VIII. — LES FRANCS I
sur la joue; fréquemment le diadème est sommé d'un croissant, et les lemnisques qui doivent le terminer sont figurés isolément derrière la
Fig. 208. Fig. 209.
tête par une sorte de « boucle perdue ». Le manteau porte une épitoge en forme^ d'épaulettes à franges. Sur les pièces un peu plus récentes, quelques-uns de ces détails s'effacent, mais pour l'ensemble, l'exécution reste la même.
L'empreinte qu'on vient de voir n'est pas sans rapport avec celle qui, vers la même époque, se montre dans le royaume de Bourgogne, à Chalon-sur-Saône, à Lyon et jusqu'à Lausanne (cf. fig. 170 à 173), mais ici l'épitoge est presque toujours absente et, dans l'ensemble des traits, il y a quelque chose de moins vertical que dans le nord. On ne retrouve pas non plus les trois mèches descendantes, mais la « boucle perdue » est fidèlement reproduite. Un tiers de sou du musée de Madrid (fig. 176) qui porte la signature du roi Contran (561-593) vient dater ce groupe.
Les types que nous venons de rencontrer en Austrasie et en Bourgogne ne persistèrent pas jusqu'à la fin du règne de Contran. Des transformations assez rapides, régionales ou locales, développèrent suivant le hasard ou le caprice des graveurs, telle ou telle partie du buste, et, avant la fin du vi'^ siècle, nous trouvons dans ces régions de la Caule trois empreintes principales que nous allons décrire, en les prenant au moment où elles eurent acquis leurs caractères les plus nettement accusés.
Dans le nord de la Bourgogne, et spécialement dans une région dont Besançon serait le centre, Chalon et Alaise les points extrêmes, la tête a un aspect difforme ; la joue s'allonge et se confond avec le cou que gonfle un goitre. Les narines et les lèvres sont formées de quatre petites boules, parfois verticalement posées les unes au-dessus des autres. L'oreille est un crochet, l'œil est arrondi et démesurément écarquillé. Les cheveux hérissés sont retenus par un bandeau, parfois surmonté du croissant des prototypes; enfin, le buste très rudimentaire sur lequel pose la tête, sans transition de cou, se compose de deux échelles légèrement inclinées l'une vers l'autre (fig. 210 à 212). Un triejis de Con-
tran, frappé à Chalon (fig. 177), se rapproche beaucoup de ce signalement.
Fig:. 210.
Fig. 211.
Fijr. 212.
Ce type, que nous appellerons vesontin pour hxer les idées, n'est pas sans analogie avec celui, qu'en remontant vers le nord, nous rejoignons sur les bords du Rhin et le cours moyen de la Meuse, à Strasbourg, Mayence, Worms, Spire, Zulpich,Duurstede, Maestricht, Huy (fig. 215), Verdun (fig. 213), Naix en Barrois (fig. 214). Les caractères géné-
Fie. 2n.
Fig. 215.
raux sont les mêmes, mais la difformité en forme de goitre descend et marque le cou. Le diadème presque toujours composé de perles est tranché par l'oreille, et plusieurs lignes de points superposés dessinent le buste.
Au début du vii^ siècle, Lyon, Chalon-sur-Saône et, dans une certaine mesure, tout le bassin du Rhône, subit une très forte influence artistique du midi. Le « faire » de Marseille est transmis aux artistes de Bourgogne qui, après quelques tâtonnements, se mettent à copier le buste des triens provençaux. Il y a peu de différence dans la donnée générale du buste-modèle et du buste-copie, mais celui-ci montre à la fois plus de raideur dans le dessin et plus de finesse dans la gravure. Cette raideur est plus accentuée à mesure qu'on approche des Alpes : sur un triens de Clotaire II, frappé à Embrun (fig. 186), le buste est un véritable rectangle.
Lorsque le type marseillais fut importé à Chalon, cette ville venait d'atteindre l'apogée de son importance commerciale. Plusieurs ateliers monétaires travaillaient de concert à fournir au négoce les espèces indispensables aux transactions. L'art devait tirer profit de cette concurrence: c'était, entre les monétaires, une lutte à qui fabriquerait les tiers de sou les plus beaux et les plus parfaits. Le triens du monétaire Domnitus,