‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 11 sur 206 · LXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXVIII INTRODUCTION

5° D'après le lieu ou le pays d'émission ou même d'après l'endroit d'origine du métal.

Il est très ordinaire de voir au moyen-âge les monnaies désignées par leur pays d'origine. On appelle artésiens, angevins, parisis, tournois, roumois, melgoriens, etc., les deniers de l'Artois, de l'Anjou, de Paris, de Tours, de Rouen, de Melgueil, etc.

Deux monnaies des Pays-Bas, le drielander et le vierJander sont ainsi appelées, l'une parce que Jean IV, duc de Brabant, comte de Hainaut et de Hollande, les frappait pour avoir cours dans ces trois pays; l'autre parce que Philippe le Bon les destinait aux quatre provinces de Hainaut, de Brabant, de Flandre et de Hollande.

Lorsque Venise commença l'émission de son or, l'atelier fut installé dans une maison appelée la :(ecca, et les pièces prirent le nom de :(ecchini.

6° D'après le maître de la monnaie qui a eu l'entreprise de la fabrication.

En France, sous le roi Jean, les gros tournois furent appelés poillevilains, parce qu'ils furent émis par Jean Poillevilain, maître de la monnaie de Paris, puis maître général des monnaies de France.

A Cambrai, sous l'évcque Gui de CoUemède, un Gantois appelé Hanon, en flamand De Haen, frappa de petites monnaies de billon que le peuple appela coquibus, faisant ainsi un jeu de mots sur le nom du monnayeur dont la traduction française est Le Coq.

7° D'après le type.

Nous avons comme exemples français de cette catégorie, incontestablement la plus nombreuse, les écus, les agnels, les moutons, les anges, les chaises, les mantelets, les pavillons, les saints, les lions, les léopards, les heaumes, etc.

En Flandre et dans les Pays-Bas apparaissent des dénominations analogues. Le botdraeger est ainsi appelé parce qu'un lion assis supporte les armes du prince. Le voetdraeger est une monnaie sur laquelle un aigle tient (draegt) dans ses serres, ou si l'on veut, ses pieds (voeten) deux écussons. Les belles monnaies de la convention conclue entre Philippe le Hardi et Jeanne, duchesse de Brabant, sont appelées roscnheker, c'est-à-dire chapel de roses, de l'ornement fleuri qui surmonte les écussons de l'avers. Les monnaies d'or, au type du navire, sont nommées schuythen, c'est-à-dire petit bateau. Nous pourrions multiplier ces exemples; qu'il nous suffise de citer encore les dénominations telles que ryder, cavalier, Icuw, lion, tuin, enclos; ces dernières monnaies frappées par Guillaume de Bavière, comte de Hainaut et de Hollande, représentent un lion tenant un écusson, assis dans un enclos bordé

INTRODUCTION LXIX

d'une haie; vlieguyt « qui s'envole », allusion au type des pièces d'Aixla-Chapelle qui représentent un aigle aux ailes éployées; swenken, cygne, nom d'une monnaie de Clèves qui représente cet animal ; scuerken, monnaies frappées à Louvain par Jeanne, duchesse de Brabant, et représentant un écu surmonté d'un édifice où le peuple moqueur vit une grange (schuer), sans doute à cause des dimensions exagérées du toit.

Beaucoup de ces appellations sont originairement de simples sobriquets. Lorsque Philippe le Bon émit ses gros au lion, le peuple les appela cromsteert, queue tordue, allusion à l'attitude de l'animal héraldique. Les gros à l'aigle frappés à Deventer par Frédéric de Blankenheim, évêque d'Utrecht, furent appelés deventergans, oie de Deventer. En France maintes fois l'esprit satirique se donna carrière. N'avons-nous pas le gros dit patte d'oie de Jean le Bon et d'autres dénominations analogues ? En Italie, les gigliati et les coronati furent nommés des lis et de la couronne qui formaient le type.

