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VIII. — LES FRANCS

Selon M. Deloche, qui a consacré aux monnaies du Limousin une monographie, « le trait caractéristique des effigies limousines, celui qui forme le véritable type, c'est une sorte de houppe sur le front qui rappelle la coupe carrée de la chevelure des Bretons ». Les lignes du visage sont assez bien développées; le buste est bien posé sur sa base; le diadème se prolonge aux deux extrémités, soit par un globule, soit par deux ou trois bandelettes; l'œil est représenté en olive et de face; enfin, les graveurs emploient une profusion de perles (fig. 226 à 228).

Fig. 22e.

Fig. 227.

Fig. 228.

L'influence de Limoges rayonna au loin, et, pendant toute la première moitié du vii^ siècle, c'est-à-dire aussi longtemps que les types purent se garder de la barbarie, le centre et l'ouest de la France restèrent tributaires de l'école artistique limousine pour la donnée générale du type.

On sait, par les témoignages historiques, que saint Eloi apprit l'art de l'orfèvrerie chez Abbon, qui, à Limoges, publicam officinam monetam gerebat. A défaut de ce passage de saint Ouen, souvent rappelé, les monnaies elles-mêmes viendraient nous apprendre que l'école de gravure parisienne procède directement de l'école limousine. Quelques-

Fig. 229.

Fig. 230.

unes des pièces signées par Eligius ou ses contemporains offrent une ressemblance frappante avec les produits de l'atelier de Limoges; la touffe de cheveux au-dessus du front est conservée, l'œil reste en olive, le buste en trapèze. Si on compare à notre fig. 226 l'avers de la fig. 230 et le revers de la fig. 229, on sera frappé de la similitude.

Les triens émis sous la garantie d'Eligius sont loin d'avoir été tous gravés de la main du maître, mais nous sommes parfaitement d'accord avec M. d'Amécourt pour voir une œuvre originale de l'évcque-orfèvre dans ce superbe triens de Clovis II, frappé au Palais de Paris (fig. 23 i). La pièce reproduite sous notre fig. 232, d'un art beaucoup moins par-

fait, est évidemment d'une autre main. Elle annonce une barbarie dont

la fin du règne de Clovis II fut le signal.

Fig. 231.

Fig. 252.

Le buste qui s'acclimata en Touraine emprunte à celui de Limoges une partie de son cachet particulier. Le type tourangeau est caractérisé par la présence d'un diadème dont la position est plus verticale que dans la plupart des dessins de têtes contemporaines. Ce diadème fait saillie sur l'occiput et au-dessus du front où souvent une petite croix le termine. Le buste a la forme d'un trapèze; l'œil est dessiné en olive

Tig- 233.

Fig- 234.

comme à Limoges; il est généralement placé si près des cheveux qu'il n'y a point de place pour le front. Parfois aussi l'œil est vertical au lieu d'ctre horizontal (fig. 233 et 234).

Un détail qui se remarque sur un assez grand nombre de pièces est une ligne de globules qui, allant du front jusqu'à la nuque, dessine la crcte d'une sorte de casque ; mais ce détail nouveau constitue les éléments

Fiff. 23 î.

Fig. 256.

Fig. 237.

d'un groupe de classification nouveau. M. d'Amécourt, auquel on doit la plupart des observations relatives au style des monnaies mérovin-

Fig. 259.

giennes, appelle ce style le chaperon perle (fig. 235 à 239). Nous n'avons aucun motif pour repousser ce nom, bien qu'il reste entendu

LES FRANCS

que ces dénominations n'ont d'autre but que de servir d'aide-mémoire. Le chaperon perlé a pour centre Amboise. On peut indiquer comme points extrêmes de son aire de dispersion, Tours à l'ouest, Blois à l'est, Doussay (fig. 239) au sud.

Le nez angulaire du buste de Doussay se ressent déjà de la proximité du Poitou. Le type particulier de cette région ne se distingue pas par la beauté de ses formes : l'un de ses caractères principaux consiste dans les lèvres qui sont gravées au moyen de deux coins dont les pointes s'enfoncent dans le visage (fig. 240).

Fig. 241.

Le type qui parait spécial à la région cénomannique et qui se trouve, en effet, au vii^ siècle sur des monnaies du Mans et d'un grand nombre de localités environnantes, a été appelé par M. d'Amécourt : type du profil concave (fig. 241). En voici les principales particularités: Le nez est représenté par un arc de cercle dont la concavité s'enfonce dans le profil; l'œil et les lèvres sont indiqués par de simples globules; l'oreille est traitée par une courbe, en sens inverse de la courbe naturelle; le diadème est un cordon de perles dont la courbe est inverse à la ligne de convexité du crâne ; la partie postérieure est indiquée par une sorte de calotte lisse, hémisphérique, posée derrière le diadème; le cou est maigre; le haut du buste est formé d'un ou deux arcs de cercle, agrémenté d'une ligne de globules.

