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F. Lenormant, Monnaies et viédailles, p

LXVI INTRODUCTION

monétaires des Barbares et celles du x^ et du xi^ siècle sont celles où les deux phénomènes dont nous nous occupons peuvent surtout être constatés.

Le monnayage barbare a débuté par l'émission de copies très fidèles des monnaies d'or romaines, niais de très bonne heure le type et les légendes, cessant d'avoir un sens pour ceux qui les gravaient, perdirent complètement leur aspect primitif. Nous verrons dans le cours de ce Manuel comment, à la suite d'immobilisation et de dégénérescence, la Victoire des aurei romains a pu devenir, sous les Mérovingiens, un ange aux bras étendus, une figure assise de profil, une image de saint, un oiseau les ailes étendues, etc. ; comment certaines légendes en sont arrivées, à la suite d'altérations successives, non seulement à perdre toute signification, mais à ne plus se composer que d'une suite de jambages verticaux.

Pour les immobilisations du x^ siècle, on peut établir en principe que fixer l'époque à laquelle un type carolingien fut immobilisé dans un atelier, c'est déterminer celle du passage de cet atelier sous le règne féodale En France, nous citerons parmi les types immobilisés de la seconde race qui ont exercé le plus d'influence sur le monnayage féodal : le temple, le monogramme de Carolus, la tète qui a donné lieu à la série de figures bizarres connue sous le nom de type chartrain, le nom d'Eudes et le type poitevin de Melle. En Allemagne le temple et le type épigraphique de Cologne sont les deux qui ont produit les dispositifs les plus curieux^.

e) Noms des monnaies. — Les noms ? génériques sous lesquels le signe d'échange est désigné pendant la première période du moyen âge sont les mêmes qu'à la fin de la période antique. Il y a des sous (solidus) et des tiers de sou (iriens, iremissis) d'or, des deniers (dcnarius) et oboles (obolus) d'argent.

Lorsqu'à la fin de l'époque barbare, l'argent resta la seule monnaie circulante, les mots denier, obole, devinrent peu à peu synonymes de monnaie et quand on recommença à émettre des espèces plus fortes, soit d'arizcnt, soit d'or, les mots furent conservés dans les documents avec le sens général que nous venons d'indiquer. On vit en circulation

1. 15, Pillon, Coiisidcrations historiques et artistiques sur les uu)nnaics de France, p. 96.

2. M. Kcary a inséré dans le Niinnsiiiatic Chronicîe, 3^' série, t. VI, un intéressant article intitulé Morpholo^y of coins dans lequel il étudie les plus curieuses des transformations de types produites par l'immobilisation et la dégénérescence.

3. Grote consacre un intéressant chapitre aux noms des monnaies. Voyez Mïin:^sliidicii, t. IV, 1865, p. 151 et suiv., de plus, Vouomatoloi^ia niiniismatica succincta parue à Nuremberg en 1791 sans nom d'auteur.

INTRODUCTION LXVII

des « deniers d'argent appelés gros valant 12 deniers », des deniers d'or dits lésants », etc.

Le peuple s'habitua peu à peu à désigner par des surnoms, et parfois de véritables sobriquets, les diverses espèces monétaires dont le nombre s'accroissait chaque jour, par suite de la dissémination extraordinaire des ateliers féodaux. Les noms populaires devinrent officiels et prirent place dans les ordonnances et les évaluations qui servirent de règle aux opérations du change.

A cette époque, qui commence à la fin du xiii^ siècle, les noms sous lesquels les monnaies furent désignées peuvent être groupés en huit catégories. On les désigne :

1° D'après leur valeur ou leur poids. C'est le cas des doubles, des sous, des dou^iains en France; des hàlblinge, des vierer, des bat^^en en Allemagne; des miliaresia à Byzance; des vintem en Portugal; des kwartnik en Pologne, etc.

2° D'après la forme, le module, la nature, la couleur et le son du métal. Dans cette catégorie viennent se placer les gros, les blancs et les deniers noirs. Certains billons sont dits brûlés à cause de la couleur rouge du métal. En Allemagne, les noms de Weissgroschen, Witten, Albus, Blaffert ont une origine analogue. Le gulden est une monnaie d'or (guld, gold) et ce n'est que plus tard, après oubli de l'étymologie, qu'on a pu appHquer le nom de gulden à des espèces d'argent et créer le pléonasme goudgulden. La forme large et mince de certaines monnaies d'argent leur a fait donner le nom de plaques. Il n'est pas jusqu'au son agréable de l'or qui n'ait fait naître une dénomination, celle de clinkaert (de cHnken, sonner), attribuée à certaines pièces d'or de Philippe le Bon.

3° D'après le nom du prince qui les a fait frapper.

Cette appellation est très fréquente; nous avons les arnaudins, monnaies agenaises ainsi appelées parce que l'évéque d'Agen, Arnaud^, en avait commencé la frappe au xii^ siècle; les bernardins de Bernard, comte d'Anduse, les guillclmins de Guillaume, comte de Forcalquicr, les hêlicns d'Hélie II, comte de Périgord, les raimondins frappés par les Raymond, comtes de Toulouse, les bcnriques de Castille, les alphonsins de Portugal et de Sicile, les cdoardins d'Angleterre, les gros dits karolus et franciscus de Charles VIII et François I, etc.

4° D'après le titre du prince qui les a fait frapper.

Au milieu du xiii'^ siècle, Frédéric II, empereur-auguste, frappa à Rimini des augustales. Les rois de France eurent, suivant la même donnée, des royaux d'or et les souverains d'Angleterre des souverains.

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