I. Essai sur la numismatique nivernaise. Paris, 1854, in
du roi Louis IV sur lesquels le mot REX figure dans le champ. Les figures ci-dessous feront mieux comprendre qu'une longue dissertation comment le titre royal a pu fournir, à la suite d'altérations lentes, une figure bizarre composée d'une faucille et d'une croisette :
Fig. 752
Fig- 7S3
Ce type de la faucille, dont nous nous sommes borné à indiquer les principales phases, occupe sans partage le coin nivernais pendant le XI' et le xii^ siècle. Les premières pièces féodales reproduisent en légende le nom du roi et celui de la ville. Remarquons, avec M. Caron, une particularité épigraphique des monnaies de Nevers, la forme de la lettre N. T ujours carrée au commencement de Nivernis, elle affecte dans la troisième syllabe une configuration particulière, une sorte de fer à cheval. Nous avons parlé, p. 376, de ce détail paléographique.
Le premier comte de Nevers qui mette son nom sur les espèces est Guillaume IV (1161-1164), + COMES GVII6MI0. Le classement des deniers de ce seigneur et de ceux qui lui succédèrent n'offre aucune difficulté, car tous ont des légendes explicites ;
Guil (1168-1174), COMES GVIDONIS.
Guillaume V (1175-1181), GVIIIERMVS CO.
Pierre de Courtenai (1184-1199), COMES PETRVS.
Hervé de Donzy (i 199-1223), COMES ERVEVS ou ERVIS CONS. Cette seconde léerende semble écrite en français.
Gui de Forez (1226-1241), GVIDO COMES. Le type est une faucille et un dauphin.
Avec le règne de la comtesse M ah au t II (125 7-1267), épouse .d'Eudes de Bourgogne, le type de la faucille disparaît subitement et fait place à un dispositif spécial, que nous avons étudié à propos des monnaies de Mehun-sur-Yèvre : une fasce accompagnée, au-dessus, d'un lis, et au-dessous, de deux étoiles (fig. 756). On possède de Mahaut des deniers et des oboles; jamais le nom de la comtesse n'y figure autrement que par l'initiale suivie du titre: M COMITISSA. Les pièces signées par Eudes de Bourgogne, ODO COMES. inaugurent les types héraldiques; nous y trouvons en effet l'écu aux armes de Bourgogne ancien (fig. 757).
Jean Tristan (1265-1270), I. F: REGIS FRANCIE — CO : NIVER- NENSIS, marque ses espèces de deux fleurs de lis appointées et de deux étoiles formant croix (fig. 758). Au revers, la croix est de la
Fig. 7s6 Fig. 757 Fig. 7s8
forme dite auxerroise : les branches sont pattées et à pointe. La présence de cette croix avait évidemment pour but de faire circuler les espèces nivernaises dans l'Auxerrois.
Yolande, veuve de Jean Tristan, continua l'émission des deniers au type employé par son époux. Lorsqu'elle eut convolé en secondes noces avec Robert de Dampierre (1271-1296), celui-ci conserva tout d'abord le dispositif des deux lis et des deux étoiles ; mais il fit bientôt graver sur ses espèces les armes de sa famille, le lion de Flandre. D'abord, ce lion est placé dans le champ, mais sur les dernières émissions il est posé dans un écu.
Ce type de l'écu au lion persista jusqu'à la fin du monnayage des comtes de Nevers; il figure sans exception sur les deniers de Louis (1296-1321), le prince qui allait devenir comte de Flandre sous le nom de Louis de Nevers.
La monnaie des comtes de Nevers est la première dont fasse mention la fameuse ordonnance de 13 15 : « Premièrctnent, la rnoîinoie le comte de Nevers : les deniers doivent estre à iij d. xvj grains de loy, argent le Roy, et de xix s. vj d, de pois, au marc de Paris. Item les maailles de la dicte monnoie doivent estre à iij d. de loy, argent le Roy, et de xvj s. ix d. de maailles doubles de pois au marc de Paris, et ne pourront faire que ic aisionc des maailles, c'est à dire ix. c. l. de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainsi vaudront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre à peti:(^ tournois et a maailles tournois, xx d. mains la livre qucpcii:^ tournoi:^^; c'est assavoir que les xiij d, de la monnoie dessus dicte ne vaudront que xij peti:^ tournoi:^^. »
§ XXIX. — Seigneurie de Montluçon,
En 1202, Philippe-Auguste donna la seigneurie de Montluçon à Gui de Dampierre, à l'occasion de son mariage célébré quelques années auparavant avec Mahaut, héritière de la seigneurie de Bourbon, pour le récompenser de ses services et en augmentation de dot. Gui s'empressa de faire frapper monnaie dans ses nouveaux domaines et adopta pour type
le monogramme dégénéré de Foulques d'Anjou, tel qu'il avait été popularisé par l'atelier si fécond de Gien. Les légendes des deniers de Gui sont: GVIDONIS — + MONLVCON.