Il existe un rapport de gravure et de forme très intime entre les monnaies des cités de Cahors, de Rodez et de Javouls (fig. 242 à 244). Les bustes qui y sont représentés ont le même aspect général, qu'il est impossible de confondre avec aucune représentation analogue créée dans d'autres parties de la Gaule mérovingienne. Soit que la tête ait été tranchée à la hauteur des épaules et ait le cou nu, soit qu'elle surmonte un rudiment de buste marqué par un débris du paludamentum antique, la même donnée artistique a présidé à la confection des divers poinçons destinés à la creuser dans l'acier du coin. Le diadème est toujours rejeté en arrière et laisse, comme sur les monnaies de Marseille et de Limoges, une forte mèche de cheveux déborder sur le front; ce diadème est presque toujours terminé par des lemnisques et,

à Javouls, encore surmonté du croissant des prototypes romains. Les traits sont accusés et l'arcade sourcilière, très prononcée, leur donne quelque chose de sévère. A Cahors, le diadème est caché par un rameau qui broche sur la chevelure; à Rodez et chez les Cabales, le même rameau ou une croix est placé devant le buste. La légende qui sur la

Fig. 242.

Fig. 243.

Fig. 244.

plupart des monnaies mérovingiennes entoure la tête, est généralement absente sur les triais de la Civitas Rutenorum et de la Civitas Gabalorum; sur les pièces cadurciennes, elle est posée en demi-cercle devant

le visage.

Fig. 24Î.

Eîg. 24e.

Il y a quelque air de famille entre les pièces que nous venons de passer en revue et celles frappées en Auvergne (fig. 245 à 247). Très fréquemment les artistes de cette région dessinent, au Heu d'une simple tête avec buste rudimentaire, une effigie accompagnée d'une main bénissant. N'est-ce pas un buste épiscopal que l'on a ainsi voulu représenter? Ne sommes-nous pas en présence de l'évêque duPuy, G..IIVS EBESCO- BVS, assurant ses ouailles de sa protection et prononçant le paxvobis? L'existence à Brioude et à Toulouse de types analogues sur les triens émis par autorité de l'Église vient donner un certain poids à cette supposition (fig. 247 et 248).

Fig. 247.

Fig. 248.

Vers la fin du va" siècle, alors qu'on retournait à la barbarie, un type auquel AL d'Amécourt a donné le nom de type de l'appendice perlé (fig. 249 et 250) s'étend sur une large zone depuis Paris, Senlis, Meaux et Troyes jusqu'à Orléans, Nantes et Avranches, en passant par Le Mans, Blois, Angers, Amboise et Tours. Voici les caractéris-

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tiques de cette empreinte : « Une ligne courbe sans brisure, partant du front, marque le contour du crâne, se prolonge derrière la nuque et renverse sa sinuosité comme pour indiquer la volute d'un long appen-

Fig. 249.

Fig. 250.

dice de cheveux; en même temps, une autre ligne, partant dé l'oreille et marquant la limite inférieure de la chevelure, suit la courbe de la précédente et s'en rapproche pour se terminer en volute avec elle au bas de l'appendice. Entre ces deux lignes qui marquent la chevelure, un cordon de perles suit leurs ondulations ». L'origine du type de l'appendice perlé est évidemment parisienne : c'est une dégénérescence de la belle effigie chlodovéenne dessinée par saint Eloi (Voyez fig. 231).

Les artistes mérovingiens ne se confinèrent pas toujours dans la reproduction stricte du profil du bas empire. Quelques-uns consultèrent des modèles antiques, d'autres copièrent le monnayage wisigoth, d'autres enfin firent montre d'une invention propre.

Parmi les graveurs qui allèrent chercher dans les monuments de la bonne époque impériale des inspirations pour leur burin, nous citerons tout spécialement celui qui tailla les fers d'un triens maestrichtois de Thrasemundus. La tête casquée dessinée par cet artiste est la reproduction textuelle du buste placé sur certains bronzes de Constantin le Grand (fig. 251). Une autre pièce où il est permis de voir une renaissance antique est le triens que signe Magnidius à Bregusia, aujourd'hui Bourgoin (fig. 252); enfin, nous citerons un triens de Saint-Maurice en Valais (fig. 253). Mais ces tentatives restèrent isolées et purement locales.

Fig. 2)1.

Fig. 2$2.

Fig. 2$3.

Comme témoins irrécusables d'emprunts au monnayage wisigoth, nous rappellerons la curieuse pièce de la Vellavorum civitas où deux bustes sont afi"rontés (fig. 254) comme sous les rois Egica et Wittiza ou Chindasuinthe et Reccesuinthe, puis le Childebert II à la tête de face frappé à Rodez (fig. 130).

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