENS CASTRO, VINDOCINO CASTRO, ou des formes beaucoup moins correctes telles que VDON CAOSTO. VONDOIDTO, VONENITO. VDCINOCO NONI, etc.
La signature comtale apparaît au début du xiii^ siècle sous Jean III (1207-12 18). Sur quelques-unes de ses pièces, deniers et oboles, ce comte conserve l'ancien type chinonais et l'accompagne de son nom, l6b"A; mais bientôt, rompant avec la tradition, il adopte le type tournois, en le torturant, du reste, de manière à le faire ressembler autant que possible à l'empreinte abandonnée. Les légendes de c^s pièces nouvelles sont VINDOCINI du côté du châtel et lObAN COMES du côté de la croix (fig. 730).
Fig. 728 Fig. 729 Fig. 730 F-g. 731
Sous Jean IV (1218-1239) le type tournois défiguré persiste, mais au centre du châtel est, au Heu d'une croix, une rosace (fig. 731). Pierre de Montoire (1239-1249) s'en tient d'abord à cette empreinte, puis il la remplace par une sorte de croix formée par quatre fleurons aboutés.
Sous Bouchard (1249-1271) et Jean V (1271-1315), le châtel tournois défiguré reparaît (fig. 731); mais, après ce dernier comte, le monnayage vendômois s'arrête, bien que la légalité en ait été reconnue par l'ordonnance rendue en 13 15 sous Louis le Hutin. Le para-
graphe qui s'y rapporte diffère peu de ceux relatifs aux monnaies de Blois et de Chartres. Suivant quelques auteurs, Bouchard ¥1(1315- 1354), comte de Vendôme, vendit en 1320 ses droits monétaires au roi Philippe le Long.
§ XIV. — Vicomte de Chdteaudun.
Les monnaies des vicomtes de Chateaudun du xi^ et du xii^ siècle sont anonymes et reproduisent le type dégénéré de la tête chinonaise; le groupe dunois se distingue des autres en ce que le front et la couronne sont devenus deux ellipses superposées. Sur les deniers et les oboles les plus anciens, le type est généralement accompagné de deux
FiîT- 7)2
Fig- 7;
ri!î- 734 l'i.T- 73) F'g- 73^
OU trois croiscttcs (fig. 732 et 733). Plus tard, le centre de la pièce est occupe par un globule ou un annclct, tandis que devant et derrière la figure informe paraît un croissant (fig. 734 à 736). Sur les émissions de cette seconde époque, les pointes de la couronne sont fréquemment omises.
D'abord orthographié d'une façon très variable, le nom de Chateaudun, écrit du côté de la croix, devient plus correct à mesure qu'on approche du xiii'^ siècle. Nous noterons les formes suivantes: + DYNICO CACOThhh. + DYNIOOiACOThhh. + DVNIOSTIIO, + CASTRVM DVNI. + CASTRIDVNI.
Geoffroi IV (121 5-123 5) est le premier vicomte de Chateaudun qui nous donne des monnaies signées, difficiles à distinguer de celles de Geoffroi V (1235-125 .). Les deniers et les oholes signés G'AVF-RI- DVS ou G'AVFRID' comprennent, sous le rapport du type, quatre groupes distincts, dont les deux premiers sont classés par Poey d'Avant à Geoffroi IV et les autres à son successeur :
1° Trois croissants rangés, un an milieu du champ, les deux autres dans la bordure (fig. 737).
FIEl-S FRANÇAIS
2° Débris de l'ancienne tète chinonaise accompagnés d'un globule central et de deux croissants, de manière à former un dispositif ayant quelque analogie avec le cliâtel tournois (fig. 738).
3° Les montants du châtel se remplissent, et dès lors l'ellipse qui rappelait la couronne de la tête chinonaise disparaît. C'est un acheminement de plus vers le châtel (iig. 739).
4° Les quatre coins de l'image ainsi formée s'ornent d'annelets et le centre du type prend une fleur de lis. Nous sommes très près de l'empreinte tournoise (flg. 740).
Fig. 737
Fig- 73S
Fig- 759
Fig. 740
Sous le vicomte Robert de Dreux (125 3-1264) le châtel, conservé d'abord sous la forme que Geoffroi V lui avait fait atteindre, à cette différence près qu'une croisette remplace le lis, fLiit ensuite un pas en arrière. Nous assistons à un retour momentané vers l'ancienne empreinte chinonaise. Peut-être faut-il voir dans cette modification la conséquence d'un ordre du roi Louis IX qui, ainsi que nous le verrons, défendit aux fcudataires de copier le châtel tournois réservé aux monnaies royales et à celles de l'abbaye où il prit naissance.
