VIII. — LES FRANCS
habilement vaincu la difficulté que présentait le raccourci du bras droit (fig. 262).
Parmi les créations propres de l'art monétaire mérovingien, peuvent encore prendre place deux produits de l'atelier d'Autun, la tête coiffée d'un casque à figure humaine (fig. 263) et les deux bustes accolés (fig. 264). Cette dernière représentation a donné lieu à diverses hypothèses historiques; le P. Chifflet y reconnaissait Sigebert et Brunehaut; Bouteroue et Leblanc se sont prononcés en faveur de Thierry II et Brunehaut ; Lelewel proposait d'y voir Contran et Childebert. Ces identifications sont aussi inadmissibles les unes que les autres. M. Prou a expUqué d'une façon très ingénieuse la manière dont le dessin des deux bustes a pu venir à l'esprit du graveur monétaire. « Il est probable, dit cet auteur, que leur origine se trouve dans un défaut de frappe du prototype : le monnayeur autunois qui le premier les a gravés aura pris pour modèle un tiers de sou où le glissement du coin avait produit une double ligne de profil. »
Nous avons dit en commençant que les Mérovingiens s'écartèrent rarement de la tradition impériale, en vertu de laquelle une tête devait occuper l'avers des espèces. L'image qui remplace l'effigie est parfois une figure debout comme sur un curieux sou d'or de l'église de Limoges (fig. 26e), parfois aussi un symbole religieux tel qu'une croix, un chrisme (fig. 265) ou un ostensoir, mais plus souvent encore une représentation empruntée au règne animal (fig. 267).
Fig. 26s.
Fig. 266.
Fig. 267.
Les numismates n'ont pas hésité — et c'est selon nous, avec raison, quelque paradoxale que puisse paraître l'idée à premier examen — à reconnaître dans un certain nombre de ces types essentiellement locaux, des types parlants, véritables rébus dont le nom de l'atelier monétaire était l'objet.
On trouve par exemple un triens du monétjiire Leodomares frappé à Langeais, ALINGAVIAS VICO, qui porte au droit un oiseau volant; de Longpérier pense fort judicieusement que l'artiste a voulu représenter une mouette éployée pour faire une sorte de rébus (alae-gaviae) sur le mot Alingavia (fig. 268).
M. Ch. Robert a publié dans la Revue numismatique de 1863 une
lé4 PREMIÈRE PARTIE
monnaie sur laquelle s'étale un type parlant indéniable. Nous faisons allusion au triens sur lequel la légende LOCI VELACORVM entoure une tête de loup de profil (fig. 269). On sait que velacos est l'ancienne dénomination gauloise du loup et un grand nombre de locutions gauloises se sont certainement perpétuées dans le langage populaire jusqu'à l'époque mérovingienne.
Fig. 268.
Fig. 269.
Fig. 270.
Nous pouvons encore allonger cette liste en citant l'animal étrange d'allure presque diabolique qui forme le type de certaines pièces de Jublains, DIABLENTAS (fig. 270), l'insecte orthoptère à corps allongé et à six pattes, une blatte, qui est représenté sur un triens à la légende BLOTE FIT', etc. Mais les exemples que nous venons de rappeler suffisent, nous semble-t-il, pour montrer que les artistes mérovingiens donnèrent place parfois sur les monnaies, à un genre de types parlants dont les monnayeurs de l'antiquité grecque et de la République romaine avaient fréquemment fait usage.
b) Le type du revers.
Le type le plus ancien du revers des monnaies mérovingiennes est la Victoire placée tantôt de face, tantôt de profil. Cette Victoire, d'abord correctement reproduite, donne lieu, par suite de dégénérescences successives, à des représentations diverses. En Bourgogne, où elle est généralement représentée de face (voyez les fig. 163, 170 à 173 et 176), son emploi cesse vers le milieu du règne de Contran (561-593). Le nord-est, qui afiectionnait plutôt la Victoire de profil à droite (voyez les fig. 174 et 175), l'abandonne après Sigebert 1(561-575).
Dans les ateliers du centre, du nord et de l'ouest, la substitution de la croix à la Victoire fut beaucoup plus tardive et moins générale : il y eut une tendance à transformer la figure payenne en une figure chrétienne, mais non à la remplacer par le signe de la Rédemption. Ici, on en fit un ange en prières, levant les mains au ciel; là, elle devint l'image vénérée d'un saint local. A Orléans et à Dreux, la dégéné-
I. Cf. A. de Longpérier, Notice des monnaies franc, de M. J. Rousseau, p. 50.