Poey d'Avant émet l'hypothèse que le monnayage de Montluçon cessa après le traité conclu en 12 13 par Gui de Dampierre et le prieur de Souvigny.
De nouvelles émissions montluçonnaises nous reportent à Eudes de Bourgogne (1249-1269), dont les deniers portent un type analogue aux pièces nivernaises de Mahaut. La fasce est accompagnée de trois coquilles, meubles tirés du blason de Bourbon. Eudes écrit sur ses deniers + HODO DOMINVS ou + ODO DOMINVS — MVNTE- LVCIO ou MONLVCONIS.
§ XXX. — Les prieurs de Souvigny et les sires de Bourbon^,
En 926, Aimar, sire de Bourbon, octroya à l'abbaye de Cluny la seigneurie de Souvigny et les terres qui en dépendaient. Régi d'abord par des doyens et ensuite par des prieurs, le monastère de Souvigny resta toujours sous la dépendance de celui de Cluny.
Longtemps on a fait remonter l'origine de l'atelier de Souvigny à une concession qui aurait été faite en 994 par Hugues Capet; mais il est reconnu aujourd'hui que cette charte royale est apocryphe. Le monnayage des prieurs de Souvigny ne commence qu'à la fin du xi^ siècle. Le plus ancien acte qui en fasse mention émane de l'archevêque Aldebert de Bourges (1095-1098). C'est à cette époque que remonte l'émission des premiers deniers à l'effigie de saint Mayeul : SCS-MAIOLVS. Buste de face; à côté de la tête une petite crosse. H + SILVINIACO. Croix simple (fig. 759).
La monnaie de Souvigny avait cours dans les domaines des sires de Bourbon. Cet état de choses dura pendant quelque temps, mais les seigneurs de Bourbon, à mesure que leur puissance s'agrandissait par suite des progrès de la féodaUté, ne manquèrent pas de secouer un joug qui leur pesait, et dès le commencement du xii*= siècle, ils empiétèrent sur les droits des prieurs en émettant des monnaies particulières.
Les plus anciennes monnaies des sires de Bourbon reproduisent la tête de face de saint Mayeul ; mais au lieu du nom du saint, c'est le mot BORBONENSIS qui forme la légende circulaire. Au revers, le nom du roi Louis VII, + LVDOVICVS REX, sert d'excuse à l'usurpation bourbonienne, qui paraît ainsi émaner de l'autorité royale.
I. J. de Soultrait, Essai sur la numismatique bourbonnaise. Moulins, i8j8, in-8.
Plus tard on imita le type de la tête de saint Maurice de Vienne, la main bénissante des estevenants de Besançon, la faucille de Ne vers ; mais le nom du roi Louis, passé à l'état d'immobilisation, continua toujours à marquer les espèces.
Fig. 759 Fig. 760 Fig. 761
La fabrication des sires de Bourbon souleva entre eux et les prieurs de vifs démêlés. En 1213, Gui de Dampierre et le prieur Hugues convinrent, pour faire cesser les disputes, de s'associer et de monnayer à frais communs dans l'atelier de Souvigny (fig. 760). Gui ne stipule que pour lui : quandiu vixero, dit la charte.
Après sa mort, Archambaud IX et Archambaud X se font associer à leur tour au monnayage des prieurs, et c'est dans cette période que furent vraisemblablement émis, dit M. Caron, les deniers au buste de saint Mayeul de profil, qui portent dans les cantons de la croix les deux lettres D B, dominus Borbonensis.
C'est à cette même époque qu'on rattache aujourd'hui le denier au type de la Marche qui porte d'un côté + EMRICVS DE FRAN et dans le champ CIE entre deux croissants. Au revers on lit autour de la croix LODCVS RX BORBO '.