Les pièces de Robert ont pour légendes, du côté de la croix, ROBER- TVS VICONS, ou, ROB. VICECON.
L'histoire ne fait pas mention d'un Simon vicomte de Châteaudun, et cependant il existe un dcnkr au premier type de Robert dont les inscriptions sont SIMONIS VICONES — CASTRIDVNI. M. Cartier suppose que ce personnage est quelque baillistre. « Lorsque Robert mourut en 1244, sa fille Alix était mineure et peut-être déjà fiancée à Raoul de Clermont. Celui-ci avait pour père Simon de Clermont, mort en 1288, et pour frère Simon de Clermont, évêque de Beauvais, mort en 13 12. Il faut supposer que l'un de ces deux Simon fut tuteur d'Alix ou de Raoul, aussi mineur jusqu'à la consommation du mariage. On trouve aussi, dans l'histoire de Dreux, un Simon de Dreux qui vivait à la même époque et qui était frère de Robert, vicomte de Châteaudun. » Peut-être la seigneurie lui fut-elle un instant engagée.
Raoul de Clermont (1244-1290?) en revint au type du châtel avec lis central créé sous Geofifroi; ce type se retrouve sur une curieuse obole dont les légendes formées des noms de Châteaudun et de Ven-
dôme dénotent une alliance monétaire évidente entre les deux seigneuries. Aorès la mort de Raoul, sa veuve se remaria avec Guillaume de Flandre (1291-1317), le dernier vicomte qui semble avoir monnayé. Les deniers et les oboles de ce seigneur conservent le châtel, mais le lis est remplacé par un petit lion de Flandre, brisé d'un bâton péri en bande, ses armoiries personnelles.
La monnaie de Clermont est mentionnée dans l'ordonnance de 13 15, comme appartenant à Alix; en effet ce n'est que comme administrateur des biens de leur femme que Raoul et Guillaume signent successivement les espèces :
« Item, la monnoie de Chastiaudun, qui est à madame de Neelle : les deniers doiuent estre à iij d. x grains de loy, argent le Roy, et de xix s. vij d. de pois, au marc de Paris; et les maailles doivent estre à ij d. xxj grains de loy, argent le Roy, et de xvij s. iiij maailles doubles au marc de Paris; et ne pourront faire que la x^ partie de maailles, c'est à dire ix. c. /. de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainssi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes avalué l'un parmi Vautre à peti^ tournois et à maailles t. iij s. iiij d. mains la livre que petits tournois, c'est à dire que les xiiij d. de la monnoie dessus dicte ne vaudront que xij petij^ tournois, »
§ XV. — Comté du Perche.
Au commencement du xi* siècle, Guérin, seigneur de Domfront, inaugura la dynastie féodale des comtes du Perche. Leur race s'étant éteinte en 1226 à la mort de Guillaume, divers compétiteurs aspirèrent à la possession du comté. Le roi Louis VIII, qui était un des prétendants, le mit sous sa main par provision. En 1257 Jacques de Château- Gontier céda tous ses droits à saint Louis.
« Le type des monnaies du Perche P6RTICENSIS, dit Poey d'Avant, se rapproche beaucoup de celui des espèces de Châteaudun. Le type est seulement placé dans un sens différente » Selon M. Caron, dont l'avis s'appuie sur une étude consciencieuse des trouvailles, le monnayage percheron commença au milieu du xii* siècle.
§ XVI. — Seigneurie de Déols.
Raoul le Large, seigneur de Déols, fonda au milieu du x* siècle la ville de Châteauroux, qui finit par devenir la capitale de ses successeurs :
I. On connaît un seul dcuicr du Perche portant une signature de comte, malheureusement l'unique exemplaire qui en a été signalé est si mal conservé que la lecture de l'initiale est très douteuse. Voyez le résumé des attributions possibles dans V Eclaircissement II joint par M. A. de Barthélémy au Saint Louis de M. Wallon, p. 509.
Raoul II le Chauve, 952.
* Eudes l'Ancien, 1012-1037.
* Raoul III le Prudent, 1037-1052.
* Raoul IV l'Enfant, 1052-1058.
* Raoul-Thibaut, 1058-iicx).
* Raoul V le Viel, 1 100-
* Ebbes.
* Raoul VI, II 60-1 176.
En 1176, le mariage de Denise, fille de Raoul VI de Déols, avec André de Chauvigny, fit passer la seigneurie dans cette maison. * Philippe-Auguste s'empara momentanément de Déols en 11 88.
