VIII. — LES FRANCS
représenté sous notre fig. 216, montre mieux qu'une longue dissertation le degré de perfection auquel atteignit l'industrie chalonnaise. L'importance commerciale de Chalon semble avoir décliné après la
Fig. 216.
Fig. 217.
mort de Clotaire IL La surproduction monétaire devait du reste provoquer une accalmie, par suite de l'absence de lingots à refondre. Les principaux monetarii quittèrent Chalon, entraînant à leur suite les artistes attachés à leur officine. Les uns se dirigèrent vers Metz et l'Austrasie, les autres vers Limoges,
Nous avons vu plus haut quel type régnait dans les vallées de la Moselle, de la Meuse et du Rhin. Ce type fut complètement transformé par les artistes venus de Bourgogne, et de cette transformation naquit celui connu sous le nom d'austrasien dans les ouvrages de nu- .mismatique. Nous donnons sous les fig. 218 et 219 deux pièces qui montrent, l'une une reproduction directe du buste chalonnais,. l'autre le buste austrasien sous sa forme définitive.
Fig. 21S.
Fig. 219.
Les monnaies de ce groupe sont peut-être celles qu'il est le plus facile de démêler de la masse des triens. Le buste affecte des caractères très tranchés. La poitrine est presque carrée; le cou, trop large, formé d'un poinçon, est enfoncé isolément dans le coin et complètement séparé de ceux qui marquent le corps et la tête. La chevelure, dessinée
Vh
par des traits ou des globules, et parfois absente, est retenue par un bandeau perlé concave. L'œil et les lèvres sont de simples boules. Cette
empreinte se rencontre à Metz, Toul, Marsal, Charpeigne, Vic-sur- Seille, etc. (fig. 218 à 221).
Vers le temps où le monétaire Fragiulfus monnayait à Verdun (fig. 213), nous voyons surgir à Reims une empreinte très nettement caractérisée. Le buste très large est formé d'un demi-ovale dont la partie inférieure est occupée par un ornement en forme de M et la partie supérieure par des traits obliques. Ce buste est surmonté d'une tête très petite, ronde, coupée par un diadème courbé. Le graveur ne s'est pas mis en frais d'imagination pour dessiner les traits, souvent l'oreille est absente, le nez est un angle, l'œil et les lèvres sont de simples globules (fig. 222).
Fig. 222.
Fig. 223.
Ce type est une transformation du plus ancien type de Trêves (fig. 206). Ainsi que nous l'avons déjà dit, le buste cintré résulte d'une exagération de l'épitoge. Les localités voisines de Reims ou en relations commerciales suivies avec cette métropole ne se firent point faute de lui emprunter son coin auquel, suivant l'habitude, les graveurs firent subir les transformations de détail que leur goût leur inspira. Dans le nord, Laon (fig. 223) reproduit fidèlement le modèle rémois; à Arras, Tournai, Courtrai, la copie de la tète est exacte, mais le buste aban-
Fig. 224.
Fis. 22Î.
donne le cintre. Dans l'ouest, le type rémois va jusqu'à Senlis(fig. 224); de là, il descend le long de la Seine pour s'arrêter à Rouen et s'étendre plus tard, en Normandie, en Bretagne (fig. 225) et même enSaintonge.
M. d'Amécourt a établi avec infiniment de vraisemblance que la grande activité du Limousin commença lorsqu'une colonie d'orfèvres et de iiionctarii établis à Chalon abandonna cette ville pour venir se fixer à Limoges et aux environs. Cette cité devint alors le centre d'une école artistique, la plus importante de l'Aquitaine, en même temps que se développaient ses relations commerciales.