La seconde moitié du xiii^ siècle nous donne quelques monnaies émises et signées par les sires de Bourbon, qui désormais acquièrent la prépondérance sur les prieurs de Souvigny. Un des premiers actes d'Agnès de Bourbon et de son mari Jean de Bourgogne (1262), après leur avènement, fut d'interdire la monnaie de Souvigny et de battre des espèces à l'ancien type nivcrnais. Le nom de Louis immobiHsé reparaît du côté de la faucille; au revers nous lisons: I DNS BORBONII.
En 1263 un nouveau traité avec le prieur die Souvigny fut consenti par le sire de Bourbon; il resta en vigueur jusqu'à la fin du monnayage. Il existe des deniers et des oboles (fig. 761) de Robert de Clermont, R DNS BORBON. au droit desquels se montre l'effigie de profil de saint Mayeul avec la légende SCS MAIOLVS. Robert de Clermont avait épousé en 1272, Béatrix, fille de Jean de Bourgogne et d'Agnès
I. Duchalaîs, Monnaie inédite du Bourbonnais et de Souvigny, dans la Rev. numism., 1852, p. 135 et suiv.
de Bourbon ; il devint sire de Bourbon à la mort de cette dernière arrivée en 1283, et mourut à son tour en 13 10.
Le monnayage de Souvigny est mentionné dans l'ordonnance de Louis le Hutin de 13 15. Ainsi que le fait remarquer M. Caron, les droits du seigneur de Bourbon y priment ceux du prieur: « Item la monnoie de Sauvignye, qui est a monseigneur Loy s de Clermont, et au prieur de Sauvigny : les deniers doivent estreci iij d. xvj grains de loy, argent le Roy, et de xix s. vj d, de pois, au marc de Paris. Item, les maailles de la dicte monnoie doivent estre à iij d. de loy, argent le Roy, et uc xvj s. ix d. maailles doubles de pois au marc de Paris ; et ne pourront faire que le disième de maailles, c'est à dire ix. c. livres de deniers et c livres de maailles doubles ; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre à petit tournoi::^ et à maailles tournoiscs, xx d. mains la livre que peti:(^tournoi:( ; c'est assavoir que les xiij d. de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xij pctiz^ tournoi::^. »
§ XXXL — Comté d'Auvergne.
Nous avons parlé, dans la seconde partie de ce livre, des grands deniers au monogramme carolin dégénéré frappés dès le milieu du x= siècle à Brioude et signés par un Guillaume, comte d'Auvergne : 4-VLELIViO — COMS BRIVITES. Ce monnayage s'immobilisa et dura pendant la plus grande partie du xi* siècle.
Les comtes d'Auvergne semblent avoir attaché peu d'importance à la possession du monnayage ; nous allons voir, dans les pages qui suivent, qu'ils se dépouillèrent de leurs ateliers du Puyet de Clermont en faveur des évêques locaux. A Brioude, l'immobilisation des deniers au nom de Guillaume a peut-être sa source dans l'abandon que les comtes ont pu faire à l'église de Saint-Julien des bénéfices de la fabrication monétaire. Quoi qu'il en soit, ces pièces de Brioude sont les seuls souvenirs numismatiques que nous aient laissés les anciens comtes d'Auvergne, dont la chronologie est dès lors sans intérêt pour le numismate.
En 1241, le roi Louis IX donna à son frère Alphonse une partie considérable du comté d'Auvergne, qui avait été confis- (5^^^, quée sur Gui II par Philippe-Auguste. Alphonse s'empressa d'ouvrir à Riom un atelier où il frappa des deniers tournois à l'imitation des pièces royales. F.g. 762 F.g. 763 Lçyj- ^ypç 5g compose du châtel, mais avec certaines
variétés de formes et l'adjonction de plusieurs ornements accessoires (fif^. 762 et 763). Les légendes sont, à quelques variantes près, AN- FOVRS COMES — DE RIOMENSIS.
§ XXXII. — Èvéché du Puy.
Les évêques du Puy obtinrent de bonne heure les droits monétaires. Le 8 avril 924, le roi Raoul donna à l'évêque Adalard (919-925), du consentement de Guillaume II, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, le bourg contigu à l'église du Puy et le droit de battre monnaie : « omnein hurgum ipsi ecclesie adjacentem et universa que ibidem ad dominium et potes tatem comitis hactenus pertinuisse visa sunt ; forum scilicet, teloneum, tno-
netam, et omnem districtum cum terra et mansionibus ipsius burgi »,
Cette charte fut confirmée par le roi Lothaire, le 8 mars 855.