* Guillaume I de Chauvigny, 1203-1233. * Guillaume III, 1270-
* Guillaume II, 1233-1270.
Le monnayage de Déols commence dès le rogne d'Eudes l'Ancien par des deniers présentant un monogramme carolin très dégénéré. A ce type se substitua un autre formé des lettres NI (fig. 741), puis enfin celui de l'étoile ou pentalpha (fig. 742) qui resta par excellence le type de Déols.
Fig- 741
Les deniers d'Eudes ont pour légendes + ODO + DVX h DOLEO
CIVES; ce titre de duc vint au sire de Déols, après qu'il eut commandé la milice du roi Henri I dans la guerre que soutint ce prince contre la reine Constance.
Raoul III de Déols, sur ses ^^fî/Vr^ à l'étoile, s'intitule : RADVLFVS DOL. — DVX MILICE. Mais ses successeurs ajoutent modestem^ent à leur nom DE DO LIS. Nous trouvons le type de l'étoile reproduit sans modification sous Ebbes, sous Raoul IV, Raoul V et Raoul VI, dont les monnaies sont difficiles à répartir. Suivant M. Caron, qui invoque l'argument puissant des trouvailles, tous les deniers au nom de RADVLFVS seraient du dernier seigneur de ce nom (ri6o), dont Ebbes, EBO DE DOLIS, aurait été le prédécesseur. La chronologie des sires de Châteauroux n'a pas encore été établie d'une manière certaine.
En 1188, Philippe-Auguste s'empara momentanément de Ch:V teauroux et monnaya à l'ancien type seigneurial de Déols. Sur les deniers de Guillaume I de Chauvigny (1203-1233), l'étoile déolaise, placée jusque-là dans un grènetis, franchit cette entrave et occupe tout II. 26
le champ; les lettres de la légende cantonnent ses pointes, et au centre est posé un croissant ou un lis.
Sous Guillaume II de Chauvigny (1233-1270) nous trouvons trois types successifs. Ses defiiers et ses oboles les plus anciens sont imités de ceux des comtes de la Marche. Le champ est occupé par le mot DNS surmonté d'un signe d'abréviation et placé au-dessus d'un croissant (fig. 743). Les légendes circulaires sont + 6'VILLIVIVS DOM — + CASTRI RADVLFI.
La seconde émission, que Poey d'Avant classe à tort à Guillaume I, est marquée à l'écu de Chauvigny, qui est fuselé, avec un lambel
comme brisure (fig. 744). Légendes: + GVILL. D6 DOLIS (- D
CASTRADVF.
Sur les dernières pièces de Guillaume II les armes de Chauvigny, au lieu d'être posées dans un écusson, couvrent le champ. Les inscriptions donnent + GVILL DOMINVS — + CASTRI RADVLFL
Le monnayage des premiers temps de Guillaume III conserve ce type, mais les légendes sont modifiées en ce sens que le seigneur mentionne sur les espèces son nom patronymique: -j- GLM DE CHAVIG. Guillaume III altéra tellement ses monnaies que ses sujets se plaignirent au roi. Par acte du 6 décembre 13 16, il s'engagea à ne plus frapper pendant vingt-neuf ans, si ce n'est une fois dans quinze ans, jusqu'à la valeur de 200 livres du même poids et au même titre que le petit tournois, à condition aussi que pendant vingt-neuf ans on ne recevrait dans ses terres que la monnaie du roi, et que ce terme expiré il pourrait, lui et ses héritiers, recommencer à battre monnaie.
M. Caron croit qu'en 133 1 Guillaume III usa de la faculté qu'il s'était réservée de reprendre au bout de quinze ans un monnayage Hmité. Il attribue à cette époque les deniers dont le type, distinct de ceux qui remontent aux premières années de Guillaume III, se compose d'un lis posé sur un croissant et accosté de deux étoiles.
La monnaie de Châteauroux est mentionnée en ces termes dans l'ordonnance de 13 15 :
« Item, la monnoie au seigneur de Chastiou Raoul: les deniers doivent estre à iij d. vj grains de loy, argent le Roy, et de xx s. de pois, au marc de Paris; et les maaillcs de la dicte monnoie doivent estre à ij deniers xvj grains de loy, argent le Roy, et de xvij s. ij deniers maaillcs doubles ^de pois , au marc de Paris, et ne pourront faire que la x"" partie de maailles, c'est à dire ix. c l. de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainsi vaudroitt les deniers et les maailles dessus dictes avalué l'un parmi Vautre a peti:(^ tournoi:(^ et a maailles tournoises V s, tnains la livre, c'est assavoir que les xv deniers ne vauldront que xij peti:!^ tourmis. »
§ XVII. — Seigneurie d'Issoudun.