8° D'après un mot emprunté à la légende. Sous Charles VI, il y eut des gros dits grossus. En Portugal, une monnaie d'or est appelée juste par suite de la légende IVSTVS : SICVT : PALMA: FLOREBIT que le roi Jean II y avait fait graver. Cette dernière catégorie, dans laquelle Grote range aussi le ducat, est assurément la plus rare.

Les noms donnés aux monnaies dans leur pays d'origine et répétés machinalement à l'étranger sont souvent estropiés dans les documents monétaires de l'époque au point d'être rendus méconnaissables. Dans les documents français surtout, les dénominations étrangères apparaissent avec des transformations absolument fantaisistes. Le vicrlandcr devient vivelan, le schuytken devient scutin, le ryder s'appelle ride ou ridde, le gulden peter est défiguré sous le nom de piètre. Parfois aussi on donne dans un pays, aux monnaies étrangères qui y circulent, des noms complètement inconnus dans les pays d'origine.

Beaucoup de ces appellations n'ont pas encore été identifiées. Le savant qui entreprendrait un Onomasticon monetarum mcdii aevi, d'après les documents monétaires, rendrait aux numismates et aux diplomatistes un service signalée

f) Les essais monétaires. — Les essais monétaires peuvent appartenir aux catégories suivantes :

I. Voyez un grand nombre d'identifications dans le Glossarium de Ducangc. Pour les noms flamands, on peut consulter utilement VEtyiiiohgicon tcutoiiicac Vmguac de C. Kiiiaen, et un article de J. F. Willems, Benamingen dcr munlcii dans le Delgisch muséum de 1837, p. 320.

LXX INTRODUCTION

1° Modèles de module agrandi et de flan épais, véritables maquettes d'un type monétaire qui a été adopté ou non pour la gravure des coins des espèces ^

2° Pièces du module des monnaies courantes, frappées sur flan monétaire ou sur flan épais, miis dont le type n'a pas été adopté.

3° Pièces du module des monnaies courantes, frappées sur flan épais, soit du métal des pièces courantes, soit d'un autre métal, avec les coins officiellement adoptés.

Les essais sur flan épais portent plus spécialement le nom de piéfort ou piedfort. Les piéforts parurent en France sous Philippe le Bel, ils étaient destinés à être donnés en cadeau aux grands dignitaires et aux officiers supérieurs des Monnaies. Une ordonnance du roi Jean du 28 décembre 1355^ décida qu'à chaque changement des espèces les oflSciers des monnaies auraient droit à un spécimen, frappé en piedfort, des nouvelles espèces.

Dans les Pays-Bas, en Bohême, l'usage des piedforts exista également ; en Allemagne les essais sont frappés en général sur flans carrés, appelés Klippe par les numismates. Nous ne nous occuperons d'essais monétaires, dans ce Manuel, que d'une manière incidente.

g) Les contremarques. — On appelle contremarques de petits poinçons dont on surfrappait les monnaies, dans certaines circonstances spéciales, soit pour leur donner cours dans up pays lorsqu'elles étaient d'origine étrangère, soit pour leur donner un cours plus élevé que celui auquel elles avaient été primitivement émises. L'usage des pièces contremarquées fut surtout fréquent pendant la quatrième période du moyen-âge en Allemagne, en Bohème et dans les Pays-Bas septentrionaux. Nous consacrons aux contremarques un chapitre spécial.

§ VIL — Le faux-monnayage et l'imitation des types.

a) Faux-monnayage. — Le faux-monnayage est le crime qui consiste, pour qui ne possède pas le jus monetae, à fabriquer des espèces en matières altérées reproduisant les monnaies légales.

A toutes les époques, le flmx-monnayage' a été puni avec la plus

1. Voyez par exemple J. Rouyer, Patron monétaire de la courte ou double mite de Marie de lioNr(ro(^ne, comtesse de Flandre, dans hRez'. belge de uuniism,, 1885, p. 227. — Cf. aussi MolTmann, Momi. royales de France, pi. XIII, 11° 4 ; pi. XXI, n" 48, etc., et Caron, Monn. fèod. françaises, pi. V, n" 4.

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