On peut partager en quatre groupes les monnaies autonoT^c- trappées par les évêques du Puy. Le type des espèces reste toujcu:.- uniforme ^ : une des faces est occupée par une sorte de rosace à six branches ou feuilles ; l'autre côté porte une croix.
a) Seconde moitié du x^ siècle et partie du XI^ Grands deniers de frappe analogue à celle des pièces de Brioude : flacture barbare, grandes lettres, rosace à feuilles pattées paraissant être un chrisme dégénéré. Les légendes sont MONETA — SCE MARIAE (fig. 764). Quelques
Fig 764
exemplaires portent MONETA — SCE MANVE, .que plusieurs numismates prennent pour une altération de la légende primitive, mais où M. de Longpérier a voulu retrouver le nom de Manosque, Manuesca, ville du comté de Forcalquier.
'b) Fin du xi* siècle et partie du xii^. Deniers de module plus petit, le plus souvent rognés et à légendes inintelligibles ou même simulées par une ligne en zigzag. La rosace et la croix ont les branches arrpndies (fîg. 765).
I. Une trouvaille faite en 1888 à Lons-le-Saulnier renfermait un certain nombre de deniers du roi Robert le Pieux sur lesquels on a cru voir le monogramme d'Etienne I, évêque du Puy. M. de Marcheville a montre que ce soi-disant monogramme n'est autre chose que le nom du Christ et que les deniers appartiennent non au Puy, mais à l'atelier de Sainte-Marie-au-Bois, Saucta Maria in Bosco, dans l'ancien comté de Màcop.. — Cf. Rl'vuc numismatique, 1890 et 1895.
c) Fin du xii^ et xiir siècles. Beaux deniers d'argent fin, d'une frappe et d'une gravure exquises. Légendes : + BEATE MARIE — 4- PODIENSIS (fig. 765 a). Ces pièces, qui furent copiées à Orange, à Gap et à Saint-Paul-Trois-Châteaux, peuvent compter parmi les plus belles des monnaies féodales de France. Sur les plus récentes la croix est cantonnée de quatre petites rosaces.
l-ig. 765 a
Fig. 76; b
d) XIII'-' siècle. Subdivisions du denier^ en billon. Mêmes types que les monnaies précédentes. Les légendes sont écrites en langue vulgaire : POIES h DEL PVEI, pougeoise du Puy (fig. 765 b).
Certains renseignements historiques nous montrent que les évoques du Puy ne furent pas toujours en possession paisible de leurs droits monétaires, qu'ils s'étaient pourtant fliit confirmer en 113 5 par le roi Louis. En 117 1, Pons, vicomte de Polignac, et son fils Héracle remirent à l'évèque Pierre III le droit auquel ils prétendaient sur la monnaie de la ville. Deux ans après, le même évoque fut condamné à remettre à Pons la moitié de la monnaie qu'il avait retenue par le traité précédent ; mais Pons V, vicomte de Polignac, partant pour la croisade en 1248, vendit au chapitre son droit de 5 deniers par livre d'espèces f.ibriquées, moyennant une somme de 20,000 sols viennois. Cette somme, très importante pour l'époque, montre la prospérité de l'atelier du Puy au xiii'-" siècle. Les évoques du Puy ne sont plus mentionnés dans l'ordonnance de 1 3 1 5 .
§ XXXIII. — Evêché de Clennont.
En 1044, Guillaume V, comte d'Auvergne, donna sa monnaie au chapitre de Clermont : « Cedo vel dono, dit le diplôme, pro salute anime mce et omnium parentum nieorum, sancte Dei genitrici Marie sedis Arverne et sanclis martyribus Agricolae et Vitali, monetam etipsos monetarios ». Plus tard, le privilège semble être devenu commun aux évêques et au chapitre. Les comtes d'Auvergne possédèrent au surplus un droit de contrôle sur le monnayage clermontois, car en 1269, sur les plaintes d'Al-
phonse de France, saint Louis intervint pour faire cesser le cours d'une monnaie nouvelle, émise par l'évêque, et plus faible d'un cinquième que l'ancienne.
Les monnaies de Clermont présentent deux types différents. Sur celles du xi^ siècle, pièces de grand module, le milieu du champ du droit est occupé par les lettres VRBS placées en croix. La légende circulaire ARVERNA complète l'inscription du centre. Autour de la croix on lit SCA MARIA (fig. 766).