Au commencement du xi* siècle, nous trouvons Issoudun en la possession d'Eudes l'Ancien, seigneur de Déols. Cette ville passe ensuite, dit Poey d'Avant, aux cadets de la maison de Déols. Au xii* siècle, la seigneurie fut occupée par Philippe- Auguste et Richard Cœur de Lion. Le roi de France la laissa en fief à Guillaume de Chauvigny, qui en était devenu le seigneur par son mariage avec Mahaut. Après le décès de Mahaut, morte sans enfants en 1220, Issoudun passa à Louis, fils de France, et fut réuni à la couronne.
Le type des monnaies d'Issoudun, sous Eudes l'Ancien, ODO SENIOR, est d'abord formé d'un grand A avec un annelet dans l'écartement des jambages; puis paraît une sorte d'oméga qui restera la marque caractéristique de l'atelier, le « type d'Issoudun », jusqu'aux premières années du xiii^ siècle. On retrouve cette empreinte sur les deniers anonymes du xi^ siècle au nom d'Eudes dégénéré, sur les pièces de Geoffroi (1062), de Raoul II (1127), d'Eudes III ou IV (1164-1199), de Gui de Nevers (1168), tuteur d'Eudes IV, de Richard Cœur de Lion et de Philippe-Auguste.
Guillaume I de Chauvigny (1212-1220), après avoir usé du même type, introduisit à Issoudun l'étoile de Châteauroux.
Fig- 74S
§ XVIII. — Comté de Donzy.
Au début du xi* siècle, dit Poey d'Avant, Geoffroi de Semur, père de Geoffroi I, seigneur de Donzy, possédait Gien, qu'il transmit à ses descendants. En 1197 Hervé IV céda cette terre à Philippe-Auguste.
Les deniers et les dboles de Gien sont tous au nom de Geoffroi, GOSEDVS ^'^ '^^
COS h 01 EMIS CA, qui s'immobiHsa pendant tout le xii* siècle.
Le type uniformément employé sur toutes les pièces de l'atelier est une copie du monogramme de Foulques d'Anjou (fig. 746).
§ XIX. — Comté de Sancerre.
Au XI* siècle le pays de Sancerre appartenait aux comtes de Cham-
pagne. En 1152, Etienne, fils de Thibaut le Grand, reçut ce comté en partage et le transmit à ses descendants.
Etienne I (1152-1191) ouvrit à Sancerre un atelier dans lequel il frappa des deniers et des oboles. Le type de ces monnaies se compose d'une tête de profil à droite, couverte d'une couronne à deux pointes ;
la légende + IVLIVS CESAR nous renseigne sur l'identité du personnage que les monnayeurs ont voulu représenter. Les Sancerrois faisaient remonter la fondation de leur ville au conquérant des Gaules.
^'^' ""^^ Aux pièces signées d'Etienne succèdent de
nombreuses émissions anonymes. La tête de César s'y montre, soit à gauche, soit de face, toujours entourée du nom. Du côté de la croix figure invariablement le nom de l'atelier SACRVM CESARIS (fig. 747). Au commencement du xiv* siècle, le comte de Sancerre émit quelques esterlins du type anglais. La tête couronnée, de flice, est naturellement destinée à figurer celle de César + NOM EN IVLIVS CESAR. Du côté de la croix, toujours cantonnée à l'anglaise de groupes de globules, est une légende, soit SACRVM CESARI. soit SACLVM CESARI.
« C'est par la Flandre et non par l'Aquitaine, observe judicieusement M. Caron, que les imitations des esterlins pénétrèrent dans le centre de la France. Etienne II de Sancerre échappa à la défaite de Courtrai et, de retour dans son comté, il fit frapper ses monnaies au type dont il avait pu constater la faveur. » Une intervention royale mit sans doute fin à cette fabrication de pièces plus fortes que l'unité denariale. La monnaie de Sancerre est mentionnée en ces termes dans l'ordonnance de 13 15 : « Item, la monnoie au conte de Sànsuerre : les deniers doivent estre à iii d. et vi grains de loy, argent le Roy, et de xx s. de pois, au marc de Paris; item les maailles de la dicte monnoie doivent estre a ii d. xvi grains de loy, argent le Roy, et xvii s. ii d. maailles doubles de pois, au marc de Paris; et ne pourront faire que le x^ de maailles, c'est à dire ix.c l. de deniers et c l. de maailles doubles; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessusdictes avalué l'un parmi l'autre a peîi:( tourn[oi:(\ et à maailles tourn[oises] v. s. mains la livre que peti^^ tourn[oi:(], c'est assavoir que les xv ne vauldront que xii peti:{ tourn[oiî\.
