‹ Traité de numismatique du moyen âgeChapitre 106 sur 206 · VIII. — LES FRANCS · texte numérisé non relu

VIII. — LES FRANCS

rescence produit une figure debout, de face, ayant une croix à la main gauche. Les ateliers de Laon, d'Angers, à'Odomum (fig. 271) et de Rennes (fig. 272) représentent un personnage assis sur une chaise et vu de profil ; sur le triens de cette dernière ville, ce type a envahi Tavers de la monnaie et le revers est' occupé par un ostensoir.

Fig. 271.

Fig. 273.

Fig. 272.

Dans le centre et le midi, la Victoire donne lieu parfois à des interprétations bizarres. Sur des pièces d'Argentat et de Cannac, le graveur, s'expliquant mal les ailes de son prototype, dessine un aigle prenant son vol, tandis qu'un coin de Tours nous montre une figure debout entre deux oiseaux (fig. 273). Toutes les représentations que nous venons de passer en revue sont intéressantes à signaler comme exemples curieux de dégénérescences, mais, d'un caractère presque exclusivement local, elles offrent beaucoup moins d'éléments de classification que les détails du buste.

Les ateliers mérovingiens de la Provence ne connurent jamais l'emploi de la Victoire comme motif d'ornementation. Dès le début du monnayage barbare, nous y trouvons la croix au revers des sous et des tiers de sou d'or. La cause de cette particularité est facile à' comprendre. Marseille était liée à l'Orient par des relations commerciales incessantes ; ses monnayeurs se tenaient au courant des dernières émissions byzantines et les imitaient pour donner aux espèces sorties de leurs mains un accès facile sur le marché international où l'or de Constantinople faisait loi.

Tandis que, dans le nord, on en était encore à regarder les pièces d'Anastase, de Justin et de Justinien comme le dernier mot de la nouveauté monétaire, Marseille recevait l'or de Tibère II (566-578) sur lequel le revers est occupé par une croix. C'est en marchant sur les traces marseillaises que l'atelier de Chalon abandonna vers 575 l'image de la Victoire pour y substituer celle, d'une exécution d'ailleurs plus facile, à laquelle la mode byzantine venait de donner la préférence; de Bourgogne, la croix se répandit par toute la Gaule en prenant bientôt, çà et là, des formes particulières qui restèrent l'apanage d'un atelier ou d'une région.

Les deux croix des monnaies byzantines, celle haussée sur des degrés

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et celle haussée sur un globe, furent dans toute Tétendue de la monarchie franque l'objet d'une faveur presque égale; mais à ces deux types primordiaux s'ajoutèrent de bonne heure une foule de variétés : croix à branches égales, croix latine à la haste plus longue que les bras, croix chrismée, croix fichée, croix soudée à une base, croix pattée, croix bouletée, croix posée sur un calvaire, croix potencée, croix à pendentifs, croix cantonnée de globules ou d'étoiles, croix ancrée. Cette dernière variété est, de toutes, peut-être la plus intéressante, car elle fournit un important jalon de chronologie. La croix ancrée, comme le buste à appendice perlé, est en effet une dégénérescence d'un type créé par saint Eloi, dans l'ateHer de Paris ; ainsi que M. d'Amécourt l'a parfaitement établi, suivant nous, elle résulte d'une mauvaise interprétation de Voméga soudé à la branche supérieure du signe de la Rédemption.

La figure ainsi composée eut un succès immense auprès des monnayeurs francs de la seconde moitié du vu* siècle; on la trouve à la fois à Cambrai, à Bordeaux, à Cahors, à Chartres, à Rouen, à Verdun et à Poitiers. Le bassin du Rhône et les régions du nord-est de l'Austrasie sont peut-être les seules parties de la France dans lesquelles la croix ancrée ne pénétra jamais.

Toutes les monnaies mérovingiennes ne portent pas au revers une dégénérescence de la Victoire ou une croix. Ici, comme pour les types de l'avers, nous trouvons des emprunts faits à l'antiquité, des influences de monnayages étrangers, des créations franques propres.

Les types que les graveurs mérovingiens sont allés demander aux monnaies antiques sont assez nombreux. C'est ainsi qu'un remarquable triens d'Ardin, signé par le monétaire Fantolenus, reproduit, au revers, une enseigne mifitaire romaine entourée de deux palmes, type copié, suivant l'observation de B. Fillon, de quelque monnaie impériale de la famille flavienne. En Auvergne, et spécialement à Clermont (fig. 274), les monnayeurs copièrent le revers d'une monnaie romaine représentant l'empereur debout appuyé sur une haste et un boucher. La démonstration de cette imitation a été faite récemment par M. Prou, et l'on devra se garder désormais de voir, dans la figure auvergnate, une dégénérescence de la Victoire. Dans certaines régions du midi, à Saint-Bertrand-de-Comminges (fig. 275), à Bordeaux (fig. 27e), à Cambidonnum, le revers est occupé par deux personnages tenant une haste ou une croix, empreinte également inspirée directement par un coin antique.

L'exemple d'un type emprunté à un monnayage barbare contemporain des Mérovingiens nous est fourni par une pièce de Lisieux, frappée par le monétaire Dutta, où le revers est manifestement copié

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