VIII. — LES FRANCS I5I
a) Les types de l'avers.
Pour procéder d'une manière méthodique, nouj étudierons d'abord le type de Tavers, qui est presque toujours un buste de profil. C'est à titre exceptionnel qu'on trouve une tête de face, deux têtes conjuguées, des représentations d'oiseaux, de quadrupèdes et d'insectes, des croix, etc.; mais ces empreintes essentiellement locales ne sont susceptibles d'être soumises à aucune règle quant à leur distribution géographique.
Le véritable type de l'avers des monnaies mérovingiennes est donc le buste de profil, presque toujours tourné vers la droite. Ce buste, continuation de l'empreinte des tiers de sou impériaux, affecte sur les pièces une multitude de formes que Lelewel signalait déjà à l'attention des savants.
Chronologiquement les bustes se groupent en deux catégories: i° les imitations directes du buste impérial qui se trouvent spécialement dans les bassins du Rhône, de la Saône, du Lot, de l'Aveyron, de la Meuse, de la Marne et du Rhin; 2° les bustes dégénérés du type romain, puis affranchis de la donnée classique et dénotant une création franque propre, qui se trouvent dans presque toute la France.
La dégénérescence du buste romain ne se produisit pas d'une manière uniforme ; elle prit deux allures, essentiellement différentes, d'après la forme que les graveurs mérovingiens donnèrent aux épaules. Chez les uns, le burin produisit des épaules en trapèze ou en rectangle : c'est
Fig. 20} à 205.
l'exagériation de la poitrine des prototypes (fig. 204). Les autres, exagérant l'épitoge, ou, si l'on veut, la manche de leurs modèles, dessinèrent des épaules en cintre (fig. 205). A mesure que l'on avance dans les temps « la tendance au fractionnement de l'unité artistique prend des proportions énormes ; elle descend de la région, de la cité, à la simple locahté ».
Si l'on veut rester dans les notions d'ensemble, on peut rattacher tous les types mérovingiens à quatre grands centres, quatre grandes écoles de gravure monétaire créatrices de centres moins importants.
1. Marseille où les influences classiques restèrent prépondérantes jusqu'à la fin de la première race. L'école marseillaise eut une influence considérable sur Chalon-sur-Saône.
2. Trêves dont les principes artistiques furent suivis par Reims, lieu d'origine des bustes cintrés.
3. Chalon-sur-Saône qui, d*abord école sœur de Trêves, subit une influence marseillaise décisive. En Austrasie, le « faire » chalonnais créa un type nouveau et, dans une autre région de la France, des artistes émigrés de Chalon fondèrent Técole limousine.
4. Limoges, l'école la plus récente en date, rayonna dans le centre et dans l'ouest. Les ateliers de Tours, d'Amboise, de Poitiers s'y rattachent, et saint Eloi, élève d'Abbon, porta l'art limousin jusqu'à Paris.
Que nos lecteurs se reportent au § où nous traitons des monnaies à noms de rois, qu'ils examinent le sou d'or et les triens représentés sous nos fig. 182 à 185, et ils seront certainement frappés par l'analogie de gravure que ces différentes pièces présentent entre elles. La tête a, sur toutes, un aspect commun. Le diadème, dont les deux extrémités sont presque toujours bifurquées, coupe la chevelure en trois parties, laissant une sorte de calotte dans le haut, une houppe de cheveux au-dessus du front, et une touffe en manière de chignon derrière l'oreille. Le cou est élancé, la joue faite d'un poinçon isolé, le menton proéminent. Le buste, très ample, drapé à la romaine, sur la fig. 182, suit sur les fig. 183 à 185 des simpHfications successives et finit par n'avoir plus que des plis horizontaux, mais il n'abandonne pas les deux boules ou saillies qui marquent les extrémités supérieures.
Le type que nous venons de décrire est celui qu'a produit l'école de Marseille, et qui, de cette métropole, s'est répandue à Viviers, Uzès, Arles, dans la cité des Vellaves et jusqu'en Auvergne. Ce type subit très peu de modifications dans le cours des temps : tel on le voit sur les pièces de Clotaire II (584-622), tel on le retrouve jusque sous Childebert III (695-711).
Si du midi nous passons au nord, nous trouvons dans la Belgique première, à Trêves (fig. 206), à Mouson, à Toul sous Sigebert I (56I- 57I), à Metz (fig. 208), à Huy, à Cologne, à Reims (fig. 209), à Soissons, à Binson, à Troyes (fig. 207), un type qui est une dégénérescence directe du coin de Justinien. L'exécution du buste impérial
Fig. 206.
Fig. 207.
offre plusieurs particularités remarquables. Sur les triens les plus anciens du groupe, les cheveux sont hérissés et trois mèches tombent