§ XX. — Seigneurie de Mehun-sur- Yêvre.
En II 98, Mahaut, héritière de Mehun, épousa Robert de Courte nai, qui fut la souche d'une nouvelle maison seigneuriale. C'est à
ce prince que nous restituerons le denier suivant, que Poey d* Avant et les numismates du nord de la France ont classé à Robert II d'Artois : + ROBERTI (rétrograde). Croix pattée cantonnée de deux T et de deux étoiles. H- + MON ETA (rétrograde). Au centre un fleuron et les lettres MVN, c'est-à-dire Mehun en langue vulgaire, disposés autour d'une étoile.
Il y a une grande lacune dans la numismatique de Mehun pour toute la première moitié du xiii^ siècle. Les monnaies des successeurs immédiats de Robert de Courtenai sont encore à retrouver.
En 1252, Henri de Sully épousa Péronnelle de Joigny, veuve de Pierre de Courtenay, possesseur de Mehun. Pierre ne laissait qu'une fille, Amicie de Courtenai, dont Henri de Sully devint tuteur. C'est en cette quaUté qu'il frappa à Mehun le curieux denier dont voici la description: + ENRI S DE SOLI. Fasce accompagnée d'une fleur de lis. IV. SIRES DE MAVN. Croix.
Poey d'Avant a déjà fait ressortir le rapport qui existe entre ce type et celui de Mahaut de Courtenai, comtesse de Nevers; nous ne serions pas éloigné de les croire tous les deux issus de l'empreinte du denier frappé à Mehun par Robert de Courtenai.
Amicie de Courtenai fut donnée en mariage à Robert II comte d'Artois. Il existe de ce prince deux types monétaires différents. Sur les pièces les plus anciennes, il copia le châtel des deniers et des oboles tournois; les légendes sont + ROBERTI ATBATES — DNI DE MAG- DVrO. L'émission de ces pièces fut vraisemblablement arrêtée par ordre du roi. Quoi qu'il en soit, le coin du châtel fut délaissé de bonne heure. Robert remplaça les imitations des espèces royales par des copies àes deniers des comtes de la Marche. Les lettres COQV sont placées dans le champ pour simuler le CbQ des prototypes. Les légendes sont écrites en langue vulgaire: ROBERT D'ARTOIS — MONOIE DE MEV.
Robert mourut en 13 15, l'année même où l'ordonnance des monnaies des barons constate l'activité de son atelier monétaire. Voici ce que dit ce précieux document touchant le monnayage de Mehun : « Item, la monnoie au sire de Meun-sus- Yèvre : les deniers doivent estre à iij d. vj grains de loy, argent le Roy, et de xx s. de pois,^ au marc de Paris, et les maailles de la dicte monnoie doivent estre à ii. d. xvi grains de loy, argent le Roy, et de xvii s. ii d. maailles doubles de pois, au marc de Paris ; et ne pourront faire que le disième des maailles, cest à dire ix. c l. de deniers et c L de maailes doubles, et aussi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes avaluéVun par^ni Vautre a pcti:^ tournoi:(et a maailles iournoises v s. mains la libvre que peti:^ tournoi^; c'est a dire que les xv deniers ne vaudront que xij pcti\ tournoi:^, »
§ XXI. — Seigneurie de Vier^on.
Les premières monnaies de Vierzon sont anonymes, leur type se compose à l'avers d'une grande fleur à plusieurs branches couvrant tout le champ. Au revers, une croix pattée est ceinte de la légende VIRSIONE (fig. 748).
Ce monnayage anonyme dura jusque dans la seconde moitié du
xii^ siècle. Guillaume I (ii64-ii97)y mit fin en introduisant dans sa seigneurie le type nivernais de la faucille accompagnée de l'étoile et du croissant. Ce seigneur se nomme simplement GVILLERMVS. ^'&- 748 Son successeur Hervé II (1197-
1203), HERVEVS, copia sur ses deniers et oholes le monogramme de Foulques d'Anjou tel que le donnent les pièces de Gien.
M. Caron a rendu à Guillaume 11(1219-1258) les pièces classées par Poey d'Avant à Guillaume III et qui présentent soit quatre croissants adossés autour d'une étoile, soit une croix à branches ancrées formant une sorte de rosace.