Au xii^ siècle, + VRBS ARVERNA est placé du côté de la croix, et à l'avers la tête couronnée de la Vierge, avec SCA MARIA ou S MARIA, occupe la plus grande partie du champ (fig. 767). C'est ce même type
Fig. 767
qui est attribué à Clermont par l'ordonnance de 13 15 : « Item^ la monnoîe à Vévesque et au chapitre de Clermont : les deniers doivent estreà iii d. xvi grains de loy, argent le Roy, et de xix s. de pois, au marc de Paris ; item les maailles de la dicte monnoie doivent estre à iii d. de loy, argent le Roy, et de xvi s. ix d,, maailles doubles de pois, au marc de Paris ; et ne pourront faire que le x^ de maailles, c est-à-dire ix c l. de deniers et c l. de maailles doubles ; et ainsi vauldront les deniers et les maailles dessus dictes, avalué l'un parmi l'autre à peti:{ tourn\iioiz] et à maailles tourn[oises], xx d. mains la livre que peti^ tourn\oi'(\ ; c'est assavoir que les xiii d, de la monnoie dessus dicte ne vauldront que xii petits tourn[oi:(\. »
§ XXXIV. — Vicomte de Limoges et abbaye de Saint-Martial,
Il est vraisemblable que l'abbaye de Saint-Martial jouit, avant de frapper monnaie autonome, des bénéfices qui résultaient de la fabrication des espèces royales au nom d'Eudes immobilisé.
Au commencement du xii'^ siècle, l'abbaye usa d'un coin particulier et frappa les jolis deniers et oboles appelés barbarins parce qu'ils portaient
le buste barbu et de face de saint Martial: S. MARCIAL hLEMOVI-
CENSIS (fig. 768). Il y eut de ces pièces, communes aujourd'hui, des
émissions fréquentes et nombreuses, dans lesquelles il serait peut-être possible d'établir un classement chronologique.
Au commencement du xiii" siècle, les vicomtes de Limoges s'emparèrent du monnayage ou plutôt de l'exercice de ce droit, et en 1307 nous voyons encore le vicomte Jean III de Bretagne faire hommage à Gaillard de Miraumont, abbé de Saint-Martial, pour le château, la châtellenie et la monnaie qu'il tenait en fief de l'abbaye.
Les premières monnaies vicomtales sont anonymes. Elles comprennent des deniers et des oboîc^- dont le type se compose des lettres SM placées dans le champ du droit sous un trait d'abréviation. Les légendes sont: + VICE COMES — + LEMOVICENSIS.
En 1273, Arthur de Bretagne épousa Marie fille de Gui, vicomte de Limoges, et fit entrer dans les domaines de la maison de Bretagne cette vicomte qui devint le douaire des duchesses ou l'apanage des enfants mâles.
Désormais les monnaies limousines sont signées, et le plus souvent les types reproduisent ceux de la Bretagne ; les armoiries qui s'y trouvent montrent difi"érentes combinaisons héraldiques fort intéressantes à suivre, et qui permettent de préciser la chronologie de l'émission.
Fig. 768
Fig. 769
Arthur, dit M. Caron qui a fait accomphr à la numismatique limousine de sérieux progrès, frappa monnaie à deux types: 1° à l'écu triangulaire mi-parti de Dreux et de Limoges, qui est : coticé d'or et de gueules de dix pièces (fig. 769); 2° aux armes remplissant tout le champ, écartelées, au i"de Bretagne, au 4^ de Dreux, aux 2^ et 3^ de Limoges. Devenu duc de Bretagne en 1303, Arthur institua son fils Jean vicomte de Limoges (1301-13 14). Celui-ci rappelle sur ses monnaies les armes de Bourgogne, maison dont il était originaire par son aïeule Marguerite.
Lorsque Jean fut devenu lui-même duc de Bretagne, sous le nom de Jean III, il institua en 13 14 son frère Gui comme vicomte de Limoges. Gui signa dès lors les espèces, qui portèrent l'écartelé de Bretagne et de Dreux. En 13 16, Gui se désista en* faveur d'Isabelle de Castille, femme de Jean III, qui avait reçu Limoges dans son douaire. Les deniers frappés à cette époque portent le nom de Jean, mais les armes ont un franc quartier de Castille. Jean III, veuf d'Isabelle en 1328, épousa Jeanne de Savoie; la vicomte limousine fut de nouveau com-
LES riEFS FRANÇAIS
prise dans le douaire de la duchesse, et les monnaies portèrent, en témoignage de ce fait, la croix de Savoie, avec les armoiries de Bretagne et de Dreux. Jeanne de Savoie mourut en 1338. La dernière période du règne de Jean III appartient à la quatrième partie de ce Manuel,
§ XXXV. — Vicomte de Tu renne.