Les monnaies d'Hervé III (1258-1270) sont encore à retrouver. Jeanne de Vierzon, fille unique d'Hervé III, transmit la seigneurie à une branche cadette de la maison de Brabant par son mariage avec Geoffroi de Brabant (1270-1302). Ce seigneur mit sur ses deniers et ses oboles les armes et le nom de sa famille: GODEFR DE BRABA — DNS VIRSIONIS, et un écu au lion de Brabant, brisé d'un lambel. On classe aujourd'hui à Jeanne de Vierzon un denier de légende douteuse portant DOMINA AIN A; le type est un écu à la fleur de Vierzon.
Après la mort de Geoffroi, sa fille Marie de Brabant (1302-1330) lui succéda, d'abord avec son mari Guillaume, puis seule à partir de 1303, date de la mort de celui-ci. Marie continua les types de son père. Sa monnaie est mentionnée en ces termes dans l'ordonnance de Louis le Hutin, en 13 15 : « Item, la monoie madame de Virson; les deniers doivent estre à iij d. vj grains de loy argent le Roy, et de xx s, de pois au marc de Paris, et les maailles doivent estre de ij d, xvj grains de loi argent le Roy, et de xvij s. ij d. maailles doubles de pois au marc de Paris, et ne porront faire que la x'' partie de maailles, c'est à dire ix. c. l. de deniers et c /. de mailles doubles, et ainssi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué F un parmi Vautre aus peti:( tournoi:^ et aus maailles tournoises V s, mains la livre; c'est assavoir que les xv d, ne vauldront que xij peti:( tournoiTi. »
Au monnayage de Vierzon se rattache un monument très curieux dont l'original figurait autrefois dans la collection Charvet : le sceel aux compaignons dou sarment de France et de la monnoie de Vierxpn. Son type se compose de Técu au lion de Brabant avec la brisure du lambel.
§ XXII. — Seigneurie de Saint- Aignan, Les monnaies des seigneurs de Saint-Aignan sont toutes anonymes.
Fig. 749 Fig. 750
Pendant le xi^ siècle et les trois premiers quarts du xii% le type employé dans cet atelier est la tète chinonaise. La légende du revers est
+ SANTI AINIANO (fig. 749)-
Vers le temps de Robert de Celles (1178-1189), les deniers portent d'un côté un château avec + CASTRVM, et de l'autre une croix cantonnée de globules avec SANCTI ANIAI (fig. 750).
Le monnayage de Saint-Aignan semble s'être arrêté avant le XIII* siècle.
§ XXIII. — Seigneurs de Celles.
Le monnayage de Celles commence sous Robert I (1178-1189) par des deniers au type chinonais portant autour de la croix la légende française : + ROB' DE CELE ; puis s'introduit le type du château, que nous venons de voir employé à Saint- Aignan. Sur les pièces marquées à cette dernière empreinte, les légendes sont conçues en latin, + ROBERTVS DE CELLIS.
On n'a point encore retrouvé les monnaies de Celles émanant des successeurs de Fig- 7si Robert I, Raoul (1189), et son frère Philippe. La fille de celui-ci épousa Robert de Courtenai (1198-1239). On possède de ce seigneur, qui s'intitule ROBERT DE MAV' (de Maûn, Mchun) SIRES DE CELES, des deniers chargés d'une croix au cœur évidé en losange et formant par l'extrémité ancrée de ses branches une sorte d'épicycloïde à huit lobes (fig. 751).
§ XXrV. — Comté de Romorantin.
Ce comté semble avoir fait partie des domaines des comtes de Blois; Ses types monétaires dérivent de la tête chinonaise. Les premiers deniers et oboles de Romorantin sont anonymes; on n*y lit que le nom de l'atelier: RÇMORANTINI. RCMORANTI. R€M€R€NSIS. et le coin du droit est emprunté aux pièces anonymes de Châteaudun.
Un denier au type blésois, portant T. CO. RE M OR., est attribué par M. Cartier à Thibaut V, comte de Blois (i 191).
§ XXV. — Seigneurie de Château-Meillant.
Le type des premiers deniers de Château-Meillant est manifestement copié des pièces de Saint-Martial de Limoges. Nous y trouvons une tête barbue de face, entourée de + MELHIARES; au revers, une croix, bordée de perles comme sur les monnaies limousines, est ceinte de + CHASTELLO MS.
Ce type continue à être en usage sous Ebbesde Déols; puis nous trouvons une série de monnaies anonymes sur lesquelles est copiée l'empreinte chinonaise ou chartraine. La légende placée autour de la croix est, soit CASTRI MELHA, soit CASTRI MILITVM. L'anonymat continue sous Henry de Sully dont M. Caron^ a récemment signalé un denier au type périgourdin des cinq annelets. Les légendes de cette pièce sont : DO SOLIACO - CASTRO MIL.
Les monnaies signées reparaissent sous Marguerite de Bomès (1282-1323), veuve en secondes noces d'Henri de^Sully. D'abord au type chinonais ou, pour préciser davantage, au type qu'employait Gui de Châtillon, comte de Blois, les monnaies de Marguerite portent ensuite, soit un lion debout, soit un champ échiqueté avec un franc quartier portant trois pals. Les légendes sont :
1° CD DA(D6 D€ SOVLI — MELCASTRO
2° MARGARETA DNA — CASTRI MELbA
3° CASTR mlLITVm — m. DAGD6 D€ SOVU.
Le monnayage de Marguerite de Bomès est mentionné dans la fameuse ordonnance de 13 15 : « Item la monnoie madame de Chastiauvillain (sic), mère au seigneur de Sully : les deniers doivent estre à iij d. vj grains de loy, argent le Roy, et de xx s. de pois, au marc de Paris; et les maailles de la dicte monnoie doivent estre à ij d. xvi grains de loy, argent le
I. Denier d'Henri de Sully ^ sire de Château-Meillant, dans V Annuaire de la Soc. franc, denumism.y 1887, p. 664.
Roy, et dex vij s, ij d. mailles doubles de pois au marc de Paris, et ne pourront faire que le disième de maailes, c'est à dire ix. c. l. de deniers et c l. de maailles doubles, et ainsi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué Vun parmi Vautre à peti^ tournoi:^ et à maailles tournoises, v s» moins la livre que peti:^ tournoi:^ c'est à dire que les xv d. ne vauldront que xii petij^ tournoiz^. »
§ XXVI. — Seigneuries de Brosse, Sainte-Sévère et HurieL
La chronologie des seigneurs de Brosse et d'Huriel est encore peu connue. Le premier dont il existe des monnaies est Humbaud, qui mourut au commencement du xiii'' siècle. Ses deniers portent dans le champ quatre croisettes, dégénérescence du coin du roi Eudes. Les légendes sont: HVNBAVDVS — DE VRIACO.
Hugues I (1256), vicomte de Brosse, eut un atelier dans son fief de Sainte-Sévère. Ses deniers ont un type qui n'est pas sans analogie avec celui que Robert de Courtenai employait à Celles. Nous y trouvons en effet une croix à branches bifurquées et ancrées. Les légendes donnent :+ VGO VICECOMES — SANCTA SEVERA. Les monnaies de Hugues sont les seules sur lesquelles la localité de Sainte-Sévère soit mentionnée.
Pierre I de Brosse (1287-1305) est représenté dans les collections numismatiques par des oboles au type chinonais de la nuance vendômoise portant PETRVS BRVCIE — DNS HVR, puis par des oboles reproduisant le buste de la Vierge des monnaies de Clermont. Les légendes de ces dernières pièces sont PETRVS D' BROCIA — BRASAV. Poey d'Avant attribue ces oboles à Brassac, mais il n'est pas prouvé que cette seigneurie ait jamais appartenu à Pierre de Brosse : il reste là un point à éclaircir.
Pierre I mourut en 1305 ; il eut pour successeur dans les fiefs d'Huriel et de Sainte-Sévère son petit-fils Pierre IL C'est à ce seigneur que se rapporte la mention suivante de l'ordonnance de 13 15 : « Item la monnoie monseigneur Pierre de Brisse, sire de Hiret et de Sainte Sévère... » Nous ne reproduisons pas le texte en entier, car les prescriptions sont les mêmes que pour la dame de Château-Meillant.
L'ordonnance donne le dessin des deniers de Pierre II, mais, jusqu'à ce jour, on n'en a point retrouvé d'exemplaire en nature. Nous en donnerons la description en nous gardant bien de douter de'leur existence comme le fait Poey d'Avant : + PETRVS BRVCIE. Croix pattée avec un annelet dans le canton. iV. + DOMINVS HVREC. Gerbe brisée d'un lambel. Ce lambel indique nettement qu'Huriel et Sainte-Sévère
étaient passés à une branche cadette de la maison de Brosse. A la suite de faits que nous n'avons pas à examiner ici, la vicomte de Brosse ellemême était arrivée à la fin du xiii^ siècle aux seigneurs de Chauvigny.
André de Chauvigny, vicomte de Brosse, est cité dans l'ordonnance de 13 15 comme monnayant à Brosse. Nous ne rapporterons pas les termes de l'ordonnance en ce qui le concerne, pour la même raison qui nous a permis de glisser sur le passage relatif à Pierre II d'Huriel.