Dès le xi'^ siècle, les ducs d'Aquitaine reconnurent aux vicomtes de Turenne le droit de battre monnaie, et par convention avec RaymondI ils s'obligèrent à laisser cours à ses espèces dans les trois diocèses de Limoges, de Cahors et de Périgueux.
Il est excessivement difficile d'établir le classement des deniers de Turenne sur lesquels ne se lit d'autre nom que celui de Raymond, porté au xii'^ et au xiii'-" siècles par presque tous les vicomtes :
RaymondI, 1091-1122.
Boson II, 1122-1145.
Raymond II, 1 143-1 190 ?.
Raymond III, ii 90-1 21 2?.
Raymond IV, 1212 ?-i243.
Raymond V, 1243-1245.
Raymond VI, 1245-1285.
Raymond VII, 1285-1304.
Marguerite et Bernard, 1304-13 3 5,
En 1 190 Raymond II, au moment de partir pour la croisade, ordonna que toute monnaie frappée sur sa terre serait flibriquée dans la ville de Beaulieu et que l'abbaye de Beaulieu en percevrait la dîme. L'initiale B placée dans les cantons de la croix de quelques deniers de Turenne semble être la marque de cet atelier.
Le type des deniers de Turenne est une continuation de celui du roi Eudes tel qu'il paraît sur les monnaies de Limoges (fig. 770 et 771).
Fig- 770
Fi:
Fig- 772
Fig- 773
A l'idée première des pièces d'Eudes succède une combinaison qui, tout en conservant quelque chose qui rappelle ses pièces, nous rapproche du type des comtes de la Marche (fig. 772). Le dispositif de la fig. 773 semble bien, comme le dit M. Caron, une copie des deniers d'Edouard I, roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, qui portent dans le champ ANGL entre deux traits. Le savant numismate rappelle à
ce propos que le 22 avril 1263, il intervint un acte entre Henri III, roi d'Angleterre, et Raymond VI de Turenne, par lequel ce dernier, après s'y être longtemps refusé, mais sur les instances, i(. ad preces )) , de saint Louis, transféra au roi d'Angleterre l'hommage qu'il devait directement au roi de France pour ses châteaux, ses fiefs, et etiam pro moneta et jure cudendi eam.
Les deniers à l'écu de Turenne : coticc d'or et de gueules^ publiés par Duby, ne sont pas connus aujourd'hui en nature. Quoi qu'il en soit, on peut les attribuer avec probabilité à Raymond VII et les considérer comme la dernière manifestation du monnayage féodal de Turenne. Cette seigneurie n'est plus mentionnée dans l'ordonnance de 13 15.
§ XXXVI. — Comté de Poitou K
Le Poitou est par excellence le pays des immobilisations monétaires. Jusqu'à Richard Cœur de Lion (1169-1196), tous les comtes frappèrent au coin inauguré à Melle par Charles le Chauve. Carloman (880) est le dernier Carolingien qui semble avoir battu monnaie à Melle. Après lui, les empreintes de Charles reprennent la faveur des monnayeurs et se l'approprient sans partage jusqu'à la fin du xii^ siècle. Les ateliers des comtes de Poitou étaient situés à Poitiers, à Saint-Jean d'Angely et à Niort.
Dans cet espace de trois siècles, le monnayage poitevin n'a produit que quatre types, qui peuvent, comme le prouvent les études de MM. Lecointre-Dupont et B. Fillon, être ramenés à deux périodes :
Première période. — 1° CARLVS REX, avec la légende circulaire MET + VLLO et le monogramme caroHn.
2° L'obole avec le monogramme KROLS dans le champ et la légende circulaire MET + VLLO.
Fig- 77)
Deuxième période, — 3° CARLVS REX, avec la légende biUnéaire MET-ALO (fig. 774).
I. Lccointrc-Dupont. Essai su*- les monn. frappas en Poitou et sur leurs divers types, dans les Mân. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, t. VI et VII, 1839 et 1840.
4° CAR-LVS ou CAR-LAS en légende bilinéaire et 4- METALO ou