On ne connaît pas moins de trois types mon^^taires d'André de Chauvigny. Sur quelques-uns de ses deniers, il copie l'empreinte chinonovendômoise; sur d'autres, il s'approprie les coins de Jean III de Bretagne, vicomte de Limoges, et met un champ échiqueté de Dreux au franc canton des trois gerbes de Brosse, de manière à reproduire les hermines de Bretagne ; enfin, sur d'autres deniers, dont les originaux sont inconnus aujourd'hui, il met un écu triangulaire chargé d'une gerbe. Héritier des armes de la branche aînée des Brosse, André de Chauvigny ne marque son écu d'aucune brisure. Les légendes des monnaies de ce seigneur présentent plusieurs variantes ; c'est sur les deniers du second groupe que se trouve l'inscription la plus caractéristique : + ArD' D' CbAVVIGNI.
§ XXVII. — Seigneurie de Charenton.
Les premiers seigneurs de Charenton étaient issus de la maison de Déols. A la fin du xii^ siècle, le fief passa dans la famille de Courtenai par Isabelle de Courtenai, veuve de Renaud de Montfaucon. Louis I de Sancerre en fit l'acquisition vers le milieu du xiii* siècle. Depuis cette époque la chronologie des seigneurs de Charenton se confond avec celle des possesseurs de Sancerre.
Les types monétaires de Charenton sont d'une mobiHté extrême. Ils changent non seulement à chaque règne, mais plusieurs fois sous un même seigneur. Nous aurons successivement à constater des emprunts aux coins de Saint-Maurice de Vienne, des évêques de Besançon, des comtes de Nevers ; viendront ensuite des types héraldiques, des copies du type chinonais, etc.
La série charentonaise commence avec Renaud de Montfaucon (i 194-1244 ?), dont on possède un denier marqué à la faucille de Nevers et un autre à la tête de profil à gauche de Saint-Maurice de Vienne. Les légendes sont: + RENAVDVS DNS — CARENTONIS, ou + R. DO- MI NVS h CIAR'ENTONIS. Ces pièces sont frappées sans doute à
Charenton. Mais outre cet ateUer, Renaud posséda une forge monétaire
à Saint- Amand, dans laquelle il imita les estevenants à la main bénissante de Besançon; le seul produit connu jusqu'à ce jour pour cet atelier porte: + SCI ÂMANTIS — R. DNI. D. CbAR.
On n'est pas encore fixé sur la question de savoir à quel titre Renoul de Culent prit dans le troisième quart du xiii^ siècle le titre de seigneur de Charenton et monnaya comme tel. Il y a là un point d'histoire encore obscur, mais sur lequel les monuments eux-mêmes sont des plus affirmatifs : + RENOS DE CVLEN — DNS CARENTON. Cette monnaie imite les deniers des comtes de la Marche ; le centre du champ est occupé par un lis entre I et E et deux croissants.
Guillaume de Courtenai(i255), +GD6 CORTENA h S. DE.
CbARANTO, frappa à Charenton un denier jusqu'à présent unique, sur lequel il semble mettre un écu à ses armes : d'or à trois tourteaux de gueules, avec un lambel comme brisure.
Après Guillaume de Courtenai, la seigneurie passa à Louis de Sancerre, « dont Duby, dit M. Carron, a gravé une monnaie non « retrouvée en nature jusqu'à présent, mais qui porte tous les carac- « tères de la plus grande vraisemblance, l'écusson étant surmonté de « trois tours crénelées ou troix râteaux comme sur les monnaies des « comtes de Champagne, auxquels se rattachait la maison de Sancerre. »
Jean de Sancerre (1268-1280) frappa des deniers au type de Chartres. Parfois, au centre de la tête dégénérée, il introduit un écusson de très petites dimensions, sur lequel on distingue toutefois les armes de Champagne.
Etienne de Sancerre (1280-1306) est le dernier seigneur de Charenton dont il existe des monnaies. Leur type se compose des lettres MON accompagnées, au dessus, d'un signe abréviatif, au-dessous, d'un petit écusson. La légende circulaire DE CHARENTON complète l'inscription centrale. Sur l'autre face, on lit autour d'une croix pattée la légende: + ST€'D€-SANCERE, également en langue vulgaire.
§ XXVIIL — Comté de Nevers.
La numismatique de Nevers a été l'objet d'une monographie spéciale très bien faite, publiée par M. le comte de Soultrait^ C'est ce travail qui a servi de base au chapitre consacré par Poey d'Avant aux monnaies des comtes de Nevers, complété aujourd'hui dans une assez grande mesure par M. E. Caron.
Le type monétaire de Nevers est issu d'une immobilisation des deniers